Constantin-Alexandrowitch BODISCO
________
RECHERCHES PSYCHIQUES
(1888-1892)
DÉDIÉES AUX INCRÉDULES & AUX ÉGOÏSTES
___________
TRAITS DE LUMIÈRE
Preuves matérielles
de l’existence de la vie future
Spiritisme expérimental
au point de vue scientifique
OUVRAGE ORNÉ DE 3 PLANCHES HORS TEXTE
________
PRÉFACE DE PAPUS, DIRECTEUR DE « L’INITIATION »
_________
2
PARIS
CHAMUEL, ÉDITEUR
29, RUE DE TRÉVISE, 29
____
1892
Les frissons de l’infini invitent
à aimer, à connaître et à servir,
ils tranquillisent sur
les mystères de l’au-delà.
C. DE BODISCO.
PRÉFACE
A première impression qui se dégage de la lecture d’un
ouvrage consacré à l’étude de l’
Inconnu
, sous l’une
quelconque de ses formes, est une impression de doute
souvent accompagnée de raillerie.
3
Il est entendu que le chercheur doit consacrer ses veilles à la
solution des problèmes encore non résolus, et cependant, quels
déboires se réservent le malheureux qui prétend à lever un coin du
voile de la mystérieuse Isis !
Une science, éminente par ses résultats pratiques, mais erronée
dans ses conclusions philosophiques, se targuait d’avoir imposé des
bornes aux nobles aspirations vers l’Idéal. L’âme, l’immortalité,
constituèrent, sous le nom d’
Inconnaissable
, un domaine fermé aux
recherches scientifiques. On pensait connaître, au moins dans leur
généralité, toutes les forces en action dans la Nature ; mais les faits,
dont la logique brutale devenait la seule règle librement acceptée,
étaient muets, croyait-on, sur l’existence possible d’un monde
invisible et peuplé d’intelligences qui nous entourerait de toutes
parts.
Les faits se sont chargés de la réfutation d’une telle idée et c’est
sur les
faits
que se base aujourd’hui le Spiritisme scientifique dont
la action contre le Matérialisme s’affirme de jour en jour plus
puissante.
Mais les observateurs éminents qui peuplent nos laboratoires,
nos facultés et nos académies, dominés par cette affirmation
a priori
de « l’Inconnaissable », se sont détachés volontairement des
explorations dans ce domaine des forces de la Nature et de l’Homme
encore inconnues.
Il a donc fallu qu’une foule de chercheurs indépendants
entreprissent, sous leur responsabilité, ces curieuses recherches.
De là, des procédés d’observation plus ou moins scientifiques, des
études hâtives ou inspirées uniquement par le désir de prouver la
vérité d’une « théorie » plus ou moins ingénieuse, enfin un véritable
chaos d’où se dégage cependant un profond enseignement :
l’identité et la réalité de milliers de faits observés un peu partout
dans le monde par des observateurs appartenant à toutes les
conditions intellectuelles possibles.
4
Pour bien comprendre l’éminent travail de M. de Bodisco, il nous
faut donc passer rapidement en revue :
1° Le caractère des phénomènes observés ;
Le caractère plus ou moins rigoureux des observations faites ;
3° Les déductions tirées de ces observations.
Alors seulement nous pourrons vraiment nous demander s’il
existe des bases solides, tirées de l’observation, permettant
d’affirmer l’existence et la possibilité d’un spiritualisme strictement
scientifique.
Les érudits savent fort bien que les récits concernant les
relations entre les vivants et les morts se retrouvent dans toute
l’histoire. La Bible nous montre l’aventure de Saül ; Homère nous
décrit les rites de l’évocation de l’ombre du devin Tyrésias, et les
oracles tirés d’objets en mouvement sont parfaitement décrits dans
l’antiquité.
Si l’on veut bien remarquer que ce qu’on appelle aujourd’hui
esprit s’appelait alors « ombre » et que la communication s’appelait
alors « l’oracle », on se rendra compte que ces phénomènes ont
existé de toute antiquité.
Mais voilà, la science matérialiste, incapable de les expliquer,
en avait rejeté l’existence dans le monde de la fable jusqu’au
moment certains se sont mis en tête d’éclaircir une bonne fois
tout le mystère.
On suppose généralement que les faits produits par ce que
William Crookes appelle « la Force psychique » consistent
uniquement en mouvements de tables, ou de chaises, ou de
chapeaux produits par une force intelligente.
Ce sont les phénomènes les plus vulgaires. À côté de ceux-là
il y a des phénomènes qui se rapprochent bien plus des faits
observés par les hypnotiseurs, comme le changement de la
personnalité d’un être endormi, sous une influence psychique
étrangère. Il y a de plus des faits qui semblent contredire les lois
5
élémentaires de la Physique, comme l’apparition de fleurs ou
d’objets dont on peut déterminer l’origine, dans une chambre
fermée toutes les précautions contre la supercherie ont été
prises, comme l’apparition d’écriture en une langue inconnue des
assistants, écriture se produisant d’elle-même sans l’assistance
d’aucune main humaine visible. Il y a enfin des faits encore plus
étranges, comme l’apparition d’êtres ayant toutes les apparences de
la vie, respirant, mangeant, causant, puis
se fondant
en quelques
secondes devant un certain nombre de personnes qui toutes voient
en même temps les phénomènes.
Devant tous ces récits, le premier mouvement est de se récrier
et de dire : « Tout cela c’est de la folie, de l’hallucination. Soignez
énergiquement les “assistants” et vous verrez qu’il s’agit de
choses
impossibles
. »
Le mot “impossible” n’est pas français, a dit un savant éminent,
disons simplement qu’il n’est pas
scientifique
.
Si l’on avait dit à un savant du XVIIIe siècle qu’un homme avait
trouvé le moyen de faire entendre la parole humaine à 300
kilomètres, qu’un autre avait trouvé le procédé permettant
d’enfermer cette parole humaine dans un rouleau de cire et de la
transporter dans une boîte, le savant du XVIIIe siècle se fût récrié :
« Vous êtes fou, cela est
impossible
. »
Il en est de même pour ce genre de phénomènes.
Il s’est pourtant trouvé des savants qui ont tenu le raisonnement
suivant : Une foule d’individus prétendent avoir vu ces faits
étranges : la seule objection qu’on peut leur faire est d’avoir vu des
choses qui n’existent pas objectivement, d’avoir été hallucinés.
Au lieu de nier comme des enfants ce que nous ne comprenons
pas, étudions-le. Évitons l’erreur en remplaçant les organes de
l’homme par des machines. Il n’y aura plus ainsi de tromperie
possible. Si les phénomènes sont faux, les machines ne reproduiront
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rien, s’ils sont seulement partiellement vrais, les machines
rectifieront les erreurs des sens.
On remplaça les yeux par des appareils photographiques, les
mains par des appareils enregistreurs à mouvement d’horlogerie
(appareils de Marey), on fit en sorte de laisser des traces visibles
des phénomènes produits, traces autrement probantes que celles
laissées dans la mémoire de l’homme.
Et les savants qui firent ces études se gardèrent bien de
chercher à défendre une théorie quelconque.
Leur seul but fut de rechercher la réalité des faits produits, sans
adopter aucune espèce de théorie.
C’est la seule conduite permise à un savant. Sortir de cette
réserve, c’est faire œuvre non plus de chercheur, mais bien de
sectaire.
Avant de poursuivre, il me faut donc résumer quelques
expériences sérieusement faites ; je prendrai comme modèles deux
observateurs :
William Crookes
, de la Société royale de Londres,
Aksakoff
, professeur à Saint-Pétersbourg, me contentant de citer
en passant,
Lombroso
, professeur italien.
William Crookes a fait plusieurs découvertes de la plus grande
importance, entre autres le
radiomètre
. Amené à s’occuper sans
parti pris et sans idée préconçue de ces phénomènes, il prit les plus
grandes précautions possibles contre l’erreur.
Ayant constaté que la plupart de ces faits étranges ne peuvent
se produire que par la présence d’un être néralement très
nerveux, appelé
médium
, le savant anglais pesa avec la plus grande
précision possible le médium avant et après la séance.
Il put ainsi se rendre compte que ce médium perdait du poids
(en petite quantité c’est vrai, mais enfin, il en perdait) à la suite de
la production de certains de ces phénomènes. Il y avait aussi une
perte notable des forces du médium.
7
Crookes conclut de cette série d’expériences à l’existence d’une
force encore peu connue, force dont le médium était un des facteurs.
Elle reçut le nom de
Force psychique
.
Pour s’assurer de l’objectivité de cette force, le savant anglais fit
enregistrer une grande partie des phénomènes par un curseur
appliqué sur un cylindre de noir de fumée (appareil Marey).
L’hallucination possible du sens du toucher était ainsi rendue
impossible.
Mais bientôt un autre genre de faits, absolument stupéfiants,
prit naissance. Une forme ayant toutes les apparences d’un être
vivant s’objectivait dans certaines conditions.
L’étude de ce phénomène, nommé
Matérialisation
par les
spirites, put être faite pendant deux années de suite, trois fois par
semaine, dans le laboratoire particulier de William Crookes. Tous
les moyens possibles de contrôle furent employés pour éviter la
fraude et l’hallucination : balances, enregistreurs, nombre des
assistants et surtout
appareils photographiques
. L’espace,
malheureusement mesuré, dont je dispose, m’oblige à renvoyer le
lecteur à l’ouvrage original pour tous les détails
1
.
La conclusion à tirer de ces expériences, c’est qu’il y a tout un
ordre de phénomènes échappant aux lois actuellement connues de
la science. Vouloir pousser plus loin ces conclusions, c’est préjuger
d’un résultat théorique encore très obscur.
Les travaux d’Aksakoff portent, si j’ai bonne mémoire, sur un
tout autre genre de contrôle. Étant donné la possibilité qu’ont ces
formes matérialisées de prendre corps et de s’évanouir
instantanément, le savant russe procéda ainsi.
Il prépara un bain de
paraffine
maintenu à l’état liquide
pendant la séance d’études. Quand le médium fut endormi et que
les premières formes matérialisées se manifestèrent, on pria le
principe intelligent qui donnait naissance à ces phénomènes de
faire en sorte de plonger une des mains matérialisées dans le bain
de paraffine, en ayant bien soin de laisser les doigts écartés. Ce qui
fut fait.
8
Ensuite la main matérialisée ainsi entourée de paraffine fut
incitée à se plonger dans un bain d’eau froide. La paraffine prit de
suite une consistance solide et la main ne pouvait sortir d’un tel
moule que par deux moyens :
1° Soit en le brisant ;
2° Soit en fondant sur place.
Ce dernier moyen fut employé par la matérialisation et Aksakoff
obtint ainsi une série de moules très curieux, moules de mains, de
pieds, de têtes même, dans lesquels l’orifice de sortie était beaucoup
plus petit que l’objet moulé en creux.
Plusieurs spécialistes, appelés à se prononcer sur ces
productions, déclarent la confection de ces moules impossibles par
les procédés ordinaires.
Voilà donc le type des expériences scientifiques faites sur cette
mystérieuse force psychique. Nous ne parlerons pas des faits
observés par des expérimentateurs peu instruits, ou produits en
vue d’une théorie préétablie. Ce que nous voulions bien faire
comprendre, c’est que des savants de grand mérite se sont occupés
de cette question et qu’on peut aujourd’hui étudier ces phénomènes
sans être un dangereux aliéné ou un triste sectaire ; bien plus, le
public impartial attend avec impatience que des hommes sérieux et
éminents s’occupent de ces questions et lui fassent part de leurs
observations.
Tel est le cas de M. de Bodisco.
Nous avons eu l’occasion de voir M. de Bodisco à Paris et de
parler ensemble de ces études. Depuis de longues années déjà, M.
de Bodisco s’occupait de ces questions et nous avons pu remarquer
ses qualités d’observateur impartial et sa grande prudence dans la
conduite des expériences.
Fort instruit, travailleur, et d’une intelligence remarquable, M.
de Bodisco a fait partie dès sa jeunesse de cet admirable corps
diplomatique de l’Empire de Russie. Son père, ambassadeur russe
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près la République des États-Unis, épousa là-bas une des plus jolies
femmes de l’Amérique. L’histoire de ce mariage d’inclination est
tout un roman par elle-même. Vous dire comment le ministre
remarqua dans une cérémonie qu’il présidait la future compagne de
sa vie, parmi les pensionnaires du plus aristocratique des couvents
de la République, comment la jeune fille accueillit la demande de
M. de Bodisco père, ce serait outrepasser notre devoir de préfacier.
L’enfant qui naquit de cette admirable union fit une partie de
ses études en Amérique, devint secrétaire d’ambassade aux États-
Unis ; puis commissaire du gouvernement Russe à l’Exposition de
Philadelphie (1876) et, pour continuer les traditions paternelles, fit
aussi un mariage d’inclination en Amérique, avec une « professional
beauty ».
De retour en Russie, M. de Bodisco fils fut nommé chambellan
de Sa Majesté l’Empereur et reçut plusieurs missions de confiance,
notamment lors de l’affaire Skobeleff.
L’homme à qui des postes aussi délicats sont confiés doit
présenter toutes les garanties intellectuelles possibles, et ce n’est
pas sans un sourire que nous avons remarqué l’excès de scrupules
qui a poussé M. de Bodisco à joindre à ses études un certificat
médical. Les temps sont heureusement passés ceux qui
s’occupaient de ces recherches étaient regardés comme des
hallucinés et des fous.
Voilà donc un observateur de plus venant apporter sa part de
recherches aux travaux faits sur cette question par une foule
d’hommes éminents, respectés par leur nom ou pour leur science.
Quelles conclusions peut-on tirer de ces observations ?
Ici la plus grande prudence s’impose. Plusieurs écoles
prétendent posséder la théorie intégrale de ces phénomènes. Nous
n’avons pas ici le loisir de trancher le différend qui sépare les deux
principales de ces écoles : l’Occultisme et le Spiritisme. La plus
grande impartialité s’impose pour nous en cette occurrence. Ce que
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nous constatons avec joie, c’est que toutes les écoles sont d’accord
pour constater que l’enseignement qui se dégage de ces faits encore
mystérieux est profondément consolateur.
Quoique la science n’ait pas à voir si ces conclusions sont
« sentimentales » ou non, il est heureux de voir détruire ces
doctrines du matérialisme néantiste par la logique impitoyable du
fait. Il est beau de voir que la morale prend de nouvelles forces en
s’appuyant sur le spiritualisme devenu scientifique et que la
question du libre arbitre et de l’immortalité de l’âme est résolue par
le phénomène spiritualiste.
Cette conquête est assez précieuse pour que nous ayons une
profonde reconnaissance à M. de Bodisco qui vient appeler
l’attention du public sur des expériences curieuses et longuement
méditées. En publiant ses notes, en contribuant à déchirer le voile
affreux de doute qui pèse sur l’avenir de l’âme, il a grandement
mérité de l’Humanité !
PAPUS,
Directeur de
l’Initiation
,
Président du Groupe d’Études ésotériques,
Officier d’Académie.
INTRODUCTION
I la lecture de cet humble essai vous laisse, lecteurs,
l’impression qu’il n’est pas conforme aux sciences officielles
et encore moins à l’esprit de l’Évangile, approfondissez-le
S
11
et digérez-en le vrai sens ; car vous trouverez alors que sa portée
vous aura échappé.
Vous arriverez bientôt à vous convaincre que mes expériences
pratiques invitent l’homme à ne plus se tenir dans le cadre de ces
sciences qui le poussent à s’occuper uniquement du bien-être de son
moi
physique, au détriment de son
soi
éternel, en lui montrant, par
les lumières transcendantales du spiritisme, pourquoi les miracles
de l’Évangile, sublimes dans leur simplicité, peuvent être acceptés
sans pousser le matérialiste au
credo quia absurdum
, et subir le
jugement des sciences expérimentales, sans porter ombrage à leur
caractère divin.
RÉSUMÉ
DE MES EXPÉRIENCES PERSONNELLES
12
SPIRITISME EXPÉRIMENTAL
_______
RÉSUMÉ
DE MES EXPÉRIENCES PERSONNELLES
Sans participation de Médiums de profession
N admettant la alité des faits divulgués dans les
séances démonstratives spiritualistes, cette réalité
devient par cela même la preuve évidente et indiscutable
de la continuation de notre existence
personnelle
après la mort.
Convaincu de l’importance de ces démonstrations, je me suis
entouré, dans mes recherches psychiques, de toutes les précautions
possibles, afin de pouvoir non seulement obtenir la répétition des
mêmes faits à des séances composées de personnes complètement
étrangères à celles des séances précédentes, mais aussi de parvenir
à la confirmation de leur existence dans les milieux les plus divers,
et afin de pouvoir confier à ce petit résumé que ces phénomènes
n’ont pu, après examen approfondi et entrepris sans parti pris,
laisser dans mon esprit aucun doute de leur évidente réalité.
E
13
Malgré le pressentiment que la publication des faits que je suis
arrivé à produire et à constater serait capable de donner prétexte à
me faire passer pour ce que je ne suis pas, vu que les expériences
qui ont pour but ces évocations ne pourraient être faites
ad libitum
à cause de l’extrême subtilité de la matière qu’il faut obtenir pour
pouvoir produire leur réalisation et les conditions psychiques dans
lesquelles il faut parvenir à se placer soi-même, je me suis décidé
néanmoins, après trois ans d’hésitations, à publier le sumé de
mes recherches dans les études pratiques des sciences occultes ; j’ai
la certitude que toute personne, étant à même de vaincre sa
superstition religieuse, et de supporter l’ironie et le dédain du
monde scientifique, pour se livrer à l’étude expérimentale des forces
latentes de son éternel
soi,
obtiendra des résultats bien plus
palpitants d’intérêt que les miens, et cette raison m’a aidé à
surmonter mes hésitations.
J’ai l’espoir que mes assertions, confirmées par des preuves
matérielles, obtenues dans mes expériences pratiques, ainsi que ma
bonne foi, seront crues, et que cette croyance pourra inviter à la
méditation, et devenir par cela une source de consolations, et même
d’un intérêt matériel, en faisant naître dans l’esprit de beaucoup de
personnes de la classe instruite le désir d’échanger les passe-temps
habituels et souvent futiles de leurs soirées contre des occupations
utiles et agréables dans le but d’obtenir de nouvelles connaissances
sur les vraies propriétés de ce corps subtil, connu sous le nom de
corps astral
, qui est, je puis l’affirmer d’après toutes les données
que j’ai pu obtenir, comme résultat de plusieurs années de
recherches psychiques, le seul lien physique qui réunisse le monde
visible au monde invisible, et qui rende entre ces deux mondes des
communications intelligentes absolument possibles.
Dans la conviction que chaque étude, rendue populaire, sur les
propriétés de ce corps sera pour l’humanité d’un intérêt
incalculable, je me suis décidé à soumettre au public le résumé de
mes expériences personnelles, en l’accompagnant d’une profession
de foi qu’autrement je n’aurais voulu communiquer qu’à des initiés,
ou la garder simplement pour le cercle de mes intimes.
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PROFESSION DE FOI
PRÈS plusieurs années de travail et bien des heures
passées dans la méditation, je suis arrivé à certains
résultats matériels, qu’aujourd’hui je crois nécessaire de
soumettre à l’examen de la science.
Le philosophe, n’importe de quelle école, trouvera ample matière
à réflexion et peut-être même la solution de bien des questions.
M’étant muni de toutes les précautions possibles, mon but était
de rassembler des faits véridiques, laissant aux autres le soin d’en
tirer leurs déductions et leurs conclusions.
Passant les frontières d’un monde inconnu dont l’Église seule a
pu nous révéler officiellement quelques-uns des mystères, je fus
saisi d’une religieuse vénération devant les horizons nouveaux qui
s’ouvraient à mes sens, et je fus heureux de sentir grandir en moi
la possibilité d’aider aussi à mettre un frein au plus grand fléau de
notre siècle : le
matérialisme
, et de pouvoir le combattre par ses
A
15
propres armes, c’est-à-dire par des faits matériels défiant toute
explication humaine.
Ce n’est pas par des hypothèses, par des suppositions, ni par de
vaines paroles, que je veux ouvrir les yeux à ceux qui ne croient quà
la matière et aux lois qui la gouvernent, mais je veux les convaincre
par des faits matériels, venant d’une force intelligente, gisant non
en nous-mêmes, mais appartenant à des êtres ayant une
personnalité, agissant avec la permission d’autres êtres, dont la
hiérarchie monte jusqu’au Dieu unique, personnel, créateur de
l’univers.
Par un récit bien simple, peut-être banal même, sur des faits de
la vie de tous les jours, dans une langue à la portée de tout le monde,
je touche à des questions bien graves – de la compétence même des
plus hautes autorités scientifiques pour les voir se résoudre
simplement de soi-même, tout en n’ignorant pas que je cours le
risque d’être pris pour un imposteur, un crédule ou un illuminé,
halluciné de l’ouïe, de la vue et du toucher.
Devant une pareille supposition, je ne puis offrir aux incrédules
que l’examen des faits que j’avance, mon serment sur leur
authenticité et, enfin, consentir à me soumettre à un examen
médical, dans le cas où le certificat que je publie ci-après ne
paraîtrait pas suffisant.
Mes expériences matérielles m’ont conduit à la conviction que,
dans l’application de l’amour pour son prochain, c’est-à-dire
simplement dans la bonté, gît pour l’homme, fils de Dieu, une force
nouvelle, une force matérielle, bien plus grande que toutes les
autres forces connues dans la nature.
Cette force est la seule qui soit à même de soulever le rideau qui
sépare le monde visible du monde invisible, et c’est bien l’égoïsme,
la peur et l’ignorance, tous enfantés par le matérialisme, qui ont
temporairement paralysé cette force et nous ont éloignés de ce
monde invisible, qui veut nous livrer son secret et qui demande à
être étudié pour apparaître à nos yeux afin que la vie terrestre et la
vie de l’au-delà ne fassent qu’une, et que l’homme puisse pendant
sa vie terrestre obtenir pour l’altruisme les sens nécessaires,
16
inconnus aux humains, de pouvoir décomposer son corps en matière
première et le reprendre avec la permission de l’Être personnel et
suprême afin d’arriver à l’immortalité, sans passer par le mystère
de la mort.
G. de BODISCO,
15, place Saint-Michel, Saint-Pétersbourg.
14/26 décembre 1889.
NOTA. Pour que l’exemple de la mort du Seigneur Jésus-Christ ne puisse
être cité contre la réalité d’une pareille affirmation, il est évident que le
Seigneur Jésus-Christ, comme Dieu, n’avait pas besoin de passer par les
mystères de la naissance et de la mort et qu’uniquement il l’a fait pour se
mettre au niveau du peuple hébreu et mieux impressionner l’univers afin que
sa glorieuse doctrine, l’amour du prochain, puisse être comprise et mise en
action.
CERTIFICAT
Délivré à M. CONSTANTIN-ALEXANDROWITCH DE BODISCO, chambellan de Sa
Majesté l’Empereur, pour constater que l’ayant, sur sa demande, examiné au
17
point de vue médical, je l’ai trouvé jouissant jusqu’à ce jour d’une santé
parfaite.
En foi de quoi j’ai apposé ma signature et mon sceau.
15 février 1891.
Signé
: Docteur de l’hôpital militaire Nicolas, de Son Altesse Impériale
Madame la grande duchesse Marie-Alexandrowna, duchesse d’Édimbourg, M.
BERTEVSON
2
.
SPIRITISME EXPÉRIMENTAL
_______
RECUEIL
DE
PREUVES PHYSIQUES
_______
Affronter le ridicule pour faire
triompher la vérité, c’est
paralyser son dard.
18
I
Effets physiques
N
pleine lumière.
Coups intelligents venant du
plancher, des tables et des fenêtres. Coups dans le
lointain, coups sourds faisant l’effet d’une décharge
électrique, suivis d’un apport vivant.
Dans l’obscurité.
Coups forts et intelligents. Soulèvement des
quatre pieds de la table ; la table me suit et prend la direction que
j’indique. Mouvements distincts d’un crayon, placé sur la table ;
crayons, papiers et objets jetés par terre et remis sur la table.
Frôlements de morceaux de papier volant autour de la chambre.
Bruits sur le lustre, bobèches instantanément mises à ma demande
dans les mains de chacun des assistants. Apparitions répétées
d’une main fluidique parcourant la table avec une vitesse extrême,
causant à son approche une sensation de chaleur. Cette main se
soulève et disparaît en montant graduellement dans la direction
d’un des coins du plafond.
Apparition au mur de mon nom et de phrases en lettres
lumineuses. À ma demande, ces lettres changent de dimensions et
deviennent tantôt petites, tantôt grandes.
Feux follets imitant les papillons japonais, points lumineux et
auréoles paraissant et disparaissant.
Apparition d’une belle croix lumineuse tantôt petite, tantôt
grande. Quand cette croix passe par-dessus la tête, elle produit un
sentiment de vénération et de torpeur.
E
19
II
Écritures mécaniques
Écritures obtenues avec ou sans contorsion de la main qui tenait
le crayon sous la mienne. Quelquefois ces écritures étaient
illisibles ; mais, à ma demande de les répéter, l’illisible devenait
parfaitement lisible.
Le contenu de ces écrits était des plus variés et inattendus.
Souvent ces communications avaient un fond de haute
philosophie, sous une forme gaie, joyeuse et légère.
Les réponses à mes propres questions me donnaient la parfaite
conviction qu’elles ne pouvaient être le résultat de ma suggestion,
ni connues de la personne qui tenait le crayon.
À des questions mentales faites par d’autres personnes,
j’obtenais des réponses directes.
Choses matérielles prédites, sans même y avoir pensé ou les
avoir demandées, et absolument arrivées dans l’espace du temps
assigné.
Confirmation de la doctrine spirite de l’incarnation.
Communications sur la civilisation assyrienne qui, bien
qu’hétérogène à la nôtre, n’en était pas moins aussi avancée. Vu le
manque de lucidité
, l’esprit m’informa qu’il ne pouvait m’instruire
que sur des faits qui ne dépassaient pas le règne de
Nabuchodonosor
3
.
20
Confirmation que tout sentiment, que toute pensée se
matérialise et possède un corps, et que chaque action ou fait se
reflète dans l’espace.
Souvent, les esprits m’ont communiqué que les prières des
mortels leur sont d’une grande utilité, et que le chagrin causé par
leur mort les trouble, étant une preuve d’égoïsme et de manque de
foi des vivants dans la réalité de la vie future et du bonheur qu’elle
nous réserve
4
.
Souvent, j’ai pu obtenir dans des conditions exceptionnelles des
preuves indiscutables que nous sommes entourés d’un monde
d’intelligences invisibles, qui s’intéressent à nos affaires, d’un
monde qui demande à se révéler, et qui peut communiquer avec les
personnes médianimiques par divers moyens, mais avec les
personnes n’ayant pas encore développé cette force seulement par
la voix de la conscience pour les pousser tous au bien, ou à des actes
d’égoïsme, selon l’existence que ces esprits ont menée pendant leur
vie terrestre, ou selon notre propre conduite, qui nous place dans la
sphère de leurs influences, bonnes ou mauvaises.
La mort, ayant réduit en matière première leurs corps
physiques, n’a pas déraciné de leurs âmes leurs ambitions
terrestres, par exemple l’
anxiété
qu’ils éprouvent encore, même
dans l’autre monde, pour leurs proches d’ici-bas ; ils trouvent leur
enfer, et ils y restent jusqu’à ce que leurs âmes assombries
deviennent épurées par un rayon de clarté, qui les pousse à des
confessions. Ces confessions sont des plus étranges, souvent
accompagnées de noms, de lieux, de dates et de faits faciles à
vérifier.
Un jour un esprit me communiqua qu’à cause de son ambition
« monumentale », il se trouvait dans une sphère très inférieure, et
me demanda de lui rendre certain service. « Oui, mon ambition
monumentale m’a perdu. Je n’ai pas le bonheur de le voir, car il se
trouve dans une sphère élevée. Ne me demandez pas son nom. Vous
le savez, car, pour pouvoir mieux l’enfoncer, c’est moi qui ai tout fait
pour que ce mariage eût lieu ; enfin, espérant ensuite aberration
21
mentale – occuper sa place. Cette confession est un poids de moins
et me soulage. »
Une autre fois, voulant obtenir un conseil afin de soulager les
souffrances d’un ami malade, l’esprit me répondit : « Il est tout prêt
pour accepter l’éternité. Pourquoi l’en empêcher ? »
Trois semaines plus tard, mon ami n’était plus de ce monde.
III
Écritures au moyen de coups frappés
À la lumière.
Exemples : « J’ai profité d’un moment de loisir
pour voir d’autres planètes ; les splendeurs de ces mondes sont
inénarrables, rien n’est comparable au bonheur de parcourir
librement ces espaces immenses et de s’imprégner visiblement de
la présence de Dieu. »
« Toutes ces fiances me troublent et m’irritent. Vous voudriez
savoir des choses intéressantes ; je désirerais bien vous en dire,
mais les plus intéressantes sont intraduisibles, les mots
manquent. »
« L’espoir du Spiritisme est dans l’avenir. Par la prière et la
persévérance, vous arriverez à dévoiler enfin le mystère qui
l’entoure. Le spiritisme nous console dans la séparation de ceux
dont nous chérissons la mémoire
5
. »
« Les voies de la Providence sont insondables, cher enfant. »
22
IV
Écritures directes
Dans l’obscurité.
Au moins une vingtaine de fois j’ai assisté
aux phénomènes suivants : sans l’aide d’une main humaine, sans
exercer la moindre volonté, le crayon de soi-même se lève pour
écrire des communications en slave, russe, vieux français et anglais.
Écritures rouges, bleues et noires sans que des crayons rouges ou
bleus soient dans la chambre.
Exemples en langue slave :
SÉANCE DU 3 JANVIER 1889
« La matérialisation m’est difficile. Je n’ai pas de forces
aujourd’hui. Aux jours prochains, Bodisco peut être chez toi. Invite
toutes les personnes ici à la table sans vous promettre, mais peut-
être.
« BON GÉNIE,
s’appelant pendant sa jeunesse GOROSLAVN.
« D. C. C. C. ans d’aujourd’hui. »
23
SÉANCE DU 25 FÉVRIER 1889
6
« La matérialisation ne peut avoir lieu. Dans le passé, quand je
disais que je le pourrais, je venais ; mais, aujourd’hui, je ne puis
apparaître. Il sera de même pour tous les jours suivants parce que
je n’ai pas et que je n’en aurais pas la permission
7
, mais en
attendant, ne m’appelle plus et ne m’invoque pas. Je transporterai
mon esprit dans un autre corps.
« BON GÉNIE GOROSLAVN.
« Tu verras encore Haha
8
, mais elle non plus ne pourra pas
apparaître aujourd’hui. »
Lettres brûlées au milieu d’une feuille de papier ; odeur du
papier brûlé
9
se répandant dans la chambre, mais la flamme
n’apparaît que lorsqu’on allume une bougie, et s’éteint aussitôt.
Dessin en or d’une tiare papale avec des clefs, éclaboussée de
sang avec une tache de sang au-dessous, signé de la lettre A et le
papier brûlé autour. Tout ce dessin a été exécuté instantanément
sur un papier que je tenais sous la main, marqué d’avance d’un
24
signe que seul je connaissais. Trois coups sont frappés ; je retourne
le papier et je trouve en dessous, en vieux français, la réponse à la
question que je venais de faire, ainsi conçue :
« Vous voulez savoir mon nom ? »
« Voici mon emblème ! »
25
Paysage d’un château au crayon bleu.
Portrait au crayon bleu du propriétaire, signé « Édouard à la
plume bleue ». Édouard était un chevalier du temps de Georges
d’Angleterre. Portrait de sa femme avec l’inscription : « Ma femme
assassinée cent ans de cela, le 5/17 décembre, à onze heures et
demie du soir. » Portrait et nom de l’assassin de sa femme. Édouard
me communiqua qu’il serait privé pour deux cents ans de la
lumière, d’après notre calcul du temps, pour avoir assassiné
l’assassin de sa femme.
ÉDOUARD À LA PLUME BLEUE.
Je demande à l’esprit comment soulager un membre de ma
famille souffrant des oreilles.
Le crayon se lève de lui-même pour tracer la phrase suivante :
« Docteur Nicholson, 10, rue Drouot, Paris. »
Pour vérifier cette communication, le soir même, j’écrivis à
l’adresse indiquée au docteur Nicholson, sans n’avoir jamais
26
entendu ce nom. Par la réponse du docteur, j’appris qu’il traitait les
maladies d’oreilles, et qu’il demeurait effectivement dans la rue
Drouot.
Plus d’une fois, sans résultat, je suppliai un esprit de m’indiquer
comment faire pour rendre la vue à un ami aveugle depuis huit ans.
J’obtins enfin la réponse suivante, écrite de la main de l’esprit :
« C’est impossible, ne demande jamais ce qui n’est possible que
pour Lui. »
À différentes séances, j’ai obtenu les phrases suivantes tracées
de la main de l’esprit :
« Nabuchodonosor se tenait près de toi, dommage que tu n’as pas
su profiter de sa haute science. »
« Zoroastre te protège. »
« Pendant tes rêves de nuit, pendant tes visions du jour,
l’espérance, ton compagnon de route, te conduit.
« Foi, patience et courage, tu parviendras. »
«
Si Deus nobiscum, quis contra nos
?
»
À la troisième fois que je me suis adressé à l’esprit, pour savoir
quelle est la base de toute chose humaine, la réponse apparaît de
soi-même dans ma main en langue slave.
Je déclare que les écritures directes du 18 octobre 1888, ainsi
conçues :
« Bodisco aura grande manifestation.
« Bodisco aura vision prochaine séance », dont les originaux se
trouvent dans mon album de spiritisme et obédaïsme, m’annonçant
grande manifestation et visions, se sont réalisées le 28 novembre
1888, dans des conditions où le doute le plus invétéré ne serait plus
possible.
Le 16 janvier 1891, j’ai reçu directement d’un esprit l’inscription
hiéroglyphique ci-après, dont l’original se trouve dans mon album.
27
Je demande à l’esprit ce que signifie cette écriture.
L’esprit traça de sa main :
« Donne une feuille propre, tu sauras tout. »
Je trouve sur le papier, que je venais de marquer, l’écriture
suivante :
Égypte, hiéroglyphes
10
.
C’est le triangle d’Osyris, vieille inscription, testament.
La mort d’Arzhtiyzhk
tué à
Cztu, assassiné par son frère.
28
V
Apports
Dans l’obscurité.
Objets dématérialisés par l’esprit, transmis
à travers la matière, tels que : murs, fenêtres et portes de la
chambre, pour être matérialisés sur la table, et dématérialisés
ensuite, tels que : fleurs, objets de toilette, pièces d’argent, bagues,
livres, etc.
Pièces d’argent prises de ma poche sans que je l’eusse remarqué,
et matérialisées sur la table, mon porte-monnaie étant resté dans
ma poche.
Vu la haute importance scientifique de cette expérience, je l’ai
fait répéter souvent dans des milieux les plus divers de la société.
Une enveloppe cachetée contenant des écritures directes sur le
papier qui s’y trouvait, annonçant qu’une lettre fluidique devait
apparaître prochainement sur un monument public, me fut remise
en main. La lettre lumineuse apparut en effet, et des milliers de
personnes en furent témoins. Cet évènement causa tant d’émoi et
fut le sujet de tant de conversations dans la ville que je crois de mon
devoir d’en faire un récit plus détaillé, et de donner en russe une
copie de l’original :
29
Si je ne me trompe, ce fut la première fois qu’une démonstration,
due au spiritisme se produisit publiquement. Quoi qu’il en soit, sans
entrer plus au fond de son origine, je désire faire un récit détaillé
de toutes les circonstances qui avaient précédé ce fait curieux, afin
de laisser à chacun la possibilité d’en tirer sans parti pris ses
propres conclusions.
Douze personnes de la plus haute respectabilité, qui avaient
assisté à cette séance spirite du 29 novembre 1889, signèrent un
procès-verbal, déclarant n’avoir personnellement rien fait qui
aurait pu influencer ou induire en erreur qui que ce soit, sur tout ce
qui avait rapport aux démonstrations curieuses dont elles avaient
été témoins pendant cette soirée.
Au commencement de la séance, sans l’aide d’une main
humaine, le crayon traça, dans le bois d’une des planches de la
table, la phrase suivante : « Bodisco sera récompensé ! » Bientôt
après, je sentis distinctement qu’une main d’esprit matérialisée
mettait dans la mienne une enveloppe cachetée. En la décachetant,
j’y trouve un papier portant en langue russe l’inscription suivante :
« Par une nuit sombre, sans lune, placez-vous près du palais
d’hiver, du côté de la place réservée aux parades, vis-à-vis de la
colonne Alexandre, vous verrez sur la colonne un
N LUMINEUX. »
Malgré les plaisanteries et les affirmations qu’une pareille
démonstration était non seulement impossible, mais même qu’il
était ridicule d’y penser, je persistai dans ma résolution de tout
examiner par moi-même, et, le 2 décembre 1889, je me rendis à
minuit devant la colonne. Je portai longtemps mes regards de tous
côtés, sans cependant remarquer la moindre trace de reflet ou
d’apparition de la lettre.
Le 7 décembre, à onze heures du soir, par hasard, accompagné
dans mon landau de plusieurs personnes de mes connaissances, je
traversai la place Alexandre. Avant d’y arriver, je me sentis pris
d’une grande concentration, désirant fermement que le phénomène
promis s’accomplît devant témoins. À peine étions-nous arrivés sur
30
la place que je fus stupéfait en voyant enfin une preuve, non pas
confinée dans les quatre murs d’une chambre, mais là, au grand air,
sur une place publique, sur le granit, et à une hauteur la main
humaine ne pouvait rien préparer d’avance sans la permission des
autorités ; c’était enfin une preuve éclatante, prédite par des
écritures directes, et qui constatait la possibilité d’un miracle dans
un siècle aussi matériel que le nôtre.
Voyant cet N lumineux, je me sentis récompensé des
innombrables désagréments que j’eus à souffrir, et que j’ai encore à
supporter à cause de mes occupations spirites.
Donnant l’ordre d’arrêter l’équipage, je sortis. Une forme
vaporeuse et blanchâtre, qui tenait l’N, s’évanouit à mon approche
vers la colonne. Mon attention, ayant été attirée vers cette forme
éthérée par une des personnes qui faisait partie de la compagnie et
qui, par superstition religieuse, était hostile à mes occupations
spirites, m’assura que cette vision n’était point une hallucination.
J’attire aussitôt l’attention du factionnaire des grenadiers de la
garde du palais, et je l’invite à regarder l’N. Il me déclare alors
qu’il
voyait cette lettre pour la première fois
, quoique, depuis bien des
années, il fît régulièrement son service en cet endroit. « N’oublie pas
d’en faire, demain, un rapport à ton chef », lui dis-je.
Toutes les personnes qui m’accompagnaient descendirent de
l’équipage pour examiner l’N de plus près et nous partîmes sans
pouvoir nous expliquer cette apparition comme provenant dune
cause physique.
La même nuit, à deux heures du matin, une nombreuse société
se rendit à mon invitation spéciale en équipages à la place
Alexandre, toute disposée à rire de ma soi-disant folie ; mais quel
fut leur étonnement lorsqu’ils y aperçurent non seulement un N
lumineux, mais encore des points lumineux reliant cette lettre à
une grande unité, apparaissant de l’autre côté de la colonne et que
personne n’avait remarqué à onze heures du soir.
Une explication tendant à prouver la cause de l’apparition fut
donnée par un colonel présent et gaiement acceptée par la société.
31
C’était, selon lui, l’esprit de Napoléon Ier venu pour inspecter le
monument érigé en l’honneur des victoires russes.
Le factionnaire qui avait relevé de garde son camarade de la
soirée voyait aussi cette lettre pour la première fois.
Le lendemain, le 8 décembre, je remis personnellement au
colonel chef des grenadiers du palais, et sous la surveillance duquel
se trouvaient tous les monuments publics, une petite notification de
l’évènement de la veille. Mon intention était qu’il y eût, dans les
archives, un document relatant ce fait curieux.
Le colonel me dit que c’était la première fois qu’un de ses
grenadiers lui eût fait un pareil rapport. « Il y a bien des années que
je commande ici, me répliqua le colonel, et jamais cependant je n’ai
ni entendu parler ni vu personnellement sur aucun monument
soumis à ma surveillance la lettre N. »
Durant trois semaines, cette lettre paraissait tous les soirs, mais
sa lumière devenait de plus en plus faible, et enfin, elle disparut
totalement.
L’émoi causé par cet incident eut pour suite la propagation de
toutes sortes d’histoires superstitieuses.
Quelques jours plus tard, je reçus de l’intendant du palais, en
réponse à une information que je désirais avoir, une lettre qui
m’annonçait qu’il avait donné l’ordre de changer tous les verres des
réverbères placés autour de la colonne Alexandre, vu qu’il supposait
que la lettre N, cause de tant de bruits si divers, ne pouvait être
d’une autre provenance que le produit du reflet d’un petit
i
russe,
gravé dans un des verres de la lanterne dans l’inscription de la
marque de la raison sociale de la maison commerciale « Siemens et
Halsiœ. »
Ainsi fut clos un incident qui avait fait tant de bruit ; mais son
explication, par une cause purement physique, telle qu’on
l’acceptait, ne pouvait me contenter, par la raison suivante :
Je n’avais aucun motif de mettre en doute l’honnêteté des
personnes qui avaient signé le procès-verbal de la séance du 29
novembre 1889. D’après des informations puisées à bonne source,
ces mêmes verres se trouvaient depuis longtemps dans ces mêmes
32
réverbères, et alors il devient évident que le 2 décembre, quand je
me rendis à la colonne,
uniquement
dans le but de voir l’N en
question, j’aurais indubitablement le voir. Il est encore plus
étrange et difficile à expliquer que personne n’eût remarqué cette
lettre lumineuse avant le 7 décembre et que ce ne fût qu’après la
séance spirite du 29 novembre que toute la ville alla contempler ce
phénomène extraordinaire. Les deux factionnaires qui étaient de
garde, l’un à onze heures de la nuit et l’autre à deux heures du
matin, ainsi que leur colonel, m’avaient témoigné qu’ils voyaient cet
N pour la première fois. L’N se détachait par sa clarté lumineuse
du reste de la colonne et apparaissait sur le granit à une hauteur
un peu plus élevée que les verres des réverbères ; elle était
calligraphiquement faite et d’une dimension au moins quarante fois
plus grande que la petite lettre supposée lui donner son reflet. Je
ne doute pas que les points et l’unité, qui se trouvaient de l’autre
côté de la colonne, trouveront également une explication analogue,
afin que la loi occulte se confirme que tout phénomène
incompréhensible à la masse sera toujours expliqué pour les non-
initiés par une simple cause physique.
Aux personnes disposées à penser que tant de persévérance pour
éclaircir l’origine de la lettre N mériterait un but plus digne, je
réponds qu’ils comprendront un jour que c’était leur matérialisme
qui les empêchait de concevoir toute l’importance d’une recherche
entreprise sans parti pris pour donner à chacun la possibilité d’en
tirer ses propres conclusions.
Dessin au crayon, portrait d’un esprit signé de son nom en
langue slave avec la notification, écrite dessous, qu’il avait vécu sur
la terre il y a huit cents ans. Je reconnus par la ressemblance du
portrait, dont l’original se trouve dans mon album, que c’était le
même esprit qui s’était matérialisé trois mois avant, pendant une
séance à laquelle aucune des personnes présentes n’avait assisté.
33
PORTRAIT DU BON GÉNIE.
Cet esprit, en prenant le nom de Bon Génie, me communiqua en
langue slave par écrit que la matérialisation lui était pénible
11
et
qu’à l’avenir, il n’aura pas la permission de se matérialiser.
À la lumière.
Une demoiselle, possédant une grande force
médianimique passive et subissant mon influence,
indépendamment de ma volonté, demanda un apport vivant. On
servait le thé à une table éclairée de deux candélabres à cinq
bougies. Au moment je demandais un apport, un bruit sourd,
venant de loin, se fait entendre, ressemblant à une décharge
électrique, et un pigeon s’abat avec bruit à la vitre de la fenêtre. Je
l’ouvre, l’oiseau se laisse prendre, et ce fut avec un sentiment de
contentement que je pus m’écrier, en présentant le pigeon : « Voilà
l’apport demandé. »
Cinq personnes avaient assisté à cette curieuse expérience. Avec
toute leur bonne volonté, elles ne purent l’expliquer autrement que
par le fait d’une étrange coïncidence. Plus tard ces personnes
34
m’affirmèrent que c’était probablement un hibou qui, cherchant sa
proie, avait effrayé des pigeons, dont l’un était venu s’abattre à
notre fenêtre, et ceci encore dans les alentours de Saint-
Pétersbourg.
VI
Matérialisation partielle
Dans l’obscurité.
– Apparition
visible
du corps astral en nuages
blanchâtres, prenant la forme de boules lumineuses, quelquefois de
différentes couleurs, disparaissant en spirale et suivi
d’attouchements délicats. Frôlements de doigts à travers mes
cheveux. Enlèvement avec précaution de ma bague, que la main
fluidique plaça sur la table en écrivant : « Dans un an, je reprendrai
ta bague. » Bagues ôtées à d’autres personnes et mises à mon doigt.
Une petite main toute tiède, en se plaçant dans la mienne,
produisant en moi un sentiment de bonheur et d’extase et
s’évanouissant au moment de sa disparition, sans que je sentisse le
moindre mouvement, et quoique de mes deux mains je tinsse cette
main dans les miennes.
En même temps une voix se faisait entendre en me chuchotant
à l’oreille la promesse de se matérialiser et de me faire voir une
vraie beauté éthérée, entourée de son auréole et de toute sa gloire.
Cette voix me disait :
« Tu es le seul lien qui me retient à cette terre et m’attire d’une
sphère plus brillante. Pour que tu puisses remplir ta mission ici-
bas, je te soutiens par la main. Cherche, bien-aimé, à augmenter ta
force pour fermer le cercle magique qui nous réunit. Trouve une
personne de haute spiritualité. Je suis devant toi, ta vue est encore
35
trop matérielle pour pouvoir me voir. Je ne puis pas encore me
matérialiser complètement. Je souffrirais trop. Quand tu
m’appelleras, je serai toujours près de toi. Tu me demandes
comment augmenter ta force ? Courage et patience ! »
Tout un roman idéal s’ensuit, teint d’un amour sublimé, auquel,
malgré les expressions de passion, aucun sentiment matériel n’est
venu se mêler.
Les deux communications suivantes donnent une idée de la force
d’expression de cet amour sublimé.
« Janvier 1889.
« Dearest love, my own on earth, you are the tie and call me from
a brighter sphere. You are to do a glorious work; hand in hand, we
walk the earth. I shall be your guid and star. You cannot live alone
while I in merriment and glee. Now I come to abide with thee. The
pail face medium will disappear. I shall then be alone with thee.
Find the strength you must obtain and so connect the magnetic
chain.
« The sphere you daily walk in life is faith. You are to pass
through a great trial, and you will require only strength. Find the
one you feel you like and sit twice a week. I can then help you. To
all it must be a lady of
great
spiritual mind.
« Keep back influences that are not in spirit life.
« Persue in thy work, that which links heaven and earth, mortal
and devine. »
Le 16 janvier 1891, communication écrite à l’encre de la main de
l’esprit et mise dans la mienne.
Je suis Mineââh, sœur âme de la tienne,
Qui t’aime et qui soupire en t’attendant toujours.
Ne sens-tu pas tout près ma caressante haleine
Qui te serre et t’étreint du plus brûlant amour
Tu me fais trop souffrir... Alors que tu pourrais
Matérialiser ton inutile flamme
Et donner un beau corps à celle, à tout jamais,
36
Qui . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Puis l’esprit me donne en vers des indications comment
matérialiser l’amour et donner un beau corps matériel à un esprit,
sans qu’il soit obligé de passer par les mystères de la naissance.
L’héroïne du poème
Hiawatha
de Longfellow, Minnehaha (Eaux
riantes), épouse de l’Indien Hiawatha qui, selon ma supposition,
n’existait que dans l’imagination du poète américain, m’informa
qu’elle était, dans une existence antérieure, assyrienne, esclave du
roi Nabuchodonosor, mise à mort par son ordre. Cet esprit s’est
matérialisé pour me faire savoir verbalement et par des écritures
directes qu’il prenait un grand intérêt à mon existence terrestre.
Souvent, dans des circonstances les plus variées, sa main, une main
adorable, que je sentais dans la mienne, une main réelle,
s’évaporait et disparaissait pour réapparaître de nouveau, en
caressant mes cheveux ; de sa voix douce, elle me chuchotait à
l’oreille les choses les plus tendres et témoignait son désir de se
matérialiser, afin que je puisse voir ce que c’est que la vraie beauté,
dans toute sa gloire et dans toute sa splendeur. Enterrée nue
12
, elle
ne voulait pas se matérialiser ainsi. Je devais augmenter ma force
pour que la matérialisation lui fût possible.
La légende populaire raconte que le poète Longfellow disait que,
quand il se sentait inspiré, deux êtres évaporés apparaissaient dans
sa chambre pour lui dicter ses poésies. Encore aujourd’hui, les villes
de Boston et de Minneapolis se disputent la place de la sépulture
de Minnehaha.
Au mois de juin 1891, Minnehaha, ayant pris possession du
corps endormi du médium, me fit par la voix du dium les
communications suivantes
13
:
1. Dans les vers qu’elle m’avait transmis de mains en mains, le
16 janvier 1891, il n’y avait d’elle que les vers du commencement et
de la fin, tandis que les vers du milieu étaient de Cantemir le
Lithuanien, qui s’était emparé, malgré elle, de mon fluide.
37
2. Grâce à ma grande foi, nos communications devenaient de
plus en plus faciles et elle m’expliqua l’influence du sel et des
cendres dans les démonstrations spirites.
3. Les hommes d’aujourd’hui s’approchent de la lumière, mais
ils s’en éloigneront et puis la lumière se fera d’un coup.
4. Que mes idées sur la fin du monde sont à peu près correctes.
L’esprit qui, de temps en temps, inspire à certains savants de
déclarer la date de la fin du monde, basée sur des données
astronomiques et bibliques, est le même qui recommence
maintenant pour la fin du siècle à travailler cette idée dans la
cervelle humaine. Les dates prophétisées à cet effet passeront, car
l’humanité est loin d’être préparée à accepter le royaume de Dieu
sur la terre. Cette idée a souvent été exploitée dans un but
personnel.
5. Les mêmes faits sous d’autres formes reviennent. Ce qui
existe existera toujours.
6. Le corps humain peut être occupé par une légion d’esprits.
7. Peu de personnes peuvent nous comprendre ; on a tort d’avoir
peur de nous.
8. Pour reprendre ta bague, je dois la réduire en matière
première ; il n’en restera que la couleur et la forme.
VII
Matérialisation complète
Le 28 novembre 1888. « Te rappelles-tu, bon génie, que tu m’as
déjà promis de marquer dans l’Évangile les paroles qui ont été
vraiment prononcées par le Seigneur Jésus-Christ ? »
38
La voix de l’esprit. « Oui, je me le rappelle. Dans l’Évangile,
l’homme s’oriente difficilement. »
Je retire alors de ma poche un évangile, et je le place devant moi
sur la table, et aussitôt je sens distinctement comme une main
invisible qui le prend. Vite, j’allume la bougie, l’évangile avait
disparu et, malgré toutes mes recherches, impossible de le
retrouver. De nouveau j’éteins la bougie, quelque chose de lourd
tombe avec fracas sur la table, et une voix claire et sympathique
prononce les paroles suivantes :
« J’ai placé un crayon au chapitre que tu dois lire à haute voix. »
La place marquée était chapitre IX de saint Jean, que je lus à
haute voix.
J’avais à peine terminé lorsque l’esprit parla :
« Ainsi que la vue était rendue à l’aveugle, la lumière se fait
maintenant pour les hommes. »
Le Seigneur Jésus-Christ n’a-t-il pas prononcé d’autres
paroles ?
« Oui, mais je ne t’en marquerai que quelques-unes. J’ai peur
que tu puisses les mal interpréter. Je le ferai une autre fois. »
L’évangile disparut de nouveau et retomba avec bruit sur la
table. L’ayant ouvert, j’y remarquai les paroles suivantes marquées
au crayon bleu.
« Saint Marc, chap. X, verset 14... Car le royaume de Dieu
appartient à ceux qui lui ressemblent. » – Verset 15 : « En vérité, je
vous dis que quiconque ne recevra pas comme un petit enfant le
royaume de Dieu n’y entrera pas. »
« Saint Marc, chap. XIV, verset 9. En vérité je vous dis qu’en
quelque lieu du monde que cet Évangile sera prêché, ceci aussi
qu’elle a fait sera récité en mémoire d’elle. »
« Saint Marc, chap. XIII, verset 10. Mais il faut que l’Évangile
soit auparavant prêché dans toutes les nations. » Verset 11 : « Et
quand ils vous mèneront pour vous livrer, ne soyez point
auparavant en peine de ce que vous aurez à dire, et n’y méditez
point ; mais tout ce qui vous sera donné à dire en ce moment-là,
dites-le : car ce n’est pas vous qui parlez, mais le Saint-Esprit. »
39
« Maintenant je vais me matérialiser. Bodisco, quand je te le
dirai, tu allumeras une allumette et, aussi longtemps qu’elle
brûlera, tu me verras devant toi. »
Quelques moments après, un point lumineux apparaît au milieu
d’une obscurité complète, qui soudainement avait envahi la
chambre. Un bourdonnement se fait entendre, semblable au bruit
que fait la vapeur en sortant d’un tuyau. Un profond sommeil
s’empare de mon camarade, et de toute cette scène émouvante il ne
voit rien, sa tête endormie tombe lourdement sur ses bras. Le fluide
astral se condense et devient visible à l’œil. Un corps vaporeux se
forme, et luit à travers l’obscurité. Une voix sympathique
m’ordonne d’allumer en disant : « Aujourd’hui je me matérialise. »
Moment suprême ! J’allume. Devant moi parut à la lumière la
plus belle tête d’homme que j’aie jamais vue. C’était l’expression de
la bonté me, et les dernières paroles prononcées par l’apparition,
toute revêtue de blanc, resteront à jamais dans ma mémoire. Il
prononça en disparaissant les paroles : « Je te bénis. »
Cet esprit était un messager venu de l’infini pour me dire « que
les hommes sont devenus voyants » et m’a donné des ponses à
beaucoup de questions faites exclusivement dans un but
altruiste,
et dont le résumé se retrouve dans ma profession de foi et dans le
chapitre des révélations.
Une autre fois et à des intervalles de cinq minutes, la chambre,
étant complètement obscure, se trouva tout à coup éclairée
a giorno
,
sous les rayons irradiants de l’apparition d’un esprit ; ce
témoignage éloquent de notre existence
réelle
et
personnelle
dans
l’au-delà se répéta par deux fois pour me persuader et me
convaincre que je n’étais pas sous l’influence d’une hallucination.
40
VIII
Révélations
C’est avec une extrême hésitation que j’écris ces mots. Je ne puis
m’expliquer pourquoi ce bonheur m’arrive, mais je crois pouvoir
dire n’avoir jamais, dans ce tourbillon de la vie mondaine que je
mène et que j’aime, sciemment, ni en pensée ni en action, fait de
mal à personne. Grâce aux consolations que le spiritisme accorde,
et à la conviction qu’on peut réellement être en communication avec
un monde meilleur que le nôtre, tout cela absorbe mes soucis et me
donne le sentiment du bonheur de vivre.
L’idée de cette publication me préoccupe ; son caractère est si
peu conforme aux idées du monde que j’espère que le lecteur
comprendra mon hésitation, mon désir étant d’amener l’homme
incrédule à réfléchir, et de lui montrer que l’objet des révélations
que je déclare avoir reçues de vive voix d’un esprit matérialisé est
la confirmation verbale de la réalité de l’origine divine de la religion
chrétienne, fondée uniquement sur l’amour du prochain, de cette
religion en essence pure comme le cristal et exempte de toute teinte
d’égoïsme.
À toutes mes questions, je le déclare solennellement, l’esprit
matérialisé me répondait d’une voix sonore et sympathique :
« La base de toute chose humaine est l’unité dans la bonté ; le
reste n’est rien. »
« Aimer son prochain comme soi-même. »
« L’âme après la mort se purifie pendant des milliers de siècles,
avant qu’elle ne paraisse en la présence de Dieu, après quoi elle n’a
plus d’incarnation. La dernière station de l’âme, à de rares
exceptions, est dans le corps d’un enfant. »
41
« L’âme à travers les âges garde sa personnalité, mais, pendant
et durant chaque incarnation, elle l’ignore, n’en étant qu’un
fragment. »
« Ainsi que la vue était rendue à l’aveugle, la lumière se fait
maintenant pour les hommes. »
« Les esprits vivent dans l’espace ainsi que sur des planètes,
dont la conception humaine n’a aucune connaissance. »
« Le temps, l’espace et la matière n’existent pas pour l’esprit. »
« Quand l’esprit se matérialise, il reprend le corps humain avec
ses cinq sens, mais il en apporte d’autres inconnus sur votre monde,
et que les langues humaines ne peuvent exprimer. »
« Les esprits ont pour mission de s’occuper des hommes, et sont
heureux quand on prie pour eux. »
« Les esprits désirent communiquer avec les hommes, mais ce
sont les hommes qui ont peur des esprits. »
« Les hommes, pour ce qu’ils peuvent voir et entendre de la vie
de l’au-delà, se divisent en d’innombrables cercles. »
« Les uns voient et les autres ne voient pas. »
« Les démonstrations spirites ne peuvent se produire que si la
force médianimique est grande. »
« L’incrédulité empêche la séance. »
« Le retour des idées saines fait revenir les bons esprits. »
42
« À des questions sérieuses, les réponses sont sérieuses ; à des
questions banales, les réponses sont triviales. »
« La séance est toujours influencée par la disposition d’esprit des
personnes présentes. »
« Ce n’est que quand les esprits en ont la permission qu’ils
peuvent répondre à des questions d’intérêt matériel. »
« Un accord parfait facilite la matérialisation. La gaieté et le rire
franc facilitent les démonstrations. »
« Au ciel, il n’y a pas d’hommes vivants, comme tu pourrais le
comprendre. »
Question : « Faut-il considérer les relations intimes entre
hommes et femmes comme des péchés ? »
« C’est la seconde fois que tu me fais cette question. Je t’ai déjà
répondu que la base de toute chose humaine est la bonté ; le reste
n’est rien.
« Je me suis matérialisé devant toi tel que j’étais à l’âge de
quarante ans ; je t’aurais fait peur si je m’étais matérialisé tel que
j’étais à quatre-vingts ans, le moment de ma mort. »
« – Pourquoi ?
« Pendant ma vie sur la terre, je ne faisais que châtier mon
corps.
« – Pourquoi ?
« – Signes des temps.
« Ce châtiment ne m’a été d’aucune utilité
14
. »
« Le spiritisme est un mystère accessible à peu de personnes.
Dans l’Évangile tu trouveras beaucoup de faits confirmant le
spiritisme. Les paroles que l’Église a interprétées contre le
spiritisme sont mal comprises ; elles se rapportent à toutes autres
choses. »
43
« Les paroles du Christ : “Je vous le dis, Élie est déjà venu”,
admettent la croyance spirite de l’incarnation. Les apôtres,
comprenant qu’il parlait de Jean-Baptiste, le confirment.
« Les hommes de la science qui ont la foi comme base peuvent
seuls arriver à s’approcher de la vérité ; les autres tombent dans la
fausse science et prennent des signes pour la réalité. »
« La vérité est étrange, plus étrange que la fiction. »
« Les œuvres des génies sont des inspirations de l’esprit ; les
poésies populaires ne sont que les fruits de l’imagination. »
« Les héros et les héroïnes du poème de génie ne sont pas
toujours imaginaires, mais sont souvent des personnalités qui ont
existé. Minnehaha, en vérité, a existé, mais la matérialisation lui
est encore difficile. »
Question : « Les hommes ont-ils le droit de s’appeler les enfants
du Seigneur ? »
« – Assez, je te bénis. »
Un profond silence envahit la chambre et toutes mes questions
restèrent sans réponse
15
.
ÉCRITURES SEMI-MÉCANIQUES
_______
44
INSPIRATIONS
SUR DES QUESTIONS ÉCONOMIQUES
OUVENT tu m’invites à te donner des idées pratiques dans
le but d’améliorer l’état économique de ta nation. Il me
serait plus facile de t’amener à comprendre comment
procéder à la réalisation des grands principes économiques ayant
trait à l’humani entière, que de te communiquer les moyens
pratiques ayant pour but de corriger les errements contre ces
principes d’un peuple spécial.
Ton but étant purement altruiste et la foi admettant la
possibilité d’une pareille communication font que la force
médianimique m’attire à te répondre ; malgré que je sois dans une
sphère bien éloignée de vos préoccupations humaines, je t’y attends
cependant toujours.
Les quelques indices que tu recevras seront comme des
semences ; tâche de les bien ensemencer, car ce que tu demandes
est bien simple, l’égoïsme humain l’a rendu compliqué.
Écris :
L’amour donne tout.
L’amour se développe seulement sur un terrain la confiance
mutuelle prend racine.
L’âme humaine, l’enfant de l’amour, devient somnolente
cette confiance mutuelle, sous la forme la plus vulgaire, celle du
crédit, existe à peine. Elle se sent opprimée et perd ses qualités
nécessaires pour donner à ses enveloppes terrestres la possibilité
de jouir des richesses que le Seigneur a répandues si profusément
dans la nature.
S
45
Tu as raison de sentir que la grande foi et la patience angélique
du peuple russe doivent être les germes d’un brillant avenir. Je te
dirai qu’elles n’attendent qu’à être fécondées par l’amour, pour que
le fardeau des besoins de ce peuple disparaisse.
La Providence, avant d’inspirer à l’homme le sentiment de
contentement, demande qu’il développe son âme par un travail non
égoïste ; de même elle exige ce travail d’un peuple avant de lui
permettre de cueillir les bienfaits qui naissent de la réalisation des
grands principes. Cette même Providence accorde à tout
gouvernement un temps limité pour montrer l’exemple de
l’application de cet amour, dans ses rapports avec son peuple.
Uni par l’amour dans son souverain, le peuple russe, par la
sérénité de son caractère, facilite déjà cette tâche à tel point que, si
l’humanité entière possédait cette suprême qualité pour ceux qui la
gouvernent, la face de la terre serait tout autre.
Alors !
Moins de tutelle.
Les intermédiaires entre le gouvernement et le peuple, sous
prétexte de vouloir tout améliorer, usurpent le nom du
gouvernement, s’emparent dans toutes vos transactions et
entreprises de l’âme libre du peuple, et, contre tous, ils trouvent
leur raison d’être et leur force dans cette tutelle, que le
gouvernement, induit en erreur, croit nécessaire d’imposer en
s’imbibant de plus en plus dans un cercle vicieux.
La propriété personnelle.
La propriété personnelle est la seule pour le moment capable de
retirer de l’âme de ton peuple tout ce qu’elle est à même de produire,
car son état moral pour le présent est encore loin de pouvoir réaliser
46
la haute idée cachée sous la commune rurale, vu que les éléments
qui constituent aujourd’hui cette commune causent
l’appauvrissement des champs, et entravent le principe de la liberté
de circulation. Vos terres, n’étant plus soignées, ne produisent plus
ce qu’elles sont à même de produire ; chaque année vos pertes
augmentent, causent la misère et deviennent de plus en plus
irréparables.
Que la banque des paysans ne fasse des avances qu’aux
individus particuliers, alors la propriété de la commune s’éteindra
sans spasmes, au profit de l’économie générale.
Trop de terres végètent dans l’administration des domaines de
l’Empire ; mieux vaut en faire cadeau pour l’enrichissement du fisc.
Sache que, quand la propriété communale appartiendra aux
paysans propriétaires, les couleurs des tableaux des tristes
émigrations, forcées par la nécessité, deviendront de suite moins
sombres, et les chants de la gaieté reviendront dans vos campagnes.
Laisser chacun semer avant de récolter.
Ce principe est entravé par l’égoïsme du fisc dans la réalisation
à tout prix du sou du moment, et surtout par le système défectueux
de la perception de vos impôts, et non pas par leur importance.
Cette perception nécessite indirectement, dans toutes les
branches de l’administration, un grand nombre d’intermédiaires
égoïstes, se créant du travail improductif aux dépens du génie du
peuple.
Sache que les impôts sur les transactions : timbres, impôts
d’enregistrements, l’existence des guildes et des privilèges des
corporations d’artisans
arrêtent la roue de la vie
et sont les causes
secrètes de vos
inutiles
formalités, qui tuent l’âme de vos
entreprises, anéantissent la grande force des petits capitaux,
établissent partout la possibilité des monopoles, et conduisent à la
pauvreté.
47
Ces revenus seront amplement retrouvés dans un impôt
personnel, n’offrant aucune difficulté pratique à établir, percevoir
et contrôler ; aussi ils se retrouveront dans une amélioration du
cours qui suivra inévitablement le réveil dans les affaires.
Les avantages du système protectionniste seront toujours des
chimères sans une abondance d’argent dans la circulation.
Liberté de circulation et circulation gratuite des voyageurs.
L’exploitation de la circulation par le gouvernement n’a raison
d’être que si elle est entreprise dans le but de réaliser ce grand
problème encore incompris par l’humanité entière.
La réalisation de ce grand principe brisera les chaînes du génie
humain, et produira l’abondance sur la terre.
L’application pratique de ce principe apportera une énorme
augmentation dans le trafic des marchandises, remplira les
nombreuses places transportées aujourd’hui dans chaque train
improductivement et donnera aux gouvernements la possibilité de
trouver les moyens de payer les dépenses d’exploitation :
1. Par une petite augmentation temporelle des prix dans le tarif
des marchandises ;
2. Par des taxes sur les nouvelles richesses qui surgiront pour le
bien-être général de l’humanité, et pour des raisons spéciales pour
la Russie et les États-Unis d’Amérique en particulier.
La myopie de l’égoïsme humain ne voit que des complications,
la simplicité de l’idée est évidente, et empêchera pour longtemps
ce rêve de devenir une réalité.
Qu’on fasse le calcul, la réalisation de ce principe n’apparaîtra
plus comme une chimère.
48
Pour guérir, la foi est plus puissante que la science. Vos sciences
médicales éloignent l’homme de la foi.
Rendez plus accessible la possibilité d’être médecin, le peuple
sera moins exploité.
Sur la triste question de la nécessité des armées, je ne te dis
rien, car elle relève de l’état général de l’humanité, et non d’un
peuple particulier.
La terre, comme un ballon, gonfle et crève en donnant la
possibilité aux éléments de niveler et à la guerre d’aplanir les
richesses amassées par les injustices humaines.
Sache que les guerres, les famines et les déchaînements
d’éléments marquent toujours leur passage par une purification
d’atmosphère d’injustice séculaire.
La vague menaçante de la vie humaine se brise contre vos murs
et doit, d’après les lois naturelles, malgré vos armées, vous
engloutir. Dans ce bourdonnement sourd qui tonne déjà contre
vous, au-delà de vos frontières, vous entendez son bruit. Pour la
tranquillité du monde et le bonheur de la Russie, acceptez à temps
cet oracle !
Nivelez vous-même vos murs, afin que l’étranger en Russie ne
puisse rester toujours étranger et non seulement brigue l’honneur
d’être sujet russe, mais dans son âme le devienne.
Si l’on n’adopte pas ces principes d’économie politique, beaucoup
de générations passeront sans qu’une amélioration perceptible
puisse se produire dans l’état du bien-être général.
Tu prépares un plan pour de grandes actions, mais, pour
quelque temps seulement, la bêtise humaine ne verra en toi, plus
ou moins, qu’un fou.
Que t’importe !
49
LA
HAUTE SCIENCE DU SPIRITISME
Évolution de l’homme vers l’amour universel
OUT me fait croire que l’humanientre dans une phase
nouvelle de son existence. Dans toutes les littératures, de
plus en plus, le mysticisme joue un rôle important et non
sans raison occulte ! La vie ne paraît plus autre chose qu’un vortex
d’atomes et les sciences sont impuissantes à les débrouiller. D’après
des symptômes visibles partout, la religion perd son influence et la
société aspire à de nouveaux horizons.
Aujourd’hui, comme un phare lumineux, la haute science du
spiritisme vient répondre à cet appel pour convaincre l’homme qu’il
peut encore puiser, par les voies transcendantales du spiritisme,
des connaissances dans des civilisations qui ont cessé d’exister, qu’il
peut être en rapport avec des êtres supérieurs et, par eux, profiter
de l’expérience des âges pour hâter son avancement.
T
50
Mes expériences m’ont démontré que, pour obtenir une séance
vraiment spirite, il faut que les personnes qui y assistent puissent
déclarer qu’elles ont, les unes pour les autres, une confiance
mutuelle et qu’elles sont en paix avec le monde entier, car,
autrement, toute séance, dite spirite, se transforme en séance
d’obédaïsme, c’est-à-dire communications avec les élémentaux ou
esprits inférieurs, auxquels je suis parvenu à tracer l’origine de
toute la mythologie ancienne avec sa raison d’être. Ces élémentaux
sont les esprits des orgueilleux, des méfiants, des méchants et des
personnes suicidées ; ils exercent leurs influences dans les sphères
inférieures règnent les penchants égoïstes, ils ont pour mission
de protéger le monde invisible des yeux des mortels et puisent leurs
forces dans la méfiance humaine, et par leurs communications
futiles et mensongères, ces esprits obscurs, tout en s’appropriant
des noms ronflants, ont arrêté pendant des siècles l’évolution
humaine et le progrès du vrai spiritisme.
La présence d’élémentaux à une séance spirite se fait sentir par
les frissons qu’on éprouve, appelés frissons de fantôme, tandis que
la présence d’esprits élevés ou esprits de lumière tranquillise les
nerfs et cause un sentiment de béatitude.
L’amour, la foi, le courage et la patience seuls peuvent écarter
l’influence de ces élémentaux. Bienheureux l’altruiste qui tâche de
réunir ces qualités avec le désir d’approfondir la création dans toute
sa gloire et dans toute sa splendeur, car, pour l’humanité, c’est
l’unique devise pour arriver à dévoiler les splendeurs de l’invisible
et pour les rendre, aux mortels encore sur cette terre, accessibles à
leurs sens.
L’humanité est arrivée au seuil de cet invisible, mais, pour
l’Académie des sciences, le voile d’Isis ne se lèvera pas, jusqu’à ce
que la science humaine ne devienne chrétienne en acceptant par la
foi le premier lien de la grande chaîne qui unit l’humanité au divin.
C’est vers cette foi que nous avançons, et il est à prévoir qu’elle sera
forcée dans la science par la voie expérimentale du spiritisme, et
51
cette foi deviendra l’auréole resplendissante de notre fin de siècle
et, pour toute l’humanité, le commencement d’une ère toute
nouvelle.
Traité avec ironie et avec dédain par ceux qui sont fiers de s’être
débarrassés de pareilles superstitions, le spiritisme, auquel
aujourd’hui le nom de science est refusé, est encore un mystère
accessible à un nombre bien minime d’individus. De toutes les
sciences, elle est la seule, cependant, qui nous donne la possibilité
de nous abîmer dans les profondeurs de notre être, afin d’arriver à
la connaissance par la voie expérimentale des mystères sublimes de
notre éternel soi ; aux incrédules, elle peut donner la foi pour
comprendre et sentir le but de leur existence, et à tout homme
indépendant, qui voudrait l’étudier sans parti pris, elle accorde un
sentiment certain sur l’existence des mystères dans lau-delà avec
une compréhension parfaite et toute consolante sur la valeur de ces
choses que le monde est habitué à appeler réelles et qui ne sont,
heureusement, que figuratives.
Cette assurance nouvelle doit contribuer à la régénération de
l’humanité entière ; elle fera naître dans l’homme, dans tout son
être physique, une telle harmonie, et dans son âme une telle
sérénité, que la santé physique en sera le résultat définitif.
Le vrai chrétien n’a pas besoin d’approfondir les mystères du
spiritisme ; il est déjà spirite sans le savoir, mais, quant à nos
études scientifiques, devenues presque athées, et pour lhomme
incrédule ou égoïste, il n’en est pas de même.
Cette science explique et confirme, par des faits respectifs
obtenus par voie expérimentale et surtout par analogie, nombre de
mystères et d’allégories de l’Évangile. Par exemple, le mystère de
la résurrection du corps, que la science actuelle rejette et que bien
des chrétiens n’acceptent qu’avec difficulté, se trouve physiquement
et palpablement démontré par la matérialisation. De même le
chapitre II de la Genèse, citant l’origine de la femme, se trouve par
analogie aussi expliqué dans l’émanation, souvent visible, du fluide
astral de la côte du médium endormi, suivi de la matérialisation.
52
Le vrai spiritisme, fort de son indépendance et ne subissant
l’esclavage d’aucune secte, pourra seul rétablir, aux yeux du
matérialiste, l’existence d’une intelligence suprême, cette existence
du principe du bien personnifié en Dieu ; seul il détruira
16
l’erreur
des siècles et leurs croyances ; seul il expliquera sans contredire le
véritable esprit de l’Évangile ; seul il constatera la personnification
de l’existence absolue et unique du principe du bien, en démontrant
clairement que le principe du mal n’est par lui-même autre chose
que l’égoïsme identifié dans l’amour de son propre moi, cet unique
et indubitable fléau de l’humanité, seule et vraie cause de tous nos
maux, tant physiques que moraux, ainsi que de toutes nos
privations.
Enfin cette science peut donner à ceux qui auront le courage de
l’approfondir la preuve matérielle que c’est uniquement par amour
pour les autres, par l’altruisme, par un oubli de soi-même, non
outré, que l’homme peut éprouver sur cette terre le bonheur de vivre
et peut s’imprégner visiblement de la présence de Dieu.
Vous qui avez l’intention d’entreprendre l’étude de cette science,
réfléchissez-y bien auparavant, car vous ne pourriez guère avancer
sur cette immense voie qu’en vous appuyant sur les résultats de vos
propres recherches ; mais, par contre, vous obtiendrez alors vous-
mêmes des preuves matérielles que la bonté n’est pas un vain mot,
mais qu’au contraire, c’est de tout point une force réelle. Ce résultat,
une fois obtenu, vous tâcherez de le mettre en pratique dans vos
actions et dans vos relations avec votre prochain. Vous demanderez
à Dieu qu’il vous soit permis de contribuer à ce que le sens et la
portée sublime des mystères et des allégories du saint Évangile
soient compris dans tout l’univers de la même manière.
Les religions n’ont pu malheureusement jusqu’à présent
inculquer aux hommes cette unité dans l’amour, par la raison
qu’elles prêchaient ce même principe d’une manière trop abstraite,
imbues qu’elles étaient pour la plupart d’intolérances et des mêmes
intérêts égoïstes qui ont si fortement contribué à éloigner l’homme
de son origine divine.
53
L’étude du spiritisme dépend du point de vue dans lequel on
l’entreprend.
Entreprise sans foi ou dans un but égoïste, elle mène à la fausse
science, elle mène aux orgies de la magie noire, à l’incubat et au
succubat, mais le plus souvent à la folie. C’est pour cette raison que
l’Église la défend, mais elle a tort, car l’homme, se voyant dans cette
société d’esprits de son vivant, aura horreur à l’idée d’y être après
sa mort et fera des efforts pour vaincre son égoïsme et rentrer de
son vivant sur la voie du bien. L’étude du spiritisme est même
entourée de dangers physiques si on n’arrive à obtenir les
connaissances nécessaires pour soutenir la densité du corps astral.
L’incrédulité de parti pris empêche et arrête tout avancement dans
la grande voie du spiritisme, car cette incrédulité obstrue les sens
et se convertit en barrière matérielle. La confiance et la patience
pendant les séances spirites sont mises à l’épreuve par toutes sortes
de
fumisteries,
dont on risque d’être dupe, si elles ne sont pas
traitées avec bonne humeur et avec une indulgence à toute épreuve,
car il arrive souvent que des médiums, pris en flagrant délit,
peuvent ne pas être responsables de leurs actes, se trouvant parfois
sous l’influence des esprits inférieurs et quelquefois même en être
possédés. Seulement après avoir subi ces épreuves, vous
remarquerez pendant les séances spirites comme le vrai se sépare
du faux et, comme récompense de votre foi, vous accomplirez des
merveilles ; votre foi s’imposera aux autres, et vous arriverez à
comprendre que c’est bien dans la méfiance humaine que les esprits
inférieurs puisent leur force pour empêcher l’abord du monde
invisible.
Les hommes confiants, patients et indulgents, seuls, peuvent
vaincre les obstacles qui séparent les deux mondes et prévoir
l’aurore resplendissante du monde spirituel, qui doit finalement
absorber le monde physique par l’union des hommes dans l’amour
universel.
Futur levain du christianisme, aujourd’hui encore la risée du
monde scientifique, cette science appartient à l’avenir. Le
54
spiritisme n’exige pas de l’homme une vie de privations ou de
jeûnes ; il n’exploite pas les relations des sexes pour mieux dominer
la race humaine, il ne prêche pas une morale qui varie selon les
siècles et qui change sous l’influence des climats ; il n’érige pas
l’amour en péché pour la sujétion de la femme et pour la persécution
du bâtard innocent, mais il indique, comme un moyen efficace pour
rétablir l’égalité entre l’homme et la femme et pour que
judiciairement il n’y ait plus de bâtards, que les enfants prennent
le nom de famille de leur mère.
Enfin le spiritisme ne reconnaît, comme base de toute chose
humaine, que la bonté ; sur elle seule il fait reposer la base de toute
l’existence sociale en donnant à toute personne qui voudra
l’approfondir la possibilité de se persuader du fait que toutes nos
questions sociales pourront seulement être résolues à la
satisfaction générale lorsque, dans nos relations d’ici-bas,
l’application du principe de la bonté deviendra universelle, et lors
de cet heureux moment, il se produira imperceptiblement dans le
corps de l’homme une telle évolution physique que les besoins
corporels, en diminuant peu à peu, cesseront d’exister.
Cette grande évolution ne pourra s’accomplir avant que
l’égoïsme matérialisé, l’argent, qui aujourd’hui s’établit de plus en
plus en souverain et maître des destinées humaines, ait cessé
d’avoir sa raison d’être. L’homme doit trouver dans le progrès social
le moyen de se passer de cet instrument de torture, de cet enfant
des méfaits des siècles, pour qu’enfin, ici-bas, la justice divine
puisse devenir manifeste pour tous, afin que le royaume de Dieu
soit sur la terre comme au ciel. Car la fin du monde physique ne
peut être qu’une lente dématérialisation du tout
en lumière ou
matière première
se réalisant pour l’homme dans son entrée dans
l’amour, par la cessation graduelle de ses besoins physiques.
Cette dématérialisation générale du corps physique de l’homme,
sans passer par le baptême de la mort, pourra s’accomplir
55
seulement de concert avec la purification spirituelle de l’humanité
par le triomphe universel de la bonté.
RÉSUMÉ SCIENTIFIQUE
_______
Théories et déductions
fondées sur des expériences personnelles
I
I. L’espace est rempli de fluide astral, émanant de tous les
corps.
II
II. Le fluide astral dans le corps humain constitue dans la
personne même le degré de sa force médianimique passive ou
56
active. Ces deux forces sont nécessaires pour pouvoir produire des
démonstrations spirites et, seulement à de rares exceptions, elles
se concentrent dans la même personne.
III
III. – La force médianimique passive se traduit par des transes.
IV
IV. Confirmation que le fluide astral s’emmagasine dans le
grand sympathique du corps humain.
V
V. Le fluide astral dans l’obscurité se condense en nuages
vaporeux, et devient visible à l’œil ; à la lumière il se diffuse.
VI
VI. L’action de la force médianimique active, agissant sur la
force médianimique passive, fait émaner du corps humain le fluide
astral, indispensable pour la réussite des expériences spirites.
VII
VII. L’émanation du fluide astral fait baisser la température
du corps. La chaîne des mains facilite son émanation.
VIII
VIII. Le fluide astral, condensé en corps astral, est le plus
important de tous les corps qui existent dans la nature, étant le
57
corps du soi éternel, en même temps que le corps impérissable des
moi temporels de chaque existence humaine de la même personne.
Ce corps est l’unique lien physique entre le monde visible et le
monde invisible, l’unique lien par lequel le monde invisible peut se
révéler aux sens des mortels.
IX
IX. L’émanation consciente ou inconsciente du fluide astral,
excitée physiquement par la science ou par des passes, mais sans
amour et sans foi, produit le magnétisme animal, suivi par les états
profonds de l’hypnose ; mais cette même émanation, évoquée par
une personne ayant foi en Dieu, et ayant sincèrement le désir de
pratiquer l’amour du prochain, procure à celui qui peut obtenir et
manier ce fluide astral une harmonie intérieure qui se traduit par
la santé physique et un pouvoir spirituel se manifestant par des
dons : visions, clairvoyance, guérison, consolation, etc.
X
X. Avec l’aide du corps astral, tout être ou objet n’existant plus
d’après nos lois physiques peut être reconstitué et rendu palpable à
nos sens.
Les expériences pratiques produisant la matérialisation et la
dématérialisation sont, pour les personnes parvenues à les
produire, une preuve absolue de l’unité de la matière du monde
animal, végétal et minéral.
XI
XI. – La lumière, c’est la matière première de tous les corps.
Mes expériences de dématérialisation le prouvent par le fait que
du corps dématérialisé, il ne reste que la forme et la couleur.
58
XII
XII. Le corps astral engendre une force médianimique d’une
telle puissance vivifiante qu’aucun microorganisme du corps
humain ne peut lui résister.
L’émanation consciente de cette force produite par l’apposition
des mains ou extirpée par la foi, unie à la force médianimique
passive, peut causer des guérisons dites miraculeuses.
XIII
XIII. – Les propriétés vivifiantes du corps astral sont si grandes
que l’être humain physiquement mort, en s’imprégnant des fluides
de ce corps, peut reprendre ses formes primitives, rentrer dans la
sphère des humains, apparaître en chair et en os pour se
dématérialiser ensuite en s’évaporant
17
.
XIV
XIV. L’action réciproque des forces médianimiques produite
par la chaîne des mains facilite l’émanation du fluide astral et
contribue à soutenir sa condensation, qualité physique
indispensable pour éviter de fâcheux accidents pendant les
expériences d’occultisme pratique.
XV
XV. On a raison de croire que le fluide astral peut être
emmagasiné dans des objets matériels et servir à faciliter et à
produire les expériences spirites
18
.
XVI
59
XVI. Les actions de l’âme humaine se matérialisent
visiblement et invisiblement. La pensée se matérialise par le
travail. L’égoïsme humain se matérialise dans l’argent
19
.
XVII
XVII. Toutes les actions, bonnes ou mauvaises, tous les
sentiments humains émanent du corps avec le fluide astral,
prennent de la consistance, se revêtissent d’un corps et deviennent
réels ; ils se matérialisent pour des sens plus raffinés que les nôtres
et planent dans l’espace, ainsi que tout objet matériel nous apparaît
sur cette terre ; pour cette raison, la narration d’un fait du passé
dépend de la lucidité de l’esprit, et sa prophétie du deg de sa
pureté ; car l’avenir et le passé n’étant, au point de vue du
spiritisme, qu’une fiction, le présent seul existe, ce dont un esprit
pur peut uniquement avoir conscience.
XVIII
XVIII. Des expériences souvent pétées donnent la preuve
matérielle qu’un objet peut être transporté à travers la matière par
la dématérialisation ou réduction en matière première, sans laisser
la moindre trace de son passage dans cette matière.
XIX
XIX. La peur et les frissons, que les débutants éprouvent
pendant les premières séances spirites, sont les émanations de
l’égoïsme abandonnant leurs corps et marquent la présence
d’élémentaux.
C’est le commencement de la purification psychique du corps,
facilitant la communication avec les esprits.
XX
60
XX. – La sensation d’un souffle ou de frissons pendant la prière
est la preuve matérielle accordée que cette prière est entendue.
Le souffle de l’esprit senti sur le front produit une
augmentation, dans l’homme, de sa force vitale.
XXI
XXI. La communication des esprits avec les mortels est
facilitée par la méditation, par des idées de haute envolée, par des
séances spirites, par l’échange, pendant ces séances, d’objets
vénérés, tels que croix ou images, par des expressions de sympathie,
par la vibration de l’air causée par le chant
20
.
XXII
XXII. L’âme humaine a une généalogie qui n’a rien de commun
avec celle du corps.
L’homme peut posséder la connaissance, mais non le sentiment
de cette existence antérieure.
XXIII
XXIII. Par la foi l’homme peut obtenir le don de pouvoir se
dématérialiser et, par la force de la volonté, de pouvoir faire sortir
son âme de son corps
21
.
XXIV
XXIV. La clairvoyance dans l’homme est un état psychique
dans lequel son
moi
est temporairement inconscient, son corps
étant occupé à son insu par un esprit ou par une légion d’esprits qui
en prennent toutes les qualités, mais lui apportent d’autres sens,
grâce auxquels sa faculté de voir dans l’espace, sa faculté de
61
reconstituer les images du passé, de les percevoir dans l’avenir et
de les voir dans le présent, même avec les yeux bandés, dépend de
la pureté de l’esprit qui occupe son corps.
D’une personne magnétisée à l’état de clairvoyance, la science
peut obtenir des informations utiles sur les propriétés du corps
astral. Ce corps apparaît à la personne magnétisée comme une
lueur blanchâtre, entourant tous les organes du corps humain, se
portant là où passent les mains du magnétiseur.
XXV
XXV. Le mariage fondé sur l’amour est d’origine divine ; c’est
l’emblème temporel de l’union spirituelle dans l’éternité de deux
âmes sœurs, séparées pendant leurs incarnations terrestres, dont
l’une, pour un temps désincarné, est consciente de son état, l’autre,
carnée, inconsciente, tant qu’elle n’en est pas prévenue par les voies
du spiritisme. De cette manière le mystère que les unions réelles ne
se font qu’au ciel se trouve confirmé.
Le mariage sans amour, malgré sa consécration par l’Église,
n’est plus un mystère, c’est un viol flagrant du
moi
de l’existence
humaine, c’est un viol du corps astral, c’est l’absence des sens du
divin dans l’acte de la création, et cette absence donne naissance à
des êtres inférieurs, au physique comme au moral, dépourvus de
spiritualité ou de fluide astral.
L’Église devrait trouver des moyens pour que le mariage qu’elle
consacre soit fondé sur l’amour et se constituer défenseur de cette
institution divine, menacée aujourd’hui par les exigences du service
militaire et par les exigences de l’éducation officielle, afin de rendre
à ce sacrement, profané par l’égoïsme humain, la sainteté de son
origine divine.
62
CONCLUSION
E que les Églises rêvent, c’est la haute science du
spiritisme matérialisé. C’est pourquoi, je tiens à le
déclarer, c’est à l’Église de se mettre à la tête de ce
mouvement spirite qui envahit l’univers, de l’étudier pour en
expliquer la portée et en éviter les écueils. De la sorte, la société,
qui aspire à de nouveaux horizons, serait sainement guidée
vers un but paraissant nouveau, mais en réalité identique à celui
que l’Église chrétienne de l’univers poursuit depuis si longtemps,
sans disposer des moyens matériels pour faire cesser l’égoïsme
collectif des corporations et des nations, par l’abolition de toute
politique nationale protectionniste, afin de trouver, dans la liberté
des transactions humaines, l’amour du prochain, cette force
matérielle qui conduit au bien-être général physique et moral.
C
63
TABLE
PRÉFACE
INTRODUCTION
RÉSUMÉ DE MES EXPÉRIENCES PERSONNELLES
PROFESSION DE FOI
CERTIFICAT
RECUEIL DE PREUVES PHYSIQUES
I. – Effets physiques
II. – Écriture mécanique
III. – Écriture au moyen de coups frappés
IV. – Écriture directe
V. – Apports
VI. – Matérialisation partielle
VII. – Matérialisation complète
VIII. Révélations
INSPIRATIONS SUR DES QUESTIONS ÉCONOMIQUES
LA HAUTE SCIENCE DU SPIRITISME
RÉSUMÉ SCIENTIFIQUE
CONCLUSION
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TOURS, IMPRIMERIE DE E. ARRAULT ET Cie.
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William Crookes, Force psychique.
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Désirant offrir aux matérialistes une preuve de plus que les faits que je
constate et les théories que j’ai pu en déduire sont réels et véridiques, j’ai
cru utile d’y ajouter un certificat de médecin pour démontrer que les faits
et théories sont avancés par une personne jouissant de toutes ses facultés
intellectuelles.
Mens sana in corpore sano.
3
Avantage pratique. L’historien initié aux mystères du spiritisme peut
puiser aux sources mêmes les matériaux pour écrire l’histoire.
4
La grande subtilité de la force médianimique peut être vérifiée lors d’une
expérience d’écritures mécaniques pendant les transes du sommeil
magnétique ou même pendant une expérience bien curieuse, celle de la
clairvoyance dans un verre d’eau. Il suffit qu’une personne ayant une force
médianimique peu développée s’approche de la table se fait l’expérience
d’écritures mécaniques pour qu’immédiatement ces dernières tendent à se
produire plus difficilement et même cesser complètement pour
recommencer aussitôt que la personne s’éloigne. Cette expérience peut
être facilement vérifiée à la lumière.
De même mes expériences pratiques m’ont démontré que le fluide
d’une personne étrangère à la séance, s’approchant seulement de la porte
de la chambre le médium se trouve endormi, peut produire dans son
corps des convulsions spasmodiques et arrêter l’esprit de prendre
possession complète de ce corps, pour se manifester par la voix du
médium. Le médium devient alors clairvoyant, par suite de l’occupation de
son corps par un être supérieur à l’homme. Si alors rien ne vient empêcher
l’expérience, on a le bonheur d’assister à un des plus grands mystères de
la création, « la matérialisation complète de l’esprit à côté du corps
endormi du médium ».
5
Cette communication m’a été transmise en 1889 par une personne aimée
et estimée dans la haute société de Saint-Pétersbourg pour ses œuvres de
charité, ayant laissé, par testament, vingt mille roubles aux
établissements de bienfaisance de Penza.
6
Ces caractères, ainsi que ceux de la page précédente, ont été prêtés par
l’Imprimerie Nationale.
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Conception d’une hiérarchie.
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8
Haha, diminutif de Minnehaha (Eaux riantes), héroïne du poème de
Longfellow, Hiawatha.
9
Confirmation d’anciennes écritures occultes, que certains esprits
marquent toujours leur passage par le feu.
10
Autographe de l’esprit.
11
Confirmation que le passage d’une sphère dans une autre par la mort
ou par la naissance est accompagné de douleurs physiques.
12
J’ai appris plus tard que, dans la tribu indienne à laquelle appartenait
Minnehaha, on enterrait effectivement nu.
13
Je tiens à constater que le jeune médium, en sortant de la transe, était
absolument inconscient de ce qu’il avait dit, n’avait aucune idée
d’expériences spirites, ignorait que j’avais reçu au mois de janvier des vers
d’un esprit et que la question de la fin du monde m’intéressait.
14
Cette réponse établit l’inutilité de la pénitence corporelle.
15
Deux autres révélations m’ont été faites que je crois n’avoir pas le droit
de divulguer.
16
La croyance à l'existence de l'enfer a fait son temps ; cette croyance était
conforme à l'idée que le peuple juif s'est faite d'un Dieu vengeur, mais
étrangère à toute logique et surtout incompatible à l'idée du grand Dieu
miséricordieux des chrétiens.
17
Mes expériences m’ont confirmé de la manière la plus absolue que les
organes fonctionnent chez l’être d’outre-tombe, et que cet être ainsi
matérialisé se trouve non seulement possesseur de nos cinq sens, mais
qu’il en possède aussi d’autres, que les langues humaines n’ont pu
exprimer, « les sens du divin ».
18
Cette déclaration doit être encore confirmée par des expériences et des
recherches sérieuses.
19
L’argent, n’étant que l’égoïsme humain matérialisé, constitue le plus
grand empêchement au développement spirituel de l’humanité.
20
La vibration de l’air causée par le chant explique la raison d’être et
l’origine du chant pendant les cérémonies religieuses, vu que le chant
prédispose à la méditation, et la méditation produit une émanation
accentuée de notre corps du fluide astral. Cette émanation facilite les
communications physiques du monde de l’au-delà avec nous.
21
Cette expérience est dangereuse, faite surtout sans préparation
préalable par la prière.
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