L’idée spiritualiste
Vous tous qui cherchez clans les profondeurs de votre Être la lumière divine, apôtres de l’Idée qui doit régénérer le monde, frères spiritualistes, « celui qui passe » frappe à la porte de votre temple, daignez lui ouvrir et l’accueillir parmi vous, afin que sa voix puisse se mêler à vos accents pour chanter le cantique que nos âmes ferventes adressent à la Divinité.
La foule insouciante danse sur un volcan, elle est sourde à vos appels. La science, perfide, a créé le néant destructeur. Les hommes n’ont plus d’espérance, ils se précipitent vers les joies charnelles, dans un délire fou ; la satiété fait un troupeau lamentable de tous ces égarés dans un athéisme sans issue. La haine est dans les cœurs, l’égoïsme et le lucre voient leur boue envahissante ensevelir les plus nobles sentiments, car le flambeau de la Foi s’est éteint.
L’homme ne peut pas vivre de pain seulement, il lui faut la nourriture spirituelle. Une science orgueilleuse, croyant tout expliquer, a, par son faux savoir, fermé les horizons radieux, où l’Esprit dans une exaltation mystique peut s’enfuir loin des laideurs de la terre.
La foi ne peut pas mourir, elle sommeille ; chaque être porte en lui, inné, le sentiment de la Divinité. L’évolution humaine ayant changé l’aspect des choses, les croyances passées ne suffisent plus à nos esprits inquiets. Il nous faut une compréhension nouvelle de notre personnalité, une religion individuelle où chacun puise le réconfort dans les souffrances, l’amour du prochain, l’oubli des injures, l’union fraternelle au milieu des inégalités de la vie sociale.
Tout homme a une mission sur la terre, nul ne peut être ceci ou cela à son gré. L’humanité va vers un but assigné par la Toute-Puissance, chacun reçoit les dons et les moyens pour collaborer à l’Œuvre Universelle, dont l’évolution restera pour tous un mystère.
Toute chose humaine est erreur ; nul ne peut dire : je sais la Vérité. Une intuition nous attire vers l’une ou l’autre croyance. La foi ou l’athéisme sont faits d’une conviction sincère. Tour à tour ils dominent les civilisations et soumis à la loi naturelle, ils naissent et périssent, pour renaître et périr de nouveau.
Quand les temps sont révolus, une orientation nouvelle dirige les hommes. Les inventions, les évènements, la marche du progrès, posent, avec de nouveaux moyens d’action, des problèmes à ré soudre. La pensée, indécise, est dans le désarroi. Les Idées du passé sont périmées, le doute engendre l’athéisme. C’est là seulement une époque transitoire, car les hommes ne peuvent pas vivre s’ils ne sont pas soutenus par une réalité spirituelle.
La matière n’est que pourriture, n’engendre que la pourriture, elle est décevante, car elle ne montre que destruction et ceux qui cherchent la consolation dans les semblants de joies qu’elle donne sont vite précipités dans un morne découragement. Le vice s’étale impudique, l’amour de soi règne en maître dans une société sans Dieu ; la sainte exaltation a fui les âmes, car nul ne croit au lendemain : à la vie éternelle. Jouir, toujours jouir, demandons-nous à grands cris, mais le destin implacable détruit nos espoirs : un nouveau doute nous envahit. Comment trouver notre voie et étancher notre soif d’idéal dans ce désert où nulle source rafraîchissante n’apparaît. Retourner en arrière, nous ne le pouvons pas : le passé est passé, nous allons vers l’avenir.
La Toute-Puissance n’abandonne jamais les hommes et si elle fait leur nuit plus obscure, elle sait leur tracer le chemin qui les conduira vers de nouvelles destinées.
Spiritualistes, votre tâche commence. Au milieu de l’indifférence générale, vos voix s’élèvent faiblement pour proclamer l’immortalité de l’Esprit. Avivez votre foi, unissez vos efforts, faites entendre la Parole à ceux qui souffrent, à ceux qui désespèrent. Animés d’un amour fraternel, allez porter aux hommes la lumière salvatrice. Ne restez plus dans le cercle étroit de vos chapelles : le peuple a faim, apportez-lui la manne céleste.
La compréhension de la Divinité est différente parmi nous ; une chose importe pour le moment : secouer les cendres qui recouvrent le foyer de la foi dans le cœur de chaque homme, éveiller la curiosité par l’exposition des réalités de l’Esprit qui éclaire le monde.
La tâche est ardue, nous trouverons en travers de notre route le mépris, la raillerie, l’intérêt ou une science pédante ; mais celui qui croit à la Toute-Puissance ne ménage pas sa peine, ne craint pas le danger, car son âme est forte.
Le peuple est simple, parlons-lui avec simplicité. Son intelligence ne s’accommode plus de formules obscures, de dogmes mystérieux. Son bon sens demande des preuves tangibles, nous devons les donner par nos préceptes.
Le Spiritualisme moderne doit être basé sur la logique humaine et laisser à chacun le soin de concevoir son Dieu : Religion individuelle avec, pour temple : l’Infini.
Frères, soutenus par l’Amour qui doit réunir tous les hommes, que chacun comprenne sa mission. Il n’est si petite étincelle qui ne puisse allumer le flambeau de la foi.
Confiants en la Toute-Puissance, travaillons à l’amélioration de l’Avenir.
CELUI QUI PASSE.
Paru dans Psyché, revue du spiritualisme moderne,
en janvier-février 1924.