L E S
O E U V R E S
De Mlle
ANTOINETTE BOURIGNON,
Contenues en
DIX-NEUF VOLUMES.
Volume XI.
Le Témoignage de Vérité, première Partie.
LE
TÉMOIGNAGE
DE VÉRITÉ,
Opposé aux faussetés et aux mensonges publiés pour détourner les hommes des lumières salutaires par deux Libelles intitulés Vrai Portrait d’Anthoinette Bourignon, imprimés à ALTENA proche de HAMBOURG sous le nom de JEAN BERKENDAL, Consolateur des malades de l’Église Réformée dudit lieu.
À quoi ladite Demlle
ANTHOINETTE BOURIGNON
répond ici par de vivantes et solides Vérités, jointes avec beaucoup de belles explications de plusieurs choses de la Doctrine Chrétienne et la découverte de plusieurs Mystères, Grands, Divins, et inconnus jusqu’à présent.
L’on y a joint aussi les TÉMOIGNAGES qu’un grand nombre de personnes dignes de Foi ont rendus à la dite Demoiselle touchant sa Vie, ses Mœurs, ses Vertus, et sa Doctrine.
Le tout aussi plein de merveilles que d’utilité pour les bonnes âmes.
À Amsterdam, chez Jean Riewerts et Pierre Arent,
Marchands Libraires, rue de la Bourse, 1682.
S. JEAN ch. XVIII, v. 37.
Je suis venu dans le Monde pour rendre Témoignage à la Vérité :
Et quiconque est de la Vérité entend ma voix.
PRÉFACE
sur ce
L I V R E,
son occasion, sa matière, sur le Recueil des Témoignages qui y sont joints, et les Raisons de leur publication.
1. Occasion de ce Livre.
IL me semble, AMI LECTEUR, que je serais répréhensible devant Dieu et devant les hommes si je ne mettais au jour la lettre que Madlle ANTOINETTE BOURIGNON m’a écrite au sujet des calomnies que Jean Berckendal, Visiteur des malades dans l’Église Réformée d’ALTENA, proche HAMBOURG, a publiées contre elle ayant tâché de noircir et diffamer par deux libelles qu’il a composés pour ce sujet la personne de cette Demoiselle et ses écrits imprimés, qui néanmoins sont remplis de tant de belles vérités, et traitent si solidement de la véritable vertu, de l’Imitation de Jésus Christ, du mépris du Monde, de l’Amour de Dieu et de celui des choses éternelles, qui sont des choses très utiles et salutaires à tous ceux qui veulent être sauvés. Et cependant, Berkendal et ses Consorts voudraient bien rendre ses écrits méprisables et odieux aux ignorants et petits esprits, particulièrement à Hambourg, dans les lieux voisins, et même par toute l’Allemagne, où ladite Demoiselle est encore inconnue, comme n’y ayant jamais été et n’ayant conversé avec personne desdits quartiers, èsquels néanmoins ont été publiés ces deux livres diffamatoires sous le titre de Vrai Portrait d’Antoinette Bourignon, imprimés à Altena, et mis sur les Gazettes de Septembre de l’An 1672.
2. Par où Berkendal et ceux qui ont contribué à son ouvrage ont fait voir aussi bien leur imprudence et leur ignorance que le peu d’amour qu’ils ont pour la solide vertu et pour le salut des âmes. Car au lieu de leur procurer les moyens de s’y avancer par des lectures salutaires, comme celle des écrits de cette Demoiselle, les Prédicateurs mêmes en détournent les personnes de bonne volonté. Ce que je sais par ma propre expérience. Car après avoir cherché les moyens de mon salut et de la perfection de mon âme dans les écrits de Thomas a Kempis, de Jean Tauler, de Jacob Boehme, et d’autres Sts personnages, avec ceux des Divines Écritures, étant enfin tombé par hasard sur les écrits de cette Demlle par lesquels mon âme et mon entendement ont reçu plus de lumières que de tous les autres, me faisant connaître la vanité du monde, les abus et les erreurs des Chrétiens d’à présent, et l’esprit du vrai Christianisme ; ayant, dis-je, découvert ces choses par eux, m’étant résolu de les embrasser et de les suivre, et cherchant les moyens de perfectionner mon âme, lesquels les écrits de cette Demoiselle m’enseignaient suffisamment, les Prédicateurs d’Altena n’eurent pas plutôt su que je lisais ces livres et les estimais qu’ils tâchèrent de m’en détourner comme étant membre de cette Église. Ce qui me donna de l’étonnement, n’ayant pas cru que ces Pasteurs dussent trouver mauvais que leurs Auditeurs sussent des choses bonnes, persuadé que j’étais qu’ils les y inciteraient plutôt. Mais j’ai bien éprouvé le contraire. Car ils ont tâché de tout leur pouvoir de m’en détourner, en m’apportant beaucoup de raisons pour me dissuader de lire de semblables livres ; après beaucoup d’arguments de part et d’autre, ils voulaient enfin me faire quitter par force la bonne opinion et l’estime que j’avais de ces choses si salutaires et si profitables à la perfection de mon âme, et que je crusse que les écrits de ladite Demlle BOURIGNON étaient mauvais, dangereux, et remplis d’erreurs.
3. Comme je ne pouvais l’apercevoir, je priai ces Pasteurs de me dire quelles étaient ces erreurs en particulier, ou le mal de ces écrits, les assurant qu’ils me feraient grand plaisir de me les donner par écrit pour mettre ma conscience en assurance, et aussi pour apprendre ce que l’autrice même aurait à dire là-dessus. Mais ils ne voulurent jamais acquiescer à ma demande ; et cependant ils ne laissaient pas de me dire en général que ces écrits étaient mauvais et que je ne devais pas les lire. Je leur demandai s’ils les avaient donc lus. Ils me répondirent que non, ce qui ne me donna pas peu d’étonnement. Je m’offris de les leur faire voir afin qu’ils pussent en faire la lecture. Ce qui se fit, et je leur mis en main les trois premières parties de la Lumière née en Ténèbres et les trois premières du Tombeau de la fausse Théologie, afin de les bien examiner et m’en dire ensuite leurs sentiments. Mais comme ils étaient déjà préoccupés d’aversion contre ces écrits salutaires, ils y marquèrent avec du crayon et du plomb les plus solides vérités pour erreurs, et les plus parfaites vertus pour vices, et se mirent à calomnier et à mépriser la personne et la doctrine de cette Demoiselle, m’en disant presque les mêmes maux que Berkendal en a écrits et fait imprimer dans ses livres diffamatoires.
4. Mais ces calomnies n’eurent point sur moi assez de pouvoir que de me faire rejeter ces écrits ; au contraire, le désir s’accrut en moi d’en lire encore davantage, et de voir si peut-être j’y trouverais quelque chose de mauvais ou contre S. Écriture, selon le dire de ces Prédicateurs. Mais je trouvais tout le contraire ; et plus je lisais et relisais ces écrits, plus étais-je confirmé dans ma conscience qu’ils étaient dictés par le S. Esprit, puisque j’y trouvais tant de belles vérités Chrétiennes et tant de lumières Divines, qui opéraient dans mon âme peu à peu le mépris du monde et l’amour des biens éternels.
5. Mais ces Passeurs, ayant remarqué que je demeurais constant dans l’estime de si salutaires écrits, m’interdirent la Cène, me tenant pour un opiniâtre et qui n’était pas fidèle à la vraie Église (comme ils estiment la Reformée) ; et quoique je les aie souvent requis de vouloir me donner par écrit les choses qu’ils trouvaient à redire dans les écrits de cette Demoiselle, laquelle même désirait d’apprendre cela d’eux afin de pouvoir leur donner satisfaction, ils ne l’ont jamais, voulu faire, non plus à sa réquisition qu’à la mienne, mais s’efforçaient de décréditer ces écrits, tant à Hambourg que partout ailleurs où ils pouvaient le faire, parlant d’eux avec mépris et comme s’ils eussent été très-mauvais et pleins d’erreurs.
6. C’est pour mieux donner au peuple de l’horreur de cette personne et de ses écrits qu’ils ont fait imprimer les libelles susdits pour les publier partout. On me les envoya aussi d’abord qu’ils furent imprimés pour les faire tenir à Madlle BOURIGNON, comme je ne manquai pas à le faire. J’en fis aussi la lecture et celle d’une lettre que Berkendal y avait jointe pour m’admonester à ne me pas laisser séduire par la doctrine de cette Demoiselle. Mais je vis que tous ces livres ne tendaient qu’à décréditer et diffamer une doctrine si sainte et si salutaire. Ce qui me fit mal au cœur ; voyant ceux qui me devaient attirer à Dieu tacher à m’en retirer, au préjudice même du salut de leurs propres âmes, car je sais assurément qu’ils n’avancent rien que des faussetés et des mensonges, et que tout leur ouvrage ne vient que d’une passion de haine. Et j’ai encore été plus confirmé dans ce sentiment en voyant la réponse que m’a fait Madlle Bourignon fur les livres de Berkendal, m’ayant écrit à ce sujet la lettre suivante (c’est le livre même), que j’ai fait imprimer de son consentement et aveu, comme la jugeant très-nécessaire pour détromper tous ceux qui pourraient avoir donné croyance aux calomnies et mensonges dudit Berckendal, à qui l’on eût pu croire si l’on n’entendait rien de contraire ; et cela à plus forte raison qu’il est secondé de ses Pasteurs, auxquels beaucoup de simples gens ajoutent foi comme à des personnes qui sont les Docteurs et les Conducteurs du peuple. Pour empêcher donc que si grand nombre de personnes ne se laissent séduire sous prétexte de piété et de religion, j’ai bien voulu communiquer à tous mes amis le Témoignage de Vérité que j’ai reçu de ladite Demoiselle, dont les raisons m’ont persuadé avec une pleine conviction. Chacun le pourra voir aussi bien que moi par la lecture de la lettre, à laquelle sont jointes plusieurs attestations qu’elle m’a partie envoyées, partie données elle-même pour vérifier par tant de diverses personnes dignes de foi la vérité de ce qu’elle a dit tant touchant sa personne que ses comportements, et choses qui la concernent, que Berkendal, ne pouvant blâmer, a néanmoins voulu faire soupçonner à chacun par son livre comme si Madlle BOURIGNON était une malfaitrice, ou que dès son jeune âge elle se fut débauchée avec des jeunes gens, alléguant faussement que c’est elle-même qui le déclare par ses écrits imprimés.
II. Occasion du Recueil des Témoignages annexés
touchant Madlle Bourignon.
7. C’est pourquoi j’ai trouvé bon de joindre à sa lettre les Attestations qui ont été faites par ci-devant pour d’autres sujets et calomnies qu’on fait d’elle quelques malveillants dès l’an 1662, pour lesquelles calomnies elle s’est trouvée obligée de se justifier par devant le Magistrat de la ville de LILLE, lieu de sa naissance ; et, partant, elle a eu besoin de prouver par des témoins vivants quels ont été tous ses comportements dès sa jeunesse afin de faire évanouir les mauvais soupçons qu’on avait voulu donner d’elle aux personnes qui ne la connaissaient pas bien ; et elle a fait entendre sous serment plus de cinquante personnes, lesquelles la connaissaient et l’avaient fréquentée longtemps pour pouvoir avec certitude témoigner de tous ses comportements, de sa vie, de ses mœurs, même de ses parents. Lorsque ces Témoignages furent produits en jugement, le Magistrat se vit obligé de déclarer qu’il n’y avait rien trouvé à la charge de ladite Demlle, parce qu’en effet chaque témoin n’avait dit d’elle que des louanges aussi véritables que dignes d’admiration. Car je ne crois pas qu’il y eût personne au monde de qui l’on pût dire avec vérité ce qu’on déclara d’elle juridiquement, ayant prouvé que dans toute sa vie elle n’a jamais rien fait de digne de répréhension, mais toujours des choses louables et vertueuses, comme on le peut voir par le peu d’Attestations ci-jointes, le reste étant demeuré entre les mains dudit Magistrat ; celles qui sont passées par devant Notaires étant les feules qu’on ait pu avoir, parce que celles qui sont passées juridiquement par le Greffier de la ville, demeurent toujours dans le Greffe public, où en cas de besoin l’on pourrait avoir recours. Ce qui ne semble pas nécessaire dans le cas présent, vu qu’il ne sera que trop suffisant de voir ce que ces personnes dignes de soi ont affirmé par devant Notaires touchant la personne, les mœurs, et les actions de cette Demoiselle, pour renverser les calomnies et les fausses accusations de Berkendal, lesquelles sont si infâmes que j’ai été honteux et tout indigné de les lire ; et cela m’a été d’autant plus sensible que, voyant d’un côté tant de personnes d’honneur (dont plusieurs vivent encore) déposer avec serment que cette Demlle a toujours été de très-bonne renommée, modeste, chaste, et très-vertueuse, Berkendal veuille néanmoins la dépeindre dans le Portrait qu’il a publié, comme si elle était une débauchée et une malfaitrice ; il demande même dans ce Pasquil si elle ne serait point sorcière. Et veut confirmer l’affirmative de sa demande en disant que si un Bourreau la mettait sur l’examen ou la question, elle le confesserait bien mieux, et qu’alors l’on en aurait davantage d’expérience parce qu’elle dit de savoir des choses surnaturelles, de connaître les pensées secrètes des hommes, quoi qu’ils fussent absents d’elle. D’où il conclut qu’elle est d’intelligence avec le Diable, que c’est lui qui lui révèle toutes ces choses.
8. On ne peut ouïr avec patience tous ces outrages lorsque l’on connaît bien cette Demoiselle, ses vertus, les grandes grâces que Dieu lui a faites, si abondamment que jamais on n’a rien entendu de semblable ; et néanmoins ce sont les mêmes grâces que Berckendal, cet ignorant, veut faire passer pour des œuvres du Diable, disant comme les Pharisiens disaient de Jésus Christ lorsqu’il opérait des merveilles, que c’était par la vertu du Diable qu’il faisait ces choses. Combien pire est Berkendal que ces Pharisiens qui voyaient que Jésus Christ faisait tant de choses sur la nature, lesquelles ils ne savaient comprendre, et à qui il semblait aussi que Jésus Christ vînt détruire la Loi de Dieu, outre les réprimandes publiques qu’il leur faisait en beaucoup de choses, leur donnant ouvertement des noms de mépris, comme d’Hypocrites, Conducteurs aveugles, fous, de Sépulcres blanchis, d’engeances de vipères, leur disant si souvent : Malheur, malheur à vous ! Mais cette Demlle ne fait rien à l’extérieur qui surpasse la nature, rien qu’on ne sache comprendre ; et elle ne vient point contredire à la Loi, mais confirmer seulement la Doctrine de Jésus Christ et de ses Apôtres, incitant tous les Chrétiens à la mettre en pratique ; aussi ne donne-t-elle ni injures, ni mauvais souhait à personne, et n’attaque nulles Religions, disant qu’elle n’est point venue pour reprendre le monde, mais pour communiquer la lumière que Dieu lui a donnée à ceux qui voudront la recevoir. Elle n’a aussi jamais attaqué Berkendal ni ses Consorts, ni même ouï parler d’eux avant qu’ils eussent détracté d’elle et composé leurs Traités diffamatoires. Ainsi l’on peut dire d’eux avec vérité que leur malignité surpasse de beaucoup celle des Pharisiens, puisqu’ils calomnient de la sorte une personne qu’ils n’ont jamais vue ni connue, et dans laquelle il n’y a que tout bien et tout honneur, qui est ornée de toutes sortes de vertus et de bonnes mœurs, issue de bons parents, qui a passé toute sa vie d’une manière exemplaire, s’employant au service de Dieu et à l’assistance du prochain, comme l’on verra par les Attestations suivantes qui parlent de ses vertus et de sa bonne conduite partout où elle a été ; si bien que l’on peut dire avec vérité qu’elle est un miroir de Vertu et le vrai Temple du S. Esprit, lequel a planté dans son âme tous ses fruits et ses dons en si grande abondance que je n’ai jamais rien ouï de semblable ; et je voudrais bien que Berkendal avec ses Pasteurs et tous ceux de leur suite me fissent voir touchant toute leur vie des témoignages semblables à ceux que m’a fait voir cette Demoiselle, qui semble avoir été choisie de Dieu dès son enfance pour être la Mère des vrais Chrétiens, de quoi ces personnes se moquent, mais sans sujet, puisque cette âme pieuse est le véritable patron du vrai Christianisme et qu’elle est très parfaitement possédée de l’Esprit des Chrétiens de l’Église primitive ; car elle est pleine de charité et d’amour de Dieu ; elle méprise les biens transitoires et ne cherche que les éternels, à quoi visent et butent toutes ses paroles et ses actions ; elle est bienfaisante à tous ; n’est partiale à l’égard de personne ; enfin, sa vie est un exemple continuel de la solide vertu, ou un Évangile vivant, dans lequel on peut voir en pratique tout ce que Jésus Christ a enseigné étant sur la terre, car elle vit comme elle parle ; et elle pratique ce qu’elle enseigne, de quoi j’ai été témoin oculaire depuis que j’ai eu le bien de la converser.
9. J’ai aussi demandé témoignage d’elle à plusieurs de mes amis qui l’ont conversée, auxquels j’écrivis pour ce sujet une lettre le 1er Février 1673, laquelle j’ai jointe à cette pièce (avec les réponses) pour confirmer encore plus la vérité de mes propositions ; car tout ce que je dis de cette personne est très-véritable ; et je ne puis en douter voyant tant de personnes honorables en dire des louanges et parler si avantageusement de ses vertus ; de sorte que s’il m’était resté quelque doute dans l’esprit, tant par les discours de nos Prédicateurs que par les libelles de Berkendal, ou de quelques autres détracteurs ou larrons d’honneur, je serais à présent satisfait pleinement, comme en effet je le suis pleinement touchant sa bonne vie et sa conduite, puisque les principaux Pasteurs de la ville de sa naissance et ceux des lieux voisins rendent si pleinement témoignage de sa vertu et de ses bonnes œuvres qu’on ne pourrait pas en dire davantage d’aucune personne encore vivante ou déjà morte ; ce que je craindrais de dire moi-même si tant de gens honorables et dignes de foi ne m’en donnaient tant d’assurances.
10. C’est de quoi j’ai bien voulu faire part à mes parents et amis, afin qu’ils ne s’imaginent pas que je sois emporté par quelque passion à estimer sans fondement la personne et la doctrine de cette Demoiselle. Car mes parents mêmes m’ont voulu suspecter d’erreur, de légèreté, ou de frénésie, lorsque j’ai voulu abandonner les trafics du monde pour la suivre, et quelques-uns, même de ceux qui croyaient avoir quelque crédit, ont fait des menaces de me faire emprisonner comme une personne folle, qui voudrait se précipiter et se perdre. Tout cela parce que j’estimais que je voulais suivre sa doctrine, et qu’ils pensaient que je fusse le seul qui eusse l’esprit préoccupé de la croyance que cette doctrine venait du S. Esprit, ou bien qu’il n’y avait que quelques mélancoliques qui fussent dans cette persuasion.
11. C’est pourquoi j’ai choisi entre plusieurs Attestations celles de diverses personnes, tant d’hommes que de femmes, afin qu’on ne puisse suspecter un ou deux particuliers d’être frappés de choses imaginaires, et qu’on voie clairement la vérité opposée aux mensonges de Berkendal, qui veut faire passer cette Demoiselle pour une jeune débauchée, une menteuse, une errante ou séductrice du peuple, quoique véritablement elle sort pudique, honnête, véritable, dans la droite voie de la Vertu, et y attirant un chacun de tout son pouvoir ; comme on voit par les Attestations suivantes que c’est à cela qu’elle s’est employée tout le temps de sa vie. Car les filles qui l’ont connue au temps de son enfance déposent avec serment que tous ses jeux enfantins n’étaient autres que de choses pieuses et de dévotions, comme bâtir des Églises ou former des cloîtres d’enfants, au lieu de se porter à des jeux insolents, comme font la plupart des enfants dans leur jeune âge, où le libertinage est ordinaire et la légèreté commune ; mais cette personne de qui les ignorants veulent dire tant de blâme a été un vrai patron de vertu tous les jours de sa vie, comme on peut voir par les attestations suivantes, comme par celles de ces deux Demoiselles (Anthoinette et Anne de le Becque, sœurs, âgées de 50 à 60 ans), voisines à ladite Demlle Bourignon, qu’elles conversaient journellement ; par celle de Jeanne du Thoict, par celle de M. Willemo, Prêtre, Chapelain des Dames de l’Abayette à Lille ; lesquelles personnes déclarent toutes sous serment que cette Demoiselle a toujours été adonnée à la piété, à la vertu, au mépris des aises, des richesses, des plaisirs, et des honneurs de ce monde pour suivre l’humilité de Jésus Christ, car ces témoins affirment que dès l’âge de 18 à 19 ans, elle a quitté la maison de son Père et s’est déguisée afin d’aller vivre inconnue ou trouver quelque désert où elle pût faire pénitence ; ce qui n’est pas une chose commune à la nature, laquelle cherche toujours des richesses, des honneurs, des plaisirs, lorsqu’elle les peut avoir ; mais cette Damlle, par une vertu surnaturelle, a abandonné en la fleur de son âge ses propres biens et ses commodités, qu’elle avait en abondance, pour embrasser la pauvreté Évangélique ; et, étant estimée et honorée chez ses parents, elle a méprisé toutes ces choses pour être avilie et méprisée auprès des étrangers, qui méprisent ordinairement tout ce qui leur est inconnu. On peut voir aussi, par les 7, 8 et 9es Attestations, comment cette Demlle, s’étant déguisée un jour de Pâques, arriva au village de Blatton, dans le pays de Hénault, où elle fut retenue du Pasteur du lieu, qui était un homme de sainte vie, et qui estimait cette Demlle comme un Ange venu du Ciel, à cause de sa vie toute Angélique, et l’a toujours estimée de même, avec les habitants dudit lieu, comme ils le déposent dans l’attestation qu’ils en firent juridiquement sur le lieu par devant le Mayeur et les Échevins. Ce qui a été confirmé par l’attestation du Pasteur moderne dudit Village, et d’un autre Pasteur, ci-devant Chapelain du même lieu, toutes lesquelles personnes affirment par serment d’avoir connu cette Demlle dès l’âge de 18 à 19 ans, lorsqu’elle arriva la première fois audit lieu de Blatton, et l’ont vue mener une vie exemplaire et très-vertueuse, retirée de la conversation des hommes, afin de demeurer recueillie en Dieu, et cela dans la fleur de sa jeunesse ; ce qui est bien éloigné de s’être débauchée en son jeûne âge, comme Berkendal veut faire croire dans son Pasquil. Car à présent même les habitants de lieu de Blatton voudraient bien que cette Demlle retournât demeurer vers eux, et tiendraient pour une grande faveur de Dieu qu’une personne si vertueuse se tînt auprès d’eux, et tous ceux d’entre eux qui l’ont connue en parlent avec tous les mouvements de piété et d’estime qu’on saurait jamais témoigner pour une personne sainte et parfaite ; comme l’a remarqué Mr Pierre Salmon, Pasteur de S. Sauveur, à LILLE, qui, s’étant transporté à Blatton pour avoir les attestations susdites, rapporta après long retour qu’il avait été si édifié du sentiment que si ces habitants portaient à cette Demlle que leurs discours sur ce sujet leur avaient diverses fois tiré les larmes des yeux, et ému son cœur d’une dévotion si tendre qu’il ne pouvait s’empêcher de pleurer. Il en a aussi écrit à Monsr de Cort, Pasteur, qui était alors Malines, et j’ai fait joindre sa lettre aux Attestations de Blatton, pour faire voir combien de témoignages sont rendus à ladite Demlle contredisant à tant de calomnies que les ignorants jettent contre une personne qu’ils n’ont jamais connue, ni su qui elle est, ce qu’elle a fait, ni ce qu’elle prétend, détractant ainsi à l’aveugle de la vertu même, sans se souvenir que Dieu a dit de les amis : Qui vous touche, il touche la prunelle de mes yeux.
12. Je ne voudrais pas pour tous les biens du monde être en la place de ces Calomniateurs, craignant de ne pouvoir obtenir rémission d’un tel péché, qui semble être un péché contre le S. Esprit, puisque Dieu dit que ses amis lui sont aussi chers que la prunelle de ses yeux, et qu’il tiendra fait à soi-même ce que l’on a fait à l’un de ces petits, dont les intérêts lui sont aussi chers et sensibles comme l’est le mal que l’on ferait à la prunelle de nos yeux. Or qui pourrait douter que cette Demlle ne fût une vraie amie de Dieu, puisqu’elle a eu sa crainte et son amour dès sa tendre jeunesse, et que par ce motif elle a méprisé les biens, les richesses et les plaisirs de ce monde, comme le témoignent tant de personnes dignes de foi, lesquelles ont connu cette Demoiselle de tout temps depuis son enfance, jusqu’à maintenant, et qui déclarent sur leur conscience qu’elle est un vaisseau choisi de Dieu, qu’elle a toujours été portée à la solide vertu et à toute sorte de bien, qu’elle est bien conditionnée et favorisée des grâces de Dieu, tant des naturelles que des spirituelles ; qu’elle est venue de bons Parents, gens de bien et vertueux, comme il paraît par plusieurs Attestations, comme la 1re, la 2e, la 5e et la 6e, ces deux dernières étant de 5 personnes qui chacun dans son art ont servi longues années cette Demlle et ses Parents, qu’ils affirment être tous, aussi bien qu’elle, gens droituriers et de bonne vie ; ce qu’ils ont reconnu en les conversant fort familièrement, et ayant eu souvent à démêler avec eux ; si bien qu’ils ont ainsi su par expérience qu’ils étaient des personnes de bonne renommée, équitables, fidèles et sincères dans toutes leurs procédures et leur conduite.
13. Tout cela ne peut que rendre cette Demoiselle estimable aux bons, et mêmes aux méchants ; puisqu’un bien qui est tel en soi, et paraît même tel à l’extérieur, est toujours aimable et ne peut être méprisé de nulle personne de bon jugement. Cela fait voir combien Berkendal est ignorant et malin, de blâmer une personne si bonne et si louable sans la connaître, même avant s’être informé si elle est bonne ou méchante, et si l’imagination qu’il en a est fondée sur la vérité ou sur le mensonge : il lui suffit d’avoir ouï quelques-uns de ses ennemis, qui lui ont parlé d’elle, et qui, ne la connaissant non plus que lui, sont animés de passion et de malveuillance contr’elle, avant même avoir vu aucuns de ses écrits ; car nos deux Pasteurs me déclarèrent de n’en avoir lu aucuns au même temps qu’ils s’efforçaient à m’en dire beaucoup de mal, tant de sa personne que de sa doctrine. Ce procédé ne peut venir que de leur amour propre et de leur propre intérêt, parce qu’ils ne peuvent supporter que d’autres qu’eux enseignent la vertu, craignant qu’eux-mêmes ne soient plus si fort suivis ni estimés.
14. Voilà un bien faible prétexte pour décréditer et la vertu et la vérité d’un autre, et pour agir d’une manière qui offense grandement Dieu, lequel défend autant de dérober l’honneur du prochain que ses biens, lors qu’il dit : Tu ne déroberas point. Car l’honneur est beaucoup plus estimable que les biens. Que s’il ne faut pas même convoiter le serviteur, la servante, les bêtes, ou autres choses qui appartiennent au prochain, comment peut Berkendal avec repos de conscience dérober si infâmement la bonne réputation d’une personne vertueuse et de sainte vie pour la faire passer comme si elle était une garce inconnue et légère, débauchée dès sa jeunesse, qui aurait vécu dans toutes sortes d’excès et d’impiétés, et qui serait à présent une vieille folle, enragée, endiablée, et possédée de toutes les qualités du Diable décrites par elle-même dans ses livres imprimés, qui sont tous des mensonges que Berkendal a inventés pour décréditer une Servante de Dieu, laquelle n’a jamais fait aucun mal en sa vie, comme le témoignent tous ceux avec qui elle a conversé, dont s’il fallait prendre tous les Témoignages en particulier, il me faudrait faire un trop gros volume ; aussi me suis-je contenté de choisir d’entre plusieurs ceux des personnes qui avaient plus de fondement de la connaître, comme sont les domestiques, les Ouvriers du logis, les Pasteurs et Régents sous lesquels elle a vécu tous les jours de sa vie, afin qu’ils puissent rendre leurs Témoignages certains touchant les choses qu’ils ont vues et entendues eux-mêmes, et dont ils ont pris connaissance particulière ; et qu’ainsi la vérité vienne au jour, puisque Berkendal dit en son premier pasquil que cette Demoiselle doit se cacher et n’ose se faire connaître, comme s’il voulait dire qu’elle hait la lumière de peut que ses œuvres ne soient connues.
15. Cependant, il n’y a rien de caché dans toute sa vie, comme on le peut assez remarquer par tant de diverses attestations en divers temps et en divers lieux où elle s’est trouvée. Car c’est une personne connue de grands et de petits : elle n’a jamais été cachée sinon pour mieux vaquer à Dieu en quelque solitude. Ce qu’elle a toujours aimé et cherché à son possible ; puisqu’on la voit dès sa jeunesse quitter la maison de son Père pour aller chercher un désert où elle puisse vivre en solitude. Et quoi que Dieu permît que le même jour de sa sortie elle fît rencontre d’un Saint Pasteur, Mr George de Lille, qui, la retenant, empêcha son entreprise, elle ne voulut néanmoins désister jamais de chercher les lieux solitaires, afin de mieux s’entretenir avec Dieu hors du tumulte du monde. Car elle est ensuite venue demeurer audit village de BLATTON dans une petite maisonnette que ce Pasteur avait fait bâtir à ce dessein joignant l’Église de sa Paroisse, où elle demeura seule enserrée sans en sortir jusqu’à ce que ses ennemis l’en déchassèrent. Et lorsque son Père fut devenu veuf et qu’elle lui eut rendu toute sorte de services jusqu’à ce qu’il se fût remarié, elle se retira dans une petite maison joignant l’Èglife de S. André, au faubourg de Lille, où une fille Recluse (qu’on appelait sœur Jeanne Cambrie) avait été auparavant ; là y vécut-elle plusieurs années en folitude et dans un recueillement d’esprit, menant une vie exemplaire et toute vertueuse, comme il paraît par une attestation (qui est l’onzième) rendue par deux Prêtres et par une fille d’âge. Elle se tint dans cette maison y vivant dans la vertu et la piété jusqu’à ce que l’armée française vint attaquer la ville et se saisit du faux-bourg où était cette maison, dans laquelle cette Demlle avait fait jusqu’alors si volontiers une demeure qui doit assurément être tenue pour quelque chose de surnaturel, puisque sa nature est d’elle-même toujours sociable et ne prend plaisir que parmi ses semblables. Mais comme cette Demoiselle prenait ses plaisirs dans l’entretien avec Dieu, il ne faut pas s’étonner si elle aimait les lieux retirés, afin de ne se point distraire ni détourner de cet entretien.
16. Néanmoins elle a toujours préféré en ceci la gloire de Dieu et le salut du prochain à son propre contentement. Car elle entreprit, à la sollicitation d’un bourgeois de Lille (Mr Stappart) une maison de pauvres fillettes, laquelle elle augmenta de ses propres biens, où elle fit paraître le grand amour qu’elle avait pour le salut de leurs âmes, les enseignant dans la crainte de Dieu à bien vivre, à travailler, et dans toutes choses bonnes et honnêtes, comme en font foi beaucoup d’attestations (par exemple les 12e, 13e , 14e, 15e, etc.) qui sont de plusieurs Pasteurs et d’autres personnes qui ont soit conversé, soit demeuré avec elle dans ladite maison, qu’on appelait l’Hôpital de Notre Dame des sept douleurs, où elle nourrissait et entretenait de ses propres biens quelquefois 30, 40, jusqu’à 50 pauvres fillettes. Ce qui est une charité de grande confédération. Car outre qu’elle leur donnait ses propres biens, elle prenait la peine de les enseigner elle-même à lire, à écrire ; elle les gouvernait ayant soin du spirituel et du corporel comme une vraie Mère le doit faire à ses propres enfants ; tout cela sans gages, sans gain, sans récompense, sans aucune obligation, mais par un pur et libre mouvement de sa Charité. Et quoi que Berkendal veuille faire soupçonner qu’elle ait mal agi audit Hôpital, les Témoignages de tant de diverses personnes lui doivent couvrir le visage de confusion. Car je ne crois pas qu’on pût trouver dans le monde une seule personne qui voulût s’occuper dans un emploi de charité si pénible qu’est celui de gouverner des pauvres enfants de diverses humeurs ; le proverbe disant aussi : Malheur à celui qui a soin des enfants de plusieurs mères. L’on croit de faire beaucoup de charité aux pauvres lorsqu’on leur donne quelque chose pour les couvrir ou quelque peu à manger. Combien plus ne doit-on pas estimer la charité qu’a faite cette Demlle dans cet Hôpital, vu qu’outre ces choses elle les entretenait entièrement de tout ce qui est nécessaire à la vie du corps et nourrissait leurs âmes par son exemple et par ses bonnes instructions ; et elle a persévéré dans ces pieux exercices bien l’espace de 9 à 10 ans, durant lesquels elle a bien aidé et enseigné environ quatre cents de semblables pauvres filles et les a rendues capables d’opérer leur salut et de gagner de quoi vivre honnêtement.
17. Toutes ces choses ne doivent point avoir donné sujet à Berkendal ou à d’autres de croire que cette Demoiselle ait mal agi dans cet Hôpital, comme il veut l’en suspecter, vu qu’au contraire elle a édifié tous ceux qui l’y ont vue et qui ont connu sa gouverne et sa conduite. Cela paraît presque par toutes ses Attestations de Lille, qui affirment qu’elle n’a pas seulement traité ces pauvres selon leurs conditions, mais comme s’ils eussent été tous ses propres enfants, et cela en maladie aussi bien qu’en santé. C’est ce qu’affirme Mr Brigo (dans la 18e Attestation), qui était un Chirurgien qu’elle avait pris à gages pour les panser en leurs infirmités ; même elle donnait gages à un Médecin, afin que rien ne leur manquât dans le besoin.
18. Ainsi l’on n’a pas la moindre occasion du monde de douter qu’elle ait fait quelque mal dans cet Hôpital ; mais on a tout sujet d’être pleinement assuré qu’elle n’y a fait que du bien, et beaucoup, eu égard aux Témoignages de tant de personnes dignes de foi dont la plupart vivent encore et peuvent témoigner de nouveau les mêmes choses à ceux qui auraient la curiosité de les leur demander ou de s’informer plus avant de la vérité. Ce ne sont pas ici des fictions ; ce sont des réalités avérées par un très-grand nombre de personnes. Si cette Demlle en parlait seule, on pourrait douter si ces choses ne seraient fondées que sur le dessein de se louer. Mais on ne peut révoquer en doute tant de Témoignages de personnes dignes de foi ; il faut que chacun les reçoive comme des vérités indubitables, puisque Jésus Christ allègue lui-même avec approbation cette règle, qui est de Dieu, qu’au Témoignage de deux ou de trois témoins, toute parole est ferme. Et ici il n’y en a pas deux ou trois, mais bien plus de quatre-vingts, afin que les plus scrupuleux ne puissent trouver aucune exception pour révoquer en doute ce qui concerne cette Demoiselle, laquelle est assurément comme un miroir de vertu pour toutes sortes de personnes, de quelques Nations et Religions qu’elles soient ; puisque les grâces que Dieu lui a faites ne sont pas seulement imprimées dans le secret de son âme, mais qu’aussi elles ont produit des fruits si exemplaires au dehors que tous ceux qui l’ont connue en sont des Témoins oculaires, ayant vu de leurs yeux par ses œuvres extérieures que la Charité et l’Amour de Dieu résidait dans son âme ; où cette Divine charité a produit l’Amour du prochain et les œuvres de miséricorde, dans lesquelles elle s’est exercée tout le temps de sa vie, et qu’elle exerce encore à présent, de quoi je suis Témoin oculaire, avec plusieurs autres, qui ont rendu aussi Témoignage, comme on le peut voir dans le Recueil que j’ai joint.
19. Mais comme Berkendal dit malignement dans son premier pasquil : Je ne sais pourquoi elle a été chassée de l’hôpital, mais ce qu’elle a connu tant de sorcières et qu’elle sait dire tant de raisons sur la manière d’agir du Diable avec eux, etc., cela me donne quelques arrière-pensées, je veux bien, en faveur des Lecteurs sincères, répondre à ce discours malin de Berkendal. Je dis donc qu’il n’est pas vrai qu’on l’ait directement et proprement chassée hors de l’hôpital ; mais elle l’a volontairement abandonné, parce que plusieurs de ces fillettes lui avaient déclaré qu’elles étaient entachées de sortilège, et qu’elles tachaient de l’empoisonner par des maléfices, dont le Magistrat de Lille étant averti, ils ont mieux aimé excuser de si grands maux que de les corriger et y mettre remède. C’est cela qui fit résoudre cette Demoiselle à abandonner plutôt l’hôpital que d’y rester avec des personnes qui déclaraient d’avoir accointance journalière avec le Diable.
20. Voilà le seul sujet pourquoi elle est sortie de l’Hôpital, et non pour quelque mal qu’elle y eût fait, comme ce Berkendal voudrait faire entendre, et quelques autres de ses semblables qui, ne sachant pas le fond de l’affaire, jugent mal des plus grands biens ; en quoi ils sont directement contre ce commandement de Jésus Christ : Ne jugez pas selon l’apparence, mais jugez d’un droit jugement. Car si cette Demoiselle eût été coupable en quelque façon, elle n’eût pas demandé justice de ces filles, ni déclaré un si grand mal caché ; elle l’aurait plutôt couvert ou dissimulé à tous, puisque, selon la parole de l’Écriture, celui qui fait choses malséantes ne vient point à la lumière, craignant que ses œuvres ne soient connues ou manifestées. Mais cette Demlle n’eut pas plutôt entendu parler ces fillettes de sorcelleries, qu’elle fit venir trois Pasteurs pour leur déclarer ce qu’elles lui avaient dit de cette matière, et elle fit avec ces Pasteurs tout ce qui lui fut possible pour convertir ces filles et leur faire quitter le Diable, auquel elles disaient d’avoir donné leurs âmes, renonçant à Dieu, quoiqu’enfin le tout fût en vain. Car ces filles, après tout le travail et toutes les admonitions d’elle et des Pasteurs, demeurèrent obstinées, disant ouvertement qu’elles voulaient demeurer fidèles au Diable et ne le point abandonner. Ce qui fit résoudre cette Demlle à se retirer d’une si mauvaise compagnie que celle de la plupart de ces filles, qui déclaraient ouvertement de vouloir faire mourir leur Bienfaitrice, lorsqu’il serait en leur pouvoir, et avaient préparé à ce sujet plusieurs maléfices pour l’empoisonner, qui furent mis en main au Magistrat jusqu’au nombre de quatorze. Il est parlé de ces choses dans les Témoignages 20, 21 et 22.
21. Mais j’ai plus de vérités à répondre sur la question pourquoi elle est sortie de l’Hôpital que Berckendal n’a de raison à faire cette demande. Car je puis dire, et je sais par expérience, qu’elle en est sortie pour venir illuminer mon âme de la lumière de Vérité ; et non seulement la mienne, mais aussi les âmes de plusieurs autres de mes amis. Sur quoi nous disions souvent les uns aux autres que c’est la plus grande grâce que Dieu nous ait jamais faite, d’être venus à la connaissance de cette Demoiselle, laquelle nous a fait voir tant de vérités Chrétiennes et si importantes que sans les découvrir, il nous était presque impossible d’être sauvés ; vu que nous étions tous dans les ténèbres de la mort, et que nous ne voyions pas où nous devions marcher si Dieu n’eût permis la sortie de cette Demlle hors de son Hôpital pour développer nos âmes des filets où le Diable les avait enveloppées. Ainsi cette sortie a été heureuse et utile à nous et à plusieurs autres. Car si elle fût demeurée à Lille dans cet Hôpital, il est à craindre que jamais les personnes de la Hollande, de la Frise, de Holstein, d’Allemagne, et d’ailleurs, n’eussent eu la connaissance des vérités qu’elle nous découvre, ou, du moins, de la pratique exemplaire de ses vertus ; mais ayant pour beaucoup de raisons trouvé bon de sortir de cet Hôpital, elle est venue dans la Hollande et ailleurs pour le salut de plusieurs. Il est vrai qu’on eût pu avoir ses écrits quoique sa personne en eût été éloignée ; mais on ne pouvait si bien être convaincu par ses écrits que par sa présence, parce que les œuvres sont plus puissantes pour convaincre que les paroles.
22. Pour mon particulier, je puis bien dire d’elle que la Reine de Seba disait de SALOMON lorsqu’elle eut ouï et entendu elle-même sa sapience, savoir que tout ce que j’ai lu de cette Demoiselle dans ses écrits n’est rien auprès de ce que j’en ai appris depuis que j’ai vu sa personne, eu la conversation, et entendu de sa bouche les vérités divines et admirables, les pratiques et les instructions salutaires que cette âme répand. Je suis témoin oculaire qu’elle vit comme elle parle, et qu’elle enseigne plus par œuvres que par écrits. Elle possède véritablement dans son âme les vertus décrites dans ses livres. Jamais je n’ai connu de personne plus humble et qui fît moins d’estime d’elle-même. Si elle partage quelque chose aux autres, elle leur donne le meilleur, et retient le moindre pour elle. Elle est parfaitement sobre et chaste. Elle est affable et modeste, toujours égale à soi-même en toutes sortes de rencontres, et bien réglée en toutes ses actions. Enfin, elle mène une vie toute surnaturelle, parce qu’elle ne suit en rien les sensualités de la nature corrompue. Ce qui fait bien voir qu’elle est régie par le S. Esprit, lequel se rend visible et sensible en elle par ses paroles, par ses actions, et par sa doctrine.
23. C’est une chose admirable de voir la manière dont elle écrit et compose ses livres, sans aucune étude ou spéculation. C’est comme un fleuve qui coule de sa main et de sa plume si habilement qu’à peine aucun écrivain saurait la suivre. Je l’ai vu souvent écrire et composer en ma présence les choses que je lui demandais, et à l’instant même que je les lui proposais. Elle m’a souvent dit de s’étonner comment je puis spéculer pour composer quelque lettre, puis que les spéculations lui serviraient d’empêchement si elle vouloir s’en servir.
24. Elle est naïve et sincère, de cœur ouvert, amiable à chacun ; ce qui la rend aimable à tous, aux méchants mêmes aussi bien qu’aux bons. Je ne pense pas qu’on puisse la connaître et la converser sans l’aimer. C’est pourquoi tous ceux qui disent du mal d’elle ne le peuvent faire que par ignorance, ou par un esprit de malignité et de jalousie, de ce qu’ils ne peuvent ou qu’ils ne veulent arriver aux vertus qu’ils entendent être dans elle, sur lesquelles je ne veux pas m’étendre ici plus amplement, me référant à ce qu’en ont déclaré par leurs lettres et leurs Attestations ci-jointes les amis que j’en avais recherchés, où je renvoie le Lecteur, le priant de les vouloir examiner avec quelque soin et quelque attention.
III. Procédé des Ennemis de la Vérité et de la lumière
contre ceux qui la proposent et ceux qui
la cherchent et l’estiment.
25. J’ai jugé nécessaire d’avoir plusieurs témoins, parce que c’est une affaire qui a tant d’oppositions, et qui en est si traversée, non seulement par paroles ou par des simples médisances verbales, mais par des écrits et par des imprimés diffamatoires publiés contre cette Demoiselle ; car un certain Benjamin Furly, de la secte des Trembleurs, fit imprimer un livre plein de mépris, de fausses accusations, et d’injures contr’elle, lequel il intitula ANTHOINETTE BOURIGNON découverte et son Esprit manifesté, qui est un libelle qui ne contient que des injures et des calomnies contre les écrits et la personne de cette Demoiselle. Et de nouveau l’an passé se sont élevés les deux Ministres de l’Église Réformée d’ALTENA, qui, après beaucoup de détractions verbales de cette personne et de ses livres, ont enfin mis par écrit et fait imprimer les mêmes calomnies qu’ils m’avaient premièrement dites de bouche, savoir, que les écrits de cette Demlle n’étaient pas à approuver, mais rejetables ; qu’ils étaient pernicieux et pleins d’erreurs ; et qu’enfin on ne devait pas les lire, et encore moins les suivre.
26. Lorsque ces Pasteurs me parlèrent de cette sorte, je commençai à douter de leurs enseignements dans ce qui regarde le salut des âmes. Car je voyais bien que les écrits de cette Demoiselle étaient très-bons et salutaires, tous conformes aux enseignements de Jésus Christ et de ses Apôtres ; et cependant j’expérimentais avec douleur que ceux qui devaient procurer le salut et la perfection de mon âme étaient ceux-là mêmes qui voulaient m’ôter les moyens d’y arriver, me voulant empêcher de lire des choses qui apportaient tant d’utilité à mon âme, qui se sentait tous les jours enflammée de plus en plus dans le mépris du monde et dans l’amour des choses éternelles par la lecture des vérités contenues dans les écrits de cette Demoiselle.
27. Néanmoins, comme j’avais beaucoup de respect pour mes Pasteurs, je me persuadai qu’ils n’étaient pas bien informés des écrits ni de la doctrine de cette personne. Je voulus donc tâcher de leur en faire avoir la connaissance, croyant que lorsqu’ils connaîtraient la salutaire doctrine de ces livres, ils seraient bien aises de s’en servir pour leur propre bien et de m’exhorter à en continuer la lecture avec soin. C’est dans cette espérance que je leur demandai s’ils connaissaient cette Demoiselle et s’ils avaient lu ses écrits ? Ils me répondirent que Non ; qu’ils ne les connaissaient point et n’avaient lu aucun de ses écrits, ne laissant pas néanmoins d’en dire beaucoup de mal en même temps, et de me soutenir comme chose très mauvaise ce qu’ils n’avaient jamais ni vu ni connu.
28. Voilà un procédé qui ne peut être que très-blâmable en eux. S’ils eussent dit qu’une chose était mauvaise après en avoir pris connaissance, l’avoir examinée, consulté ensemble là-dessus, et trouvé après tout qu’elle fût telle en effet, leur jugement aurait eu quelque apparence de droit et d’équité selon la raison humaine, quoique cette raison se trompe souvent, comme étant très-faillible. Mais de condamner des écrits qu’ils n’avaient jamais lus, selon leur propre confession, c’est une malignité aussi absurde qu’inexcusable, n’y ayant personne dans le monde qui puisse faire un droit jugement d’une chose dont il n’a point de connaissance, comme ces Prêcheurs l’ont fait en condamnant les écrits et la personne de cette Demoiselle avant les avoir vus ni connus.
29. Je tâchai néanmoins de faire mon possible pour leur montrer doucement avec combien peu de considération ils agissaient, et pour les porter à d’autres pensées, mais en vain. Ils s’arrêtaient fixement à la préoccupation de leur esprit, continuant à blâmer et à injurier aveuglément cette Demoiselle et ses écrits, et voulaient enfin obtenir de moi que je rejetasse ces livres, que je ne les lusse plus, que je détournasse les autres de leur lecture, et que je quittasse la correspondance et la conversation que j’avais avec des personnes de probité et qui cherchaient Dieu. Ils me disaient que j’étais autant obligé à faire cela qu’eux l’étaient à m’y pousser et m’y tenir fixé ; que je devais croire ce qu’ils disaient et obéir à ce qu’ils voulaient, parce que je n’entendais pas bien ces choses, et qu’ils savaient mieux ce qui était utile à mon âme que moi-même ; que si je ne leur obéissais et ne faisais ce qu’ils me disaient, Dieu me jetterait dans l’ordure et me confondrait devant tout le monde, et choses semblables.
30. Ils pensaient sans doute m’étonner si fort par leurs menaçantes paroles que de me faire quitter des choses si salutaires que la lecture de ces livres aussi édifiants que bons, et la conversation des gens de bien. Mais ma conscience ne voulait pas me permettre d’agir de la sorte ; car Dieu m’ayant donné, par sa grâce, assez d’intelligence pour discerner le bien d’avec le mal, j’apercevais que tout ce que ces Pasteurs me disaient de la personne et des écrits de cette Demoiselle était contraire à la vérité que j’en connaissais ; et je voyais évidemment que d’un côté ces choses étaient très bonnes et salutaires, et que d’autre côté ces hommes n’en parlaient que par passion, voulant dire du mal d’elles sans les connaître, selon leur propre confession.
31. Ce procédé me donna quelque aversion d’eux, de tant plus que l’un, Mr de la Fontaine, étant venu deux diverses fois dans mon logis, me dit tout ouvertement en présence de plusieurs personnes dignes de foi, qui sont encore vivantes et peuvent en cas de besoin rendre témoignage à ce qui se passa alors entre nous ; il me dit, dis-je, tout ouvertement, que je suivais un esprit d’erreur, que j’étais un hérétique, et que je pourrais bien devenir avec le temps un Hérésiarque si je ne désistais de la lecture des livres de cette Demoiselle, et de la correspondance que j’avais avec elle et avec ses amis. Je le priai instamment de me donner par écrit les erreurs et les choses mauvaises qu’il y avait dans ces livres, afin que j’y pusse penser sérieusement à part moi et les peser ; ou bien qu’il voulût les envoyer lui-même à cette Demoiselle pour la convaincre de ses erreurs ; que ce serait là l’unique moyen de mettre ma conscience à repos sur ce point. Mais il me répondit avec feu qu’il ne voulait rien avoir à démêler avec de tels Hérétiques, traitant cette Demlle de Caroigne, et d’autres termes honteux de mépris et d’aigreur. Il insistait sur ce que je devais croire ce qu’il me disait et quitter ces Hérétiques ; qu’il lui suffisait de me déclarer verbalement ce qu’il avait à me dire. En effet, il me fit beaucoup de discours pour soutenir ses prétentions, sans vouloir me donner le temps de lui répondre ; car il interrompait d’abord mon discours, afin qu’il fût ainsi vainqueur et moi vaincu et tenu pour errant.
32. Mais pour mieux venir à bout de ce dessein, il me proposa un nombre de questions auxquelles je devais répondre par Oui ou Non, sans m’éclaircir davantage, afin de m’attraper de la sorte. Je vis bien où cela butait, aussi m’excusai-je d’y répondre ; je dis même que je suspectais cette manière d’agir, et qu’il me semblait qu’il voulût agir avec moi comme les Pharisiens avec Jésus Christ. Cela le fit emporter de colère et éclater tout à fait contre moi ; et après s’être déchargé par beaucoup de paroles, il me menaça de me faire révoquer devant le consistoire les choses que je venais de dire. J’ai attendu jusqu’à présent cette appellation au Consistoire, mais elle ne s’est jamais faite. Il en sait lui-même la raison, et il ne faut pas beaucoup d’esprit pour la deviner. Mais quant à tous les efforts qu’il fit pour me disposer à ne plus lire les écrits de cette Demoiselle, je ne pus jamais m’y rendre, puisque Pieu m’a fait la grâce de connaître sa vérité, laquelle j’ai apprise dans les livres de quelques auteurs qui ont été instruits par le S. Esprit, comme sont JEAN TAULER, THOMAS A KEMPIS, Madlle BOURIGNON, et autres, qui traitent de la vraie vertu, de l’abnégation de soi-même, de l’imitation de Jésus Christ. Et parce que ces Prêcheurs méprisent et rejettent les personnes qui traitent solidement de ces choses, qu’ils les tiennent pour des hérétiques, et défendent la lecture de leurs livres, cela me fait voir que je m’étais grandement trompé d’avoir tenu ces Prédicateurs pour des envoyés de Dieu et cru d’apprendre d’eux la voie du salut ; puisque leurs procédures font voir tout le contraire, et montrent assez qu’ils ne connaissent pas eux-mêmes cette voie salutaire, et qu’ils sont tout éloignés de la vie véritablement Chrétienne, ne pouvant souffrir que je tâche moi-même à devenir vrai Chrétien, et voulant me priver des livres et des personnes qui me peuvent avancer dans cet état.
33. Je n’aurais jamais cru que ces Pasteurs eussent été tels, me l’eût-on assuré avec serment, tant était bonne l’opinion que j’en avais, si ma propre expérience ne m’eût appris ce qu’ils sont. Car aussi longtemps que j’ai voulu servir Dieu et le monde tout ensemble, comme ils font eux-mêmes, ils ont été mes meilleurs amis, m’ont même fait beaucoup de plaisirs et de faveurs ; mais sitôt que je me suis disposé à servir Dieu seul, et à quitter le monde et ses vanités, ils sont devenus mes plus grands ennemis, et m’ont fait assez voir, par toutes leurs œuvres, de quel Esprit ils sont les enfants. Car dès lors ils interprétèrent à mal toutes mes paroles et toutes mes actions. Si je parlais du déchet de la Chrétienté et que l’état de notre Église n’allait pas si bien qu’il devrait, l’on me faisait passer pour un juge téméraire et présomptueux qui condamnait un chacun et entreprenait sur la charge de Dieu même. Me plaignois-je de la corruption du monde, témoignant que je voulais abandonner son commerce et ses négoces pour devenir vrai Chrétien, Mr Fontaine me disait que je quittais l’ordonnance de Dieu et abandonnais ma vocation (quoique la vocation du Chrétien soit la seule Imitation de Jésus Christ). Si je disais qu’un Chrétien ne devait pas être attaché à une Église particulière, mais être un membre de l’Église Chrétienne, qui est l’universelle et celle des Saints, et que la multiplicité des divisions qui étaient entre les Chrétiens ne venait pas de Dieu, le même Mr Fontaine me disait que je rejetais l’établissement et l’ordonnance des Apôtres, me demandant si les Apôtres mêmes n’avaient pas établi plusieurs Églises particulières et différentes, comme à Éphèse, à Corinthe, à Smyrne, à Pergame, à Philadelphie, et ailleurs ? Comme si toutes ces Églises eussent été autant de sectes différentes ; ou comme si j’eusse voulu dire que la vraie Église ne devait se trouver que dans un seul endroit du monde ; ou plutôt comme s’il eût eu dessein de prendre à mal tout ce que je voulais dire, comme il paraît assez par ce qu’il me répondait sans me laisser achever ce que je disais. Lorsque je témoignais de vouloir éviter la conversation des hommes pour ne pas souiller ma confidence en ne pas participant à leurs péchés, il me disait que j’étais du nombre de ceux dont le Prophète parle et qui disent à autrui : Retire-toi de moi, car je suis saint auprès de toi. Si je ne voulais pas me rendre en toutes choses à leur volonté, ils me disaient que j’étais dans l’orgueil spirituel et dans la présomption. Lorsque je les assurais que je ne cherchais rien que d’imiter Jésus Christ en renonçant à moi-même, et que je voulais seulement me servir des moyens qui pouvaient m’avancer le plus vers ce but, ils me disaient que je voulais exciter du scandale, et que Dieu me punirait et me confondrait à ce sujet. Si au lieu de consentir incontinent à leurs discours, j’étais de sentiment différent, ils me faisaient passer pour un opiniâtre. Si je disais que je ne pouvais voir dans ma conscience qu’ils eussent droit, ils me repartaient que ma conscience était erronée. Lorsque je conversais avec quelque personne pieuse qui n’était pas cependant de l’Église Réformée, ils me disaient que je faisais contre l’ordre de Jésus Christ, et ainsi du reste. Je ne disais et ne faisais rien qu’ils ne traitassent de la sorte.
34. Environ quelques trois mois après que Mr Fontaine m’eût menacé de me faire venir devant le Consistoire, il me fit appeler dans la maison de son Collègue, Mr le Docteur Saxe ; car comme le temps de la communion s’approchait alors, je lui avais écrit un billet où je lui déclarais ma disposition envers lui, lui disant que quoiqu’il m’eût traité d’une manière très-indigne, je ne lui en voulais néanmoins point de mal, mais que j’oubliais et pardonnais le tout, de bon cœur, priant Dieu de lui pardonner aussi tout le mal qu’il avait dit des écrits et de la personne de Madlle Bourignon ; et je le priai en même temps que s’il avait quelque chose contre moi, il voulût me le faire savoir, afin de me comporter chrétiennement dans cette conjoncture. Ce fut sur cela qu’il me fit venir dans la maison du Docteur Saxe, comme je viens de le dire. J’obéis, espérant que Mr Fontaine me dirait là ce qu’il avait à dire contre moi. Mais m’ayant fait entrer tous deux dans une chambre où ils étaient, Mr le Dr Saxe commença à me demander si j’étais encore un membre de leur Église, ou non ? J’entendis bien ce langage ; c’est pourquoi je ne leur donnai point de réponse directe, voyant bien qu’on n’avait dessein que de me surprendre en mes paroles ; mais je leur répondis d’une manière qu’ils n’attendaient pas, et sur quoi ils ne pouvaient avoir de prise. Comme ils eurent vu qu’ils avaient manqué leur coup, ils firent semblant de me vouloir renvoyer en deux ou trois mots ; mais se ravisant, ils commencèrent à discourir avec moi sur les écrits et la personne de Madlle Bourignon, comment j’en étais préoccupé, et comment il était possible que je voulusse entreprendre leur défense et leur soutien, etc. Et après plusieurs discours d’une part et d’autre pour et contre, ils me demandèrent enfin chacun que je leur fisse voir un des livres de cette Demoiselle, afin qu’ils sussent ce qu’il pouvait y avoir, et que pour mon salut, ils en marqueraient les erreurs. Ce fut après en avoir déjà dit beaucoup de mal qu’ils se rendirent enfin à les voir. Je consentis à leur demande, et leur envoyai quelque peu après à chacun un des livres de question, comme je l’ai dit ci-dessus.
35. Ceci demeura encore environ trois mois en surséance, sans qu’ils modifient rien des livres qu’ils avaient en main. Mais le temps de la communion de Pâques s’approchant, j’allai les voir et leur demandai s’ils avaient lu ces livres et comment ils les trouvaient ? Pour réponse, il n’y avait que des injures et des calomnies contre de si dignes écrits ; et le Docteur Saxe me conta sur ses doigts les mêmes articles qui sont imprimés dans le premier Pasquil de Berkendal. Comme je ne pouvais consentir à ce qu’il disait, mais que je lui remontrais le contraire, il commença à tonner et à tempêter furieusement contre moi, et à me traiter d’une manière si lourde et si indiscrète que si j’eusse été l’un des plus grands coquins du monde. Il m’interdit la communion, comme l’on fait aux paillards, aux adultères, aux larrons et à d’autres malfaiteurs, quoique tout le mal qui leur pouvait déplaire en moi ne fût autre sinon que je ne voulais pas quitter les moyens que je trouvais utiles à l’avancement de mon salut et ne pouvais me soumettre à cette domination absolue qu’il voulait prendre sur moi. Mr Fontaine en fit autant que lui, excepté qu’il agit alors d’une manière plus douce et plus retenue, parce que le Dr. Saxe jouait alors à son tour le personnage du mauvais garçon. Car en effet il n’y a point d’artifices qu’ils n’aient éprouvés pour qu’ils puissent disposer de moi selon leur volonté comme des Maîtres absolus. Mais je ne reconnais point de tels Maîtres que Jésus Christ seul ; et je dis ouvertement à ce Docteur que j’appelais de son Jugement à celui de Dieu, lequel connaissait son cœur et le mien, et qui mettrait un jour nos pensées en évidence.
36. Je laisse maintenant au Lecteur à juger si ces Pasteurs ont agi avec moi comme le doivent faire des vrais Pasteurs d’âmes et des Prédicateurs Chrétiens. Véritablement leur procédé prouve tout le contraire. Cependant il semble que ces Messieurs veuillent laver leurs mains comme Pilate, et faire semblant de n’avoir pas même troublé l’eau, et de ne rien savoir de tout ce qui s’est passé entre nous. Car Berkendal me conjure bien sérieusement, dans la conclusion de son premier pasquil, de lui déclarer, et à tous gens de bien de notre communion, pour quelles raisons je me suis séparé d’eux, et que jusqu’à présent il n’a pu en trouver aucun sujet. D’où il paraît qu’ils déguisent l’affaire pour lui donner une apparence contraire à ce qu’elle est dans la vérité. C’est ce qui m’a fait juger nécessaire de la découvrir un peu ici et de faire voir la manière d’agir peu Chrétienne de ces deux Pasteurs pour leur ôter l’occasion d’éblouir le monde ; car le peu que je viens d’en dire suffit pour faire juger de tout le reste ; et je serais trop long de m’étendre davantage sur un tel sujet.
37. Mais pour ne pas oublier de donner à Berkendal la réponse qu’il me conjure de lui faire, je dis et déclare à tous gens de bien, tant à ceux de la Religion Réformée d’Altena qu’à d’autres, que depuis que Dieu m’eut ouvert les yeux par la lecture des bons livres, et particulièrement par ceux de cette Demoiselle, et que j’eus vu clairement l’état misérable dans lequel toutes les choses du monde étaient tombées, le triste dégât qui est toutes sortes de conditions dans la Chrétienté, le grand péril où les âmes s’exposaient dans les trafics et les négoces du monde ; après avoir remarqué la grandeur des plaies et des châtiments dont Dieu voulait visiter le monde et exterminer tous les méchants, et aussi le bonheur qu’il promet à ceux qui se convertiront à lui véritablement ; après, dis-je, avoir pris ces choses à cœur, je déclare que je résolus de me séparer du monde et de ses négoces, et de me retirer quelque part aux champs pour, en m’y entretenant du labeur de mes mains, tâcher à devenir un véritable Chrétien, et, selon l’exhortation de Jésus Christ (Luc 21) me garder que mon cœur ne s’appesantisse par la gourmandise, par l’ivrognerie et par les inquiétudes de cette vie ; que le jour du Seigneur ne vienne me surprendre tout d’un coup, mais que plutôt par veiller et prier en tout temps je sois rendu digne d’éviter tous les maux qui doivent arriver, et de comparaître avec confiance devant le Fils de l’homme lorsqu’il viendra dans sa gloire.
28. Comme j’étais dans ces pensées et dans cette résolution, ce fut alors que nos Pasteurs m’attaquèrent de la manière que j’ai racontée, voulant me contraindre à ne plus lire les écrits de Madlle Bourignon, et à ne plus avoir de conversation ni de correspondance avec des gens de bien qui étaient d’autre Religion que la nôtre ; à quoi ma conscience ne pouvant se rendre, ils ne voulaient plus me reconnaître pour un membre de leur Église, comme en effet, ils me rejetèrent de la Communion à la Cène du Seigneur. Ce qui me paraissant une insupportable Tyrannie de conscience, et qu’il n’appartenait pas à ces Prêtres de dominer si absolument sur toute une Église que d’exclure quelqu’un de la communion de leur autorité privée, j’allai trouver quelques membres du Consistoire pour m’en informer plus particulièrement. Je trouvai alors que ces Meilleurs les Pasteurs n’avaient rien communiqué de cette affaire au Consistoire, sinon que, quelques jours après qu’ils m’eurent défendu la Cène, le Docteur Saxe leur avait dit que j’avais certaines erreurs où je voulais demeurer opiniâtrement, et partant qu’il trouvait bon que l’on me défendît la Cène ; à quoi le Consistoire avoir consenti. Or quoique Messieurs les Anciens à qui j’en parlai ensuite n’approuvaient pas le procédé des Pasteurs, néanmoins il fallut en demeurer là ; ce que Monsr le Président avait conclu devait valoir, et moi il me fallut demeurer condamné sur les accusations de ces Prêtres, sans être écouté ; ainsi je n’osai plus me trouver à la communion.
39. Cela ne fit que me donner un plus grand désir de fonder et d’examiner la doctrine et la vie de Madlle Bourignon, avec dessein que si je venais à découvrir par aventure quelque chose que les Pasteurs aient droit de reprendre, je me soumettrais alors volontiers à eux et leur obéirais en cela ; mais si je trouvais le contraire, que je les laisserais dans leur iniquité et tâcherais d’opérer mon salut selon la mesure de la connaissance qu’il plaisait à Dieu de me donner. Ainsi, pour effectuer ce dessein, je me retirai de Hambourg, et par même moyen de l’Église Réformée d’Altena, après que les Pasteurs eurent refusé de m’en reconnaître pour membre et qu’ils m’eurent rejeté de la communion à la S. Cène.
40. Je laisse maintenant à juger à toutes les bonnes âmes de cette Église si je n’ai pas eu sujet de m’en retirer et s’ils doivent encore ajouter foi au babil de Berkendal qui leur veut cacher la vérité par la fausseté de ses discours, faisant semblant qu’il ne sait rien de tout ceci ; ce qui n’est pas croyable, sinon que les Pasteurs lui aient caché l’état de la chose comme ils ont fait à d’autres bonnes personnes qui prennent pour des vérités infaillibles tout ce que disent leurs Pasteurs, quoique souvent ils en soient bien éloignés, comme il paraît par le rapport qu’ils firent au Consistoire que j’étais dans l’erreur ; au lieu que je ne cherchais que de suivre la Doctrine de Jésus Christ ; et en ce qu’ils disent encore à présent que je suis séduit et que je veux suivre un esprit d’erreur ; au lieu que je ne désire que de mépriser le monde, de renoncer à moi-même, et d’imiter Jésus Christ ; de même encore en ce qu’ils disent tant de choses mauvaises de Madlle Bourignon, dont ils ne peuvent néanmoins vérifier la moindre. Certes, ils se trahissent eux-mêmes de la sorte et font bien voir qu’ils ne sont pas régis par l’esprit de la vérité. Car autrement ils se garderaient de l’obscurcir comme ils font et de rendre la vertu si odieuse. S’ils se laissaient régir par l’Esprit de J. C., ils n’auraient garde de m’exclure de leur communion et de me faire passer pour hérétique parce que je me sers des livres et que j’affectionne des personnes qui peuvent me conduire et m’avancer dans l’imitation de Jésus Christ ou dans la vie vraiment Chrétienne ; au contraire, ce serait eux-mêmes qui devraient m’y inciter davantage et me précéder par leur exemple. Mais ils en sont aussi éloignés qu’ils sont portés par la passion de leur intérêt à vouloir dominer sur l’Église et sur les consciences, à raison de quoi ils font passer pour hérétique la doctrine véritablement Chrétienne, et rejettent de leur communion les personnes qui veulent vivre Chrétiennement. Et pour qu’on ne connaisse pas leur manière d’agir, qu’ils savent être inexcusable, ils demandent quel sujet l’on peut avoir de se retirer de leur Communauté. Cela n’est-il pas à eux une vraie hypocrisie, puisqu’ils savent bien que c’est eux-mêmes qui m’ont rejeté de la Communion et de leur Église sans sujet valable, et d’une manière qui est si injuste et si inique ?
41. Car s’ils eussent voulu agir dans l’équité et avec droiture, comme des Ministres sincères de l’Église, ne devaient-ils pas, en cas qu’ils eussent trouvé dans moi quelque chose contraire à la vérité ou à la vie Chrétienne, dont je n’eusse pas voulu désister après leur admonition privée, proposer cela dûment au Consistoire, m’appeler et me faire répondre là-dessus ? Et alors, si j’eusse été trouvé coupable et obstiné, n’était-ce pas au Consistoire de juger la chose ? Ce serait ainsi que ces Pasteurs auraient été à tout le moins excusables devant leur Église ; au lieu qu’il n’y a pour eux à présent que des sujets de confusion devant Dieu et devant les hommes lors que l’on connaîtra la vérité de tout, sans qu’ils puissent se purger de l’injustice et de la malignité avec laquelle ils ont procédé dans cette affaire.
42. Ils ont pensé de me jouer par là un mauvais tour ; mais Dieu a pensé à me faire du bien par le même moyen ; puisque par cette occasion j’ai appris à mieux connaître quels ils étaient ; car ayant rencontré Madlle Bourignon et comparé sa vie et sa doctrine avec la Doctrine et la Vie de ces Pasteurs, après avoir bien examiné le tout, j’ai trouvé que non seulement ces Pasteurs avaient grand tort dans toutes leurs procédures contr’elle et contre ses écrits, aussi bien que contre moi ; mais aussi, qu’ils étaient dans des erreurs périlleuses dans leurs vies et dans leurs doctrines. Mais quant à cette Demoiselle, j’ai vu qu’elle était dans la droite voie du salut ; que sa Doctrine et sa vie étaient dans le fond la même que celle de Jésus Christ. En quoi je suis confirmé tous les jours de plus en plus. C’est pourquoi je n’ai plus besoin de me soumettre à ces Pasteurs, ni de retourner dans leur communion après qu’ils m’en ont eu rejeté si injustement. Je rendrai plutôt grâces à Dieu de m’avoir affermi par ce moyen dans la connaissance de la vérité, laquelle je suis résolu de suivre déformais, moyennant sa grâce, après l’avoir découverte par les écrits de cette Demoiselle, lesquels je puis estimer comme l’occasion du salut de mon âme. Et je dis encore, que je ne sais quel plus grand bonheur m’eût pu arriver pour la vie éternelle que celui d’avoir eu connaissance des écrits et de la personne de cette Demlle. Ses discours journaliers servent de nourriture à mon âme, comme la Manne servait d’aliment corporel aux Enfants d’Israël. C’est pourquoi je dois bien l’aimer et la suivre plutôt que ces Pasteurs qui veulent me soumettre par force à leur empire et me lier à leurs opinions, au lieu de me renvoyer à Dieu, comme fait cette Demoiselle, laquelle ne cherche et n’attire personne à elle, et qui travaille seulement pour mener les âmes à Dieu.
43. Car je connais plusieurs personnes qui ont voulu quitter le monde pour venir auprès d’elle, qu’elle a rejetés et rejette encore journellement, les admonestant de tâcher à trouver Dieu dans l’intérieur de leurs âmes, sans s’attacher à elle, ni à nulles autres créatures. Ce qui est bien contraire au procédé de ces Prédicateurs, qui font tant de bruit sur ce que je me suis retiré avec ma Mère de leur Assemblée par leur propre faute et leur inconsidération, qu’ils voudraient réparer trop tard à présent. Quant à cette Demoiselle, je crois que si nous voulions nous retirer dès à présent de sa conversation, elle ne dirait pas un mot de contraire. Ce qui nous fait bien voir qu’elle n’attire personne à soi, étant très-contente que chacun s’en retire, moyennant que l’on vive en vrais Chrétiens, aussi bien loin d’elle que près ; car, d’ailleurs tous les hommes ne lui servent qu’à empêchement ; et si ses paroles et sa conversation n’étaient pas utiles au salut de nos âmes, elle voudrait bien vivre toute solitaire.
44. Ô que cela est éloigné de l’esprit de ces Prédicateurs qui cherchent avec tant de violence de retenir les personnes auprès d’eux ! en quoi ils s’opposent aussi à la manière d’agir de Jésus Christ qui disait à ses Apôtres mêmes lorsque quelques-uns de ses Disciples l’avaient quitté : Voulez-vous aussi vous en aller ? Il n’injuriait pas ceux qui le quittaient, mais il aurait été content quand même tous l’eussent quitté, pourvu qu’ils eussent adhéré à son Père et eussent suivi et pratiqué sa doctrine et son exemple. Mais ces Pasteurs ne font que nous blâmer. Tantôt ils disent que par la lecture de livres hérétiques je suis tombé dans une présomption et une superbe spirituelle (c’est-à-dire que je ne veux pas me soumettre à leur Empire) ; tantôt que je suis un opiniâtre et un errant (c’est que je n’ai pas voulu croire aveuglément leurs vains discours) ; tantôt ils veulent faire accroire au monde que nous sommes devenus fous (comme si la vie de Jésus Christ leur était folie et scandale). Berkendal dit que nous sommes des inconstants et des personnes ensorcelées. Heureux ensorcellement ! S’il ne tenait qu’à mon souhait, je voudrais que Berkendal, ses Pasteurs, et toute leur Communauté fussent si bien ensorcelés de la sorte qu’ils en pussent quitter la voie large qui mène à la perdition, et choisir l’étroite qui conduit à la vie, comme nous avons fait, en laissant toutes erreurs et prenant une ferme résolution de fuir désormais le monde et ses vanités, nous exercer dans la pénitence, suivre Jésus Christ dans l’abnégation de nous-mêmes et dans le mépris de toutes choses, afin de mourir à la vieille nature et de revivre dans une vie nouvelle, et qu’étant ainsi délivrés de tous maux, nous voyions enfin le visage amiable de notre Dieu et jouissions de la Béatitude éternelle.
45. Que les bonnes âmes de l’Église d’Altena jugent si ces raisons que nous avons de ne pas retourner vers eux ne sont pas valables. J’ai assez découvert à leurs Pasteurs le bon dessein que j’avais ; je leur ai protesté sérieusement que mon intention n’était que d’embrasser une vie vraiment Chrétienne, et que je ne lisais les livres de Madlle Bourignon et ne fréquentais les personnes d’autre Religion qu’à ce seul dessein. Si donc ils eussent droitement cherché la gloire de Dieu et le salut de mon âme, ne devaient-ils pas m’aider dans cela plutôt que m’y être à empêchement ? Mais parce qu’ils cherchent leur propre honneur et leur intérêt, ils ont employé tous leurs artifices et toutes leurs forces pour s’opposer à moi, ont condamné d’hérésie mon dessein et les moyens dont je me servais pour l’avancer, ont voulu me soumettre par douceur ou par force à leur volonté ; ce qui ne leur réussissant pas, ils m’ont de leur propre Autorité retranché de la Communion et n’ont pas voulu me reconnaître pour membre de leur Église. Et comme ils demeurent encore fermement dans cette malignité, qu’ils ne font que médire de ma Mère et de moi, qu’ils font accroire aux bonnes âmes que nous avons quitté leur Église sans sujet par la séduction d’une personne hérétique que nous suivons dans une voie périlleuse, enfin comme, outre cela, ils font encore divulguer parmi le monde deux abominables libelles contre la Doctrine et la Vie de Madlle Bourignon pour décréditer par une malignité nonpareille ce précieux instrument de Dieu, toutes ces procédures nous font pleinement connaître que ces personnes ne sont pas des véritables Pasteurs des âmes et qu’ils ne cherchent nullement l’avancement du Royaume de Jésus Christ. Et partant, nous avons bien grand sujet de nous donner de garde de tels Docteurs, et de ne leur plus confier nos âmes. Nous marcherons plus sûrement si nous nous attachons à Jésus Christ, et que nous suivons sa doctrine et sa vie, à quoi cette Demoiselle nous renvoie fidèlement, et marche devant nous la première par son exemple.
46. Certes si ces Pasteurs cherchaient le bonheur éternel de leurs Auditeurs, ils détourneraient et détacheraient les personnes d’eux pour les renvoyer à Christ ; mais parce qu’ils n’ont que leur propre intérêt en vue, ils voudraient bien que tout le monde les suivît et qu’on les tînt pour Maîtres en Israël. C’est pour cela qu’ils ont été si dépités de ne pouvoir me maîtriser ni me tenir sous leur domination, selon leur désir. Et comme ils s’aperçoivent assez que nos yeux sont ouverts par la Lumière de la Vérité, que nous reconnaissons leurs erreurs, et que bien loin de retourner vers eux nous nous avançons dans cette divine vérité, cela les porte à couvrir et à cacher à leur possible cette vérité, de peur que leur Autorité n’amoindrisse si les hommes en étaient éclairés. Pour cela tâchent-ils de nous diffamer, ma Mère et moi, et tous ceux qui connaissent, qui aiment et qui suivent cette divine lumière de la vérité, afin que la Vérité de Dieu soit tenue pour mensonge, la lumière pour des ténèbres, et la voie qui mène au salut pour une voie errante et périlleuse ; et que de la sorte ils puissent retenir leurs Auditeurs et conserver leur domination.
47. Ne voit-on pas bien par-là combien la Chrétienté est déchue de la vérité de Dieu, puisque non seulement on la méprise soi-même, mais qu’on empêche aussi de toutes ses forces que d’autres ne la suivent ? Que si l’on ne peut rien gagner par des beaux discours ou par des fausses raisons, l’on a recours au mépris, aux injures, et aux calomnies ; l’on fait imprimer des libelles de diffame contre la divine vérité, comme ont fait Berkendal et ses Consorts, qui veulent néanmoins passer, les uns pour Conducteurs des âmes, et l’autre pour Consolateur des malades. On peut bien leur appliquer cette parole de l’Écriture où Jésus Christ demande : Avec quoi salera-t-on la chair si le sel même est corrompu ? Il ne vaut plus rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds. J’ai toujours pensé en ma jeunesse que ces Pasteurs tenaient la place de Dieu et qu’on ne pouvait malfaire à les suivre. Mais je vois bien maintenant que j’aurais très-mal fait de suivre leur conseil, qui était de me faire quitter la lecture de si bons livres et la doctrine d’une personne régie par le S. Esprit, pour m’engager dans les affaires et les négoces de ce monde, selon qu’ils me conseillaient aussi bien que mes parents. Mais parce que j’ai mieux aimé suivre le conseil de Jésus Christ, qui regarde l’éternité, que le leur, cela a fait naître une guerre déclarée entr’eux et moi. En quoi je vois l’accomplissement de cette parole de Jésus Christ, savoir qu’il n’est pas venu apporter la paix sur la terre, mais l’épée ; en sorte que le fils s’élèvera contre son Père et la fille contre sa Mère, et la belle-fille contre sa belle-mère, et que les propres domestiques de l’homme firent ses ennemis ; car je n’aurais pu sans déclarer la guerre ou m’opposer à ces Conducteurs et à mes proches parents atteindre au bonheur que je reçois tous les jours de nourrir mon âme par les nouvelles et toutes divines lumières que Dieu envoie à présent par cette Demoiselle comme par son instrument choisi, de laquelle on peut dire cette parole de Jésus Christ, que des fontaines d’eau vive coulent de son ventre pour arroser et faire revivre les âmes flétries et relâchées en l’Amour de Dieu.
IV. Matière de ce livre, son but,
et celui de certains faux Prophètes d’à présent.
48. C’est ce que l’on peut voir, entre autres effets, par ce TÉMOIGNAGE DE VÉRITÉ, lequel vient de Dieu et des hommes, puisque dans ce Traité il y a des témoignages de plus de 80 personnes qui témoignent de la vérité des écrits et de la personne de cette Demlle, et que d’autre côté il y a de la part de Dieu tant de nouvelles merveilles venantes de lui qui sont si admirables et si inouïes que personne n’a jamais rien entendu de semblable, comme le Lecteur le pourra particulièrement remarquer.
49. Car elle parle d’une manière admirable de la création de l’homme, en quel état honorable Dieu l’avait premièrement établi ; comment il était Maitre et Seigneur sur les quatre éléments, sur toutes les bêtes, les plantes, les herbes, et sur tout ce que Dieu avait créé dans le monde ; comment aussi l’homme avait en soi les deux natures, savoir d’homme et de femme, pour produire son semblable par un acte de sa seule volonté, ce qui n’a jamais été entendu de personne. J’ai bien vu quelque chose de semblable en Jacob Boehme ; mais je n’en ai jamais compris le vrai sens, que cette Demlle déclare maintenant avec tant de clarté que personne de bon jugement n’en peut douter ; car elle le montre par de si vives raisons qu’on peut le toucher au doigt ; de manière que tous ceux qui les entendent sans préoccupation d’esprit doivent confesser que cela est très-véritable.
50. De plus, elle montre combien de malheurs le péché a apportés à l’homme, comme il lui a causé les incommodités de la chaleur, de la froidure, les douleurs et les maladies, la mort à son corps, l’ignorance et la faiblesse à son esprit, et tous les autres maux que nous voyons, dans les astres, dans les éléments, dans les plantes, dans les animaux, et dans toutes les autres créatures.
51. Elle explique aussi ce que c’est du corps de Jésus Christ. Comment il a pris son origine d’Adam le premier homme un peu après sa création ; et qu’il a eu la même nature, les mêmes conditions, et les mêmes grâces qu’avait Adam avant son péché, qu’il était homme parfait ayant les deux principes, de l’homme et de la femme, comme eussent aussi été tous les hommes si le péché ne fût pas survenu. Et elle dit que Dieu a tiré d’Adam ce corps de J. Christ parce qu’il voulait prendre pleinement et parfaitement ses délices avec les hommes ; mais que comme Dieu est pur esprit, et qu’ainsi l’homme ne pouvait se délecter quant à son corps avec un Esprit pur et invisible, pour cet effet Dieu a créé le corps de Jésus Christ pour s’en servir comme d’un organe et d’un instrument par lequel il communiquait sensiblement et visiblement ses grâces et son amitié à l’homme. Ceci, comme j’espère, mettra fin à tant de disputes que l’on a faites jusqu’à présent sur ce sujet : qui est Jésus Christ, d’où il procède, etc. ? Chacun en a parlé selon son opinion, ou comme il l’avait appris des autres, sans qu’on ait atteint le fond de la Vérité. Chacun en a expliqué les passages de l’Écriture à sa mode et selon son imagination. Les uns ont nié sa Divinité ; d’autres la vérité de son humanité ; quelques-uns ont dit qu’il a apporté sa nature humaine du Ciel ; d’autres qu’il l’a tirée de la Vierge Marie, etc. Ce que les Juifs n’ont pas compris ce divin mystère et n’ont pas bien connu Christ a causé leur ruine et leur dispersion ; et ceux d’à présent demeurent encore dans un opiniâtre endurcissement faute de cette connaissance, laquelle cette Demoiselle propose à présent avec tant d’évidence que Juifs et Chrétiens doivent en être ravis d’étonnement, puisque ce mystère si sublime est expliqué avec tant de particularités que les méchants mêmes, ne se servant que de leur jugement naturel, ne pourront nier qu’il n’y ait quelque chose de semblable.
52. Mais ce qui est le plus utile et le plus nécessaire à notre salut et que cette Demoiselle fait voir clairement dans ce TÉMOIGNAGE DE VÉRITÉ est que les CHRÉTIENS de maintenant sont plus déchus et plus éloignés de Dieu que ne sont les PAÏENS, et que la cause de cet éloignement vient des Savants, des Ecclésiastiques et Conducteurs spirituels du peuple, qui, ayant inventé des gloses et des nouvelles Doctrines, ont séduit le peuple sous l’apparence de la piété, et ont établi tant de cérémonies et de diversité de cultes extérieurs que le peuple a entièrement mis par là en oubli l’essentiel de la Loi de Dieu et des Conseils Évangéliques pour faire son fort de ces formalités extérieures et s’y arrêter, s’étant persuadé qu’il n’est pas si précisément nécessaire pour le salut d’observer les commandements de Dieu et de l’Évangile, d’autant plus que les Pasteurs enseignent publiquement qu’il est impossible d’observer les commandement de Dieu et les Conseils Évangéliques, persuadant à leurs Auditeurs de croire cette impossibilité à cause de la fragilité de l’homme ; ce que j’ai aussi cru moi-même en suite des discours de mes Pasteurs, qui enseignent cela presque tous les jours. Mais je vois à présent que cela est faux, et que l’homme peut toutes ces choses par la grâce de Dieu.
53. Mais cette Demoiselle ne déclare pas simplement ces choses pour affliger les Chrétiens par la connaissance de leur misère et de leur éloignement de Dieu ; elle donne en même temps les conseils nécessaires pour en sortir et pour retourner à Dieu. Car elle parle si particulièrement de sa Solide vertu dans ce TÉMOIGNAGE DE VÉRITÉ, et des moyens que nous devons prendre pour devenir des vrais Chrétiens, que personne ne saurait périr par ignorance après avoir lu ce Traité avec attention. Car elle y Montre très clairement le chemin assuré du salut à tous ceux qui veulent le prendre et y marcher. Elle dit que l’Évangile est la Règle de tous les Chrétiens, et que la vie de JÉSUS CHRIST est le patron qu’ils doivent tous imiter.
54. Après avoir traité amplement de la ruine et destruction de l’Église de Dieu, elle parle aussi de son Rétablissement ; mais non pas de la manière de certains visionnaires, ou plutôt hypocondriaques, qui se blessent la cervelle à force de s’imaginer qu’ils sont Prophètes de Dieu, s’appliquant imaginairement les grâces que les Anciens Prophètes avaient réellement reçues de Dieu, publiant qu’ils sont envoyés de Dieu pour rétablir Israël et pour rassembler son peuple, comme ils veulent faire accroire à tout le monde par des livres qu’ils font imprimer à ce dessein, dont ayant recouvré un il y a quelque temps, je le communiquai à cette Demlle pour en avoir son sentiment ; sur quoi elle me dit qu’assurément la personne qui se vantait de ces choses s’était pas de Dieu, et que tout ce qu’il voulait faire croire là n’était que de pures imaginations de sa Fantaisie, sur laquelle le Diable avait grande puissance, et l’incitait par des pensées superbes à s’imaginer qu’il était Prophète de Dieu, pour le nourrir dans cette superbe et présomptueuse gloire. Et elle me conseilla de ne rien recevoir pour véritable de tout ce que semblables personnes avançaient, parce que, disait-elle, l’Esprit de Dieu n’agit jamais de la sorte ; et ceux qui doivent rétablir Israël seront eux-mêmes rétablis les premiers, et devenus des vrais Chrétiens, de quoi ils sont fort éloignés, vivant encore selon les mouvements de la nature corrompue. Mais elle nous dit que l’Église de Dieu sera rétablie sitôt que les Chrétiens reprendront la vie Évangélique, en vivant comme ont fait les Chrétiens dans la primitive Église ; et que leurs âmes seront possédées du même Esprit qu’avait Jésus Christ, qu’ils seront humbles, sobres, chastes, aimant la pauvreté et les mésaises ; qu’ils seront remplis de charité Chrétienne. Alors, dit-elle, l’Église de Dieu sera rétablie, et tous ses Enfants s’assembleront en elle pour chanter ses louanges et le bénir à toujours.
55. C’est à cette disposition que Madlle Bourignon tâche d’amener les hommes, et non pas à leur faire dresser des Bannières et des Étendards matériels, comme on m’a dit que certaine femme qui se dit PROPHÉTESSE a fait apprêter douze étendards de soie, bien brodés et accommodés, pour conduire les 12 lignées d’Israël. Ce qui sent la folie et la vanité. Mais de changer de vie, mourir à la nature corrompue pour revivre à l’Esprit Évangélique, imiter Jésus Christ, se revêtir et s’armer de son Esprit, comme Madlle Bourignon nous l’enseigne, ce sont des vertus solides, par lesquelles personne ne peut jamais être trompé, comme on le serait fort facilement en suivant les Étendards de ces Prophètes imaginaires, qui tournent à tout vent au gré de l’Esprit malin qui les régit.
56. C’est pourquoi l’on peut bien appeler notre temps dangereux, où tant de FAUX PROPHÈTES se sont élevés, et font de si grands bruits de Christ pour attirer le peuple çà et là à leur suite par pure vanité de leur amour propre. Mais cette Demoiselle ne cherche et n’attire personne à elle ; et comme elle ne cherche que l’honneur de Dieu, elle conduit tous à Dieu, fuit les hommes, méprise leurs honneurs et leurs applaudissements ; en un mot, elle enseigne par ses œuvres et par sa doctrine à vivre en vrais Chrétiens dans une véritable humilité de cœur ; ce que tous ceux qui la conversent doivent apprendre d’elle, ou demeurer honteux et confus en sa présence. Elle dit qu’il faut suivre Jésus Christ en l’Étable de Bethlehem, dans la pauvreté et dans les Souffrances avant que de pouvoir le suivre dans sa gloire ; et que c’est folie de suivre quelque étendard avant d’avoir remporté la victoire sur toutes nos passions et sur les inclinations de notre nature corrompue ; qu’autrement c’est chanter le Triomphe avant la victoire ; ce qui ne peut tourner qu’à la confusion de ceux qui auront suivi ces bannières et ces étendards de cette Église imaginaire et nouvelle. Elle nous assure que Dieu ne donnera point d’autre Loi aux hommes pour la toute dernière que la Loi Évangélique, Jésus Christ étant dit pour ce sujet venu à la dernière heure. Il ne faut donc point attendre d’autre Conducteur du peuple de Dieu que lui ; ni d’autre Rétablissement d’Israël que le RÉTABLISSEMENT D’UNE VIE ÉVANGÉLIQUE, que les hommes de bonne volonté reprendront en sa pleine vigueur, même avec plus de perfection que n’ont fait les Chrétiens de l’Église Primitive. Ce que cette Demoiselle espère de voir de son vivant ; et je prie Dieu, le Père de toute miséricorde, qu’il me fasse la grâce d’être l’un de ces vrais Chrétiens, ce que je souhaite aussi à tous les hommes de bonne volonté.
57. C’est à quoi les peut fort avancer la lecture de ce livre du TÉMOIGNAGE DE VÉRITÉ, lequel je présente à tous Amateurs de la Vérité comme le Trésor caché ou la Perle Évangélique que l’on doit plus estimer que tous les Trésors de la terre. Personne n’en plaindra le prix s’il désire de sauver son âme, puisqu’il est rempli de la Doctrine de la piété et de la Charité Chrétienne, et qu’il montre la vraie voie à la vie éternelle. Si vous le lisez avec attention, vous en tirerez indubitablement de grands fruits et un profit salutaire ; ce que souhaite à toutes les bonnes âmes.
À HUSUM au Duché
d’Holstein le 20 d’Août
1673.
JEAN CONRAD HASE.
T A B L E
de la
P R É F A C E.
I. Occasion de ce livre.
II. Occasion du Recueil des Témoignages annexes touchant Madlle Bourignon.
III. Procédé des Ennemis de la Vérité et de la Lumière contre ceux qui la proposent et ceux qui la cherchent et l’estiment.
IV. Matière de ce livre, son but, et celui de certains Faux Prophètes d’à présent.
Table des Matières
Et
A B R É G É
du
L I V R E.
Selon les notes ou arguments mis avant chacun
des chapitres èsquels le Texte se divise.
Ch. I. Comment, pour décréditer la vérité et ceux qui l’annoncent, on tourne en mal les choses les meilleures. Ce qui sert d’occasion à la vérité de se faire connaître par elle et par les Témoignages des gens de bien.
II. Que l’on aime mieux de crier confusément la Vérité par des médisances vaines que l’examiner sérieusement en détail ; et que les hommes lui voulant du mal avant la connaître cherchent ensuite les moyens d’exécuter les mauvaises volontés.
III. Que les Magistrats ne devraient prohiber le bien, mais punir les Diffamateurs, n’était que la vérité n’a point de crédit dans ce temps malheureux.
IV. Les sujets de persécution sont qu’on ne veut entendre les vérités des quatre fins dernières des hommes, mais se bien flatter. Nécessité d’y penser.
V. À la mort, nos flatteries ne nous serviront de rien, ni nos excuses de n’avoir pu faire la volonté de Dieu
VI. Les Régénérés observant les commandements de Dieu. Les hommes se trompent croyant de l’être.
VII. La Vérité paraît et fera paraître le mal et le mensonge. Les malveuillants alarmés la blâment ; les bons s’en édifient et lui rendent de bons Témoignages.
VIII. On ne peut souffrir ceux qui veulent suivre purement Dieu seul ; mais ceux qui veulent servir à deux Maîtres et qui suivent le monde sont tolérés et approuvés des Pasteurs d’à présent.
IX. Ce que les hommes veulent rester dans l’amour de l’honneur, de l’argent, et des plaisirs, les rend ennemis de l’Esprit de Jésus Christ et de ceux qui détachent les personnes d’eux pour les mener à Christ.
X. On est sauvé par les seuls Mérites de J. Christ en suivant son Exemple ; et J. Christ n’a point satisfait pour nous en dispenser, mais pour nous y engager. Ce qui est dur aux hommes.
XI. Il ne faut fier le salut de l’âme sur le dire des hommes, mais sur celui de Jésus Christ. Conversion à la mort, suspecte. Jésus Christ a mérité le salut pour tous à condition de suivre sa doctrine. Ce qu’on ne fait pas.
XII. Infamies des Médisances semées contre Madlle Bourignon. La Vérité les confond, même par des Témoignages Juridiques sur toute sa vie.
XIII. Les bonnes âmes doivent amplement profiter de la Vérité, et laisser blâmer, disputer, chicaner, faire des Libelles ou des Sectes, qui voudra.
XIV. Les Charnels ne veulent rien entendre du Royaume de Jésus Christ, des fléaux derniers, ni du Jugement.
XV. Qu’il faut juger de la Vérité par les effets solides que l’on sent dans soi et voit dans les autres, sans se laisser prendre aux paroles sans réalité.
XVI. Le scandale est nécessaire pour faire paraître la Vérité.
XVII. Dieu se communique et se communiquera davantage aux âmes pures qu’il n’a fait par le passé.
XVIII. Comment le S. Esprit est blâmé des hommes en les plus grandes grâces, comme s’il donne le sens de l’Écriture à ceux qui ne l’ont pas lue, s’il enseigne immédiatement, s’il découvre les pensées des cœurs, etc.
XIX. Les hommes conseillent qu’on s’attache à eux et à leurs spéculations stériles ; et Jésus Christ conseille qu’on se détache des impurs et qu’on suivre la pratique de sa sainte vie. Un Chrétien n’est point partial et ne quitte point un parti pour en prendre un autre.
XX. Les Chrétiens ne devaient se diviser pour des diversités d’opinions ou de moyens extérieurs.
XXI. Il est permis de se servir de tous les moyens matériels qui nous font penser à Dieu et aux moyens de notre Rédemption. Une idolâtrie qui n’est pas remarquée.
XXII. Que la doctrine moderne de la Prédestination est périlleuse.
XXIII. Chacun doit être libre de prendre les moyens pour naître à Dieu ou non. Examen des Pères et des Mères spirituelles.
XXIV. Ce que c’est qu’être Père ou Mère des Chrétiens, et que l’effet fera voir ensuite qui l’est ou non.
XXV. Les Chrétiens ont mal fait qu’en négligeant la vérité nécessaire à leur propre régénération, ils se soient mis à faire des partis, quitter les bons règlements et les ordonnances extérieures, et ainsi ôter le bien auquel les faibles de bonne volonté pouvaient arriver par-là, quoique les mal disposés en pussent abuser.
XXVI. Nous devons satisfaire au devoir de faire des bonnes œuvres que Dieu nous impose justement ou par sa Justice, non pour mériter, mais pour jouir des mérites de Jésus Christ.
XXVII. Les divisions mutuelles des Chrétiens ont causé des maux irréparables, se persécutant l’un l’autre pendant que tous ont abandonné la vérité.
XXVIII. Tous persécutent A. B. parce que Dieu se veut servir d’elle pour réunir les âmes en l’Esprit de J. Christ.
XXIX. Dieu ne regarde point à ce que la bouche dit, mais à ce que la vie tient et enseigne. Jésus Christ n’a pas mérité ni satisfait pour nous décharger de satisfaire à la pénitence.
XXX. On ne doit point rejeter les bonnes actions extérieures qui nous font penser aux choses divines, mais seulement en éviter l’abus.
XXXI. Il est très bon que par quelques Cérémonies l’on présente et offre à Dieu le Sacrifice que J. C. a une fois fait en la Croix, de quelques noms qu’on appelle ces Cérémonies, comme Messe, Sacrifice, ou œuvre sacrée, etc., pourvu seulement que cela serve à offrir son cœur à Dieu en Sacrifice comme on se souvient que Jésus Christ s’y est offert soi-même. Il faut rejeter l’abus, et non l’usage, etc.
XXXII. Les hommes Réforment de paroles. Dieu fait réformer par effet, et quitter la forme et les choses de ce monde pour suivre Jésus Christ.
XXXIII. La Doctrine de Jésus Christ est tenue pour épouvantable, bonne pour le temps passé, impossible à présent.
XXXIV et XXXV. (Ces deux chiffres sont manqués quant au nombre.)
XXXVI. Comment il est possible de faire les Commandements de Dieu, et impossible de ne les pas faire. Pourquoi Dieu les a donnés, et notre engagement par Jésus Christ à les faire.
XXXVII. La venue de Jésus Christ, sa vie, et même les excuses des hommes, nous engagent à observer les Commandements de Dieu et à faire pénitence.
XXXVIII. Partialités des Religions contre elles-mêmes ; contre A. B. Leur corruption ; réunion ; persécution.
XXXIX. Dieu donne Loyer selon les œuvres lorsqu’elles viennent de la Charité intérieure. Tenir les Lois de Jésus Christ impossibles est s’éloigner de lui plus que les infidèles.
XL. Dieu fait voir encore une fois la Lumière ; peu de Sage s’y soumettent, quoiqu’elle soit la même de l’Écriture, et avec plus de clarté. Ils s’en scandalisent pis que les Juifs.
XLI. Sages scandalisés de ce que Dieu se sert des choses faibles. Moyens d’entendre l’Écriture. Confusion de la Chrétienté.
Peu suivent la Vérité. On se perd à disputer sans pratiquer. Tous errent. A. B. calomniée des uns, louée des autres, choisie de Dieu pour rendre Témoignage à la Vérité.
Continuation du
TÉMOIGNAGE DE VÉRITÉ.
XLII. Les malveuillants continuent leurs persécutions à la moindre occasion.
XLIII. A. B. son état. Son Envoi. Ses grâces. Sa Doctrine. Sa conduite. Son emploi. Ses ennemis. Sa sincérité. Le Scandale lui donne occasion de faire paraître la Vérité. Sa constitution. Sa chasteté. Sa Compagnie. Ses Diffamateurs, etc.
XLIV. Pasteurs d’à prêtent ne prêchent que pour le gain, l’honneur, et les commodités ; et, moins justes que les Pharisiens, ils persécutent et font diffamer la vérité qui ne seconde ces motifs, mais par des voies et des manières absurdes.
XLV. Les moqueurs, ignorants les choses nécessaires, font des questions touchant les plus sublimes mystères, comme la venue de Jésus Christ en gloire. Ils font voir qu’ils ont l’Esprit de l’Antéchrist.
XLVI. Soupçon et Justification des Maléfices. On soulève l’Enfer et la terre contre A. B. Vengeance de Dieu sur les Persécuteurs. Voyages d’A. B.
XLVII. Comment il n’y a plus nuls vrais Chrétiens. Dieu soutient ce que l’homme persécute. Témoignages des hommes ne sont que pour l’infirmité humaine.
XLVIII. Les Chrétiens, faisant tous Profession de l’Essentiel, se divisent et accusent mutuellement pour des sentiments particuliers. De la Prière pour les morts.
XLIX. Que l’Église de Dieu, qui est une, est composée de trois sortes de membres et d’états, qui, étant unis dans la Charité, se font et se souhaitent devant Dieu du bien les uns aux autres, c’est à dire prient les uns pour les autres et se soulagent à leur possible.
L. Les membres de cette Église qui sont en nécessité peuvent requérir et demander les uns des autres, et surtout des plus amis de Dieu, qu’ils prient pour leur obtenir les grâces de Dieu, se trouvant indignes, par humilité, de les lui demander immédiatement par eux-mêmes.
LI. Que les membres triomphants de l’Église savent par leur union avec Dieu l’état des membres combattants, à qui ils sont unis par la charité ; et que ces âmes, étant jointes à des corps glorifiés et Divinisés, agiles et subtils, elles nous voient et nous sont présentes comme bon leur semble.
LII. La différence du Ciel et de l’Enfer ne consiste pas en celle des lieux, qui sont égaux par tout, mais dans l’amitié et dans la disgrâce de Dieu. Les Sts décédés nous environnent. Leurs prières pour nous sont plus efficaces que les nôtres, à cause que leur amitié envers Dieu, leur charité pour nous, leur pureté en eux, sont plus grandes que dans nous.
LIII. L’âme décédant dans la grâce de Dieu sans avoir satisfait à la mortification de toutes ses imperfections ne jouit pas d’abord de la présence de Dieu, mais en est privée ; les douleurs qui naissent de la connaissance de ses misères et du malheur de cette privation la purifient du reste de ses péchés et imperfections, et la disposent à la pleine pureté et sainteté pour jouir de Dieu.
LIV. Que Jésus Cbrist n’a point mérité afin de nous dispenser d’être châtiés, mortifiés, et nettoyés de nos souillures par l’imitation de sa vie souffrante et pénitente ; laquelle ne paie pas pour nous décharger de notre satisfaction à ce devoir moyennant une foi spéculative ; étant juste et indispensable que nous le fassions nous-mêmes pour jouir de ses mérites.
LV. Jésus Christ par ses mérites nous a obtenu les moyens de faire notre salut ; nous déclarant que c’est en faisant violence à nos mauvaises habitudes et pratiquant le bien que nous y parviendrons.
LVI. Que Dieu, ayant voulu avoir des créatures à son image et libres, n’a borné ni limité leurs comportements et évènements par aucune Prédestination.
LVII. Que Jésus Christ, qui en tant que Dieu peut tout et n’a besoin de rien, et en tant qu’homme ne doit rien et peut assez par ses prières, n’a pas mérité ni satisfait pour par voie de décharge suppléer au défaut et manquement de l’obéissance active et passive que nous devons selon le patron de sa vie sainte et souffrante.
LVIII. Nos œuvres ne sont que pour satisfaire à notre devoir d’agir et de souffrir pour retrouver la vie et le don gratuit et héréditaire de Dieu que nous avons perdu, et non pour le mériter.
LIX. Jésus Christ comme Dieu peut tout par sa seule parole ; comme homme, ne peut par sa satisfaction décharger les hommes de la leur à bien faire, à souffrir, et à se soumettre volontairement et entièrement à Dieu ; une telle coopération des hommes étant un moyen absolument indispensable à salut, sans quoi Dieu ne les peut sauver par les mérites d’un autre ; lesquels mérites n’impètrent pas la jouissance du salut immédiatement, mais le temps, les moyens, et les grâces pour y parvenir en les embrassant.
LX. Comment on adoucit à la nature les entrées de la damnation.
LXI. Faux prétextes d’honorer les mérites de J. Christ. Si Dieu voulait sauver l’homme sans que l’homme y coopère, il le sauverait bien aussi sans l’entremise de Jésus Christ, par sa Toute-puissance indépendante de tout.
LXII. Que Dieu s’est tiré un corps glorieux d’Adam, pour converser avec les hommes, qui ont aussi reçu des corps glorieux et immortels, mais couverts maintenant de mortalité, par le péché ; la mort est une disposition de cette mortalité, après laquelle les corps immortels des bons reprennent leur première gloire, et ceux des méchants se chargent des sentiments de toutes les misères, si pendant cette vie d’épreuve ils ne sont purifiés.
LXIII. Savants, ignorants de la vérité ; et incapables de la connaître jusqu’â ce qu’ils se reconnaissent ignorants.
LXIV. Que c’est une honteuse, lâche, et absurde prétention de vouloir être déchargé de satisfaire à notre devoir d’agir et de pâtir et être châtiés pour nos péchés, pour en charger Jésus Christ qui y satisfasse en notre place et sans nous. Il ne peut par justice être engagé à satisfaire pour ses ennemis qui veulent s’en dispenser. Il l’a fait par amour pour nous engager et montrer à satisfaire nous-mêmes aux moyens de recouvrer la grâce de Dieu par pénitence ; mais les hommes aiment mieux pratiquer et ouïr parler de satisfaire par concupiscence à ce que la chair demande par injustice pour la damnation, que de pratiquer ou ouïr parler de satisfaire par souffrances à ce que Dieu demande par justice pour qu’on parvienne au salut.
LXV. Pour être Chrétien, il faut embrasser la vérité de Dieu et n’être attaché aux erreurs d’aucune secte. Vaines disputes. Voie pour connaître la vérité. A. B. l’annonce. Décheut de toute la Chrétienté.
LXVI. Le temps d’épreuve dure après la mort, où les âmes décédées sans avoir suffisamment souffert les châtiments de leurs péchés et sans en être assez purifiées souffrent dans la privation de la présence de Dieu jusqu’à une pleine satisfaction et purification. Mais dans cette vie-ci, les souffrances sont plus efficaces, plus légères, plus courtes ; et la promotion d’un état de grâce et de perfection en un autre plus parfait ne se fait qu’ici, les grâces et les perfections éternelles qui sont données à l’âme après la mort ne lui venant qu’à proportion de l’état où elle a été trouvée ici, et pas d’un plus grand.
LXVII. Jacob et Ésaü, figures de ceux qui en bien faisant méritent, c’est à dire se disposent à recevoir la grâce de Dieu, et de ceux qui en mal faisant s’en rendent incapables. Choses Anciennes, figures des Nouvelles. Mésintelligences des Écritures. Erreur de la Prédestination moderne. Opposition, orgueil, et ruine des sages.
LXVIII. Les sages, aveugles, ne comprenant rien ès mérites de Jésus Christ, qui est venu pour nous enseigner ce que nous devons faire pour jouir de ses mérites et du salut.
LXIX. Les Commandements sont donnés pour la fragilité. Dans l’AMOUR DE DIEU, on domine, on accomplit tout, on a toute Vertu, tout plaisir et toute liberté.
LXX. Il n’y a rien dans l’homme qui représente l’Infinité et l’Indépendance et Souveraineté de Dieu, et qui ainsi soit très-proprement son Image que la liberté.
LXXI. La connaissance que Dieu a, en tant qu’elle a pour objet les créatures, étant un Attribut ou une qualité Arbitraire de Dieu, comme étant un rapport aux créatures, Dieu en peut disposer comme il lui plaît sans que cela rapporte du changement ou de l’imperfection aux Attributs de son Essence ; et cette connaissance ne pourrait être fixe et déterminée sans borner et ôter la liberté aux créatures et à leur action à qui cette connaissance se rapporterait.
LXXII. Commandements de Dieu sont effets de son AMOUR pour nous sauver. C’est un blasphème de les dire impossibles, une impiété de prendre prétextes à cela des chutes des saints, et une absurdité d’en prendre de notre fragilité propre. Procédé de Dieu envers Adam.
LXIII. Dieu a défendu à Adam l’arbre de science et tiré de lui Ève, pour arrêter l’augmentation des péchés qu’il avait déjà commencé à commettre. Avant quoi il était tout parfait, avait en soi les principes des deux sexes ; était bon pour lui qu’il fût seul ; était sans la lassitude et sans le sommeil, qui ne se peuvent trouver dans la parfaite image de Dieu ; et pouvoir manger de l’arbre de science.
LXXIV. Dieu rappelle toujours l’homme par sa parole et ses Lois. Il lui enjoint après le pardon la pénitence, non par vengeance, mais par miséricorde, sans quoi il se serait éloigné de Dieu et perdu pis que devant.
LXXV. Combien la bonté de Dieu est grande et ineffable, en donnant aux hommes fragiles des commandements pour leur bien. Et que c’est un mensonge, une absurdité, une détestable ingratitude, et un grand Blasphème de les tenir pour impossibles et pour décharges insupportables.
LXXVI. Les Commandements de Dieu sont le rapprochement des éloignés ; l’aide des infirmes ; le moyen à salut ; le préservatif des fragiles ; la médecine des malades. Et Dieu, en les donnant, donne aussi les forces de les observer à ceux qui veulent s’en servir. Le même est des Conseils Évangéliques pour la décharge desquels croire que Jésus Christ ait satisfait est une damnable rêverie.
LXXVII. Unité des Lois de Dieu. Adam chassé par grâce du Paradis. Corruption des créatures par le péché. Justice que les hommes souffrent indispensablement.
LXXVIII. C’est avec absurdité que l’on prétend que Jésus Christ ait souffert en notre place et à notre décharge afin que nous soyons sauvés moyennant une application spéculative et une imaginaire persuasion de ses mérites.
LXXIX. Que les Commandements de Dieu et l’imitation de Jésus Christ sont autant possibles à observer que nécessaires au salut. (Cette annotation est omise et doit être ajoutée entre le Texte ayant le nombre 349.)
LXXX. Malignité Diabolique à enseigner que les Commandements de Dieu sont impossibles. La fragilité est un faux prétexte et un vrai Orgueil, et un mépris des ordonnances de Dieu, lesquelles sont nécessaires, sont un Arbre de vie et une miséricorde de Dieu.
LXXXI. La Doctrine que la Satisfaction et les Mérites de Jésus Christ font tout en notre place et, par manière de décharge, est le chemin large, vient des hommes corrompus et rendus enclins à tout mal et inutiles à tout bien.
LXXXII. La vérité haïe, décréditée, injuriée des Théologiens. La Corruption dans la Religion vient de ce qu’on traite avec un Esprit humain les mystères Divins. Que JÉSUS CHRIST est vrai Dieu éternel et vrai homme. Sociniens moqueurs des derniers temps.
LXXXIII. Théologiens veulent persécuter, sans s’informer de la Vérité, demeurant dans des erreurs volontaires, et craignant que par la manifestation de la vérité leurs Disciples ne deviennent meilleurs qu’eux.
LXXXIV. Les Chrétiens n’observent les Commandements de Jésus Christ comme dans l’Église primitive. Loi de Dieu immuable. Comment Jésus Christ y change ou non. Essence et but des Lois Judaïques, faveur de Dieu en cela et ingratitude des hommes.
LXXXV. Manifestation de JÉSUS CHRIST. Et comment s’est manifestée la S. TRINITÉ en lui et par lui, assavoir Dieu en tant que Père, sans assomption d’humanité ; en tant que Fils, joint à une humanité glorieuse, entant que S. Esprit, opérant dans la naissance et dans la vie de l’humanité mortelle dont la gloire du Fils s’est couverte. Que la S. TRINITÉ se manifeste aussi par les opérations qui se font en Jésus Christ et ès Créatures ; assavoir en tant que Père, par la création d’elles et du corps glorieux de Jésus Christ ; en tant que Fils, par réception des opérations du Père dans cette glorieuse humanité, et par leur communication et celle de la nature Divine aux hommes par lui ; et en tant que S. Esprit, parce que sa vie et sa Doctrine dans un corps mortel font que les hommes reçoivent le S. Esprit, devenant Saints et spirituels.
LXXXVI. Pourquoi Dieu a cessé de converser avec l’homme dans un corps glorieux.
LXXXVII. La propre volonté et l’amour-propre, opposés à la fin de la création, privent l’homme de tout bien et le remplissent de tous maux. Dont Dieu les rappelle à soi.
LXXXVIII. Cette vie misérable n’est pas notre fin, ni l’homme impuissant l’objet de notre amour ; mais Dieu seul est digne d’être aimé, étant donateur d’une vie éternelle et bienheureuse ; l’Homme créé pour cet unique Amour ne peut le diviser.
LXXXIX. Qui rejette la lumière présente périra. Nul salut sans l’Amour de Dieu. Pasteurs Modernes, Marchands d’âmes.
XC. Parallèle des Prêtres et Pharisiens modernes avec leurs Pères Anciens dans la persécution qu’ils font de la vérité avec outrages et calomnies, et sans charité.
XCI. L’Opposition des Ecclésiastiques à la vérité vient des Erreurs et des vices cachés dans leurs âmes, et de ce qu’ils ont un orgueil et une ambition démesurée de régir le peuple, voulant que toutes les âmes dépendent d’eux.
XCII. Faux Prophètes décréditent les vrais remèdes de nos âmes, savoir l’observance des Commandements de Dieu et l’Imitation de Jésus Christ, hors desquelles il n’y a nul salut. Présomption fausse. Sécurité horrible fondée sur l’égard à la multitude, qui augmente accidentellement la misère des damnés, comme elle fait la félicité des bons.
XCIII. Nécessité d’observer la Loi Évangélique pour les infirmes ; comme, pour les convoiteux, de renoncer à tout et à eux-mêmes, ne pouvant à présent jouir de rien sans détourner leurs affections de Dieu. Ce qui fait le péché ; comme l’Amour de Dieu accomplit toute la Loi que le péché a occasionnée.
XCIV. Commandements de Dieu sont des moyens pour recouvrer son amitié ; sont la Lumière de nos yeux ; la délivrance et précaution du mal ; l’introduction au bien. Exemple en ceux qui furent faits à Adam. Ils ne sont pas pour la seule connaissance de nos maux. Malédiction sur ceux qui les transgressent, et encore plus sur ceux qui les disent impossibles.
XCV. Commandements indispensables. Dieu ne veut que l’AMOUR. Pourquoi il ne l’a demandé par paroles à Adam ni avant ni après sa chute, quoiqu’il lui ait ordonné trois choses comme moyens pour recouvrer cet Amour en détournant ses affections des créatures. Hommes, imitateurs d’Adam par leurs péchés particuliers. Ils auraient eu sans sa chute un temps d’épreuve. Ils tombent tous.
XCVI. Les hommes s’étant détournés de Dieu comme Adam, Dieu les rappelle comme Adam par des Lois pour revenir à son AMOUR, qui est la Charité, dont S. Paul décrit les marques pour voir si on l’a. Mais les hommes sont destitués de ces conditions, même ceux qui font profession de vertu. Quelques exemples particuliers à ce sujet.
XCVII. L’Amour ou la Charité de Dieu a cessé dans tous par le moyen de la vie et de la Doctrine des Prédicateurs, desquels le châtiment approche. S’ils étaient désintéressés ou dans la vérité, ils ne persécuteraient pas A. B. qui y est.
XCVIII. Il n’y a plus d’Amour que pour ses intérêts, pour tromper, pour jouir des bienfaits des personnes libérales, pour chercher ses aises et ses avantages dans la communauté des biens et des bons, même avec indiscrétion, injustice, pervertissement des Écritures, et avec des dispositions contraires à celles de la Charité. L’exemple tiré de la multitude condamne au lieu d’excuser.
XCIX. La corruption générale vient des Ecclésiastiques, qui ont relâché les cœurs des hommes à la recherche de la charité (qui est si nécessaire) et des bonnes œuvres, ne recommandant qu’une foi spéculative, sans connaître la véritable, qui est inséparable de l’Amour de Dieu. Les raisons de leurs relâchements.
C. Qu’on peut devenir parfaits comme notre Père céleste en s’abandonnant du tout à lui ; mais non pas en retenant la propre volonté, laquelle est toujours mauvaise. Que cette perfection est possible agrès le péché, et que les enseignements des Prophètes et la venue de J. C. sont pour nous y rappeler ; l’homme sans cela ayant été avant le péché tout parfait, de corps aussi bien d’esprit.
CI. Preuve de la perfection d’ADAM avant son péché, même quant au corps, en ce que JÉSUS CHRIST est alors né de lui, et qu’aussi tous les hommes seraient ainsi nés ; preuve de cela touchant JÉSUS CHRIST, le second Adam, le Fils de l’homme, le moyen de délices de l’homme avec Dieu, et lui-même objet des délices de Dieu ; et que Dieu avant le péché, voulant prendre ses délices avec plusieurs, plusieurs (ou tous) eussent donc dû ainsi naître, sans le péché. Que Jésus Christ, n’ayant jamais péché, est demeuré seul parfaitement Homme et fils de l’homme, et que ceux-là le redeviendront qui se soumettront à Dieu. Ce que peu font à présent.
CII. La corruption vient de ce que la vérité est volontairement ignorée. On tache à la surprendre par des choses qu’on n’entend pas, au lieu de pratiquer ce que l’on entend. Comment l’homme et la femme étaient en un, et sont dits une même chair ; non que ce soit grossièrement une même chair à présent ; mais par égard à ce qu’ordinairement ce ne sont qu’un, et ne seront désormais qu’un. Génération Angélique.
CIII. A. B. n’insiste pas sur les choses qu’elle propose comme des mystères, mais sur la Charité, les Commandements de Dieu, et les Conseils Évangéliques qui sont les nécessaires. Les premiers Chrétiens les ont observés ; et Dieu offre la même grâce à tous ceux qui veulent les observer.
CIV. Les Païens ont mieux observé en substance la Doctrine Évangélique que les Chrétiens ; et ils sont mieux disposés qu’eux pour le Royaume du Ciel. Rareté des vrais désirants entre les Chrétiens.
CV. Que le mal vient des Conducteurs des âmes que les Académies fournissent après leur avoir rempli la tête d’une science et d’une éloquence toute humaine, contre la simplicité du S. Esprit, lesquels le peuple honore et écoute à cause qu’il en est flatté, et qui, étant des Séducteurs, accusent néanmoins de séduction la Vérité qui ne peut séduire.
CVI. La plus nécessaire connaissance à présent est d’être détrompé de sa présomption, sans donner aveuglément croyance aux flatteries des savants, qui ont plus éloigné les Chrétiens de Dieu que s’ils fussent demeurés Païens, et cela sous des beaux prétextes, comme de ne vouloir mériter le salut par bonnes œuvres, etc.
CVII. Les bonnes œuvres sont un sujet d’humilité, et non de présomption. Mais ceux qui s’en veulent décharger apprennent dans les Écoles à le faire avec honneur, et veulent aussi que les autres les suivent.
CVIII. L’on y apprend aussi à s’en décharger par entendre les Mérites de Jésus Christ, et ce que c’est la Foi, d’une certaine façon qui est bien commode à avancer la vie plus que païenne où l’on est.
CIX. L’on y apprend enfin une certaine doctrine de la Prédestination qui favorise autant le relâchement qu’elle est contraire à la Justice et à la Bonté de Dieu, et à cette Vérité qu’il a fait l’homme libre, et que sa divine connaissance est libre et indifférente en ce qui ne concerne point la perfection de son essence.
CX. Conclusion par un souhait pour la possession de la Charité.
F I N
de la
T A B L E.
A V I S
Sur la Profession de Foi
et sur
le Catalogue des Livres imprimés de
Madlle ANTHOINETTE BOURIGNON.
Mon cher Lecteur,
DEUX sortes de personnes m’obligent de joindre aux livres de Mademoiselle Bourignon la Profession aux publique de sa Foi et de sa Religion qu’elle a présentée ouvertement à la Cour de Gottorp en Holstein, et d’y ajouter le Catalogue de ceux de ses écrits qui sont imprimés jusques à présent. Car comme l’on sème presque partout beaucoup de discours à son désavantage, beaucoup de monde (et presque tous) y ajoutent foi facilement et sans examen, surtout lorsque cela vient des gens d’Église, à la parole desquels le peuple s’arrête, pensant que des personnes si Saintes et Spirituelles ne voudraient pas mentir. Ainsi l’on ne veut pas prendre la peine de s’informer plus outre si ce que ces Messieurs disent contre Mademoiselle Bourignon est véritable, ni de voir les pièces nécessaires pour porter un jugement de cette conséquence, sur lequel on se laisse souvent emporter à des actions qui pourraient bien être le sujet d’une repentance éternelle. Afin donc que ces Personnes qui ne veulent pas prendre la pleine de s’informer en détail de la vérité par la lecture des livres de cette Demoiselle puissent avoir de quoi en faire un jugement certain, ils verront ici en cinq ou six lignes de sa Confession tout l’Abrégé et le Fondement de toute sa Doctrine et de sa Vie, et apprendront par-là à ne pas si facilement croire aux mensonges publics, inventés même par les Prêtres Luthériens et autres, et débités tant par leurs écrits et livres que par leurs paroles et leurs Prêches, par lesquels ils décrient cette Personne, ses Amis, sa Doctrine, comme les impies, ou des Personnes de quelque religion nouvelle, errante, et fantastique, afin d’en donner de l’horreur au menu peuple, qui se laisse détourner par ce moyen de la connaissance de la vérité salutaire, au dommage de leurs propres âmes, laquelle ils blessent fort par les jugements téméraires et faux, et par des passions étranges à quoi ces Calomniateurs les disposent, jusque-là que de réfuter souvent les devoirs communs de l’humanité à des gens de bien qui ne cherchent que de plaire à Dieu.
Mais comme il y a encore des personnes plus posées et circonspectes qui tâchent de régler leurs jugements et leur conduite par la connaissance particulière de la vérité si seulement ils savaient les moyens de s’en informer, c’est en leur faveur que l’on a joint le Catalogue des livres imprimés de cette Demoiselle, ou l’on a marqué en deux ou trois mots les principales matières dont ils traitent. On a aussi mis des citations de l’Écriture dans les marges ou au pied des pages, pour faire remarquer la conformité de ces écrits avec ceux de la Ste Bible, à laquelle quelques-uns disaient qu’ils étaient contraires, et d’autres doutaient s’ils y étaient conformes, d’autres enfin pensaient que cette Damoiselle méprisât l’Écriture Ste. De plus, on y a aussi ajouté des annotations ou des petits abrégés qui peuvent servir d’indices pour aider la mémoire, et faire voir en peu de mots les matières dont il est traité. Ses autres manuscrits, qui ne sont pas encore imprimés, le seront lorsque l’occasion le permettra ; et n’étant inferieurs en dignité à ceux qui ont déjà paru, ils ne peuvent tous ensemble que frapper bien fort le Coeur des Lecteurs bien disposés pour les faire retourner à leur Dieu. Cependant, agréez, Lecteur mon cher Ami, que je vous avertisse de ne pas apporter à leur lecture un Esprit élevé de Maître et de Censeur. Dieu n’a que faire ni de Maitre ni de Sages. Il ne demande que des Enfants et humbles Disciples. Ne rejetez pas les choses, et surtout celles qui concernent la grandeur de la corruption et des ténèbres des hommes, pour surprenantes qu’elles paraissent d’abord. Si elles vous semblent incroyables, il n’en est pas ainsi devant Dieu, à qui ces choses sont bien autres qu’elles ne sont à nos yeux obscurcis. La vérité est toute autre aux yeux du nouvel Adam qu’à ceux du vieux, et l’on est autant hors de sa connaissance et de sa profession qu’on est hors de l’imitation de Jésus Christ. Tâchez de pratiquer ce dont on ne peut douter qu’il ne soit bon et véritable. Ce que vous ne pouvez entendre, laissez-le là. Dieu le vous fera connaître lorsqu’il vous sera salutaire si vous demeurez fidèle à ce que vous savez déjà. Laissez les choses incidentes, et allez au but unique et principal, qui est connaître votre corruption, y mourir, et revivre par la vie de Jésus Christ dans l’Amour de Dieu et la Pratique de ses Divines Lois, qui sont gravées dans ces saints écrits avec autant de clarté que de réalité dans l’Âme Chrétienne dont Dieu se sert pour nous les renouveler, et qu’il veuille aussi imprimer miséricordieusement dans la nôtre. Amen.
P R O F E S S I O N
de Foi et de Religion
faite publiquement par
Damlle ANTHOINETTE BOURIGNON
Sur les doutes qu’on pourrait avoir
de sa Croyance et de sa Religion.
1. Je suis Chrétienne, et je crois tout ce qu’un vrai Chrétien doit croire.
2. Je suis baptisée dans l’Église Catholique, au Nom du Père, au Nom du Fils, au Nom du Saint Esprit.
3. Je crois les douze Articles du Credo, ou le Symbole des Apôtres ; et ne doute en aucun Article d’icelui.
4. Je crois que Jésus Christ est Vrai Dieu, et qu’il est aussi Vrai Homme ; et qu’il est le Sauveur et Rédempteur du monde.
5. Je crois en l’Évangile, aux SS. Prophètes, et en toute la S. Écriture, tant le Vieux que le Nouveau Testament.
Et je veux vivre et mourir en tous points de cette Croyance, ce que je proteste devant Dieu et les hommes à tous ceux qu’il appartiendra.
En foi de quoi j’ai signé cette mienne Confession de ma main et cachetée de mon cachet.
En Schleswig, le 11 de Mars, 1675.
(L. S.) Était cacheté et soussigné
ANTHOINETTE BOURIGNON.
C A T A L O G U E
Des
Livres imprimés
Composés par Mad.
ANTHOINETTE BOURIGNON
Née en la ville de Lille en Flandres.
I.
LA Lumière née en Ténèbres, divisée en quatre parties qui sont pleines de doctrines et d’instructions salutaires, générales et particulières ; tant Divines que Morales ; de Théorie et de Pratique, propres à ouvrir les yeux et à toucher le cœur des hommes de bonne volonté, afin de les disposer à rechercher Dieu et sa vérité, et à changer leurs mauvaises vies pour embrasser une vie nouvelle selon Dieu. En Français, en Flamand, et en Allemand.
II.
Le Tombeau de la fausse Théologie exterminée par la véritable venant du S. Esprit. Divisé en quatre parties. Il y est traité de plusieurs matières doctrinales que l’on avait la plupart proposées à Mad. A. B. par manière d’opposition et pour lui contredire. L’on y voit comment les Sages par le moyen de leurs études sont déchus de la simple, solide, vivante et efficace vérité de Dieu et de la vraie vertu Chrétienne ; et qu’ils ont changé le véritable Christianisme en un Christianisme disputeux et pointilleux, hypocrititique et vicieux, et tel que l’Église de Laodicée, malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu ; pendant qu’il se dit riche en vertu, et n’avoir faute de rien en connaissance. En Français et en Flamand.
III.
L’Innocence reconnue et la vérité découverte, etc. Première partie. Où l’on voit par un exemple vivant la haine et la cruauté que les Prêtres mêmes exercent sur leurs propres Confrères qui ne veulent condescendre à leur conduite, mais se retirer de la corruption du monde, les faisant alors trahir, emprisonner et souffrir jusqu’à la mort. En Français.
Avec une lettre à un Père de l’Oratoire sur le même sujet. En Français et en Flamand.
IV.
La Lumière du Monde. Divisée en trois parties, Première Partie. Il y est traité de ce que l’Église Chrétienne et le culte de Dieu sont tout déchus et devenus tout extérieurs, terrestres et charnels ; que cela a attiré les derniers fléaux de Dieu ; comment il est aussi possible que nécessaire d’aimer, de chercher, de trouver, de posséder, et d’adorer Dieu en Esprit et vérité. Item du glorieux Royaume de Jésus Christ, qui suivra l’exécution des derniers fléaux. En Français, en Flamand et en Allemand.
V.
La Lumière du Monde. Seconde Partie. Où il est parlé de l’abus des Sacrements et de tout le culte extérieur de la Chrétienté, de sa corruption, du péril des hommes, lesquels au lieu de s’abandonner à Dieu, pèchent contre son S. Esprit et rejettent ses lumières ; et de la conversion des Juifs, qui redeviendront le peuple de Dieu en la place de la Chrétienté corrompue. En Français, en Flamand, et en Allemand.
VI.
Avertissement contre les Trembleurs. Opposé à un libelle diffamatoire de cette Secte contre A. B., Par où l’on montre que cette Secte n’a pas la lumière du S. Esprit, et dans lequel leurs erreurs et fantaisies sont parfaitement ruinées. Il y est prouvé solidement et à fond que l’on doit obéir selon Dieu à toute forte de Magistrats et de Supérieurs, et qu’il faut observer des bons règlements dans l’État Politique, dans l’Ecclésiastique, et dans la vie commune. L’on y découvre aussi les qualités que doit avoir une personne vraiment régénérée et illuminée de Dieu. En Flamand.
VII.
Le Témoignage de Vérité. Où sont rapportées les dépositions publiques de plusieurs personnes dignes de foi sur la vie et les mœurs de ladite Damoiselle, qu’ils affirment avec serment avoir vécu dès son Enfance d’une manière extraordinairement vertueuse et exemplaire. L’on y a encore ajouté plusieurs autres témoignages, pour confondre les mensonges et les calomnies qu’on avait publiés contre sa personne et ses écrits. Il y est aussi traité de ce que les Chrétiens ont mal fait de faire des divisions entr’eux, préférant quelques irrégularités dans quelques cérémonies et opinions particulières et non-essentielles à l’Amour de Dieu, pendant qu’ils ont excédé par opposition et négligé leur propre régénération et le renoncement à eux-mêmes. Item, de la véritable et de la fausse application des Mérites de Jésus Christ. Que les Commandements de Dieu ne sont pas une charge, mais des aimables effets de son Amour et de son Soin Paternel ; et qu’il est nécessaire, facile, et agréable de les observer pour être sauvé. Contre la Prédestination personnelle. De la Création glorieuse d’Adam ; de sa chute, avant laquelle Jésus Christ a tiré de lui un corps pour soi ; et de plusieurs autres divins mystères inconnus jusqu’à présent. En Français, en Allemand, et en Flamand.
VIII.
La Pierre de Touche. Qui montre comment il faut examiner la validité des Docteurs et Conducteurs des Âmes, et celle de leurs doctrines, sur la Pierre de Touche de la Charité ou de l’Amour de Dieu. L’on y voit la réfutation des abominables mensonges et calomnies que l’on a inventés pour avoir prétexte de diffamer et persécuter à mort cette Damoiselle, comme si elle niait la S. Trinité, la Divinité Éternelle de Jésus Christ, ses S. Mérites, et comme si elle voulait renverser toute la Religion Chrétienne ; et semblables faussetés horribles qu’on lui a imputées. L’on y voit aussi comment et pourquoi Dieu a créé l’homme. Quels soins il a eus de le relever de sa chute. Comment les hommes sont sauvés par les Mérites de Jésus Christ en observant ses Commandements. Item, de la décadence de l’Église Chrétienne ; et que Dieu veut la rétablir sur la Terre avant la fin du monde, et commencer dès à présent ce sien œuvre. En Français, en Allemand, en Latin, et en Flamand.
IX.
Traité admirable de la solide Vertu. Première Partie. Ou l’on voit qu’on la doit apprendre par la douceur et l’humilité de Jésus Christ, lesquelles, nous montrant notre néant, nous font mortifier notre nature corrompue pour revivre à l’Amour de Dieu. L’on y découvre aussi tous les artifices par lesquels le Diable nous veut empêcher et retarder dans le progrès de la vertu. En Français, Flamand, Latin, et Allemand.
X.
Traité admirable de la solide Vertu. Deuxième Partie.
Où il est montré que pour atteindre à la vraie vertu, il faut : I. Abandonner le monde et ne se plus conformer à lui. II. Abandonner la convoitise, par une totale mortification de la Nature corrompue, en se contentant du simple nécessaire et du moindre en toutes choses. III. Abandonner et renoncer sa propre volonté, tant grands que petits, irrégénérés que régénérés ; et la combattre jusques à la mort ainsi qu’a fait Jésus Christ même, venant nous montrer par lui-même en sa propre personne comment en le suivant et faisant comme lui, nous pourrons trouver la voie de sortir hors de nos ordures pour être réunis à Dieu. En Français, Flamand, et Allemand.
XI.
L’Aveuglement des hommes de maintenant. Première Partie. Traité Apologétique à l’occasion des médisances semées contre les comportements de Mad. A. B. Où l’on voit par des exemples vivants comment la nature corrompue s’aveugle elle-même et est artificieuse pour se dissimuler à soi et aux autres ses défauts, les excuser et défendre par toutes sortes de prétextes, même saints en apparence, ne voulant être reprise, mais les remettant plutôt sur autrui et en accusant les autres, pendant qu’elle fait tout mal à propos, et que même elle veut se décharger du devoir de renoncer à soi-même et de changer. Tous ses prétextes y sont réfutés, et principalement ceux qu’elle tire de ce que Jésus Christ a tout agi et pâti pour les hommes, et qu’eux sont trop fragiles pour observer les commandements de Dieu. En Français, et en Flamand.
XII.
Le Renouvellement de l’Esprit Évangélique. Première Partie. Où sont proposées par des lumières divinement convaincantes et tout extraordinaires les grandes et fondamentales Vérités de la vraie Religion, Chrétienne, du tout de Dieu, du Néant de l’homme, de sa Liberté, de la Fin de sa Création, de la Gloire où il a été créé, des Misères où il est tombé, de sa Corruption, de sa Restauration, de la grandeur de la Charité de Jésus Christ, et de celle de ses Mérites par lesquels il a racheté les hommes. Trois fois de trois grandes rébellions universelles, venant nous offrir à présent une troisième et dernière Rédemption par le Renouvellement de son Esprit Évangélique ; et à ce sujet il est montré combien profonde est l’incroyable corruption et tromperie de notre nature et de notre méchant cœur, et combien il est nécessaire de les combattre et vaincre si l’on ne veut se damner éternellement. En Français, Flamand, Latin, et Allemand.
XIII.
Le Nouveau Ciel et la Nouvelle Terre. Première Partie. Où sont découvertes les merveilles de la gloire où le monde a été créé, et surtout le premier homme ; comment s’est faite sa tentation, sa chute, sa mort ; item du Jugement, des derniers fléaux spirituels et corporels ; de l’état des âmes après la mort, de la Résurrection première et seconde ; de l’Enfer, du Paradis, de la beauté des corps glorifiés ; quelles dispositions doivent être dans les hommes afin que Dieu rétablisse et renouvelle toutes les créatures ; et comment le Diable, pour priver les hommes de ce bonheur, les tente et séduit à présent d’une manière toute semblable à celle par laquelle il tenta et séduisit au commencement nos Premiers Parents pour le leur faire perdre. En Français, Flamand et Allemand.
XIV.
Le Renouvellement de l’Esprit Évangélique. Deuxième Partie. Où sont proposés les motifs propres à se résoudre à embrasser l’Humilité, la Bassesse, la Pauvreté d’esprit, le Renoncement à soi-même, la Haine de soi-même, la Pénitence, l’Amour de Dieu, en un mot, la Vie Évangélique. Ces motifs y sont tirés de la considération de la Gloire où Dieu a créé l’homme, de la fin de sa Création, des Misères où il est tombé corps et âme en cette vie, des Misères éternelles d’après cette vie, de la Justice de Dieu, de l’Exemple de Jésus Christ et de ceux des Saints, des Joies et Gloires de la vie bienheureuse du siècle à venir, même de la tranquillité qu’on a dès cette vie à se laisser conduire de Dieu en toute chose comme un Enfant de sa Nourrice ; comparaison qui est déduite au long d’une manière toute admirable et édifiante. En Français, en Allemand et en Flamand.
XV.
L’Antéchrist Découvert. Première Partie. Où est montré ce qu’est l’Antéchrist, comment il règne et domine universellement, non seulement en tant que la plupart des hommes sont liés à lui par pacte volontaire, mais aussi en tant qu’il tient le reste, même les meilleurs, sous son Empire, qui s’étend et partout sous l’apparence de Christ, dans le Sanctuaire ou les Églises, dans les Cultes, les Entendements, les Cœurs, les Pratiques, les Spéculations et Doctrines, par lesquelles choses il fait rejeter Jésus Christ et ses remèdes. Dieu le fait voir à A. B, et elle le manifeste aux autres de la part de Dieu, lequel ayant jugé le monde, plein de pactionnaires Diaboliques, veut retirer à l’écart quelques bons, hors de la Domination de l’Antéchrist. En Français et en Flamand,
XVI.
L’Antéchrist découvert. Seconde Partie. Où l’on voit comment l’Antéchrist a anéanti et chassé d’entre les hommes l’Esprit et la Vie de Jésus Christ, par les ténèbres où il a mis les Chrétiens en matière de doctrine, de Pratique et de Culte de Dieu ; savoir touchant la S. Trinité, la Divinité Éternelle de Jésus Christ, ses Mérites, sa Satisfaction, son Culte, et tout Culte Divin, le but de sa Venue, la facilité et la difficulté de son Imitation, les Imaginations dont on se flatte d’être Enfants de Dieu, Régénérés, Prédestinés, Spirituels, rachetés, etc., par où il trompe et régit les mieux intentionnés, avec tout le reste des hommes, qui sont sous son Empire. En Français et en Flamand.
XVII.
L’Antéchrist découvert. Troisième et dernière Partie. Où l’on voit les moyens par lesquels l’Antéchrist a avancé sa domination universelle sur toute sorte d’états, de conditions, de professions, sur tous les Chrétiens, jusques dans le Trône de Dieu, s’étant servi de la lettre (et non de l’Esprit) des Écritures, des choses saintes, des prétextes spécieux de Mérites de Jésus Christ, de la Satisfaction, de la fragilité des hommes, et autres belles couleurs, pour détruire la Loi, la Charité, la Paix, l’Esprit de Christ, son Imitation, la Pénitence, par des haines, sectes, dissensions, erreurs, disputes, inimitiés, orgueils, présomptions, hypocrisies, et semblables effets conformes à leur Principe qui est cet Esprit universel du Diable et de l’Antéchrist régnant. En Français et en Flamand.
XVIII.
La Dernière Miséricorde de Dieu. I. Part. Contenant un Avant-propos où il est parlé du Malheureux état des hommes ; des Jugements de Dieu sur eux ; des Dernières grâces et vérités de Dieu ; que les hommes par leurs études ont aboli tout bien ; ont détruit la Foi vive et la Dépendance de Dieu, lesquelles il faut nécessairement reprendre, sans se flatter comme on fait, ni croire d’une Foi aveugle et morte. Comment il faut expliquer les Écritures et éviter les opinions et Doctrines périlleuses des hommes, etc. Dans les trois premiers chapitres, il est parlé de l’Existence de Dieu, de sa Connaissance, de ses qualités ou Attributs, de la Création du monde et de l’homme ; de l’immortalité de l’âme et même du corps de l’homme ; et que toutes les œuvres de Dieu dureront Éternellement. En Français, Flamand et Allemand.
XIX.
L’Académie des Savants Théologiens. I. Partie. Où sont expliquées à fond par des nouvelles et vives lumières plusieurs matières Théologiques, soit Doctrinales, comme de la Grâce, de sa Généralité, Efficace, Suffisance, Résistance ; de la Prédestination, Élection, etc. Liberté de l’homme, etc. ; soit Morales, comme de l’Affection, de l’Amour de Dieu, de la Morale corrompue des Casuistes, etc. ; soit touchant le Culte extérieur et la conduite des hommes ; Item de l’État de l’Église, des Religieux, des Pasteurs, des Chrétiens, selon qu’ils sont devant Dieu. En Français, en Flamand, et en Allemand.
XX.
L’Académie des Savants Théologiens. Seconde Partie. Où il est parlé du discernement des Esprits que l’on doit faire dans l’état d’une Enfance Spirituelle, à laquelle on se doit rendre pour être gouverné et conduit de Dieu, sans quoi notre propre conduite et le choix que nous pouvons faire de quelque genre de vie que ce soit, Ecclésiastique, Politique, Économique, n’est que vanité et que perte et dommage pour l’éternité. De l’abus qu’on fait du Culte extérieur, des Dévotions et Cérémonies de l’Église ; du vrai usage que l’on en devrait faire et de l’état périlleux où vivent les plus dévots d’aujourd’hui sans le savoir. En Français et Flamand.
XXI.
L’Académie des Savants Théologiens. Troisième et Dernière Partie. Où sont découverts les péchés intérieurs, cachés, et contre le S. Esprit, qui règnent dans presque tous les dévots d’à présent. Combien la Dépendance de Dieu est nécessaire à salut ; que les Lois et la Doctrine de Jésus Christ reviennent à elle. Et du grand abus qu’il y a dans les Fréquentes Confessions, Communions, dont l’on se sert pour augmenter ses péchés et sa perdition. En Français, et Flamand, etc.
XXII.
La Sainte Visière. Par où l’on découvre que les hommes ont perdu la Vue et la lumière de la Foi pour connaître les choses éternelles ; par quels moyens ; et de quelle manière, n’ayant plus qu’une lumière naturelle et bestiale, ils se sont conduits en matière de Religion, de Doctrines, et de leur Salut. Ce qui attire la ruine de la Chrétienté qui est aveugle, ne sachant plus ce qu’est la Foi. Il y est discuté ce qu’est cette véritable Foi Divine, et que Dieu rétablira l’Église dans elle par les lumières pleines et dernières du S. Esprit promis, qu’il envoie dès à présent sur la terre. En Français et en Flamand.
XXIII.
La Lumière du monde. Troisième et dernière Partie. Laquelle est remplie de Vérités lumineuses et incomparables, aussi fortes et salutaires qu’inconnues jusqu’à présent touchant le Franc-Arbitre ou la Liberté de l’homme, la Prédestination, l’Abandon à Dieu et la Dépendance de lui, la Corruption, l’Aveuglement et la Ruine de la Chrétienté, la Venue glorieuse de Jésus Christ, l’Envoi de sa Lumière, la Beauté, la Foi, la Renaissance, l’Église, et beaucoup d’autres qui y sont traitées avec une évidence entièrement Divine, et de la dernière Conviction. En Français, Flamand et Allemand.
LE
T É M O I G N A G E
D E
V É R I T É.
À un jeune homme de l’Église Reformée d’Altena proche Hambourg, lequel on persécutait parce qu’il voulait suivre la doctrine enseignée par Mademlle A. Bourignon.
I. Comment, pour décréditer la Vérité et ceux qui l’annoncent, on tourne en mal les choses les meilleures ; ce qui sert d’occasion à la vérité de se faire connaître par elle et par les TÉMOIGNAGES des gens de bien.
MON ENFANT,
J’AI reçu la vôtre du 6 Octobre 1672 avec le livre que Jean Berckendal a composé contre moi, et fait imprimer à Altena, sous le titre du Vrai Contrefait d’ANTHOINETTE BOURIGNON. Ce qui me semble un pasquil composé par une personne haineuse, laquelle a perdu la crainte de Dieu, puisqu’il ne se hontit point de mentir et de calomnier la vérité même. Il apporte plusieurs passages tirés de mes écrits, comme de la Première, Deuxième, Quatrième Partie de la Lumière née en Ténèbres ; et la Première, Seconde, et Troisième Partie du Tombeau de la Fausse Théologie ; La Lumière du Monde ; et de l’Avertissement contre les Trembleurs ; desquels passages plusieurs sont véritables, comme peuvent voir tous ceux qui prendront la peine de lire les endroits qu’il a cités en son pasquil ; mais il tourne ces vérités que j’allègue en mépris et dérision, afin que les personnes simples ou ceux qui n’ont pas lu mes écrits en aient un dégoût avant de les connaître.
2. Et ce qui est encore une plus noire malice, c’est qu’il apporte en son dit pasquil plusieurs mensonges, en disant que j’ai écrit diverses choses, lesquelles je n’ai jamais écrit ni pensé, puisqu’icelles ne sont pas véritables. Car il dit que j’ai dit en mon AVERTISSEMENT CONTRE LES TREMBLEURS, page 262 et 263, « d’avoir en ma jeunesse débauché avec des jeunes gens hors de la ville, pourquoi j’oubliais Dieu et les choses éternelles, et qu’après étant retournée en la ville, je fréquentai les Églises, et les Sacrements, etc. Et il conclut de là que j’ai fait comme les jeunes putains, qui étant lasses de paillarder, retournent à l’Église, et veulent être estimées honnêtes femmes, et se tenir auprès de l’autel. »
3. En quoi cet ignorant témoigne assez d’avoir perdu la Crainte de Dieu, car l’Écriture dit que la bouche qui ment tue son âme (Sap. 1, v. 11). Qui pourrait espérer que l’âme de ce Berckendal soit encore vivante à la grâce, lorsqu’on le voit mentir si effrontément et dire que j’ai moi-même écrit en l’AVERTISSEMENT, au lieu ci-dessus allégué, que je me fuis autrefois débauchée avec des jeunes gens ? Lorsque j’ai seulement dit que je m’étais distraite en conversant les jeunes gens de mon âge ès vanités, en l’oubli de Dieu, et des choses Éternelles ; comme ont fait les plus Saints Personnages, lesquels se sont souvent plaints avec larmes de ce qu’ils ne savaient pas demeurer continuellement en la présence de Dieu et se souvenir des choses éternelles, parce que l’esprit humain n’a pas sur soi ce pouvoir de retenir toujours ses pensées. Cette distraction, ou égarement d’esprit, est maintenant prise de ce Berckendal pour une confession mienne d’avoir été une débauchée ou putain, vu qu’il dit qu’il le prouve par mes propres écrits. Ce qui est faux et mensonger, comme se peut voir par mes écrits mêmes, èsquels je confirme en tant d’endroits, assurant que Dieu m’a voulu garder vierge, et que jamais en ma Vie je n’ai voulu perdre ma virginité, quoique mes parents, en plusieurs occasions, m’ont voulu induire à me marier. Si ce Berckendal n’avait point lui-même l’âme mauvaise, il ne pourrait mal penser d’autrui ; mais un larron pense qu’un chacun est son frère. Je crains fort que ce Berckendal n’ait été un débauché en sa jeunesse, puisqu’on dit qu’il a si bien appris à boire qu’il se vante de savoir boire maintenant beaucoup sans s’enivrer, et qu’en me mesurant à son aune, il pense que je me suis aussi débauchée en ma jeunesse.
4. Il va bien que je suis une personne publique, connue de grands et de petits. Et puisque l’Écriture dit que celui qui fait chose malséante hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de crainte que ses ouvres ne soient connues et manifestes, mais que qui fait chose bienséante vient à la lumière, afin que ses œuvres soient connues et manifestées (Jean 3, v. 19). Et pour montrer que j’ai fait choses bienséantes, je vous envoie ces ATTESTATIONS, afin de vous fortifier contre les médisances de cet Imposteur. Vous verrez par icelles quels ont été mes comportements et la voie que j’ai cheminée dès ma tendre jeunesse. De quoi peuvent porter témoignage plusieurs gens de bien et d’honneur très-dignes de foi, lesquels sont encore vivants et ont eu particulière connaissance de moi et de mes Parents, et savent que j’ai toujours tendu à la perfection Chrétienne et été diligente au service de Dieu et à l’assistance du prochain, en quoi j’ai employé tous les jours de ma vie. Ce qui est bien loin de l’avoir passé en débauches, comme cet imposteur veut faire entendre calomnieusement. Et pour couleurer ses mensonges, il dit dans son pasquil que c’est moi-même qui le dis par mes écrits, dans lesquels un chacun peut voir que Berckendal est un menteur, et qu’il allègue des choses fausses et mensongères.
5. Mais puisque la malice des hommes est venue si avant qu’ils mentent effrontément, sans crainte de Dieu ni de la confusion des hommes, je veux bien rendre TÉMOIGNAGE DE LA VÉRITÉ contre les mensonges de ce Berckendal. Quoiqu’il soit indigne que je lui écrive, je vous permets bien de publier ces attestations, afin que les personnes de bonnes volontés ne se laissent plus séduire et tromper par ce Berckendal, ou aucuns autres de ses semblables, lesquels, étant ennemis de la vérité, tâchent de la décréditer en la rendant odieuse aux personnes qui ne la connaissent pas.
II. Que l’on aime mieux décrier confusément la vérité par des médisances vaines que de l’examiner sérieusement en détail, et que les hommes, lui voulant du mal avant la connaître, cherchent ensuite les moyens d’exécuter leur mauvaise volonté.
6. Je sais, mon Enfant, que les Prédicateurs d’Altena de la Réforme de Calvin vous ont haï et méprisé à cause que vous estimez mes écrits, et vous ont souvent persuadé de ne les pas croire, en disant qu’ils étaient pleins d’erreurs. Ce qu’entendant par votre lettre, je vous ai prié de leur dire que je souhaitais bien de savoir quelles étaient ces erreurs. Et qu’ils m’obligeraient fort à les marquer sur le papier, afin que je les puisse éclaircir et justifier, ou bien les rétracter si elles étaient trouvées mauvaises ou telles que ces Prédicateurs les jugeaient. À quoi ils n’ont voulu acquiescer, aimant mieux persister en leurs médisances et périr dans leurs aveuglements que de découvrir la vérité des choses qu’ils voulaient croire ignoramment, ou pour mieux dire, malicieusement. Car c’est une grande malice de vouloir publier et soutenir qu’il y a des erreurs en mes écrits sans me vouloir dire quelles elles sont, puisque j’offre à les rétracter si en cas ils me les veulent faire connaître, ou bien je leur promets d’expliquer mes sentiments sur les choses qu’ils prennent pour des erreurs.
7. Et cela eût été une charité Chrétienne, un bien pour eux, pour moi, et pour tout le peuple. Car s’il y avait des erreurs en mes écrits, il leur serait très-bon de les découvrir ; comme étant Pasteurs des âmes, ils sont obligés d’empêcher, autant qu’il est en eux, que leurs brebis ne mangent des herbes sauvages, et pour leurs propres consciences, ils doivent souhaiter d’apprendre toujours davantage la vérité, puisqu’ils ne peuvent tant savoir qu’ils ne puissent apprendre encore davantage. Et quant à moi, je puis corriger mes erreurs, si aucunes en avais, aussi longtemps que je serai encore dans ce monde. Et partant, il me serait très-bon si quelqu’un avait la charité de me les faire connaître, comme j’ai souhaité que feraient ces Prédicateurs, lesquels en ce faisant eussent donné quelque lumière au peuple, qui ensuite de leurs allégations et des miennes eussent pu discerner la vérité hors du mensonge, et voir si mes écrits étaient autant salutaires que les enseignements de leurs Prédicateurs.
8. Mais ces malveuillants Pasteurs n’ont pas voulu être admis sur cette pierre de touche, craignant que l’aloi de leurs enseignements n’eût été trouvé faux. Ils ont mieux aimé à persister à l’aveugle dans les calomnies qu’ils avaient entrepris de faire contre moi, et séduire ainsi le peuple par des fausses accusations. Et pour couleurer leurs séductions, ils disent que c’est moi qui séduis le peuple en faisant imprimer mes écrits, comme Monsieur Andreas de la Fontaine vous a indiscrètement déclaré, vu que lorsque vous lui avez demandé s’il me connaissait, il vous répondit que non ; et s’il avait lu mes écrits, il dit semblablement que non. Par où il donna assez à entendre qu’il ne cherchait que de calomnier et point à découvrir la vérité du fait, en pensant par ces calomnies vous induire à recevoir ses mensonges et vous détourner de la vérité que vous aviez remarquée en mes écrits, comme il a tâché, et tâche encore, à en détourner plusieurs.
9. Et en ne sachant trouver assez de matière à médire si fortement d’une personne sans la connaître, ni aussi de mes écrits avant de les avoir lus, il a désiré de les voir, avec espérance de pouvoir trouver en iceux quelque chose digne de répréhension, sur laquelle il eût pu avoir matière sur quoi fonder ses calomnies. Mais après qu’il les eut lus et bien examinés, avec Monsieur Daniel Saxe, ils n’ont par ensemble osé si ouvertement contredire à la vérité publiquement, craignant d’amoindrir leurs réputations parmi tant de gens de bien qui ont connaissance de mes écrits. C’est pourquoi que finalement ils se sont servis de ce Berckendal, pour avec la patte du chat tirer les châtaignes hors du feu. Et cet ignorant a été si hardi d’entreprendre à composer ce pasquil, avec l’aide et l’assistance de ces Prédicateurs, auxquels il est sujet et obligé, comme leur substitut pour visiter les malades de leur communauté, en pensant par ce moyen décréditer les vérités de Dieu que j’ai avancées et avancerai par son ordre.
10. Mais les gens de bien et de jugement n’auront garde de se détourner des choses si bonnes pour prendre des frivoles et mensonges, tels que ce Berckendal a avancés par son pasquil, lequel n’est fondé sur aucune raison, doctrine, ni civilité, bien loin d’être utile ou salutaire, puisqu’il n’enseigne rien qui soit bon pour le temporel non plus que pour le spirituel, et il sert seulement à montrer l’amertume que ces Prédicateurs ont dans le cœur contre les personnes qui cherchent véritablement Dieu et la perfection Chrestienne. Ce qu’un chacun peut bien remarquer par les injures et calomnies que me fait ce Berckendal au nom de ses Maîtres, qui, ne voulant pas être connus dans une œuvre si impie, se sont servis de Berckendal pour la composer en partie. Car je crois que le commencement du livre n’est pas son Ouvrage, mais celui d’un de vos Prédicateurs, qui ont pensé trouver dans mes écrits quelque chose à reprendre, à quoi n’ayant su parvenir, ils se sont lassés d’écrire contre moi, et ont donné à ce Berckendal ce qu’ils avaient commencé, afin qu’il achevât en son nom.
11. Cela est la pensée que j’ai eue en entendant lire partie de ce pasquil. Car je n’ai pas eu la patience de l’entendre entièrement, parce qu’il ne le mérite point, et aussi parce que je n’entends pas bien la langue Allemande. J’ai cependant bien remarqué que la préface de ce pasquil est un autre style que celui du Livre, et parle aussi plus à des hommes savants qu’à moi.
III. Que les Magistrats ne devraient prohiber le bien, mais punir les diffamateurs, n’était que la vérité n’a point de crédit dans ce temps malheureux.
12. Car il se plaint que les Magistrats ou Supérieurs ne secourent pas ces Prédicateurs pour s’opposer à ceux qui apportent des nouvelles doctrines. Ce qui ne me touche aucunement, vu que je n’apporte rien de nouveau et veux seulement déclarer les choses que Jésus Christ a enseignées aux Chrétiens, et leur faire voir combien ils sont maintenant éloignés d’icelles et égarés de la voie qu’ont suivie les Chrétiens de l’Église Primitive, lesquelles choses ne doivent pas être défendues par les Magistrats, mais doivent être aimées, suivies, et soutenues par tous les Chrétiens en général. Et si le Magistrat d’Altena, ou autres supérieurs, voulaient faire bonne justice, je les prierais de punir et châtier des semblables diffamateurs que ce Berckendal, pour avoir fait imprimer ce pasquil, afin de me diffamer publiquement, en l’ayant même fait mettre sur la Gazette d’Altena, afin qu’un chacun le puisse voir à mon grand déshonneur. Il me semble que le Magistrat et Supérieurs d’Église ne doivent point laisser un tel cas impuni, et qu’ils doivent bannir de leur juridiction et communauté de semblables malfaiteurs, lesquels sont capables d’attirer l’ire de Dieu sur la tête de tous leurs manants ; outre ce que les lois et coutumes défendent de jeter ainsi pasquil diffamatoire, pour telle raison que ce pourrait être. Car si quelqu’un est coupable de mal fait, la justice est établie pour le châtier. Et si quelqu’un apporte des mauvaises doctrines, les savants Théologiens (comme veulent être ces Prédicateurs) les doivent convaincre par solides raisons et véritables doctrines, sans, en fait de traîtres, vouloir dérober la bonne fame et réputation que méritent des écrits si salutaires.
13. Mais que dirai-je, mon Enfant, du misérable temps auquel nous vivons à présent, où il semble que le mal domine en poupe, et est beaucoup plus soutenu des Supérieurs que la vertu et la vérité de Dieu ? J’espère que la chance se tournera, et que le Règne de l’Antéchrist aura bientôt fin, et que Dieu sera adoré en esprit et en vérité. C’est pourquoi je vous admoneste que ne vous laissiez point séduire par fausse apparence, et ne croyiez point à ceux qui vous disent que la vérité est mensonge, mais examinez sérieusement toute chose. Tenez ce que vous avez. La vérité que vous avez trouvée en mes écrits vient de Dieu, et vous ne vous repentirez jamais de l’avoir suivie, mais le bénirez à toute éternité de ce qu’il vous a fait digne de recevoir sa lumière de vérité, pour laquelle faire connaître aux hommes Dieu m’a fait naître en ce monde. Et si les malveuillants la calomnient, il ne s’en faut point étonner, puisque cela a été de tout temps. Car presque tous les anciens Prophètes ont été mis à mort. Vous lisez que les Prêtres les ont bien tués entre le Temple et l’Autel (Matth. 23, v. 35), et les Prêtres et Pontifes ont condamné à mort JÉSUS CHRIST et ses Apôtres, parce qu’ils portaient témoignage de la vérité. Or les hommes ne dont pas devenus meilleurs depuis ce temps, mais sont de beaucoup empirés. C’est pourquoi il ne vous doit sembler étrange si vos Prédicateurs ou autres de leurs semblables me persécutent parce que je parle vérité.
14. Ils diraient bien que ce n’est point pour la vérité, comme ils disaient à JÉSUS CHRIST qu’ils ne le voulaient point lapider pour ses bonnes œuvres, mais pour ses blasphèmes, parce qu’il avait dit qu’il était un avec son Père (Jean 10, v. 33). Et ces Prêtres prenaient cette vérité pour un blasphème, en ce qu’il se faisait semblable à Dieu, en étant homme. Ces ignorants n’entendaient point les vérités que JÉSUS CHRIST leur disait, et pour cela les appelaient-ils des blasphèmes. Et ces Prédicateurs qui me veulent lapider (s’il était en leur pouvoir) ne veulent pas reconnaître que c’est pour les vérités que j’avance, mais disent que c’est pour mes blasphèmes, en ce que j’ai dit que les Apôtres n’ont point connu les choses dernières sinon en partie, et JÉSUS CHRIST même dit qu’il ne les connaissait point (Marc 13, v. 32). De là, conclut Berckendal, que je m’élève par-dessus Jésus Christ et ses Apôtres.
IV. Les sujets de persécution font qu’on ne veut entendre les vérités des fins dernières des hommes, mais se bien flatter. Nécessité d’y penser.
Oubli des 4 fins dernières.
15. Voyez, mon Enfant, je vous prie, la belle conséquence que tire cet ignorant des vérités que j’avance. J’ai voulu montrer que nous sommes à la fin du monde, où toute chose sera entendue en sens parfait, plus clairement que n’ont fait les anciens Prophètes, voire les Apôtres, parce que nous sommes arrivés en l’accomplissement des temps, où toute chose s’accomplira en pleine perfection (Act. 3, v. 21 ; 1 Cor. 13, v. 10). Et à cause que je commence à parler de cet accomplissement des temps et des merveilles de Dieu, ou des choses qui doivent arriver ès derniers temps, un chacun me veut persécuter, tout de même qu’on persécutait S. Paul parce qu’il parlait de la résurrection des morts ; ce qui devait grandement réjouir tous les hommes, car il vaudrait mieux n’être jamais né que de ne point ressusciter, vu que cette vie n’a que des misères, lesquelles me seraient insupportables en cessant l’espérance d’une vie meilleure après la mort. Et comme il est dit que tous les hommes mourront, il est donc nécessaire qu’ils ressuscitent pour vivre après la mort.
16. Mais les personnes charnelles n’entendent point les choses spirituelles. Et pour le même sujet qu’ils ont persécuté les Apôtres, les hommes me persécutent maintenant aussi. Car je ne fais nul mal à personne, et me tiens des ans entiers enserrée dans une chambre sans en sortir, et ne cherche richesses, honneurs ni plaisirs en ce monde. Et je m’étudie à bien vivre en accomplissant la volonté de Dieu, pendant qu’on s’élève contre moi comme si j’étais une malfaitrice, à cause que j’ai dit que nous sommes arrivés au Jugement de Dieu et que les derniers fléaux se commencent par les guerres, comme les Prophètes l’ont aussi prédit. Ce qui n’est point choses dignes de répréhension, mais fort utiles et profitables au Salut des hommes. Car j’ai encore écrit par ci-devant qu’un certain Prédicateur appelé Vincent Ferrier avait prêché le Jugement dernier, en assurant qu’il arriverait de son temps ; ce qui donna une telle frayeur à tout le peuple qu’un chacun se convertissait à Dieu et se préparait à la mort en quittant toutes les affections de la terre, et vivait en Charité Chrétienne ; et par tout le pays où il avait prêché, les Chrétiens s’aimaient l’un l’autre. En sorte que lorsqu’une boutique d’une même marchandise avait vendu quelque chose, et qu’il survenait encore quelques autres marchands pour acheter, ils leurs disaient : Allez auprès de mon voisin, il vend la même marchandise, et n’a encore rien vendu ce jourd’hui, et moi j’ai déjà vendu quelque chose. Et ainsi faisait un chacun à son prochain ce qu’il désirait être fait à soi-même. Tellement était ressuscitée la charité ès cœurs des Chrétiens par les sermons que ce Prédicateur avait fait du jugement dernier. Si le ressouvenir d’icelui a eu tant de pouvoir sur les cœurs des hommes que d’opérer un tel changement de vie, lorsque les derniers temps avaient encore si longue course (vu que ce Vincent Ferrier est mort il y a plus de trois cents ans), combien ce même souvenir doit-il opérer davantage aux cœurs des hommes à présent où nous sommes d’autant plus approchés de la fin ?
17. Mais il semble que les hommes sont maintenant si endurcis qu’ils ne veulent point entendre parler de leurs fins dernières, pendant que l’Écriture dit précisément : Pensez à la fin, et vous ne pécherez jamais. Les hommes sont venus tant aimant eux-mêmes qu’ils ne veulent plus rien entendre sinon ce qui est plaisant à leurs sens et qui flatte leurs oreilles. Et cela est la cause qu’ils tombent si facilement en péchés, parce qu’ils ne veulent pas penser à la MORT, au JUGEMENT, à l’ENFER et au PARADIS, qui sont les quatre fins de l’homme. Et au lieu que les Prédicateurs devraient exciter le peuple à pénitence par le moyen de l’appréhension des jugements derniers, ils les flattent de vaines espérances de leur Salut et persécutent ceux qui avancent quelques choses de ces fins dernières ou du bonheur qui doit arriver aux hommes ès derniers temps, comme des fables, des rêveries, et mensonges, en tenant pour des personnes superbes ceux qui avancent de la part de Dieu de semblables vérités inouïes, à leur semblant. Ce qui en effet n’est point inouï, puisque tous les Prophètes ont parlé abondamment de ces choses dernières que j’avance. Et Dieu a commandé qu’on les crierait au peuple, en temps et hors de temps, qu’on ne cesserait d’annoncer toujours ses jugements (2 Tim. 4, v. 2 ; Isa. 58, v. 1 ; Jer. 1, v. 16, 17), de quoi Saint Jérôme se souvenait toujours, car il disait : Soit que je boive, ou que je mange, ou que je me repose, il me semble toujours que j’entends les trompettes qui crient venez au Jugement.
18. Et maintenant que nous vivons en icelui, ces Prédicants ne veulent pas qu’on en parle, aimant mieux de laisser périr le peuple dans l’oubli de leurs fins dernières que de souffrir qu’on leur en parle. Mais s’ils aimaient le salut du peuple, ils prêcheraient eux-mêmes ces choses dernières et tout ce que j’avance dans mes écrits, étant bien aises de ce que Dieu envoyé encore sa Lumière au milieu des ténèbres si grandes èsquelles nous vivons à présent. Car c’est le plus grand bonheur qui pouvait jamais arriver aux hommes. Et si cette Lumière ne fût pas venue, je crois que personne ne serait sauvé, puisque tous sont dans des erreurs, et plusieurs sans le savoir. Et c’est en ce point que l’Écriture dit : Lorsqu’un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux en la fosse. Car ces Prédicateurs étant tombés dans l’aveuglement, il faut de nécessité qu’ils fassent tomber le peuple dans la fosse de damnation, lorsqu’ils lui ôtent les moyens d’arriver à salut, l’un desquels, et le plus puissant, est de penser à la Mort, au Jugement, à l’Enfer et au Paradis, qui sont les quatre fins de l’homme, et où il faut qu’un chacun arrive s’il veut ou non. Car tous les hommes en général doivent mourir, aussi bien les bons que les mauvais, et tous doivent être jugés d’un même Juge, et personne ne peut éviter ce jugement ; qu’il vive comme il voudra, un chacun doit rendre ses comptes devant ce grand Juge, qui ne flatte et n’épargne personne, et soit que l’on vive bien ou mal, chacun recevra selon ses œuvres. Et puisqu’on ne peut échapper cette Justice, pourquoi donc veut-on flatter les hommes, et empêcher qu’on ne leur parle point de leurs fins dernières, auxquelles ils doivent tous nécessairement arriver, et sans exception un chacun doit être jugé selon ses œuvres (Prov. 24, v. 12), et selon icelles condamné ?
V. À la mort nos flatteries ne nous serviront de rien ni nos excuses de n’avoir pu faire la volonté de Dieu.
Imitation de J. C. nécessaire.
19. Hé ! que servira-t-il à la mort et au Jugement de dire : « Nos Prédicateurs nous ont dit que nous serions sauvés moyennant de croire que JÉSUS CHRIST a tout satisfait pour nous », ou bien « que les hommes sont trop fragiles pour garder les commandements de Dieu ou pour faire pénitence », lorsque Dieu dira qu’il a mieux connu la fragilité des hommes que personne, et a commandé néanmoins de l’aimer de tout notre cœur, et entend aussi que la pénitence enjointe à Adam de gagner sa vie à la sueur de son visage a été donnée à proportion des forces de l’homme, et point davantage ? Car Dieu ne peut jamais avoir excédé ni ignoré la faiblesse des hommes. Et il ne peut avoir donné des commandements aux hommes pour être observés par les bêtes, vu que sa sapience pénètre toute chose. Il ne pouvait ignorer la fragilité des hommes, que ces Prédicateurs mettent maintenant en avant pour les séduire.
20. Ils enseignent (pour soutenir leurs tromperies) que les hommes ne peuvent rien bien-faire sans la Grâce de Dieu. Ce qui est très-véritable. Mais omettent d’ajouter que Dieu donne toujours assurément icelle Grâce (Isa. 55, v. 1 ; Matth. 7, v. 7). Et s’il ne voulait point donner les grâces aux hommes d’observer ses commandements, il ne leur aurait point donné iceux. Si bien qu’il n’a rien commandé aux hommes sans au même temps leur donner les grâces d’observer ccs commandements à ceux qui les veulent bien observer. Mais aux méchants qui disent que cela est impossible, à cause qu’ils ne se veulent pas soumettre à iceux, il leur semble impossible, comme il est véritablement impossible à la nature corrompue. Mais JÉSUS CHRIST, le Nouvel Adam, nous est venu enseigner de renoncer à cette nature corrompue et de revêtir le Nouvel Homme, qui est son Esprit, par le moyen duquel toutes ces choses nous seront rendues très-faciles, puisque celui qui est renouvelé en l’Esprit de JÉSUS CHRIST est un avec lui, et lui étant un avec son Père, tous trois sont consommés en un. Et l’homme qui est arrivé à cette renaissance n’a plus rien de contraire aux commandements de Dieu, ni aux Conseils Évangéliques, et n’a garde de dire que ces choses sont impossibles à être observées, puisqu’il est dans le même Sentiment que JÉSUS CHRIST. Et s’il devait donner des lois, il les donnerait tout de même que celles que JÉSUS CHRIST a données en son Évangile, sans aucune différence. Car s’il vous souvient, Mon Enfant, j’ai ci-devant écrit que la première fois que je lus le Nouveau Testament, je fermai le livre après y avoir fort peu lu, en pensant en moi-même que je n’avais point de besoin de lire davantage, parce que mes sentiments étaient tout-conformes à ce que je lisais là-dedans, en sorte que si je devais écrire mes sentiments, j’aurais composé un livre tout-semblable à ce Nouveau Testament. C’est pourquoi JÉSUS CHRIST dit qu’il est le bon Pasteur, qu’il connaît ses brebis, et qu’icelles le connaissent et entendent sa voix et le suivent (Jean 10, v. 3, 4, 14). Mais ces Prédicants ne peuvent être du nombre de ses brebis lorsqu’ils disent qu’on ne peut suivre ces choses ni imiter JÉSUS CHRIST, pour être les hommes trop fragiles.
VI. Les régénérés observent les commandements de Dieu. Les hommes se trompent croyant de l’être.
21. S’ils disaient cela des hommes charnels, ou vivant en la nature corrompue, je leur céderais ; mais de dire qu’ils sont des personnes régénérées, et ajouter qu’ils ne peuvent observer les commandements de Dieu ni les Conseils Évangéliques, cela est absurde et ne peut être reçu de nul bon jugement. Mais je crois que ces personnes n’ont jamais compris ce que c’est d’une personne regénérée, et ont jugé que cette régénération consiste seulement en des belles spéculations, ou des désirs d’être régénérés. Mais ils se trompent. Car tous les bons désirs et les belles spéculations ne font rien au salut de nos âmes sans être mis en effet. Vu qu’on dit que l’enfer est pavé de bons désirs et que les Diables sont remplis de belles spéculations.
22. Je me souviens, mon Enfant, que Monsieur Fontaine vous a dit un jour que je ne savais point ce que c’était de la RÉGÉNÉRATION, en parlant de moi avec mépris. Et moi je dis cela de lui avec vérité. Car s’il savait ce que c’est d’une personne régénérée, il m’écouterait, et estimerait mes écrits comme venant de Dieu, puisque la chair et le sang ne me peuvent révéler ces choses, comme JÉSUS CHRIST disait à Saint Pierre lorsqu’il lui demandait qui il était, et que Pierre répondit qu’il était le fils du Dieu vivant. Et si par hasard le dit Monsieur Fontaine vous disait encore les mêmes choses, dites-lui que je sais que la régénération consiste en ce que la personne renonce en effet aux désirs de la nature corrompue et qu’elle se soumette entièrement au vouloir de Dieu en toute chose. Et que cela est la première résurrection, sur laquelle la mort seconde n’aura point de prise (Apoc. 20, v. 6). Et dites-lui aussi que je vois bien qu’il n’est point une personne régénérée, puisqu’avec ses passions vicieuses et corrompues, il s’élève ainsi contre des écrits qui ne contiennent que choses bonnes et conformes aux Saintes Écritures, à cause qu’iceux écrits sont contraires aux maximes de la Religion qu’il professe. Car s’il était régénéré en l’Esprit de JÉSUS CHRIST, il aurait sa douceur et son humilité, sans colère, chagrin et partialité, puisque JÉSUS CHRIST appelle un chacun et ne rejette personne, en disant : Venez à moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai (Matth. 11, v. 28). Or si j’avais été chargée d’erreurs ou d’ignorance, ces Prédicateurs m’en devaient avoir soulagée par des bonnes raisons et des solides vérités, au lieu de faire paraître leurs animosités et passions déréglées, lesquelles ne sont bonnes que pour faire paraître leurs imperfections et témoignent qu’ils sont bien éloignés des conditions des personnes régénérées, lesquelles sont mortes aux mouvements de la nature corrompue et ne les suivent jamais, en sachant bien que tout ce qui vient de cette corruption est mauvais.
23. Mais ces Calvinistes n’ont jamais entendu qu’il faut denier à la nature corrompue tout ce qu’elle désire pour renaître en l’Esprit de JÉSUS CHRIST, lequel a cependant enseigné cela par paroles et par œuvres, et n’a en rien suivi ce à quoi la nature se peut délecter. Car il a été pauvre, humble, et méprisé, ce qui est répugnant entièrement à la nature corrompue. Mais ces personnes qui se croient maintenant régénérées vivent en délices, honneurs et richesses, mettant l’effet de leur régénération en des beaux mots ou des belles Prédications, et ne savent souffrir qu’on en parle autrement, puisqu’ils s’opposent à mes écrits, lesquels enseignent le vrai chemin pour arriver à la véritable régénération. Et parce que les Prédicants ne veulent pas eux-mêmes prendre ce chemin, ils déconseillent un chacun de le suivre. Et ne pouvant faire cela, ils tâchent d’en détourner autant qu’il leur sera possible. Et ont à ces fins fait imprimer ce pasquil, qui leur servira de confusion, comme a servi aux Juifs la résurrection de JÉSUS CHRIST, après qu’ils l’avaient tant diffamé et fait passer pour un ivrogne, un Samaritain, et séducteur de peuple, et un endiablé. Les mêmes fautes que ces Prédicants m’ont voulu aussi inculper. Mais j’espère que l’Esprit qui me guide resuscitera bientôt en l’âme de plusieurs personnes, lesquelles rendront bon témoignage de ma renaissance et raconteront avec moi les merveilles de Dieu, qui doivent bientôt arriver , où le mensonge sera connu et la vérité découverte. Alors on n’aura plus de besoin de ces Prédicants, puisqu’un chacun connaîtra le Seigneur et, étant tous conduits d’un même esprit, ils seront tous d’un même sentiment. Et ne faudra plus disputer pour soutenir les erreurs. Car un chacun les connaîtra.
VII. La Vérité paraît et fera paraître le mal et le mensonge. Les malveuillants alarmés la blâment ; les bons s’en édifient et lui rendent de bons TÉMOIGNAGES.
Vérité contraire à l’intérêt, rejetée.
24. Mais ces Prédicants ne veulent pas aussi ouïr parler de ce temps bienheureux, non plus que du Jugement dernier, à cause que ces choses renversent tous leurs édifices. Car ils ont entrepris de dominer sur le peuple et de le conduire selon leurs désirs, en tenant les personnes esclaves sous leur joug, afin qu’icelles les honorent et entretiennent. Mais si JÉSUS CHRIST venait lui-même régir son peuple, ces Docteurs ne seraient plus estimés, mais au contraire seraient rejetés et méprisés pour leurs mauvaises doctrines, et ne pourraient plus recevoir leurs prébendes. C’est pourquoi ils s’efforcent à s’opposer formellement contre tous ceux qui parlent de ces choses. Et ayant aperçu que mes écrits tendaient à faire voir les erreurs où les hommes sont tombés et leur décrire les moyens pour s’en relever, et tâcher aussi de leur faire appréhender le temps malheureux et bienheureux auquel nous vivons à présent, et montrer les jugements de Dieu, ses Fléaux, et sa dernière Miséricorde, toutes ces choses ont été déplaisantes à ces Prédicateurs, et ils les ont voulu calomnier auparavant de s’informer plus avant de quel esprit ces choses étaient sorties. Puisqu’il leur suffisait de savoir qu’elles ne leur étaient point avantageuses pour les mépriser avant que découvrir si elles venaient de l’Esprit de Dieu ou non, ayant résolu de les exterminer avant que les connaître. En ne voulant en ce fait rien attribuer à Dieu.
25. Car lorsqu’ils ont eu lu en mes écrits que Dieu m’avait donné quelques lumières particulières, ils les ont voulu attribuer au Diable ; comme les Juifs faisaient les merveilles de JÉSUS CHRIST lorsqu’il faisait des œuvres surnaturelles. Et je ne saurais voir une seule chose que ces Pharisiens ont faite à la personne de JÉSUS CHRIST que ces Prédicateurs de maintenant ne la fissent à son Esprit. Vu que je trouve en cela beaucoup de conformité et de rapport. Car il ne faut que lire le Pasquil de Berckendal pour trouver toutes les mêmes injures contre moi qu’on a trouvées contre JÉSUS CHRIST, et pour la même raison, puisque toute la jalousie qu’avaient ces Prêtres Pharisiens contre Jésus Christ provenait de ce qu’ils croyaient qu’il les déposerait de leurs états si le peuple donnait croyance à sa doctrine, laquelle enseignait l’humilité, la pauvreté, et la charité, desquelles choses étaient dépourvus ces Pharisiens, et ne voulaient point suivre cette doctrine, mais demeurer en leurs états et grandeurs. C’est pourquoi ils l’ont persécuté et fait mourir d’une mort infâme, comme un séducteur du peuple ; et si ces Prédicants me pouvaient avoir à leur souhait, ils ne m’en feraient point moins, s’il était en leur pouvoir. Mais je ne les crains pas. Car le Seigneur que je sers est puissant. Il les exterminera plutôt que de permettre que mal m’arrive en faisant sa volonté.
26. Car je ne fais rien de moi-même, et j’enseigne seulement ce que Dieu m’a enseigné. Et s’il ne me faisait point écrire, je n’écrirais point ; et s’il ne me faisait pas parler, je ne parlerais point ; et s’il ne me faisait point aller d’un lieu à l’autre, je ne me bougerais point ; et s’il ne me révélait point ses merveilles, je ne les déclarerais point ; et s’il ne m’expliquait les Saintes Écritures, je ne les entendrais point. Mais à cause que je dis qu’on en aura maintenant plus claire intelligence que du passé, ce Berckendal tire de là cette conséquence que je m’estime plus que les Prophètes, Apôtres et JÉSUS CHRIST. Il est une araignée venimeuse, qui tire du venin de toutes mes fleurs. Car les choses qu’il ne peut bonnement appeler mensonges en mes écrits et qu’il allègue véritablement selon le texte, il en tire un sens tout renversé, ou bien il en fait quelque conclusion à sa mode afin de tirer du venin de tout ce qu’il peut avoir lu de mes écrits, lesquels il n’a lus qu’à ces fins. Et il était résolu auparavant de les voir, de n’en rien tirer de bon par son inclination venimeuse, et (comme l’araignée) tire son venin des douceurs ou du miel, d’où les abeilles en tirent le sucre.
27. Ce n’est pas qu’une même chose puisse être bonne et mauvaise tout-ensemble, ou que le miel des fleurs soit du venin ; mais c’est à cause de la disposition du naturel de ces deux bêtes, qui font métamorphoser la même chose en douceur ou aigreur, selon leurs qualités ; or, mes écrits ont été faits communs à tous par leur impression. Les bons et méchants les ont vus, et chacun en a tiré choses bonnes et choses mauvaises. Ce n’est pourtant qu’il y ait en iceux choses bonnes et mauvaises tout-ensemble ; car je défie un chacun de me pouvoir montrer une seule chose qui soit mauvaise ; et je peux hardiment soutenir que tout y est bon, puisqu’ils viennent du Saint Esprit, et pas de moi-même. Mais c’est que quelques âmes de celles qui les ont lus sont mauvaises et quelques-unes sont bonnes. Les mauvaises âmes en tirent du scandale, comme ont fait ce Berckendal et ses Prédicateurs ; mais les bonnes âmes en ont tiré des Lumières Divines, qui servent à l’édification de leur salut éternel. Et si vous êtes curieux, mon Enfant, de découvrir combien de bonnes opérations mes écrits ont fait ès âmes de plusieurs, vous n’avez qu’à écrire à ceux qui les ont lus attentivement et sans préoccupation d’esprit ; et s’ils ont l’âme droite, ils vous confesseront ingénument que ces vérités de Dieu qu’ils ont trouvées en mes écrits leur ont fait quitter les convoitises de la terre, ou qu’ils se sont convertis à Dieu et fait connaître la vanité de cette vie.
VIII. On ne veut souffrir ceux qui veulent suivre purement Dieu seul ; mais ceux qui veulent servir à deux maîtres et qui suivent le monde sont tolérés et approuvés des Pasteurs d’à présent.
28. Et ces TÉMOIGNAGES de plusieurs vous affermiront en la vérité, et donneront force pour soutenir les attaques que vous font ces Prédicateurs en disant que vous êtes séduit par la lecture de mes écrits, et que vous errez en suivant la doctrine qui y est contenue. Et vous ne serez point marri de ce qu’ils vous ont retranché de leur communion à cause que vous voulez suivre la doctrine que j’enseigne, qui n’est rien d’autre que ce que JÉSUS CHRIST a enseigné en étant en ce monde ; mais vous serez joyeux d’endurer persécution pour la justice. Et quoiqu’aucuns de vos parents menacent de vous faire emprisonner ou enserrer pour le même sujet, il ne vous faut pas ébranler. Et si en effet vous étiez mis en prison, il vous faudrait là chanter des louanges à Dieu, en actions de grâces d’être trouvé digne de suivre votre Capitaine JÉSUS CHRIST, qui fut emprisonné, battu, fouetté, et mis à mort pour vous. Car aussi longtemps qu’on vous persécute sans cause, vous avez occasion de vous réjouir, et encore davantage lorsqu’on vous persécute pour la justice et vérité de Dieu. Vous êtes alors un de ces bienheureux que JÉSUS CHRIST a sanctifiés en prêchant les huit béatitudes. Car il dit précisément : Bienheureux sont ceux qui endurent persécution pour la justice ; et dit qu’à eux appartient le Royaume des Cieux (Matt. 5, v. 10). Or, si vous aviez quitté vos parents ou pays pour vivre en débauché ou pour amasser des richesses, je plaindrais votre infortune. Et je crois que vos parents ne vous menaceraient point alors de vous faire enserrer. Car ces Prédicateurs loueraient vos Parents si vous aviez entrepris quelque négoce pour gagner beaucoup d’argent, et que vous seriez, pour ce faire, allé en pays étrangers ; ce gagnage les consolerait tous ensemble, puisque les uns, aussi bien que les autres, aiment l’argent, l’honneur, et le plaisir. C’est pourquoi ils ne trouveraient point étrange encore bien que vous suivriez une vie débauchée, moyennant qu’elle ne fût point scandaleuse devant les hommes.
29. Car les Théologiens d’aujourd’hui trouvent excuses à toutes sortes de péchés, principalement aux péchés qui ne sont point répréhensibles devant les hommes. Et s’ils vous voyaient adonné aux femmes ou à la boisson, ils diraient qu’il faut que la jeunesse se divertisse en quelque chose, et que l’on peut bien boire beaucoup lorsqu’on ne s’enivre point ; car Berckendal tient cela pour une vertu qui est en lui. Et si vous étiez luxurieux, ils diraient que c’est une chose naturelle à tous les hommes ; à cause qu’eux-mêmes n’en sont pas libres, et l’excuseraient encore davantage en vous, qui êtes au plus fort de votre jeunesse. Mais ils ne veulent excuser que vous les ayez quittés pour devenir un Disciple de JÉSUS CHRIST. Cela leur est insupportable. Et ne se contentent point de vous avoir admonesté de quitter cette entreprise, mais vous ont encore interdit de leur Cène, et vos parents menacent maintenant de vous faire emprisonner ; et puis écrivent un pasquil diffamatoire contre moi afin de vous donner une aversion de ma doctrine, et à tous vos autres parents, comme à tous ceux qui la verront ou orront. Car ce pasquil n’est composé à d’autre fin que pour donner de l’horreur au peuple des vérités que Dieu veut maintenant élargir aux hommes en ces derniers temps auxquels nous vivons.
30. Et si ces Prédicateurs étaient des vrais Pasteurs, ils chercheraient ces vérités, les suivraient eux-mêmes, et les annonceraient au peuple, afin qu’un chacun les puisse connaître. Mais ils sont de ces mercenaires desquels parle l’Évangile, qui ne sont point entrés en la bergerie par la porte, qui est JÉSUS CHRIST. Et ne sont pas mêmes de ses brebis, puisqu’ils n’entendent point sa voix pour le suivre, aboyant la doctrine de JÉSUS CHRIST comme font les chiens les personnes qu’ils ne connaissent point. Je n’enseigne autre chose sinon ce que JÉSUS CHRIST a enseigné, pendant que ces Pasteurs crient comme firent jadis les Juifs sur JÉSUS CHRIST, à savoir : Crucifie-la, crucifie-la. Et si vous demandiez, mon Enfant, à ces Pasteurs quel mal a fait cette fille (comme Pilate demanda au peuple quel mal a fait cet homme), ils ne vous le sauraient dire ; mais diraient en général que je séduis le peuple, comme en effet ils vous ont dit ci-devant. De même disaient aussi les Juifs de JÉSUS CHRIST, à cause qu’ils ne savaient comprendre sa doctrine, ni endurer ses vérités et sa justice, puisque leurs vies étaient toutes contraires à la doctrine de JÉSUS CHRIST, et ils ne les voulaient point amender, mais demeurer en honneur, en richesses, et en plaisirs.
IX. Ce que les hommes veulent rester dans l’amour de l’honneur, de l’argent, et des plaisirs, les rend ennemis de l’Esprit de J. C. et de ceux qui détachent les personnes d’eux pour les mener à Christ.
31. Pour cela ne voulaient point ces Pharisiens souffrir qu’il vînt quelqu’un qui enseignât autre chose qu’eux, afin de garder leur réputation. Ne vous semble-t-il pas, mon Enfant, que les Prédicateurs de maintenant en font tout de même à l’endroit de la doctrine de JÉSUS CHRIST comme les Juifs ont fait à l’endroit de sa personne, et qu’ils voudraient bien tuer son esprit comme ils ont fait son corps ? Mais cela ne s’accomplira, puisqu’un esprit n’est point susceptible de mort. Il doit toujours vivre. L’esprit de JÉSUS CHRIST est esprit et vie, et ne mourra jamais. Ces Prédicateurs peuvent bien calomnier la vérité, mais ne la peuvent changer. Elle a été, est, et sera toujours véritable, puisque la vérité est Dieu même, lequel est immuable. Et quoique cas Pasteurs disent de mes écrits, les vérités qu’ils contiennent ne changeront jamais, et seront autant solides et véritables après leurs calomnies, comme elles étaient auparavant icelles. Et tous leurs pasquils et mensonges contourneront à leur confusion lorsqu’ils verront par tant d’attestations qu’ils ont été mensongers et ignorants en cette affaire, n’ayant connu mes écrits ni ma personne, pendant qu’ils ont malicieusement voulu dire du mal des uns et de l’autre. C’est le loyer que doit attendre le méchant, que sa malice contourne finalement à sa confusion. Et encore qu’il semble triompher pour un temps (comme Berckendal croit de faire maintenant par son Pasquil, auquel plusieurs simples gens prêtent l’oreille), il sera autant davantage confondu, après que ses allégations seront vérifiées mensongères et sorties d’une passion haineuse.
32. Car quel mal ai-je fait à ces Prédicateurs pour me vouloir ainsi noircir à tort ? Et quels maux ont-ils trouvés en mes écrits, puisqu’ils ne m’en ont point voulu écrire le mémoire ou la notice que je leur ai si instamment demandée par vous, afin de mettre remède au mal, s’il y en avait eu ? La charité Chrétienne ne les obligeait-elle pas à m’avertir en confidence de ce qu’ils trouvaient à redire en mes écrits, sans aller faire imprimer des écrits diffamatoires, comme ils ont fait à leur confusion et en blessant leurs consciences ? Je crains qu’ils s’en repentiront trop tard, et que la mort les surprendra avant qu’ils en fassent pénitence. Car Dieu ne veut pas être moqué, et rendra à un chacun selon ses œuvres. Si mes écrits sont de Dieu, ils les doivent estimer et suivre ; et s’ils ne sont pas de Dieu, ils me le doivent faire voir, puisque je les en ai priés. Mais s’ils ne savaient ni l’un ni l’autre, ils les devaient laisser pour tels qu’ils sont. Car tous ceux qui les liront seront capables d’en juger, vu qu’ils sont propres pour les simples et pour les sages. Mais il semble que ces Prédicateurs sont comme Jannès et Jambrès, qui résistent à la vérité (2 Tim. 3, v. 8), et peut-être de crainte qu’icelle ne découvre leurs erreurs ou fasse que quelques-unes de leurs ouailles ne se retirent d’eux.
33. Et je crois que toute l’animosité qu’ils ont conçue contre moi et mes écrits provient de ce que vous les avez quittés avec votre Mère ; car ils sont si ambitieux qu’ils voudraient bien être suivis d’un chacun, et ne peuvent aimer ceux qui ne les suivent pas. Ils sont en cela bien éloignés de la pratique de Jésus Christ ; car lorsque ses Disciples lui dirent que quelques-uns se trouvaient qui enseignaient en son nom et ne les suivaient point, il leur dit : Laissez-les faire, car ceux qui ne sont point contre nous sont pour nous (Luc 9, v. 49, 50). Et si ces Prédicateurs étaient des vrais Chrétiens, ils eussent dit de même de mes écrits, en disant l’un à l’autre : laissez-les aller, ils ne sont point contre nous. Puisqu’en effet, je n’écris point des controverses pour disputer leur Religion, ni aucune autre ; j’avance seulement les vérités que Dieu me fait connaître, sans partialité aucune.
34. Car j’aime le bien partout où je le trouve, et je hais le mal où je l’aperçois. Mais je ne viens pour reprendre personne, car qui bien fera, bien trouvera. Un chacun pour soi. Et une Religion ne répondra point pour l’autre. Pour cela je déteste les disputes, pour laisser un chacun libre d’abonder en son sens. Et je n’attire aussi personne à moi, d’où ces Pasteurs auraient pu avoir sujet de me persécuter, si j’attirais leurs brebis hors de leur troupeau ; mais je ne cherche personne, pour plus aimer la solitude que la conversation des hommes. Je tâche seulement de tirer un chacun à Christ par ma vie et ma doctrine. À quoi tendent tous mes écrits, que ces Prédicateurs méprisent tant, et disent qu’on ne les doit pas lire. Quoiqu’ils approuvent bien qu’on lise des histoires profanes, qui souvent incitent à la luxure, ou autre excès.
35. En quoi ils montrent d’avoir plus de soin du corps que de l’âme de leur prochain. Vu qu’ils permettent bien pour recréer l’esprit de leurs enfants de lire des vilenies et autres bagatelles ; pendant qu’ils les empêchent à lire mes écrits pieux pour servir d’aliment à leurs âmes. Et s’ils étaient des vrais Pasteurs, ils entreraient par la vraie porte, qui est JÉSUS CHRIST. La doctrine duquel je mets en avant. Mais à cause qu’ils sont des mercenaires, ils entrent par des fenêtres, en flattant les hommes pour les perdre, leur faisant accroire qu’ils seront sauvés par les seuls mérites de JÉSUS CHRIST quoiqu’ils demeurent en leurs péchés. Et allèguent dans leur catéchisme qu’encore bien qu’on aurait grandement péché contre tous les commandements de Dieu et que jamais on n’en aurait gardé un, et même qu’on serait encore toujours incliné à toute sorte de maux, toutefois on sera assurément sauvé ou justifié devant Dieu si seulement on croit que JÉSUS CHRIST a tout satisfait pour nous.
X. C’est séduire que d’enseigner que les Mérites de J. C. nous sauvent par la persuasion que nous en avons, et non par l’imitation de sa sainte vie.
Mérites de J. C. inutiles sans l’imitation.
36. Ce qui est abominable et pernicieux au salut des hommes. Car si Dieu donnait le salut à iceux seulement pour avoir une belle spéculation en leurs esprits que Jésus Christ a tout satisfait pour leurs péchés, Dieu serait injuste ou menteur, puisqu’il dit par Jésus Christ aux hommes : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous (Luc 13, v. 3). Comment donc peut-il être véritable ce que ces Calvinistes enseignent en leur catéchisme, qu’on sera sauvé moyennant de croire que Jésus Christ a tout satisfait pour nous, encore bien qu’on aurait commis tous les péchés du monde ; puisque Jésus Christ dit qu’il faut faire pénitence, ou bien qu’il faut tous périr, sans excepter personne, non plus ces Calvinistes qu’autres ? Et puisque l’Écriture dit qu’un chacun sera jugé selon ses œuvres ? Elle ne dit pas selon les spéculations d’un chacun. Car si Dieu jugeait les hommes selon leurs belles spéculations, les méchants auraient bien de l’avantage, puisqu’ils sont ordinairement plus subtils à bien spéculer que les bons.
37. Et il semble en effet que ce damnable sentiment n’a été inventé que pour maintenir les méchants en leurs malices, et afin qu’ils puissent continuer en leurs péchés tous les jours de leurs vies, moyennant de croire, à la mort, que Jésus Christ a tout satisfait pour eux. Cela dément la Justice et la Vérité de Dieu ; et s’il faut accomplir toute justice, comme Jésus Christ dit, il ne peut être vrai que les méchants seront sauvés sans faire pénitence, laquelle est imposée à tous les hommes, à péril de périr tous. Et il n’y peut avoir de pénitence à croire que Jésus Christ a tout satisfait pour nous. Vu que cela est doux et plaisant de croire en son esprit qu’après qu’on aura pris tous ses plaisirs en ce monde et fait tout ce que Dieu a défendu, qu’on sera encore sauvé moyennant de croire que Jésus Christ a tout satisfait pour nous. Cela n’est nullement pénible et ne peut être appelé pénitence, puisqu’on vit et qu’on meurt plaisamment, en croyant qu’on sera sauvé par le moyen d’une belle spéculation. Ce qui est bien loin de la pénitence nécessaire, laquelle JÉSUS CHRIST a enseignée à tous les hommes de fait et de paroles, et a dit : Soyez mes imitateurs (Jean 12, v. 26). Il faut que ce Berckendal nie l’Évangile pour ne point croire à ces vérités, et qu’il veuille séduire les malades qu’il va consoler à la mort, en leur faisant croire qu’ils seront sauvés moyennant de croire que JÉSUS CHRIST a tout satisfait pour eux ; car s’il n’était point un larron pour dérober leurs âmes, il n’entrerait point par ces fenêtres de pernicieuses doctrines, mais entrerait par la vraie porte, qui est JÉSUS CHRIST ; lequel enseigne de faire pénitence (Matt. 4, v. 17), de renoncer à soi-même, de porter sa croix (Matt. 16, v. 24), d’être humble de cœur (ch. 11, v. 29), charitable, pacifique et patient (ch. 5, v. 44-48). Et l’Apôtre exhorte d’être sobre et de veiller (1 Pier. 4, v. 8), en disant de soi-même qu’il châtiait son corps, afin de le réduire en servitude (1 Cor. 9, v. 27).
38. À quoi, je vous prie, mon Enfant, servent tous ces enseignements, s’il suffit pour être sauvé de croire à la mort que JÉSUS CHRIST a tout satisfait pour nous ? Ne faut-il pas dire que tous les Apôtres et Disciples de JÉSUS CHRIST ont fait de grandes folies de tant veiller, peiner et travailler pour la vie éternelle, et de s’exposer à la mort pour le Royaume Éternel, avec tant d’autres saints personnages qui les ont suivis et imités, puisqu’ils pouvaient tous être sauvés (selon le dire de ce Berckendal) avec une croyance spéculative que Jésus Christ a tout satisfait pour eux ? Cet ignorant aurait-il trouvé une nouvelle voie qui mène à salut depuis Jésus Christ et ses Apôtres ? Je ne veux pourtant point inculper cette faute à lui seul, puisqu’il trouve cette doctrine en son Catéchisme et que ses Maîtres l’enseignent journellement. Mais je souhaiterais bien que de semblables Catéchismes fussent brûlés, afin qu’iceux ne séduisissent plus personne ou, du moins, que ceux qui veulent être sauvés ne les lisent plus. Je ne souhaite point cela d’une passion haineuse, comme lui souhaite qu’on ne lise plus mes écrits, mais par une charité Chrétienne que j’ai à l’endroit des âmes qui se reposent sur cette doctrine et sur ces conducteurs aveugles ; auxquels je puis bien dire les malédictions que Jésus Christ dit sur la ville de Jérusalem lorsqu’elle tuait les Prophètes et lapidait ceux qui lui étaient envoyés : que s’ils savaient les malheurs qui leur sont à venir, qu’ils pleureraient au lieu de s’éjouir en leurs états et offices (Luc 19, v. 41-45). Car les jours viendront qu’ils seront détruits et ruinés, haïs du peuple et persécutés plus qu’ils ne sont à présent aimés et honorés. Car lorsque la vérité sera connue, elle découvrira leurs mensonges ; et les séduits tueront leurs séducteurs, en maudissant le jour qu’ils les ont crus et écoutés (Isa. 8, v. 21).
39. Je pense que les Prophètes anciens ont prédit toutes ces choses, et on ne les appréhende point par l’aveuglement d’esprit qui est maintenant épars sur toute la terre, en laquelle le mensonge est plus suivi que la vérité, à cause qu’icelle vérité n’est point connue ; car elle est maintenant cachée pour un chacun. C’est pourquoi Berckendal et ses Prédicants s’alarment contre mes écrits parce qu’iceux portent témoignage de la vérité ; laquelle ils ne veulent point reconnaître, parce qu’icelle ne leur apporterait point d’avantage temporel, et ne parle que de mépriser les richesses, plaisirs, et honneurs de ce monde, et de renoncer à soi-même. Ce qui est de trop dure digestion pour des personnes accoutumées aux aises et aux plaisirs du corps, lesquels ils ne veulent point quitter ; pendant qu’ils veulent bien demeurer en réputation de gens de bien et d’honneur. Pour cela ne veulent pas souffrir qu’autres qu’eux enseignent ou déclarent les vérités de Dieu, puisqu’icelles répréhendent toutes leurs actions. Et si ce n’était pour cette seule raison, ces Prédicateurs ne voudraient point décréditer mes écrits, ni déconseiller à un chacun de les lire, mais seraient bien aise que je les seconde, en enseignant ce que Jésus Christ a enseigné en étant sur la terre.
X. On est sauvé par les seuls Mérités de J. C. en suivant son exemple ; et J. C. n’a point satisfait pour nous en dispenser, mais pour nous y engager. Ce qui est dur aux hommes.
40. Et encore bien qu’ils sachent en leurs consciences que ces enseignements sont bons, ils les veulent rendre mauvais par des mensonges d’eux controuvés, comme celui que ce Berckendal allègue en son pasquil, que je rejette les mérites de Jésus C., et fait sur cela des exclamations, en disant : Ô effroyable doctrine ! à dessein d’épouvanter les ignorants, comme on épouvante les enfants en leur montrant un faux visage. Car si vous prenez la peine, mon Enfant, de relire mes écrits, vous trouverez que j’estime les mérites de Jésus Christ plus que personne ; et je crois de ne pouvoir jamais être sauvée, ni aucunes autres personnes, que par les mérites de Jésus Christ ; vu que tous les hommes en général ont été perdus par le premier Adam, ils sont aussi sauvés par le deuxième, qui est Jésus Christ. Car si lui n’eût point venu enseigner la voie de salut, personne ne l’aurait jamais retrouvée, depuis que les hommes étaient d’eux-mêmes tombés en l’oubli de Dieu et avaient mis toutes leurs affections en l’amour d’eux-mêmes ; ils avaient de nécessité besoin de ce Précepteur, qui est JÉSUS CHRIST, pour leur enseigner la voie de salut, de laquelle ils étaient fourvoyés. Et il fallait aussi qu’il eût été notre Médiateur vers Dieu pour rentrer en sa grâce, et qu’il eût marché le premier pour nous montrer exemple, lequel exemple a ouvert la porte du ciel à tous ceux qui l’imiteront, mais non à ceux qui vivront en toute sorte de péchés, comme enseignent ces Prédicateurs et leur Catéchisme, lequel doit véritablement être appelé effroyable doctrine, plutôt que la mienne ; laquelle est fondée en tous les points sur la Doctrine Évangélique, comme peuvent voir tous ceux qui liront mes écrits attentivement.
41. Et ils jugeront assez par iceux que Berckendal est un menteur lorsqu’il dit que je rejette les mérites de Jésus Christ, puisqu’en vérité je les estime beaucoup plus que lui et toute sa secte, qui, voulant échapper de prendre le chemin étroit que Jésus Christ a enseigné, ont eu besoin d’inventer quelque pieux prétexte pour prétendre leur salut en suivant le chemin large, lequel Jésus Christ dit qu’il mène à perdition. Et ils ont controuvé tant de raisons pour fortifier cette doctrine Antichrétienne que plusieurs l’ont crue et suivie, et avec raison. Car il est bien plus aisé à la nature de vivre selon sa propre volonté et mourir sans crainte de sa damnation que de faire pénitence ou de châtier son corps (comme fit saint Paul) et de redouter aussi les jugements de Dieu, lorsque ces deux voies seraient également salutaires et qu’il ne faudrait que croire en son cœur fermement un mensonge pour être sauvé ; car s’il n’était point véritable qu’il faut faire pénitence pour être sauvé, et qu’il faut opérer son salut avec crainte, pourquoi Jésus Christ et ses Apôtres l’ont-ils enseigné de fait et de parole ?
42. Mais ces Nouveaux Théologiens ont trouvé maintenant un chemin de salut tout contraire à celui que Jésus Christ et ses Apôtres ont enseigné, et ne se contentent pas de cheminer eux-mêmes en la voie large, mais ils veulent aussi attirer le peuple de toutes leurs forces, et sont déplaisants d’entendre qu’un autre prend le chemin étroit que Jésus Christ a suivi et enseigné, voulant qu’un chacun les suive en croyant qu’ils seront sauvés moyennant de croire fermement en leurs cœurs que Jésus Christ a tout satisfait pour eux. Ce qui est un mensonge, puisque Jésus Christ n’a satisfait pour d’autres sinon pour ceux qui embrasseront une vie Évangélique (Jean 10, v. 10, 11 ; Hébr. 5, v. 9), laquelle est bien éloignée du vouloir de ces Prédicateurs, à qui la pauvreté déplaît fort, et ont l’humilité en mépris, et la charité est loin de leurs cœurs, en n’aimant qu’eux-mêmes, avec leurs honneurs et profits. C’est pourquoi l’Apôtre dit qu’ils feront une marchandise du peuple avec des belles paroles (2 Pier. 2, v. 3), en les voulant avoir à eux pour leur propre intérêt, et point pour la gloire de Dieu ; car s’ils cherchaient icelle, ils ne seraient point malcontents de ce qu’aucunes personnes veulent embrasser la Vie Évangélique, et encore moins de ce que je fais imprimer des écrits qui conduisent à icelle vie salutaire.
43. Ils n’auraient garde de les décréditer au préjudice du salut de leurs âmes partant de mensonges desquels est rempli le pasquil de ce Berckendal, lequel ne pouvant empêcher que la vérité vienne au jour par mes écrits, il tâche à les diffamer et décréditer, afin d’empêcher que la vérité ne soit pas connue de plusieurs ; et parce qu’il ne peut trouver en mes écrits aucune chose digne de répréhension, il invente des choses fausses et mensongères, et les ose bien faire imprimer pour les rendre publiques, en pensant par là tirer le peuple à soi pour gagner davantage. Mais s’il avait eu soin de sa réputation, il se serait bien gardé d’alléguer des mensonges si grossiers qu’un chacun peut voir et toucher au doigt en lisant seulement les endroits de mes écrits, lesquels lui-même a allégués en son pasquil, dans lequel il appelle doctrine abominable les mêmes choses que Jésus Christ a enseignées.
XI. Il ne faut fier le salut de l’âme sur le dire des hommes, mais de J. Christ. Conversion à la mort suspecte. J. Christ a mérité le salut pour tous à condition de suivre sa doctrine, ce qu’on ne fait pas.
44. C’est pourquoi, je vous prie, mon Enfant, de ne plus suivre ces tromperies, encore bien que vous soyez élevé en la doctrine de Calvin, il ne vous faut pourtant jamais croire que vous serez sauvé moyennant de croire en votre cœur que Jésus Christ a tout satisfait pour vous ; puisque cela est un mensonge, de la façon que l’enseigne votre catéchisme ; mais croyez à Jésus Christ, lequel est mort pour vous, et non point Calvin, qui a choisi le chemin large, lequel Jésus Christ dit qu’il mène à perdition, en laquelle il est (peut-être) à présent. Ne le suivez donc point en cela, car il a erré ; mais prenez le chemin étroit, qui est bien plus assuré. Tenez-vous à mes écrits ; ils vous conduiront à la vie éternelle, quoique vos Prédicateurs en disent. Car ils sont aveugles et veulent conduire les aveugles, pour tomber tous ensemble en la fosse. Tenez-vous proche de la lumière, afin que vous voyiez où vous marchez. Jésus Christ dit qu’il est la voie, marchez par icelui. Il vous enseigne d’être humble de cœur et pauvre d’esprit, et ces sages du monde veulent que vous soyez grand et que vous négociiez pour gagner de l’argent. Ne suivez point ces conseils, car ils ne vous seront point salutaires. Cherchez le Royaume des Cieux, et le reste vous sera donné. Et si vos parents veulent appuyer leur salut sur les discours de ces Prédicants, vous ne les pouvez empêcher, puisqu’ils sont libres. Priez seulement Dieu qu’il les retire de leur aveuglement, car ils périront s’ils demeurent en icelui, et vous ne les pouvez aider s’ils ne veulent croire à la vérité. Ce qu’ils plaindront à la mort, lorsqu’il sera trop tard.
45. Car je ne tiens rien de ces conversions faites à la mort ; lorsque le péché les quitte, ils ne quittent point le péché ; et ils sont seulement marris qu’ils ne peuvent vivre pour en commettre davantage ; puisqu’on les voit en effet ne pas mieux vivre après leurs maladies qu’ils n’avaient fait auparavant, mais reprennent leurs vieilles habitudes, et souvent avec plus d’affection qu’auparavant. C’est pourquoi je vous conseille, mon Enfant, de vous convertir à Dieu pendant que vous êtes sain et gaillard, puisqu’il est trop tard de se convertir à la mort, et que la vieillesse ou l’infirmité de la maladie n’est point le temps propre pour apprendre à aimer Dieu. Lorsqu’on n’a point su apprendre cela durant sa jeunesse et sa santé, il est fort à craindre qu’on ne l’apprendra jamais, et que les larmes et les repentirs qu’ont les personnes à la mort ne proviennent que de leur amour-propre, en craignant les peines que leurs péchés auront méritées. Et quoique ce Berckendal vous dirait à la mort que vous serez sauvé par les mérites de Jésus Christ encore bien que vous auriez commis beaucoup de péchés, ne le croyez point ; car il vous tromperait, comme il trompe tous ceux à qui il le promet. Mais croyez-moi, car je n’ai jamais trompé personne. Je vous assure avec lui qu’encore bien que vous auriez commis tous les péchés du monde, moyennant que vous en ayez une vraie contrition, et que vous embrassez les conseils Évangéliques pour vivre en pénitence, et que vous mouriez en icelle, vous serez alors sauvé par les Mérites de Jésus Christ. Mais que sans cette repentance et pénitence, je vous puis bien assurer que les Mérites de Jésus Christ ne vous seront point appliqués.
46. Il est vrai que JÉSUS CHRIST a mérité le salut à tous les hommes en général ; puisque la volonté de Dieu est que personne ne périsse (2 Pier. 3, v. 9), mais que tous soient sauvés et vivent (1 Tim. 2, v. 4). Mais ceux qui rejettent les conseils de JÉSUS CHRIST ne peuvent jouir de ses mérites, parce qu’ils ne les estiment point comme ils doivent. Par exemple, ces Prédicateurs de la réforme de Calvin disent d’estimer les Mérites de JÉSUS CHRIST et de mettre en iceux toute la confiance de leur salut, quoique cela ne puisse être véritable aussi longtemps qu’ils méprisent la pauvreté d’esprit, l’humilité de cœur, et la charité Chrétienne, qui oblige d’aimer son prochain comme soi-même. Ce ne sont que des paroles étudiées, qui ne feront rien à leurs âmes, lorsqu’ils disent d’espérer leur salut par les mérites de JÉSUS CHRIST, puisqu’en effet ils ne travaillent point pour se rendre dignes de jouir d’iceux mérites.
47. J’entends déjà qu’ils dénient de ne point aimer la pauvreté, l’humilité et la charité Chrétienne, et disent (en mentant) qu’ils les aiment. Mais ceux qui sont désireux de savoir s’ils parlent en cela mensonge ou vérité, ils doivent examiner le pasquil qu’ils ont composé contre moi ; on le trouvera rempli d’arrogance et d’estime d’eux-mêmes, croyant qu’il appartient à eux seuls d’enseigner, et non pas à une vieille femme, comme ils m’appellent en leur pasquil par mépris ; puisque mon âge ne m’a point encore rendu incapable de bien raisonner, ni mes ans ne m’ont point encore apporté les rides au visage. Mais ces malveuillants ne savent qu’inventer pour avilir la vérité de Dieu, et sautent de mes écrits à ma personne, pour en parler avec des termes méprisables devant les hommes, afin que je demeure méprisée, et eux honorés ; parce que l’humilité leur déplaît, et encore davantage la pauvreté, de laquelle ils ont horreur, et aspirent après les meilleures prébendes, afin d’avoir davantage de richesses. En sorte qu’il est très-vrai qu’ils n’aiment point ces conseils Évangéliques, quoiqu’ils disent de les aimer. Ce ne sont que des paroles étudiées.
Le bien et le vrai contredits plus que tout.
48. Et s’ils avaient la charité au cœur comme Dieu l’a commandé, d’aimer son prochain comme soi-même, ils n’auraient pas voulu jeter contre moi ce pasquil diffamatoire pour rendre odieux mes écrits tant nécessaires en ce siècle ténébreux, et si salutaires, lesquels ont jà servi de moyens à la conversion des âmes de plusieurs. La charité Chrétienne les obligeait à procurer au peuple toute sorte de moyens pour arriver à leur salut, aussi bien par l’entremise des autres que par eux-mêmes. Mais ils font tout le contraire en voulant retirer hors des mains du peuple la parole de Dieu contenue en mes écrits, laquelle doit servir de pain pour alimenter les âmes ; et ces Docteurs leur veulent mettre en mains des images de belles spéculations, en leur montrant que « Jésus Christ a tout satisfait pour eux », pour par ces moyens remplir leurs âmes de vent au lieu de vérités solides tirées des Écritures et de l’inspiration du saint Esprit, comme sont mes écrits.
XII. Infamies des médisances semées contre A. B. La vérité les confond, même par des Témoignages Juridiques sur toute sa vie.
49. Il ne faut que lire le pasquil qu’ils ont écrit contre moi pour vérifier qu’ils n’ont point de charité Chrétienne, puisque ce pasquil ne contient que des injures et calomnies jetées contre une personne qu’ils ne connaissent point, afin de la charger de plusieurs crimes desquels elle est tout-à-fait innocente. Ce qui est directement fait contre la charité Chrétienne ; car comme ils ne veulent pas même qu’on dise leurs défauts, quoique très-véritables, et beaucoup moins ce qui ne l’est point, ainsi ne doivent-ils point publier les fautes d’autrui. Et en quelle conscience peuvent-ils donc avoir dit tant de choses mensongères contre moi en accomplissant ce commandement d’aimer le prochain comme soi-même ? Il semble, mon Enfant, que ces Prédicateurs n’aient pas bien compris les dix commandements de Dieu, ou qu’ils les aient mis en oubli, pour entretenir leurs esprits avec des gloses et de belles spéculations, avec lesquelles ils amusent le monde ; et ils font aussi contre la charité Chrétienne de publier ainsi mes défauts. Si quelqu’un il y en avait (que non), ils devraient les excuser au lieu d’inventer plusieurs choses mensongèrement, comme ils ont fait, tant sur mes écrits que sur ma personne.
50. Ce qui m’oblige maintenant à rendre TÉMOIGNAGE DE LA VÉRITÉ contre tant de mensonges si préjudiciables au salut de plusieurs. Et comme ce Berckendal a voulu tirer mon portrait, pour cela a-t-il nommé son pasquil du titre du Portrait d’Anthoinette Bourignon. Mais il ne la dépeint qu’avec des fausses couleurs ; et pour cela j’espère que ce portrait sera bientôt effacé et biffé hors de l’esprit des hommes lorsqu’iceux verront la véritable ressemblance, laquelle n’aura aucun rapport avec le portrait que ce Berckendal a pensé de faire. Il pourra bien retirer ses fausses peintures, pour avec icelles se couvrir le visage de confusion, d’avoir publié tant de choses contre la Vérité. Lesquelles je ferais bien voir dans mes écrits mêmes par les passages que lui-même a cités. Mais mon temps est trop précieux pour l’employer en des choses si peu utiles ; de tant plus qu’il pourrait dire que je me veux justifier moi-même. Comme il dit que j’ai fait contre ce Trembleur appelé Benjamin Furli, ce qu’il me reproche en son pasquil.
51. Et pour ne point donner matière à ce Berckendal de murmurer davantage contre moi, je vous envoyerai les Témoignages d’autres personnes qui ont eu connaissance de ma vie et de mes comportements ; principalement durant le temps que j’ai régi cette maison de pauvres appelée l’hôpital de Notre Dame de sept douleurs à Lille. Là où ce Berckendal me veut soupçonner d’avoir été sorcière, quoiqu’il demande à son pasquil par bouffonnerie « si l’on ne pourrait juger que je suis sorcière ». Il fait néanmoins assez entendre qu’il en doute fort. Et comme tous malfaiteurs se fondent ordinairement sur le négatif pour excuser leurs fautes, ou pour échapper la punition, ce Berckendal penserait que je veux faire le même si je disais que je ne suis pas sorcière ; ou bien il m’aurait accusé de mensonge, comme il m’accuse en tant d’endroits de son pasquil ; car il n’omet aucuns crimes desquels il me peut couvertement accuser, afin de venir à ses prétentions de décréditer les vérités de Dieu que j’avance. Cela le fait tirer venin de toutes fleurs. Car où que j’ai voulu montrer que toutes les grâces que j’ai venaient de Dieu, et reconnaître que je n’avais rien de moi-même que le péché, comme ont aussi tous les autres hommes sortis d’Adam, pour cela ai-je écrit en une de mes lettres à une Damoiselle (en la troisième partie du Tombeau de la fausse Théologie, page 203) que si Dieu m’ôtait les grâces qu’il m’a données, je deviendrais bien encore la plus grande putain de Bruxelles ; ce qui doit être appliqué à la connaissance de moi-même, et à l’humilité que Dieu m’a plantée au cœur, en attribuant tous les biens aux grâces de Dieu, et tous les maux à la corruption des hommes ; ce Berckendal en tire une méchante conséquence, et veut faire soupçonner que je viendrais bien encore une putain. Enfin, toutes ses accusations sont si infâmes que je serais honteuse de les réfuter en particulier.
52. Mais je juge très-nécessaire que vous voyiez avec tous ceux de votre connaissance ce que disent de moi les personnes qui m’ont particulièrement connue et pratiquée. Et j’ai encore trouvé entre mes papiers plusieurs attestations faites sur le sujet dudit hôpital, où j’ai été persécutée et faussement accusée de divers crimes, comme ce Berckendal fait à présent ; mais non pas toutefois de crimes si énormes, comme sont ceux desquels ce Berckendal me veut faire soupçonner, comme d’impudicité ou de sorcellerie, mais de plusieurs autres choses qui regardaient le régime et la gouverne dudit hôpital et des fillettes y étant. L’on fit lors quelques plaintes de moi sur ce sujet à la Justice, laquelle, pour être bien informée du fait, ordonna de tenir une information préparatoire sur toute ma vie et mes comportements, en laquelle information furent entendues par le Greffier criminel, tant à ma charge que décharge, bien environ cent personnes en nombre, tant de celles de ladite ville de Lille que des villes et villages voisins ès lieux où j’étais bien connue ; et après que toute cette information fut achevée, le Magistrat me déclarait qu’il n’y avait rien à ma charge. Et icelle information est demeurée en leur maison de ville, où on pourrait toujours voir quels ont été mes comportements par le témoignage de tant de personnes diverses, qui par serment juridique affirmèrent ce qui était de ma personne et de mes comportements. Et si cette information était un jour imprimée, elle ferait bien rougir de confusion le visage de ce Berckendal. Et encore qu’il aurait perdu la crainte de Dieu, il aurait néanmoins trouvé le mépris des hommes pour ses mensonges si infâmes et ses calomnies si noires.
53. Je ne lui souhaite point ce mal, mais je voudrais bien que ceux qui ont crû à ses mensonges seraient désabusés par la vérité des choses. Et puisque j’ai encore retenu aucunes attestations notariales et autres de gens dignes de foi sur ce sujet, je veux bien que vous les fissiez voir à vos amis, afin qu’ils puissent juger, par la vérité du fait, si ce Berckendal a eu raison de m’accuser de tant de maux par son pasquil, moi qui ne l’ai jamais offensé et n’ai fait en toute ma vie chose digne de répréhension. Ce que le Greffier entremis en ladite information disait avec larmes en assurant que si on faisait une information sur toute sa vie, comme on avait fait sur la mienne, qu’il ne la saurait justifier comme j’avais vérifié la mienne. Et disait en outre de croire que personne dans le monde n’a marché si droit sans faire de fautes en sa jeunesse ou vieillesse, et vos ennemis mêmes sont contraints de dire du bien de vous. Voilà le témoignage que rendit ledit Greffier après avoir entendu si grand nombre de témoins à ma charge et décharge.
54. Et si ce Berckendal aurait su que ma vie et mes comportements ont été si bien examinés en rigueur de justice, peut-être qu’il n’oserait avoir composé son pasquil pour me diffamer. Mais cela ne le peut excuser, mais l’accuse davantage de grande malice, pour avoir entrepris de calomnier une personne laquelle il n’a jamais vue ni connue, ni entendu parler d’elle, sinon (peut-être) par ses Prédicateurs, lesquels sont en ce fait en la même ignorance que lui, possédés d’une passion haineuse peut-être davantage que lui-même, puisque Monsr Fontaine vous dit un jour que je n’étais qu’une caroigne, au même temps qu’il disait de ne me point connaître ni d’avoir vu mes écrits, par où ils font assez connaître de quel esprit ils sont guidés, et combien peu ils sont capables de guider les autres au chemin de salut, lorsqu’eux-mêmes (qui sont les Pasteurs) en sont si éloignés.
XIII. Les bonnes âmes doivent finalement profiter de la vérité, et laisser blâmer, disputer, chicaner, faire des libelles ou des sectes qui voudra.
55. Je ne peux rien dire d’eux autre chose, sinon qu’ils sont comme les chiens et les pourceaux, desquels Jésus Christ dit en son Évangile qu’il ne faut point leur donner les roses, ni le pain des enfants. Mes écrits sont des roses et des fleurs venues du Ciel, de très bonne odeur à tous ceux qui sont droits de cœur ; et ils sont aussi le pain des âmes des Enfants de Dieu ; et c’est grand dommage qu’on ne les peut donner en particulier aux vrais croyants et aux Enfants de Dieu, afin que les chiens et les pourceaux ne les mangent point, pour en faire du fumier ou pour déchirer ceux qui les leur donnent. Mais il m’est impossible de pouvoir trouver les Enfants de Dieu séparés des méchants ; et plutôt que de les laisser en nécessité d’aliment spirituel, je donne ces écrits publiquement, et les rends communs aux bons et aux méchants, afin de faire comme enseigne le bon Père de famille, qui dit à ses serviteurs : Laissez croître l’ivraie avec le bon grain jusqu’au temps de la moisson, et alors je dirai aux moissonneurs : cueillez premièrement l’ivraie pour la jeter au feu, mais amassez le bon grain en mon grenier.
56. Et je vous dis aussi de même, mon Enfant. Car je ne peux faire que les méchants ne médisent de mes écrits, lesquels sont la bonne semence venue du Ciel, comme vous pouvez bien connaître avec plusieurs autres. Mais l’homme ennemi (comme sont ces Prédicants et autres) a semé de l’ivraie de médisance et scandale parmi ce bon grain de mes écrits si salutaires. Et je ne les peux empêcher. Mais je vous dis seulement : laissez croître ces méchants avec les bonnes âmes jusqu’au temps de Dieu ordonné, et alors il détruira leurs malices et amassera ses Enfants en son Royaume. Car il ne vous profiterait en rien de parler avec ces sages, puisqu’ils auraient plus de fausses raisons à vous dire que vous n’auriez de vérité à leur répondre. Vu qu’ils tirent des mauvaises conséquences de mes écrits, ils en tireraient encore davantage de vos paroles.
57. Car ils appliquent tous leurs esprits et emploient tout le temps de leurs vies pour trouver des beaux mots qui couvrent toute sorte de péchés et excusent toute sorte de mal-faits. Toute leur Philosophie ne tend que d’apprendre à bien mentir pour dissimuler leurs fautes et celles de leurs adhérents. Et sitôt qu’ils savent trouver une raison pour couvrir leurs fautes et les excuser en mentant, ils sont alors les plus braves Orateurs et Philosophes de l’Académie. C’est pourquoi ils méprisent ainsi la vérité que j’avance, parce qu’elle est trop simple pour leurs sagesses. Et ma justice leur est insupportable, parce qu’elle reprend leurs faussetés et découvre leurs mensonges. En sorte que je ne me peux accorder avec ces Scolastiques, sinon avec quelques-uns d’iceux qui croient que le saint Esprit est plus sage que toutes leurs études. Ceux-là se soumettent volontiers à la sapience du Saint Esprit et désirent d’apprendre d’icelle. Mais ces mondains savants ne veulent référer qu’à leurs sagesses et ne connaissent autre sapience que celle qu’ils ont apprise ès écoles ; et sitôt qu’ils entendent parler d’autre science, ils la rejettent à l’aveugle et la méprisent absolument, craignant que par la Divine sapience leurs doctrines seraient avilies et leurs prébendes amoindries.
58. C’est pourquoi ils s’y opposent formellement et voudraient bien qu’un chacun la méprisât, afin qu’ils puissent toujours porter le nom des plus sages. Et pour tant mieux imprimer cela en l’esprit du peuple, ces Prédicateurs ont fait composer par Berckendal ce pasquil et l’ont fait publier sur les gazettes, afin de détourner le peuple de croire aux écrits d’une femme, comme il les appellent par mépris ; et sont là plusieurs demandes et réponses à pasquille pour savoir si on fera bien de les lire ou non, en concluant finalement qu’il est très-mauvais de les lire, et qu’ils sont remplis d’erreurs et de mensonges et contradictions, apportant, pour prouver leur dire, que le tout est prouvé par mes écrits mêmes. C’est bien signe qu’ils n’ont point d’autre preuve et qu’ils ne savent rien dire de meilleur que ce que j’ai allégué. Pour cela ont-ils rempli le pasquil de mes propres écrits et se glorifient avec l’ouvrage d’autrui, qui ne leur coûte rien, comme un larron se revêt d’un habit qu’il a dérobé d’un autre. Par où ils montrent leurs infidélités et ignorances. Car pour composer fidèlement un livre, ils devaient seulement écrire leur doctrine et montrer comment elle est contraire à ma doctrine, et alors je leur aurais répondu pertinemment. Mais peut-être que leurs doctrines ne sont point si bien fondées qu’elles puissent être publiquement déclarées ; ou qu’il y a en icelles beaucoup de choses malséantes, lesquelles ils ne veulent pas faire venir à la lumière, craignant qu’elles ne soient connues et découvertes.
59. Mais ma doctrine vient au jour, parce qu’elle ne contient rien de malséant, et peut bien venir à la lumière et être découverte. C’est bien signe que je ne veux pas faire une nouvelle secte, ni apporter une nouvelle doctrine (comme ce Berckendal veut faire entendre mensongèrement). Puisque je n’enseigne rien que la Vie Évangélique, et que j’induis tous Chrétiens à reprendre l’esprit des Chrétiens en l’Église primitive. Voilà le contenu de tous mes écrits en substance, et le blanc où je tire, sans vouloir entreprendre de nouvelle secte, vu que je les déteste toutes.
60. Et je crois assurément que le Diable est l’auteur de ces divisions en l’Église. Et que tous ces Réformateurs ont été plus poussés par la concupiscence de leur chair à se déjoindre de l’Église Romaine que par un zèle du salut des âmes. Quoiqu’ils aient couvert leurs séparations du manteau de la religion, ce n’a été qu’un masque pour couvrir leurs péchés. Et je ne crois point qu’un seul de tous ces réformateurs ait eu quelques lumières du saint Esprit ; et je crains qu’ils ne soient tous descendus ès enfers. C’est pourquoi que je n’ai garde de commencer une nouvelle Secte ou Religion, comme ce Berckendal veut dire que je ferai en Nordstrand, où JÉSUS CHRIST doit venir avec ses Enfants.
XIV. Les charnels ne veulent rien entendre du Royaume de J. C., des fléaux derniers, ni du jugement.
Royaume de J. C., jugement, etc.
61. Je voudrais bien que ces moqueries seraient une vraie prophétie, et que Jésus Christ pourrait établir son règne sur la terre, soit en Nordstrand ou ailleurs. Il importe peu où sera la place lorsqu’il régnera en nos âmes ; cela sera meilleur qu’en Nordstrand. Mais ces bouches profanes ne sont pas dignes d’entendre parler de ces Divins mystères. Ils feraient plus d’état d’une table bien couverte que du Royaume de JÉSUS CHRIST, lequel ils ne savent comprendre quoique tous les anciens Prophètes en parlent fort ouvertement. Mais de donner les Écritures saintes à des personnes charnelles, elles ne leur profiteront de rien. Ils sont de la nature des pourceaux, lesquels aiment mieux une auge pleine de viande qu’un livre spirituel, lequel ils foulent aux pieds pour le déchirer, comme ces Prédicants ont fait mes écrits, en disant d’iceux les choses que j’ai dites de la venue en gloire de JÉSUS CHRIST; comme si cela était une erreur ou une fable, quoique ce soit la chose la plus précieuse de toute l’Écriture sainte. Mais à cause que les personnes charnelles n’entendent point les choses spirituelles, il ne leur faut point parler d’icelles, puisqu’ils tirent du mal des plus grands biens. Car ce Berckendal me reproche aussi que j’ai prédit le Jugement devoir arriver en dedans trois ans, lesquels étant jà passés, il tient cela pour un mensonge et une fausse prophétie, bien qu’elle ait été très-véritable et est accomplie auparavant iceux trois ans. Car j’avais lors écrit à Mr de CORT qu’il ne serait pas trois ans sans voir le jugement ; et lorsque le Roi de France est venu faire la guerre en Artois, Flandres, et Hainaut, en l’an 1667, j’ai dit que ces guerres étaient les commencements des douleurs et qu’elles avanceront en pire. Mais à cause que les personnes n’entendent point les voies de Dieu, ils tirent scandale de toutes ses merveilles. Quelques Prédicateurs de la Hollande m’ont fait aussi la même opposition que me fait maintenant ce Berckendal, sur ce qu’ils croyaient que les trois ans étaient passés sans voir le Jugement, et que la France était d’accord avec l’Espagne ; et partant que les guerres n’étaient point avancées en pire ; en suite de quoi ma prédiction n’était pas véritable, la voulant faire passer pour un grand mensonge ; mais ces savants de la Hollande commencent bien à goûter que ma prophétie est véritable, et que ces guerres sont les commencements des douleurs, et qu’elles s’avancent peu à peu en pire, car ils ne sont point encore à la fin. Et si la guerre était finie en la Hollande, elle se commencerait ailleurs, puisqu’elle est l’un des derniers fléaux que Dieu envoie aux hommes, et en après suivront la peste et la famine.
62. Mais à cause que les hommes ignorants se sont imaginé que le Jugement de Dieu se fera en un jour ou en une heure, ils ne savent comprendre que nous vivons maintenant au Jugement général, que le monde est jugé et que sa sentence est irrévocable. Mais je ne sais point en combien de temps icelle sentence se mettra en exécution. Nous devons cependant remercier Dieu de ce qu’il la met si lentement en exécution, car s’il surprenait les hommes en un jour, tous mourraient en leurs péchés, et personne ne serait sauvé. C’est un trait de sa grande miséricorde qu’il donne tant de temps aux hommes pour se convertir à lui pendant les fléaux. Mais ces moqueurs tournent ses grâces en railleries et se moquent de ce que j’ai dit, comme on se moqua de Noé au temps du déluge.
63. Cela est encore tout de même une marque que JÉSUS CHRIST a donnée pour savoir quand sera le temps du Jugement, en disant : Ce sera tout de même comme au temps de Noé, qu’on buvait, mangeait, et se mariait, jusqu’à ce qu’ils furent tous submergés. Et les personnes de maintenant ont des yeux et ne voient point, et des oreilles et n’entendent point. Car s’ils considéraient seulement les termes de l’Écriture, ils verraient bien que le jugement ne se peut faire en un jour, puisqu’elle parle si particulièrement des derniers fléaux et les divise en trois, assavoir en guerre, peste, et famine (Hab. 3, v. 5-18 ; 4 Esdr. 16, v. 18, etc. ; Matt. 24, v. 7 ; Apoc. 6, v. 8). Toutes ces choses doivent avoir du temps avant que d’avoir exterminé tous les hommes. C’est en quoi j’ai eu raison d’écrire à Mr de Cort qu’il ne serait point trois ans sans voir le jugement. Mais je n’ai pas dit qu’avant trois ans il verrait le dernier jour du jugement. Car si je l’avais ainsi entendu, je ne serais point allée en Hollande, ni venue en Holstein pour aller en Nordstrand. Mais j’aurais demeuré en ma chambrette, pour préparer mon âme à bien mourir, sans plus me soucier de personne, en étant assurée de vivre si peu.
XV. Qu’il faut juger de la vérité par les effets solides que l’on sent dans soi et voit dans les autres, sans se laisser prendre aux paroles sans réalité.
Ne suivre les hommes, mais J. C.
64. Je pense, mon Enfant, d’avoir encore expliqué ces choses dans mes écrits précédents. Mais afin qu’il ne vous reste aucun doute, je vous les ai voulu remémorer, craignant que les mensonges et moqueries de Berckendal ne vous refroidissent en quelque chose, ou quelques autres de vos amis qui ont vu son livre diffamatoire, auquel on dit que quelques-uns donnent croyance, d’autant qu’il est un desservateur de l’Église et qu’il est secondé de vos Prédicants, qui veulent avoir la réputation de gens de bien à qui on doit croire. Ces raisons sont capables d’ébranler les simples d’esprit et ceux qui prennent ces Prédicants pour les envoyés de Dieu, ainsi que doivent être tous ceux qui font profession d’enseigner le peuple. Mais cela ne s’ensuit point toujours. Car plusieurs entrent dans ce Ministère sans y être appelés et se fourrent eux-mêmes dans le bercail de J. C. par les fenêtres. Ceux-là sont des Pasteurs Sauvages, qui paissent les ouailles pour la mercède, et non pour rendre service à leur Maître, qui est J. C. le vrai Pasteur, lequel a donné sa vie pour ses brebis, où ces Pasteurs Sauvages ne donneront la moindre chose qu’ils ont pour le salut de leurs brebis, mais au contraire retireraient bien de la voie de salut toutes celles qui ne leur apportent pas quelque avantage.
65. Ce que vous pouvez remarquer, mon Enfant, en votre propre personne. Car aussitôt qu’ils ont aperçu que vous aviez volonté de quitter le chemin large qu’ils enseignent, pour cheminer au chemin étroit que JÉSUS CHRIST a enseigné, ils ont commencé à vous persécuter, mépriser, et dire que vous étiez un errant, et vous ont interdit et défendu de vous trouver à leur Table pour la communion, de laquelle néanmoins ils ne bannissent (peut-être) point les ivrognes, paillards, et larrons, ou du moins ils y tolèrent bien les usuriers, avaricieux et luxurieux ; car lorsque ces péchés ne sont point repréhensibles devant les hommes, ils les couvrent et excusent en leurs brebis, afin qu’icelles ne les abandonnent point. Mais parce que vous avez cherché la perfection de votre âme et les moyens pour devenir un Disciple de JÉSUS CHRIST, pour cela vous ont retranché ces Pasteurs de leur communauté, et défendu de vous trouver à leur Cène. Ce qui vous doit réjouir au lieu de vous attrister, puisque dans cette communion ne consiste point votre salut, et que ce lien particulier à une communauté est un grand empêchement pour recevoir le Saint Esprit, vu que nulles d’icelles ne sont maintenant saintes. Quoique JÉSUS CHRIST ne soit point sans Épouse sur la terre, icelle ne peut consister en toutes ces sectes et Religions diverses, mais consiste seulement ès âmes de tous ceux qui sont possédés du même esprit qu’a été JÉSUS CHRIST.
66. Ceux-là composent ensemble la véritable Église de laquelle JÉSUS CHRIST en est le Chef, et toutes ces âmes en sont les membres. Et de croire que votre Église est sainte et la plus parfaite, parce que ces Prédicants l’estiment telle, et qu’ils me disent que mes sentiments sont contraires à leur vraie Église, c’est une grande tromperie. Et ce n’est point assez de dire : Christ ici ou là, mais c’est tout de voir si en effet l’on voit que ceux qui se disent Chrétiens et d’avoir la vraie Église sont possédés de l’Esprit de JÉSUS CHRIST, et s’ils sont pleins de charité et petits en humilité, et qu’ils aiment la pauvreté. Car sans avoir toutes ces vertus on ne peut être vrais Chrétiens, puisque Jésus Christ n’est point divisé, et que là où est son corps, là est par conséquent son Esprit. Vu que son corps étant ressuscité, il est joint à son Esprit ; et ce corps est la vraie Église, de laquelle son Esprit ne peut être séparé. Et quoique chacune de ces Religions disent qu’elles sont la vraie Église, cela ne peut être véritable ; puisque chacune d’elles est fort éloignée de l’esprit de charité, d’humilité et de pauvreté qu’avait JÉSUS CHRIST. Et il faut que l’Épouse soit semblable à son Époux pour faire un mariage sortable. Car de dire : je suis l’Épouse de Dieu ou la vraie Église, cependant qu’on cherche encore les richesses, honneurs, et plaisirs du monde, c’est une tromperie ; et ceux qui le croient se trompent eux-mêmes et ceux qui le disent trompent les autres, puisque la chose n’est pas véritable et que ce ne sont que des paroles controuvées, avec lesquelles ces Prédicants font une marchandise du peuple, afin de tirer un chacun à soi tant qu’ils peuvent, comme les Marchands tirent les gains de leurs marchandises à leur possible.
67. C’est pourquoi, mon Enfant, vous vous devez estimer heureux d’être rejeté de cette communauté, laquelle ne pouvait profiter à votre salut, mais bien causer grand dommage à la perfection d’icelui, puisque ces gens tâchent seulement de tirer à eux, et point de mener à Christ, et qu’ils veulent empêcher leurs brebis à lire des écrits si salutaires, en les rendant infâmes par les calomnies qu’ils font de ma personne, et en vous méprisant et rejetant de leur communion parce que vous dites d’avoir trouvé en mes écrits beaucoup de belles vérités, lesquelles ils veulent obscurcir par leurs médisances ; quoique vous sachiez maintenant beaucoup mieux qu’iceux que mes écrits viennent de Dieu sans l’intervention des hommes, pour m’avoir vu souvent écrire et composer des choses admirables en si peu de temps, lesquelles vous avez quelquefois translatées, et que vous connaissez par expérience que ma vie et mes actions sont toutes conformes à ma doctrine.
68. Ce que vous ne pouvez témoigner de ces Prédicants, lesquels ne font point le peu de bien qu’ils enseignent, pendant qu’ils vous veulent retirer d’un chemin si salutaire que vous avez entrepris, afin que vous les suiviez au lieu de suivre JÉSUS CHRIST. Et encore qu’ils vous disent en leur pasquil que vous êtes séduit par ma doctrine, le témoignage de votre conscience vous dit bien autrement ; car vous voyez journellement le contraire, et avez assez d’esprit pour découvrir que c’est eux qui vous veulent tromper, en vous induisant à quitter le chemin étroit (que JÉSUS CHRIST a enseigné et dit qu’icelui mène à salut) pour vous faire prendre le chemin large que ces Prédicants enseignent, lequel est plus plaisant à la nature corrompue, mais bien plus dangereux pour le salut de votre âme. Et il vaut toujours mieux prendre le certain que l’incertain.
69. Car ces Prédicants ne vous tireront point hors de la damnation si vous y tombiez en suivant leurs erreurs. Car ils auront du mal assez à se sauver eux-mêmes sans plaider devant Dieu la cause d’un autre. Vu que devant ce grand Juge il n’y aurait ni Procureurs ni Avocats, un chacun doit plaider pour lui et défendre sa propre cause. Et il ne servira de rien à ces pauvres aveugles, qui auront suivi la doctrine des hommes, de leur reprocher leurs tromperies et dire qu’ils les ont crus parce qu’ils étaient leurs Pasteurs et Conducteurs, vu qu’un chacun est obligé de chercher la vérité et de faire son lit comme il veut coucher. L’Évangile est la règle du Chrétien. Embrassez cette règle, mon Enfant, sans vous soucier des discours de ces Prédicants ; leur mal sera pour eux ; et qui bien fera bien trouvera. Je plains seulement ces simples gens qui suivent ces Pasteurs à l’aveugle en pensant qu’ils sont envoyés de Dieu, quoiqu’ils soient des hommes imparfaits, autant attachés à la terre que tout le reste du peuple, voire quelquefois davantage. Je voudrais qu’un chacun les connût comme je fais, et que je les pusse tirer au vif, en ôtant leur masque afin qu’un chacun les connût, et qu’ils se connussent aussi eux-mêmes afin qu’ils entrent en Paradis, et qu’ils ne ferment point la porte aux autres.
XVI. Scandale nécessaire pour faire paraître la vérité.
Le scandale sert à la vérité.
70. Cela est le sujet pourquoi je voudrais bien être un bon peintre pour les portraire, et point pour les diffamer, comme ils m’ont pensé faire par leur pasquil, lequel j’ai vu sans passion, parce que JÉSUS CHRIST dit qu’il faut que scandale arrive, mais malheur à celui par qui scandale arrive (Matth. 18, v. 7). Il a aussi fallu que ce scandale m’arrivât par ces Prédicateurs s’il était nécessaire que les TÉMOIGNAGES de ma vie et de mes comportements fussent connus. Car si personne ne m’attaquait, je n’aurais point eu sujet du témoignage de tant de personnes diverses, puisque je me contente assez du seul témoignage de ma conscience, et n’ai aucun besoin d’en avoir davantage. Mais les personnes à qui je suis inconnue sont peut-être encore en doute de ma doctrine, pour savoir si elle vient assurément de Dieu ; et elles en devaient être apaisées par les Témoignages d’autres personnes que de moi-même. C’est pourquoi je prends cette occasion comme venant de Dieu, en croyant que c’est sa volonté que je sois connue, afin qu’il puisse achever en moi ce qu’il y a commencé.
71. Et par ainsi vous pouvez sans crainte, mon Enfant, publier les TÉMOIGNAGES que rendront de moi tous ceux qui m’ont pratiquée. Car je n’aurai aucuns sentiments de leurs louanges, non plus que je n’ai de leurs mépris. Car j’ai vaincu le monde, et ne veux plus plaire ou déplaire à personne. Je n’ai plus de soin sinon celui de découvrir la volonté de mon Dieu pour la suivre. Tout le reste ne me touche. Je peux bien entendre mes louanges sans vaine gloire, comme j’entends mes mépris sans déplaisirs. Ce que je crois que vous avez bien aperçu ès occasions. Car j’ai eu tant de diverses rencontres depuis que vous me connaissez, de quoi vous pouvez vous-mêmes témoigner sans le demander aux autres. Faites en cela tout ce qu’il vous plaira, moyennant qu’un chacun d’entre vous dise amplement la vérité des choses qu’il connaît en sa conscience être véritables. Jetez au vent cette bonne semence, et Dieu la fera croître en son temps. Si quelqu’un tire encore du scandale de tous ces TÉMOIGNAGES, le scandale est en eux et pas en la vérité.
XVIII. Dieu se communique et se communiquera davantage aux âmes pures qu’il n’a fait par le passé.
Dieu se communique à l’âme pure.
72. Il est très-bon que l’on parle des grâces particulières que Dieu m’a faites, parce que ces Prédicants ne croient pas que Dieu se communique maintenant avec les hommes. Ils disent que ç’a été en l’Ancien Testament que Dieu avait des Prophètes, et qu’il n’y en a plus maintenant, qu’il n’est plus aussi besoin d’en avoir. Cela vient de ce qu’ils mesurent un chacun à leurs aunes, et pensent que Dieu ne se communique plus à personne parce qu’il ne se communique point à eux, sans apercevoir que c’est l’indisposition de leurs âmes qui les rend indignes des communications avec Dieu, et rien d’autre. Car Dieu hier et aujourd’hui est tout de même. Il se communique maintenant autant avec les hommes qu’il faisait en l’Ancien Testament, voire d’une manière bien plus parfaite ; à cause que nous approchons l’accomplissement des temps, où toute chose aura la pleine perfection, et où les hommes s’approcheront plus près de Dieu que n’ont jamais fait Moïse et les autres Prophètes. Mais je ne saurais faire croire cela à ces personnes opiniâtres, qui aiment mieux de croire que Dieu ne se communique plus aux hommes que de travailler pour avoir cette communication. Ils seraient honteux de reconnaître que Dieu se communique avec quelques personnes, lorsqu’ils n’ont en eux-mêmes rien de semblable. Et pour cela ils prêchent publiquement qu’il n’y a nuls Prophètes à présent et que Dieu ne se communique plus aux hommes. Ce qui est faux et mensonger. Car je puis dire avec vérité que je traite journellement avec Dieu plus particulièrement que ne fit jadis Moïse. Mais les personnes charnelles n’entendent point les choses spirituelles. Icelles leur semblent un langage d’un autre monde, duquel ils n’ont aucune connaissance, et font comme les pourceaux, qui foulent aux pieds les pierres précieuses pour estimer davantage de la merde (qui leur est un aliment plus sortable à leurs natures) que des diamants de grand prix ; c’est pourquoi ils aiment ces ordures davantage que des pierres précieuses. Et il en va tout de même des personnes charnelles, lesquelles aiment beaucoup plus les plaisirs de la chair, les plaisirs du goût, et les richesses et honneurs du monde, que l’entretien de leurs âmes avec Dieu. Et partant, ils cherchent tous les moyens possibles pour avoir ces contentements terrestres, en travaillant de corps et d’esprit pour y arriver. Mais ils estimeraient folie de travailler pour trouver l’entretien avec Dieu, de tant plus qu’ils disent que cela ne se trouve plus maintenant, comme si Dieu était mort ou qu’il serait changé d’intention ; bien que cela n’arrivera jamais, pour être Dieu immuable, aussi bien qu’immortel.
73. En sorte que si les hommes de maintenant avaient les âmes des Prophètes, ils auraient aussi l’esprit de prophétie ; puisque c’est le même Dieu qui était du temps des anciens Prophètes, et qu’il est maintenant autant libéral pour donner ses grâces et ses lumières qu’il était alors, voire encore davantage. Car si ces ignorants entendaient seulement le texte de l’Écriture, ils trouveraient assez que Dieu promet en tant d’endroits ses grâces en plus grande abondance à ceux qui seront à la fin du monde qu’il n’a promis à ceux qui étaient au Vieux Testament, voire du temps des Apôtres, lesquels disent eux-mêmes : Nous entendons en partie, prophétisons en partie ; mais quand l’accomplissement viendra, nous entendrons et prophétiserons en pleine perfection (1 Cor. 13, v. 9-12). Et JÉSUS CHRIST leur a aussi promis de leur envoyer le saint Esprit, qui leur enseignera toute vérité. Ce qui n’a encore jamais été accompli, puisque les Apôtres mêmes ont ignoré beaucoup de choses, et n’ont point connu toute vérité. Puisqu’ils ont disputé par ensemble si on devait être circoncis ; et en beaucoup d’autres matières ont été en doute et de sentiments contraires l’un à l’autre. En sorte qu’ils n’ont pas été enseignés en toute vérité, selon la promesse de Jésus Christ. Et lorsque Dieu a parlé aux Prophètes, il leur dit qu’il épandra son Esprit sur toute chair et que les fils et filles prophétiseront, et que les vieillards songeront (Joël 2, v. 28).
74. Je voudrais bien que ces Prédicants me montrassent en quel temps il est arrivé que l’Esprit de Dieu a été épandu sur toute chair et qu’un chacun a prophétisé ; et s’ils ne savent point m’enseigner cela, qu’ils me disent donc quand il arrivera ? Car s’il n’arrive point, il faudrait dire que Dieu a menti lorsqu’il a dit à ses Prophètes qu’il épandra son Esprit sur toute chair, ou que les Prophètes ont menti en disant que Dieu faisait telles promesses. Mais ce Berckendal est assez hardi pour dire que les Prophètes de Dieu ont menti, puisqu’il ose bien dire que j’ai menti lorsque j’avance les vérités de Dieu, et que j’ai aussi menti lorsque je parle de moi, vu qu’il met en son pasquil que j’ai couché en mes écrits divers mensonges, comme en ce que j’ai dit de n’avoir lu l’Écriture Sainte, voulant trouver en mon dire de la contradiction, puisque j’ai allégué en autres lieux des dits écrits d’avoir lu quelquefois le Nouveau Testament lorsque j’étais à l’hôpital des pauvres ; en me voulant ainsi par tout surprendre en mes paroles, au lieu d’examiner si j’ai dit la vérité, laquelle ils ne désirent point de savoir, mais bien de trouver matière de me calomnier à tort ou à droit.
XVIII. Comment le S. Esprit est blâmé des hommes en ses plus grandes grâces, comme s’il donne le sens de l’Écriture à ceux qui ne l’ont pas lue, s’il enseigne immédiatement, s’il découvre les pensées des cœurs, etc.
75. Et à cause que j’écris simplement la vérité des choses, il tire de ces vérités des contradictions, comme a fait ci-devant Benjamin Furli, Trembleur. Lequel disait aussi de trouver en mes écrits beaucoup de contradictions. Et comme je lui ai montré clairement qu’il y a davantage de contradictions apparentes en l’Écriture sainte qu’en mes décrits, il est resté tout confus, ne sachant plus que dire. Ce que Berckendal fera aussi, lorsque je lui montrerai que je ne lis point les Écritures ni aucuns autres livres pour mon instruction, et que j’ai néanmoins lu quelques fois le Nouveau Testament pour l’instruction des autres lorsqu’il me les fallait enseigner. Car tous ceux qui m’ont pratiquée savent bien assurément que je ne me sers jamais d’aucuns livres, et que tout ce que j’écris vient de l’influence du saint Esprit. Mais ces personnes naturelles ne savent comprendre qu’on puisse avoir aucunes doctrines par l’influence du Saint Esprit. C’est pourquoi Monsr Fontaine vous dit un jour « que j’avais quelques hommes doctes de qui j’apprenais ma science ». Et ce Berckendal allègue en son pasquil la même raison, et ajoute : « ou bien elle a fréquenté les doctes personnages et entendu leurs sermons, d’où elle a pris sa doctrine ». Voyez, je vous prie, mon Enfant, si ces personnes ne sont point ignorantes ès voies de Dieu ou ès choses spirituelles, lorsqu’elles ne savent croire que je peux avoir appris ma science du Saint-Esprit, et croient bien facilement que je l’ai apprise des hommes ou des livres. Comme si les hommes, ou du papier, avaient plus de force et vertu pour donner la Divine sapience que le Saint-Esprit ! Quoique cela ne puisse être véritable, et particulièrement au cas offert, puisque nuls hommes n’ont jamais compris les vérités que j’avance, ni aucuns livres n’ont traité de ces matières spirituelles avec tant d’éclaircissements. C’est pourquoi je ne peux avoir appris ni des hommes ni des livres.
76. Mais il est aussi véritable que j’ai quelquefois lu quelque verset dans le Nouveau Testament lorsqu’il me fallait enseigner la Doctrine Chrétienne. J’aimais mieux à les affirmer par la sainte Écriture que de leur montrer quelques livres des hommes composés. Et cela est pris maintenant par ce Berckendal pour un mensonge et une contradiction, quoique ce soient deux vérités très certaines. Car je ne me sers d’aucune lecture et n’ai jamais en ma vie lu les Prophètes, ni les histoires de l’Ancien Testament. Mais je ne rejette pourtant la Sainte Écriture, mais l’estime plus que personne. Car je m’en suis servie au besoin, lorsque j’ai été obligée d’enseigner les autres, et m’en servirais pour moi-même s’il était besoin. Ce qui est bien loin de la façon des Trembleurs, à laquelle ce Berckendal me veut comparer, lesquels méprirent l’Écriture. Car si je la méprisais, je ne m’en serais point servie au besoin, comme je déclare d’avoir fait lorsque j’étais à l’hôpital. En sorte que les choses que ce Berckendal allègue contre moi pour m’accuser de mensonges et contradictions servent à ma justification en la même cause.
77. Et lorsqu’il dit que je sais les pensées des personnes, mêmes quelquefois de celles qui sont fort éloignées, il déclare la vérité de Dieu ; mais il le veut attribuer au Diable par un sens tout renversé, apportant pour prouver son dire « que j’ai en moi les qualités du Diable, que j’ai marquées en la Lumière née en Ténèbres, première partie à la fin de la première lettre ». Il faudrait bien demander à cet Imposteur par où il prouve que j’ai les qualités du Diable par moi décrites, puisqu’il tire toutes ses preuves de mes écrits mêmes ? Il ne saurait tirer d’iceux que j’aie écrits d’avoir les qualités du mauvais esprit ; mais moi je lui prouverai bien par vifs Témoins dignes de foi que j’ai les marques du bon Esprit, et que le Saint Esprit a produit en mon âme ses douze fruits, ses sept dons, et les huit béatitudes que JÉSUS CHRIST a prêchées. Cela est bien loin d’avoir en moi toutes les qualités du mauvais esprit, comme ce Berckendal allègue en son pasquil. Et quoiqu’il me donne le titre de femme folle, je n’ai pas encore si peu de jugement que de mettre au jour les qualités du Diable, si j’en avais en moi aucunes d’icelles, vu que j’alléguerais ma propre turpitude et découvrirais mon mal caché. Mais si j’avais quelqu’un de ces maux, je ferais plutôt comme font plusieurs de ces Réformés, qui excusent le Diable et disent qu’il n’y a point de sorciers, ou que toutes leurs malices sont des subtilités ou des imaginations, afin de couvrir en moi ces qualités du Diable, que Berckendal dit qu’il trouve en mes écrits.
78. Il me doit prouver son dire, puisque la preuve encomble toujours à l’accusateur lorsque l’accusé le nie. Et je ne nie pas seulement les accusations que me fait ce Berckendal, mais je prouve qu’il est un piquant bouffon, par son traité diffamatoire qu’il a fait contre moi. Et je prouve que toutes ses demandes et réponses qu’il fait là par bouffonneries ne tendent qu’à décréditer les œuvres de Dieu et tourner en railleries les choses saintes. Car s’il avait l’âme droite et l’esprit sérieux, il n’aurait garde de se moquer des révélations que Dieu me fait des pensées d’autrui, mais serait curieux de s’informer si cela est véritable, pour en bénir Dieu, lequel seul est le scrutateur des cœurs (comme ce Berckendal allègue). Mais il a bien la puissance de révéler ses merveilles à qui bon lui semble, sans en demander congé à personne ; et s’il lui plait de me révéler quelque secret ou les pensées cachées de quelqu’un, ce n’est point affaire à ce Berckendal de s’en moquer ou tenir ces révélations pour œuvres du Diable, comme il dit de faire par son pasquil, en disant « que je saurais bien les pensées des hommes par l’entremise du Diable, puisque le Diable peut en un moment aller d’un pays à l’autre et me révéler ce qu’il a inspiré à quelques autres personnes en pays étrangers, disant que je ne peux savoir cela sans être moi-même à lui ».
79. Voyez, mon Enfant, la belle conséquence que tire ce malveuillant de la lumière que Dieu m’a donnée pour découvrir les œuvres du Diable. Il veut faire entendre par là que ceux qui ont ces Divines Lumières sont au Diable. Il faut pour le même sujet qu’il dise que Jésus Christ était aussi au Diable lorsqu’il dit : Je vois Satan descendre du Ciel comme un éclair ; et aussi lorsque saint Paul dit que Satan le battait de soufflets. Sans doute que Berckendal doit aussi conclure de lui qu’il était sorcier et appartenait au Diable. Et ce n’est point de merveilles, puisque les Pharisiens ont bien dit de Jésus Christ même qu’il faisait ses merveilles par Béelzébub, le plus grand de tous les Diables, qu’il déchassait par son moyen les petits Diables (Matth. 12, v. 24 ; Jean 8, v. 48). Les sages du temps de JÉSUS CHRIST ont fait de ses œuvres merveilleuses des jugements si sinistres, au lieu d’en louer Dieu ; comme font aussi les Pharisiens de notre temps, qui ne peuvent souffrir que Dieu opère ses merveilles par le moyen d’une fille ; ce que ne pouvant toutefois empêcher, ils s’en moquent, afin de les décréditer à ceux qui n’en ont nulle connaissance, afin que les œuvres de Dieu ne soient pas connues ni manifestées, aimant en cela plus leurs propres gloires que l’honneur de Dieu.
XIX. Les hommes conseillent qu’on s’attache à eux et à leurs spéculations stériles, et J. C. conseille qu’on se détache des impurs et qu’on suive la pratique de sa Ste vie. Un Chrétien n’est point partial et ne quitte un parti pour en prendre un autre.
Partis humains préférés à la vie de J. C.
80. Car toute l’animosité qu’ont ces Prédicants contre moi est provenue de ce que vous les avez abandonnés avec votre Mère, mon Enfant, pour venir auprès de moi. Ne voilà point un grand sujet de composer des livres pour me diffamer, de blesser ainsi leurs consciences par des menées et calomnies, et de se mettre ainsi en alarme et en colère parce qu’un simple jeune homme avec sa Mère est sorti de leur communauté pour embrasser une Vie Évangélique ? Ne sont-ce là point des beaux sujets pour témoigner si publiquement tant de passions et d’animosités ? lesquelles ils veulent encore couvrir d’un manteau de Religion, puisqu’ils vous exhortent à demeurer en la vraie Église, comme ils appellent leur Religion, et en excuser les défauts, en disant que si vous désirez bien qu’il n’y eût en icelle nuls ivrognes, paillards, ou larrons, etc., qu’ils le désirent aussi bien que vous, et que tous les maux que vous voyez en leur Église, qu’ils les voient aussi ; mais ils souhaitent d’y voir tous les biens que vous y souhaitez, et concluent partant que vous êtes obligé d’y demeurer et y bien vivre, afin que votre lumière luise sur les autres en conversant avec les méchants. Mais ce conseil est directement contraire aux conseils de l’Apôtre, lequel dit : Ne mangez et ne buvez point avec les pécheurs qui se disent frères (1 Cor. 5, v. 11). Or d’être engagé dans une Église ou communauté est bien davantage que de boire ou de manger avec quelqu’un, puisqu’il faut rompre le pain et boire le calice avec des paillards, ivrognes et larrons, et s’asseoir à la même Table du Seigneur, en faisant la même profession de croyance.
81. Il reste maintenant à vous, mon Enfant, de prendre les conseils de JÉSUS CHRIST, ou bien les conseils de vos Prédicants, qui désirent de vous avoir auprès d’eux afin que vous éclairiez les autres. Et si vous jugez que votre lumière est si grande qu’elle puisse éclairer leurs ténèbres si épaisses, vous le pouvez faire ; mais je crains bien que le peu de lumière qu’avez maintenant ne s’éteigne du tout si vous aventuriez de demeurer au milieu de leurs ténèbres, lesquelles sont si obscures qu’il serait impossible qu’une personne tant soit peu illuminée de Dieu y puisse demeurer, non plus qu’une chandelle ardente pourrait éclairer au milieu d’une noire fumée, laquelle chandelle s’éteindrait par ces nuages ténébreux. Je sais bien que ceux de la Réforme de Calvin ne croient point d’être en ténèbres, puisqu’ils se disent être de la vraie Église, en se préférant aux autres et en vous disant de très-bien savoir pourquoi leurs devanciers ont quitté l’Église Romaine et repris la vraie Doctrine de JÉSUS CHRIST ; pendant que l’on voit que toutes leurs actions et doctrines témoignent tout le contraire. Puisqu’on ne voit point par toutes leurs pratiques qu’ils suivent un seul des Conseils Évangéliques, quoiqu’ils se vantent d’enseigner iceux publiquement.
82. Ce ne sont que paroles sans effet, qui amusent les hommes. Car s’ils enseignent la Loi Évangélique, leurs œuvres démentent leurs doctrines, puisqu’ils pratiquent tout le contraire et méprisent les bonnes œuvres que JÉSUS CHRIST a tant recommandées en disant : Par vos œuvres vous serez jugés, par vos œuvres vous serez condamnés (Matth. 18, v. 27). Pendant que j’ai entendu en Hollande un de ces Réformés de Calvin du rang des savants qui me disait « que nos bonnes œuvres sont des alènes qui percent le corps de JÉSUS CHRIST ». En couleurant ce mensonge par une allégation « que celui qui fait des bonnes œuvres se veut justifier soi-même ». Ce sont de beaux prétextes pour couvrir les péchés, et ce sermon est fort agréable à la chair et au sang, puisqu’icelle chair cessera facilement de faire pénitence, vu qu’elle n’aime que ses aises et son plaisir, sans se soucier de l’avenir.
83. Je sais bien que ces Réformés de Calvin diront qu’il n’est point véritable qu’ils rejettent les bonnes œuvres et qu’ils n’enseignent point aussi de les mépriser, mais au contraire qu’ils disent que ceux qui croient en JÉSUS CHRIST feront des bonnes œuvres. Parce qu’ils lisent que l’Apôtre a dit que la foi sans les œuvres est morte (Jacq. 2, v. 26). Ils ne peuvent évader ce passage, parce qu’il est trop connu à un chacun. C’est pourquoi ils disent que celui qui croit en JÉSUS CHRIST fera assurément des bonnes œuvres, ou autrement sa foi n’est point vivante. Mais ce ne sont que des paroles étudiées pour suivre le texte de l’Évangile, comme feraient les Papegais si on leur avait appris, puisqu’on voit par expérience que pas une des personnes qui sont dans cette croyance que JÉSUS CHRIST a tout satisfait pour elles n’embrasse la pénitence ou l’abnégation de soi-même, et qu’ils ne s’étudient à la sobriété, aux veilles, comme Saint Pierre recommande (1 Pier. 5, v. 8), ou à l’humilité de cœur, et encore moins à la pauvreté d’esprit ; car personne d’entre celles qui sont dans ce sentiment Calvinien ne s’imagine que toutes ces choses soient nécessaires ; et lorsqu’on leur parle de cette doctrine, quoiqu’elle soit sortie de JÉSUS CHRIST et de ses Apôtres, ils prennent cela comme une fable ; parce qu’ils n’ont jamais entendu enseigner ces choses en pratique, et ont vu que ceux qui en ont formé les paroles ne les ont point mises en effet, mais se sont tenus sur cette croyance que Jésus Christ a tout satisfait pour eux ; et par conséquent qu’ils n’ont pas besoin de satisfaire pour une partie.
84. Voilà ainsi qu’on aveugle le peuple de paroles et d’effet. Et lorsque ces Prédicateurs sont vaincus par la vérité de ces choses, ils les dénient et ne veulent pas confesser que telles sont leurs œuvres ni leurs doctrines, bien qu’il soit très véritable, comme peuvent voir par expérience tous ceux qui pratiquent ces Réformés, lesquels s’ils avaient repris la Doctrine Évangélique, comme ils vantent, leurs actions seraient Évangéliques, conformes à celles des premiers Chrétiens. Et s’ils étaient des vrais Chrétiens, ils seraient revêtus de l’Esprit de Jésus Christ, et point de celui qu’a eu Calvin, qui promet le salut à ses Disciples par le moyen de la prédestination. C’est pourquoi il ne les a point enseignés à faire pénitence, vu que lui désirait bien de prendre ses plaisirs en ce monde. Il ne voulait point avoir des disciples plus parfaits que lui. Car si sa prédestination était véritable, un chacun pourrait vivre comme il voudra, et sera sauvé ou damné selon son destin.
85. Je crains que vos Prédicateurs nieront aussi qu’ils enseignent cette prédestination, puisqu’ils nient tout ce de quoi ils sont convaincus. J’ai parlé assez en mes écrits précédents de ce sentiment damnable, qui damne les hommes avant qu’ils soient nés ; et encore bien qu’ils feraient toutes les bonnes œuvres du monde, qu’ils seront néanmoins damnés s’ils sont destinés à la damnation. Je crois que ce Berckendal ne m’a point osé toucher en ce point en son pasquil, craignant que je ne lui déclare trop de vérités sur ce sujet, desquelles il en a vu une partie par mes écrits précédents, qu’il a lus. C’est pourquoi il ne l’a osé avancer, ni me dire que c’est une doctrine abominable de parler contre la prédestination ; comme il appelle abominable les autres vérités que j’avance en mes écrits, comme est cette vérité qu’il n’y a plus de vrais Chrétiens sur la terre.
86. Il fait sur cela de grandes exclamations, pour déclarer l’horreur qu’il a de ce sentiment, comme s’il était en soi horrible. Ce qui ne peut être, puisqu’il ne peut nuire à personne encore même qu’il ne serait pas véritable, et a déjà apporté de l’utilité à plusieurs. Car ceux qui reconnaissent de n’être point des vrais Chrétiens tâchent de le devenir. Et s’il y avait des personnes qui soient des véritables Chrétiens, mon dire ne leur ôtera nulles vertus et ne diminuera aucunes de leurs perfections. En sorte que ce Berckendal ne peut avoir eu sujet de s’exclamer et dire : « Ô doctrine abominable de dire qu’il n’y a plus de vrais Chrétiens ! » Mais il lui faut pardonner, puisqu’il ignore ce que c’est d’être vrai Chrétien, et qu’il croit d’en être un et que tous ses Prédicants le sont avec toute sa communauté, puisqu’il appelle son Église la vraie Église. Mais il se trompe grandement, vu qu’il n’y peut avoir qu’une seule vraie Église, qui est la communion des saints, comme tous les Chrétiens le confessent en leur credo, et qu’il n’y peut avoir nuls autres Chrétiens que ceux qui sont revenus à l’Esprit de Jésus Christ et ont déposé l’habit de la chair corrompue duquel notre vieux Père Adam nous avait revêtus. Ceux-là sont des vrais Chrétiens et des personnes régénérées en l’Esprit de JÉSUS CHRIST, desquelles je n’en connais encore nulles, mais bien de celles qui aspirent à cette perfection Chrétienne. Si Berckendal faisait connaître de semblables vrais Chrétiens, je lui aurais bien de l’obligation. Mais je crois qu’il n’en connaît point d’autres sinon des Chrétiens comme lui, qui vivent encore selon la corruption de la chair. Et à cause qu’ils sont baptisés, ils portent le nom de Chrétiens, bien qu’en effet ils soient par leurs œuvres des vrais Antichrétiens, en faisant directement contraire à ce que JÉSUS CHRIST leur a enseigné.
87. Mais cet ignorant ne discerne point un vrai Chrétien hors d’un Chrétien de nom, et dit en son pasquil qu’il ne sait point si je suis de l’Église Romaine ou de la Réforme de Calvin comme Monsr de Labadie, lequel il dit que j’ai appelé mon frère en Jésus Christ, et que je m’ai signé Sa Soeur au pied de la lettre que je lui ai écrite. Par où on voit quelles chicanes ce Berckendal cherche pour me blâmer, lorsqu’il n’a ni droit ni raison de ce faire. Car quelle nécessité y a-t-il que je sois de la Réforme de Calvin pour appeler Mr de Labadie mon frère, puisqu’il m’est en effet triple frère, comme me sont tous les nommés Chrétiens ? Car tous les hommes ont un Père commun qui les a créés, et ont aussi tous un même Père, qui est Adam, de la semence duquel sont sortis tous les hommes et femmes ; et partant ils sont véritablement selon la chair aussi tous frères et sœurs ; et, selon l’esprit, ils sont tous frères et sœurs en JÉSUS CHRIST par le Baptême, quoiqu’il y en ait des bons et mauvais en la Chrétienté ; il se disent frères Chrétiens lorsqu’ils sont baptisés d’un même baptême et sous une même doctrine et croyance, en sorte que je ne dois pas être reprise de ce que j’ai appelé Mr de Labadie, frère ; puisqu’il est véritablement mon frère de ces trois chefs comme sont aussi tous ceux qui font profession de la foi et Religion Chrétienne. Mais à cause que pour l’ordinaire ceux de la Réforme de Calvin haïssent tous ceux d’autres religions, ce Berckendal a pensé que je dois aussi haïr Labadie en cas que je ne fusse point de la Religion des Calvinistes. Mais il se trompe, car je ne hais rien que le péché ; tous les hommes en général me sont également chers, comme étant tous créés à l’image de Dieu ; et en cette qualité je les aime, mais non point parce qu’ils portent le nom de Calvin ou de Romain, puisque ces noms ne font rien à leur salut. Ce m’est assez pour les avoir en particulière affection de savoir qu’ils aspirent à la vraie perfection Chrétienne. C’est ce que j’estime plus que tous les honneurs et richesses de ce monde ; car être vrai Chrétien, c’est dominer sur soi-même et sur toute chose, et celui qui a assujetti toutes ses passions, il est plus puissant qu’un Roi.
88. Mais je ne veux pourtant nier ma religion et laisser ce Berckendal en doute si je suis de l’Église Romaine ou de celle de Calvin (en laquelle est Labadie), quoique ce ne soient que des doutes formés en la fantaisie de ce Berckendal. Puisqu’il dit d’avoir lu presque tous mes écrits, il y peut assez avoir remarqué que je suis de l’Église Romaine, car je le déclare en plusieurs endroits. Je suis née en l’Église Romaine et ne la veux point changer pour prendre une autre Religion. Car je la tiens pour la Mère Ancienne d’où sont sorties toutes les autres religions qu’on voit maintenant en la Chrétienté. Personne ne me peut dénier cela.
XXI. Les Chrétiens ne devraient se diviser pour des diversités d’opinions ou de moyens extérieurs.
Nullité des schismes.
89. Mais les schismes et les divisions ont apporté la haine entre les Chrétiens, si grande qu’ils ne peuvent plus se souffrir l’un l’autre. Et sitôt qu’un Calviniste entend parler d’un Romain, il le rejette comme un Idolâtre ; et lorsqu’un Romain entend parler d’un Calviniste, il le rejette comme une âme damnée. Car les Romains tiennent comme un Article de foi que hors de l’Église Romaine, il n’y a point de salut. Voilà ainsi que la haine s’est fourrée en la Chrétienté par le moyen de ces divisions et noms divers des Chrétiens. Ce qui commença du temps des Apôtres, de quoi S. Paul les reprend en leur disant : Christ est-il divisé entre vous, que l’un dit je suis d’Apollos, et l’autre, de Céphas, ou de Paul ? Paul est-il mort pour vous, etc. ? (1. Cor. 1, v. 13.) Combien plus ces Prédicateurs maintenant doivent-ils reprendre les Chrétiens de ce qu’ils sont divisés en tant de sectes, et que l’un s’appelle Calviniste et l’autre Luthérien, etc. ? Mais il faudrait, pour ce faire, que ces Pasteurs eussent maintenant le même esprit qu’ont eu les Apôtres. Ce qui leur manquant, ils fomentent ces divisions au lieu de les réprimander, et fortifient le peuple dans leurs divisions au lieu de tâcher de les unir, en plantant dès leur jeunesse la haine au cœur des Enfants vers ceux qui ne sont point de leurs communautés, leur prêchant particulièrement les défauts des autres, au lieu de leur faire voir leurs propres péchés. C’est ce que tâche de faire aussi ce Berckendal en votre endroit, mon Enfant. Il sait qu’on vous a imprimé dans l’Esprit dès votre berceau que les Romains sont des Idolâtres. C’est pourquoi il vous remémore en son pasquil « qu’on sait bien pourquoi on a quitté l’Église Romaine », comme s’il voulait dire « parce que ce sont des Idolâtres », en craignant que par aventure vous seriez par moi induit à vous rendre de l’Église Romaine, ce qui ferait grand mal au cœur de tous ces Prédicants, lesquels aimeraient mieux perdre leurs propres biens que de perdre une personne de leur obéissance, et seraient encore plus marris que vous suiviez l’Église Romaine qu’aucune autre Religion, parce qu’ils haïssent davantage cette Église Romaine qu’aucune autre, puisqu’ils la tiennent absolument Idolâtre, en disant qu’iceux adorent les Images. Ce qui est faux.
XXI. Il est permis de se servir de tous les moyens matériels qui nous font penser à Dieu et aux moyens de notre Rédemption. Idolâtrie non remarquée.
Des images et de l’idolâtrie.
90. Car il n’y a personne si simple d’esprit en toute l’Église Romaine qui voudrait adorer des pierres ou du bois, de l’or ou de l’argent, ou autres matériels, de quoi ces images sont faites. Un chacun sait trop bien que ce ne sont que des représentations de choses passées, lesquelles sont peintes ou figurées pour en conserver la mémoire, comme on conserverait les portraits de ses parents trépassés, desquels on honore le ressouvenir.
91. Je sais bien que ce Berckendal me dirait que les Romains honorent ces images et se mettent en genoux au-devant d’icelles pour faire leurs prières. Ce qui est véritable. Mais ce n’est nullement ces images qu’ils prient et honorent, mais seulement ce que ces images représentent. Par exemple, l’on fera la révérence ou on se mettra à genoux pour prier Dieu devant un Crucifix ; cela aide la mémoire pour se ressouvenir que Dieu a envoyé son Fils en terre, lequel a été pendu en une croix pour nous. Ce ressouvenir excite en nous de l’amour pour Dieu, et des actions de grâces de ce qu’il nous a tant aimés. Quel mal peut-il y avoir, mon Enfant, là-dedans ? N’est-ce pas chose bonne de se ressouvenir de ce que Dieu a fait pour nous ? Et vu que nos esprits sont si souvent distraits et égarés de ce souvenir parmi les soins de la terre, n’est-il pas bon que nous ayons quelque portrait ou figure devant les yeux pour nous en faire ressouvenir, principalement lorsque nous voulons prier Dieu ? Cela est un très-bon moyen pour recueillir nos pensées, égarées ès affaires du monde. Car les objets émeuvent les sens et les puissances de l’âme, puisque nos yeux sont les fenêtres de notre cœur, par où entrent les pensées bonnes et mauvaises. Car si l’on regarde attentivement une peinture malhonnête, fort facilement on se sentira ému à la luxure. Pourquoi donc ne se pourrait-on pas servir d’images pour émouvoir nos cœurs à l’amour de Dieu, comme de moyens pour aider notre fragilité à se ressouvenir des Divins Mystères ?
92. C’est une très mauvaise entente de ces Calvinistes qu’ils ne veulent point qu’on se serve d’Images Pieuses ès Églises pour prier Dieu, pendant qu’ils portent bien ès Églises leurs Bibles, que les femmes ont quelquefois pendantes au bras avec des chaînes d’or ou d’argent, ou listons de soie pour les orner. Ce qui est une plus grande Idolâtrie que d’avoir quelque image pieuse pendue ès Églises, lesquelles sont des Bibles mieux représentant les Histoires divines que ne sont les livres imprimés, lesquels un chacun ne sait lire, comme tous peuvent regarder une image qui est devant leurs yeux, laquelle donne mieux à entendre les Mystères divins que ce qu’on lit dans la Bible ; et l’on comprendra plutôt comment JÉSUS CHRIST est mort pour nous en voyant un Crucifix qu’on ne comprendra en lisant dans la Bible qu’il a été pendu à une Croix entre deux Larrons ; à cause qu’il faut décrire beaucoup de circonstances avant de savoir autant qu’on voit en un moment tout ce qui s’est passé dans une peinture bien représentée. En sorte que ce ne peut être une idolâtrie d’avoir des images devant ses yeux, mais c’est bien un moyen très-bon et salutaire pour bien prier Dieu avec attention ; et il est aussi permis d’honorer les Images pour se ressouvenir des choses qu’elles représentent, comme un amant baise et honore le portrait de sa Maîtresse lorsqu’il a icelui, en sa chambre ou ailleurs, là où il la peut voir. Il témoigne à cette peinture extérieure l’amour et le respect qu’il a pour la chose que cette peinture représente. Et on ne tient point cela pour une Idolâtrie, comme veulent tenir ces Calvinistes pour Idolâtrie le respect que ceux de l’Église Romaine portent au portrait de JÉSUS CHRIST, ou autre ressemblance de quelques choses pieuses.
93. En quoi ils ont très grand tort. Et encore davantage en ce qu’ils haïssent leurs frères Chrétiens pour des semblables bagatelles, en délaissant les commandements de Jésus Christ qui a dit : Aimez-vous les uns les autres, à cela connaîtra-t-on que vous êtes mes disciples, lorsque vous aimerez l’un l’autre, pour suivre des choses fausses ou imaginaires, comme sont celles de croire qu’on est Idolâtre pour avoir les images fichées aux murailles de leurs Églises et maisons. Ce qui n’est point véritable. Car si on voulait trouver quelque Idolâtrie, il faudrait plutôt chercher ès maisons de ces Calvinistes qu’ès Églises des Catholiques. Puisque j’ai vu plusieurs personnes en la Hollande adorer davantage leurs meubles et maisons que les Idolâtres n’adorent leurs Idoles, et davantage leurs richesses et plaisirs que les Païens ne font leurs Dieux d’or ou d’argent. En sorte qu’ils ne doivent pas estimer ceux de l’Église Romaine pour des Idolâtres, puisque ces Calvinistes le sont beaucoup davantage qu’iceux. Car j’ai vu en la ville d’Amsterdam les servantes frotter les pierres du pavement avec de la graisse et des linges blancs, en se tenant sur leurs deux genoux, pendant que les mêmes disaient que ceux de l’Église Romaine étaient Idolâtres de leurs Églises, et ne voyaient point qu’ils l’étaient eux-mêmes de leurs meubles et maisons, lesquels ils estimaient si précieux qu’ils ne s’en osaient servir durant l’hiver, craignant de les souiller. Et pour ce sujet plusieurs familles honorables de là quittent leurs maisons le temps de l’hiver et prennent leurs résidences dans la cave d’icelle, afin de conserver bien nette toute la maison durant l’hiver. Et ces pauvres créatures ne voyaient point que cela est une Idolâtrie, quoiqu’elle soit beaucoup plus grande que toutes celles qu’on leur a fait croire que ceux de l’Église Romaine commettent. Puisqu’en eux n’y a aucune apparence d’Idolâtrie. Car un chacun romprait ou brûlerait bien ses Images si on leur voulait payer la valeur des peintures ou Images qu’ils honorent, lorsqu’ils ne le feraient point en mépris de ce que l’image représente.
XXII. Que la doctrine moderne de la Prédestination est périlleuse.
On ne doit contraindre personne.
94. Voilà ainsi que ces Réformés donnent à tort des mauvaises impressions au peuple de leurs frères Chrétiens, afin de faire qu’ils se haïssent l’un l’autre, et à fin d’attirer à eux en disant qu’ils sont les prédestinés et ceux de la vraie Église. Ce qui ne peut être véritable aussi longtemps qu’ils n’embrassent point la doctrine Évangélique en la mettant en pratique. Car toutes ces belles paroles qu’ils disent d’être vrais Chrétiens et des Personnes Réformées et Régénérées, sans l’être en effet, ce ne sont que des hypocrisies, lesquelles Jésus Christ a si fort réprimandées ès Pharisiens de son temps, et le réprimanderait encore davantage s’il venait maintenant parmi ces Prédicants. Il les appellerait avec raison sépulcres blanchis, qui sont peinturés au dehors, et dedans remplis d’os de morts. Puisque celui-là est un corps mort qui a la foi sans les œuvres d’icelle, car de dire je suis vrai Chrétien et ne suivre en rien la Doctrine et les œuvres de Jésus Christ, c’est un mensonge. Et de dire je crois que Jésus Christ a tout satisfait pour nous, sans l’imiter, ce n’est qu’une foi morte. Et de dire je suis prédestiné, pendant qu’on suit la Nature corrompue qui incline à toute sorte de maux, c’est une tromperie, de laquelle un chacun se doit bien garder. Et si je voulais arraisonner Pasquille comme ce Berckendal a fait, je lui demanderais si ces Calvinistes sont prédestinés au salut ? Elle me répondrait assurément que non, en le prouvant par toute leurs actions.
95. Mais je ne veux être une Pasquillinne, mais je dirai selon les lumières que Dieu m’a données que de semblables doctrines (comme celles qu’avancent ces Calvinistes) sont très pernicieuses et ouvrent la porte à toute sorte de péchés ; car celui qui doit être sauvé peut bien se donner la liberté, puisque quoi qu’il fasse, il sera enfin sauvé ; et celui qui doit être damné peut bien aussi commettre toutes sortes de péchés, puisqu’en faisant toute sorte de biens il ne peut jamais être sauvé. Ce qui est abominable aux bons et aux méchants. Et je ne sais comment qu’il est possible qu’une seule personne de jugement peut recevoir un sentiment semblable à ce qu’allèguent ces Calvinistes, puisqu’on peut voir par une raison Naturelle qu’elle choque la Bonté, Vérité, et la Justice de Dieu. Car par sa bonté il appelle tous les hommes à salut. Et par sa vérité il promet que lorsque le pécheur se convertira, il le recevra à miséricorde. Et par sa justice il ne peut sauver et damner les personnes qui ont également péché en Adam. Ces règles sont si fermes que personne ne les peut révoquer en doute sans blasphémer contre Dieu. C’est pourquoi que je peux dire, avec plus de fondement que ces Calvinistes disent de mes écrits, qu’on ne doit point lire leurs écrits, parce qu’ils ne sont ni utiles ni véritables, mais remplis de pernicieuses doctrines, desquels j’admoneste un chacun de se donner de garde, puisqu’étant couverts de paroles saintes, ils portent leurs venins cachés pour empoisonner les âmes de ceux qui les suivront.
XXIII. Chacun doit être libre de prendre les moyens pour naître à Dieu ou non. Examen des Pères ou Mères Spirituelles.
Engendrer des enfants à Dieu.
96. Vous êtes toujours libre, mon Enfant, de faire là-dedans ce qu’il vous plaira. Mais pour faire le bon choix, il faut examiner les Écrits, comme l’Écriture enseigne, pour savoir s’ils sont de Dieu ou du Diable. Et vous avez maintenant conversé avec vos Prédicants, et aussi avec moi. Voyez par votre expérience lequel esprit est le meilleur : celui qui conduit ces Prédicateurs, ou bien celui qui me conduit. Et ne soyez pas cruel à vous-même. Choisissez le meilleur, puisque vous êtes mis entre les deux parties ; avec toutefois cette différence que ces Prédicants vous veulent avoir par force et menaces, et moi je ne vous veux avoir que du plein consentement de votre volonté. Car je ne cherche personne, attendant seulement d’aider celles qui se présenteront volontairement. Et lorsqu’elles désireront de se retirer de moi, je les laisserais autant librement aller comme je les ai laissés venir, afin qu’un chacun demeure toujours dans la liberté où Dieu les a créés, lequel n’est point un Tyran pour les contraindre après les avoir créés libres.
97. Mais il semble que ce Berckendal ne veuille point observer cette règle établie de Dieu, puisqu’il vous veut contraindre par force de retourner en votre Église d’Altena, après vous en avoir déchassé parce que vous lisiez et estimiez mes écrits. Il est à craindre qu’ils vous l’empêcheraient bien maintenant davantage si vous retourniez auprès d’eux, et qu’ils vous obligeront aussi à une nouvelle profession de foi de leur religion. Ce que ne pouvez maintenant faire en bonne conscience après avoir connu la vérité et les erreurs de tant de choses. Et il ne vous peut aussi être salutaire de retourner avec des personnes qui vous veulent ôter les moyens de votre salut, en vous ôtant des écrits qui ont tant illuminé votre âme et par ces lumières fait voir que vous n’êtes point encore un vrai Chrétien, en vous donnant la volonté de le devenir. Cela est bien gagné pour le peu de temps que vous avez connu mes écrits. Faites estime de ce Trésor caché. Il n’est point découvert à tout le monde. C’est cette perle de grand prix, pour laquelle acheter on doit vendre tout ce qu’on a, car il n’y a rien digne de sa valeur.
XXIV. Ce que c’est qu’être Père ou Mère des Chrétiens. Et que l’effet le fera voir ensuite qui l’est ou non.
98. Mais vos Prédicateurs ne l’ont pas encore découverte. C’est pourquoi qu’ils la foulent aux pieds sans la connaître, et se moquent de ce que j’ai dit d’être Mère des Chrétiens, en prenant cela pour une présomption ou estime de moi-même, comme les Pharisiens disaient à JÉSUS CHRIST qu’il s’estimait en disant d’être le Fils de Dieu, quoiqu’il parlait vérité, comme il leur répondait en disant : Je porte témoignage de moi-même, mais mon témoignage est véritable. J’ai ci-devant écrit tant de raisons pour expliquer ce mot de Mère des Vrais Chrétiens, qu’il me semblerait ici superflu d’en dire davantage. Car vous pourrez bien témoigner vous-même si je suis Mère des Chrétiens lorsque vous êtes devenu un Vrai Chrétien par le moyen de ma Doctrine. Et je vous pourrai dire alors que je vous aurai engendré, comme St Paul disait de ses disciples. Les moqueries de vos Prédicants ne vous ôteront pas alors les avantages que vous aurez trouvés à votre âme par le moyen de ma doctrine, laquelle n’est point mienne, mais celle que Dieu m’a enseignée. Mais si je parle vérité à ces Prédicants, ils ne me croient point, comme Jésus Christ disait aussi aux Pharisiens. C’est à cause qu’ils n’ont nulles connaissances des choses spirituelles et n’entendent pas même les choses naturelles, puisque JÉSUS CHRIST disait à Nicodème : Je vous parle de choses naturelles et vous ne m’entendez point ; comment pourrez-vous entendre les choses spirituelles que je vous dirais ?
99. Et je vois que maintenant ces Pasteurs sont beaucoup plus ignorants ès choses spirituelles que ne furent alors les Pharisiens, puisqu’ils n’entendent point qu’il y a une génération spirituelle aussi bien qu’une naturelle, laquelle se produit par le moyen des hommes ; et comme les personnes naturelles engendrent leurs semblables, que les hommes spirituels engendrent aussi leurs semblables. C’est pourquoi Dieu appelait Abraham le Père des croyants, parce que sa foi et sa justice avait été l’occasion que plusieurs ont vécu de foi et ont exercé justice. En sorte que l’exemple d’Abraham a engendré de Vrais Croyants, et à juste titre a été appelé leur Père par Dieu même. Et aussi l’Apôtre St Paul était un homme régénéré en l’Esprit de JÉSUS CHRIST ; il a par ses œuvres et sa doctrine produit beaucoup d’âmes à Dieu, lesquelles à son exemple ont déposé l’habit du vieil Adam ou de la chair corrompue, pour revêtir celui du nouvel Adam, qui est JÉSUS CHRIST. Et pour ce sujet S. Paul pouvait dire avec vérité qu’il avait engendré ces personnes. Or si maintenant par les Lumières que Dieu me donne je convertissais des âmes de la vanité du monde à la vérité de Dieu, ne pourrais-je pas aussi être appelée leur Mère plus parfaitement que si je les avais engendrées selon la chair ? Puisque je les aurais produites pour la vie éternelle bienheureuse, où la génération naturelle n’est que pour le temps misérable de cette courte vie. Pendant que personne ne reprend une femme qui se dit Mère des enfants qu’elle a engendrés selon la chair ; et on tiendrait pour un crime si de semblables enfants ne voulaient pas reconnaître pour Mère celle qui les a produits, quoiqu’elle ne puisse avoir tant contribué à la formation du corps de son enfant comme une Mère Spirituelle contribue à la perfection de l’âme de ses enfants spirituels. Et partant une femme spirituelle doit plutôt être appelée Mère qu’une femme naturelle.
100. Mais ces savants ne veulent pas entendre ce langage, parce qu’ils veulent que personne ne produise des Enfants spirituels qu’eux. Pour cela m’ont divers Prédicants reproché ce mot de Mère de Vrais Croyants, en me demandant (comme on a fait à Jésus Christ) ce que je fais de moi-même, pensant que je m’attribue ce nom par vaine gloire ou estime de moi-même, vu qu’iceux ne pourraient porter un titre semblable sans présomption et orgueil, et pensent que je les ressemble en ce point. En quoi ils se trompent grandement. Car si je m’attribue les grâces de Dieu à moi-même, je les perdrais aussitôt, et je mourrais assurément une Mère stérile, sans porter aucun fruit. Mais comme on voit les arbres jeter des bourgeons, on dit que l’été approche, ainsi peut-on dire avec vérité que le temps de ma fertilité approche, puisqu’on voit à présent tant de personnes qui jettent les bourgeons du désir de devenir des Vrais Chrétiens. Icelles pousseront en après des fleurs de vertus, et finalement des fruits de la vraie perfection Chrétienne. Et alors ils se moqueront à leur tour de ces savants Prédicants qui se sont rompu la tête à étudier et blessé la poitrine à crier, afin d’engendrer des Enfants Spirituels, sans en avoir produit un seul au jour ; parce que toutes leurs sciences sont humaines et toutes leurs paroles vaines. Il faut que tout s’envole au vent, et ne font aucune opération ès âmes, parce qu’ils ne peuvent donner ce qu’eux-mêmes ne possèdent point. Les fruits du saint Esprit ne leur sont point connus. Et ils en ont encore moins l’usage. Comment donc les planteraient-ils au cœur des autres ? Et pour entendre la vérité, ils doivent souffrir qu’on les appelle des Pères Stériles, et moi, Mère des Chrétiens.
XXV. Les Chrétiens ont mal fait qu’en négligeant la vérité nécessaire à leur propre régénération, ils se soient mis à faire des partis, quitter les bons règlements et les ordonnances extérieures, et ainsi ôter le bien auquel les faibles de bonne volonté pouvaient arriver par là, quoique les mal disposés en pussent abuser.
Divisions pour des choses accidentelles.
101. Mais s’ils bouchent les oreilles à la vérité, il faut qu’ils demeurent dans leurs erreurs, puisqu’ils sont de ceux-là que JÉSUS CHRIST dit qu’ils ont des yeux et ne voient point, ont des oreilles et n’entendent point. Et en pensant être clairvoyants, ils sont des aveugles. Et s’ils connaissaient qu’ils sont aveugles, ils verraient clair. Mais à cause qu’ils disent : nous voyons, pour cela sont-ils aveugles. Ce que JÉSUS CHRIST a clairement dit des hommes savants d’à présent, qui ne veulent point connaître leurs aveuglements, mais s’efforcent à prouver qu’ils sont clairvoyants, et ne veulent nullement reconnaître leurs aveuglements. Et quoique Dieu envoie maintenant sa Lumière au milieu des ténèbres, ils aiment mieux leurs ténèbres qu’icelle Lumière, laquelle ils rejettent et méprisent pour demeurer attachés à leurs sectes ou Religions, lesquelles sont inventées des hommes autant aveugles qu’eux-mêmes, pendant qu’ils estiment icelles plus que la Lumière du saint Esprit, laquelle ils ne veulent pas seulement regarder. Car s’il vous souvient, mon Enfant, Monsr Fontaine Prédicant d’Altena vous dit, avant que d’avoir lu mes écrits, qu’ils étaient remplis d’erreurs, et que vous seriez séduit en suivant ma doctrine, avec plusieurs autres injures et mépris qu’il fit de moi avant que de savoir ce que ma doctrine contenait. Ce qui fait assez connaître qu’ils sont absolument résolus de demeurer en leurs ténèbres, et qu’ils estiment plus icelles que la Lumière ; puisque sans la vouloir regarder, ils crient : Ôtez-la, ôtez-la de nos yeux, nous ne la voulons point voir ; quoique du depuis ils aient demandé à voir mes écrits, point pour chercher après la lumière ou la Vérité de Dieu, mais pour chercher quelque chose de mauvais, afin de détruire par ce moyen tout le bon qu’ils pouvaient trouver en mes écrits. Et n’ayant rien su trouver à redire, ils ont donné charge à ce Berckendal de m’injurier par bouffonnerie, afin que les écrits sérieux ne tournassent point tant à leur confusion. Car ils sont absolument résolus de demeurer en leurs ténèbres ; et d’y attirer un chacun à leur suite. Comme font aussi toutes les autres Religions. Un chacun travaille pour attirer à soi. Et si je me voulais rendre de l’Église de ces Calvinistes, et avouer leurs erreurs, sans doute qu’ils me loueraient bien autant qu’ils me méprisent lorsque je veux suivre la Lumière de Dieu, à cause qu’ils estiment plus les ténèbres qu’icelle Lumière, comme Jésus Christ nous a prédit.
102. Ils disent que ce sont les Papistes qui sont en ténèbres, et qu’eux sont en la Lumière, ce qui est bien ridicule. Puisque toute la vraie Lumière qu’ils ont, ils l’ont tirée de l’Église Romaine, vu qu’elle est l’Ancienne Mère Église descendue de JÉSUS CHRIST et ses Apôtres. Icelle Mère leur a appris les douze Articles du Credo, les dix Commandements de Dieu, le Pater Noster, le Vieux et le Nouveau Testament. Toutes ces choses sont sorties de l’Église Romaine, puisqu’elle a été la seule Église Chrétienne universelle, et que tous les Auteurs de ces diverses Religions sont sortis d’elle, et ont été Prêtres et Pasteurs de cette Mère ancienne. Et si icelle ne leur avait pas enseigné choses bonnes, ils n’auraient pas su davantage de la Religion que des Païens. C’est pourquoi qu’il ne peut être véritable que les Calvinistes soient plus clairvoyants que les Romains ès points fondamentaux de la Chrétienté, puisque tous les Chrétiens en général sont sortis de l’Église Romaine, et ont appris d’elle les points de la Religion Chrétienne. Ce que personne ne peut ignorer. Mais quelqu’un me dirait bien que les enfants d’icelle Mère Église ont été plus clairvoyants que leur Mère, comme il arrive quelquefois qu’un disciple devient plus sage que son maître. Mais cela n’a point d’apparence de vérité au regard de la Mère Église et de ses Enfants, ni aussi au regard du Disciple et du Maître. L’on trouve bien des Disciples plus subtils d’esprit que ne sont leurs Maîtres, et inventent bien quelques subtiles formalités ou accidents à l’ouvrage qu’ils apprennent et que leur Maître ne sait point ; mais il n’arrive jamais qu’en la substance de l’ouvrage le disciple soit plus sage que le Maître ; ou autrement le Disciple serait devenu le Maître, et le Maître le Disciple de celui qu’il a enseigné, et ne serait plus son Maître. Il me semble que ces Calvinistes en veulent dire de même, et qu’après avoir avoué que leur Réformateur ou Instituteur Calvin a eu appris en l’Église Romaine le Credo, le Pater, les Commandements de Dieu, et la Bible, avec plusieurs autres choses bonnes, qu’il a aussi découvert beaucoup de choses mauvaises en sa Mère Église, et que pour cela il l’a abandonnée pour réformer ses abus et erreurs ; ce qui est très-bien harangué de ces Réformés. Mais il faut sonder si leurs discours sont véritables.
103. Et puisqu’on connaît toujours l’ouvrier à ses ouvrages, il faut voir si Calvin a fait des œuvres meilleures après qu’il a eu quitté sa Mère Église qu’il ne faisait en étant auprès d’elle. Il est à noter qu’il était en l’Église Romaine un Prêtre ou un Moine, lesquels Prêtres et Moines sont des personnes entièrement dédiées au culte de Dieu, et passent la plupart du jour et de la nuit à prier et psalmodier. Ce que Calvin a fait assurément aussi longtemps qu’il était en l’Église Romaine. Et tous les Prêtres et Religieux de cette Mère Ancienne font volontairement vœu solennel à Dieu de chasteté et d’obéissance. Ce que Calvin a été obligé d’observer tout le temps qu’il a été sous sa Mère Église. Car s’il eût fait autrement, il eût été puni et châtié, puisqu’il eût donné scandale à si grand nombre de personnes qui étaient présentes lorsqu’il fit volontairement ses vœux à Dieu, lesquels vœux sont toujours obligatoires. Car si on est obligé de tenir les promesses qu’on fait aux hommes, en sorte que celui qui ne donne point à son semblable ce qu’il lui a promis, il est larron, combien plus doit-on donner à Dieu ce qu’on lui a volontairement promis ? Je dis volontairement, à cause que personne n’est contraint en l’Église Romaine de se faire Prêtre et Religieux. Un chacun est libre de se marier ou de prendre tel état ou ordre qu’il voudra choisir. Mais après qu’on a choisi quelque état honorable avec mûre délibération, et qu’on en a fait une solennelle profession, on est alors obligé de le tenir, puisque ce sont des promesses volontaires ; principalement les Prêtres et Religieux, auxquels on demande toujours solennellement, avant que de les admettre à la profession ou promesses de leurs vœux, si c’est de leurs libres volontés qu’ils veulent faire ces promesses à Dieu, et si personne ne les a induits ou attirés à ce faire. Et il faut que le prétendant Religieux réponde : Oui ; ou autrement l’on n’admettrait point ses vœux. Et d’autant qu’iceux sont faits avec tant de circonstances, ils sont d’autant plus obligatoires. Et un Prêtre peut moins changer ces promesses faites à Dieu qu’un homme ne peut changer sa femme, à laquelle il a promis de garder fidélité toute sa vie. Car les mariages se font quelquefois avec peu de considération, ou en si bas âge et ignoramment qu’on ne sait pas ce qu’on fait, étant surpris et engagé quelquefois avant d’avoir examiné ce qu’on va entreprendre ; mais les Prêtres et Religieux ont du temps bien long pour y penser. Car ils doivent aller par trois diverses fois pour recevoir les ordres et pour être examinés ; et les Religieux ont pour le moins un an d’approbation pour bien penser et éprouver s’ils sont capables d’embrasser une manière de vie semblable à celle qu’ils ont envie de s’obliger par vœu solennel, lesquels se font toujours en âge compétent. Car si une personne aurait fait de semblables vœux sans avoir atteint la pleine usance de raison, ses vœux seraient déclarés nuls. En sorte que ce Calvin était assurément obligé de garder les vœux de chasteté et d’obédience qu’il avait faits à Dieu. Et il est à croire qu’il a beaucoup mieux vécu en sa personne avant d’avoir quitté sa Mère Église qu’il n’a fait depuis ; vu qu’il a lors lâché la bride à toutes ses sensualités, prenant une femme pour jouir des plaisirs de la chair, après avoir promis solennellement devant Dieu et les hommes de vivre en continence et chasteté tous les jours de sa vie, et qu’il a secoué le joug de l’obédience qu’il avait aussi promise, pour vivre en sa liberté et suivre ses plaisirs. Vous pouvez, mon Enfant, par toutes ces choses, mesurer et juger si Calvin a mieux vécu en sa personne après avoir quitté sa Mère Église qu’il ne faisait en vivant sous son obéissance, et voir si l’inventeur de votre Religion a quitté l’Église Romaine pour mieux vivre qu’il ne faisait en étant auprès d’elle.
104. Vous me direz, peut-être, que s’il n’a point profité pour soi-même, qu’il a du moins profité pour le peuple, en lui apportant beaucoup de connaissance des erreurs et du relâchement de l’Église Romaine, car vous êtes encore dans cette croyance que Calvin a eu beaucoup de Lumière pour découvrir les fautes des autres. Ce que je crois aussi, puisqu’il avait un bon jugement naturel et une bonne mémoire. Mais je ne crois point qu’il avait beaucoup de vertu ; et je pense qu’il eût beaucoup mieux fait d’appliquer son esprit et sa mémoire à découvrir ses propres fautes, qui étaient en grand nombre ; car cela lui eût été plus salutaire que de découvrir aux autres les fautes de l’Église Romaine ; vu qu’on voit par effet qu’il n’a non plus profité aux autres qu’à soi-même par sa réformation ou nouvelle institution ; puisqu’on ne voit ces Réformés de Calvin vivre mieux que les Catholiques Romains, puisque les uns aussi bien que les autres sont déchus de l’Esprit Évangélique et vivent tous communément selon la chair et le sang, ou selon les inclinations de la Nature corrompue. Ce que ne doivent faire nuls Chrétiens, puisqu’être Chrétien n’est autre chose que d’être régénéré en l’Esprit de JÉSUS CHRIST. Cela est ce qui fait le Chrétien, et rien d’autre. Car quoique Calvin ait écrit beaucoup de livres, et apporté beaucoup de raisons pour prouver les défauts de l’Église Romaine, il n’a pourtant produit des Vrais Chrétiens ; et ceux qui ont suivi sa doctrine et sa réforme ont été trouvés aussi imparfaits après cette réforme qu’ils étaient auparavant, voire encore davantage ; puisqu’on voit par effet, qu’ils ont abandonné toutes les choses bonnes qu’il y avait en l’Église Romaine avec ce qu’il y avait de mauvais, et n’ont rien retenu de la piété Chrétienne non plus à l’extérieur qu’à l’intérieur.
105. Car ils ne tiennent rien des veilles, jeûnes, et des prières, ni d’aucunes autres bonnes œuvres, lesquelles ils ne veulent pas faire, craignant de se justifier eux-mêmes, et osent bien vivre sans piété, dévotion, ou aucune pénitence, comme font les bêtes et les païens ; lesquels n’ont nuls soucis des choses éternelles ; où les Catholiques Romains ont encore réservé leurs dévotions extérieures, et s’assemblent tous les jours ès Églises pour prier Dieu à genoux ; ce qui excite la dévotion au cœur, puisque les objets émeuvent les sens. L’on doit être ému à la prière lorsqu’on voit si grand nombre de personnes s’assembler ès Églises, où un chacun y entre avec respect, à dessein d’y prier Dieu, et qu’un chacun se prosterne à genoux, les mains jointes, pour faire un chacun ses oraisons particulières. Ce qui est maintenant moqué et méprisé par ces Calvinistes, qui estiment davantage leurs aises et divertissements que l’honneur qu’on fait à Dieu ; puisqu’iceux croient de mieux faire d’entrer en leurs Églises sans respect, comme s’ils entraient dans un marché pour y caqueter et crier après la meilleure place, afin de s’asseoir à leurs aises, comme ordinairement ils font en la Hollande. C’est pourquoi ils donnent annuellement de l’argent, un chacun à l’avenant du rang qu’il veut tenir, et chantent là tous ensemble par délectation à qui a la meilleure voix. Ce qui est bien loin du recueillement qu’un chacun peut avoir en l’usage de l’Église Romaine, où que les plus pieux se retirent ès coins les plus cachés pour prier Dieu en secret, comme JÉSUS CHRIST a dit : Qu’il ne faut point parler comme les Pharisiens, qui pensent être exaucés pour beaucoup de paroles. Mais il faut prier Dieu en secret. Et que Dieu le rendra (Matth. 6, v. 5-7).
106. Je me suis souvent trouvée ès Églises en ma jeunesse pour prier Dieu, parce que je trouvais en icelles plus de recueillement qu’en ma maison, où on est souvent distrait par les domestiques et les affaires temporelles, ou autres affaires survenantes ; et je me mettais à genoux au-devant d’un pilier de l’Église, d’où après avoir été 2 à 3 heures je retournais au logis sans avoir vu ceux qui étaient en l’Église, ni ce qui s’était passé en icelle, et lorsque quelqu’un parlait en après des beaux ornements qu’il y avait vus, ou de la belle musique qu’il y avait entendue, je ne savais rien dire de cela, pour n’avoir pas remarqué ces choses extérieures, mais été recueillie en mon intérieur pour savoir ce que Dieu me commandait.
107. Mais ce Calvin a méprisé ces prières particulières qu’on fait aux Églises, principalement à genoux devant une image, en tenant cela pour une Idolâtrie. Quoique ce soit un respect à Dieu et un témoignage de grande Piété, vu que Dieu est digne de tout honneur. Et partant, on le doit prier en la posture la plus honorable que nous pouvons ; et l’usage de ce pays-là est de se mettre à genoux lorsqu’on veut témoigner la plus grande révérence devant les Rois de la terre. Pourquoi ne serait-il point permis de se mettre en la même posture lorsqu’on veut prier Dieu, à qui on doit plus d’honneur qu’à aucune autre chose ? Or si on se met à genoux devant une image, devant une pierre, ou un bois, c’est toute la même chose lorsqu’on a l’intention de se mettre en genoux devant Dieu. Car j’ai souvent parlé à Dieu lorsque j’étais agenouillée devant le pilier de l’Église ; et j’ai connu un homme qui se mettait toujours à genoux du côté du soleil levant ; et un autre faisait ses prières les plus ferventes le soir en genoux au-devant de sa couche. Faut-il pourtant dire que toutes ces personnes étaient Idolâtres ou adorent le soleil, le pilier de l’Église, ou la couche en laquelle ils s’allaient reposer ? Nullement ; mais ils adoraient le seul vrai Dieu en Esprit et en Vérité. Mais ils cherchaient pour ce faire les moyens qu’un chacun jugeait les plus propres pour émouvoir leurs cœurs à Dieu, et celle qui trouvait plus de recueillement à prier devant un pilier se tenait proche d’icelui ; et celle qui trouvait plus de dévotion de prier vers le soleil levant se tournait vers icelui ; comme faisait celle qui trouvait sa dévotion à prier au-devant de sa couche. Faut-il pourtant dire que toutes ces choses soient à mépriser, comme a fait ce Calvin, qui a voulu rejeter la prière même, pour les abus des formalités d’icelle, pour demeurer sans prières ou sans respect à Dieu en ses oraisons ? Il pouvait bien avoir méprisé les abus de ceux qui s’attachent à ces formalités extérieures de prières sans avoir le cœur élevé en Dieu, mais non point la prière même, laquelle semble être bannie du cœur de ces Calvinistes depuis que Calvin en a parlé avec tant de mépris, et qu’il l’a si peu recommandée à ses disciples, comme une chose qui n’est pas précisément nécessaire, sinon aux temps de grande nécessité. Pendant que l’Apôtre nous dit qu’il faut toujours prier, et jamais cesser (Luc 18, v. 1 ; 1 Thess. 5, v. 17).
108. Mais peut-être que Calvin était las de dire son office journalier, comme tous Prêtres sont obligés de dire continuellement ; ce qui serait la prière continuelle à quoi JÉSUS CHRIST admoneste ; et comme seraient les dits offices s’ils étaient dits avec attention et dévotion. Mais il semble que Calvin a mieux aimé de s’en délivrer du tout que d’apprendre à le dire avec dévotion, puisque son esprit était nécessairement distrait de la dévotion lorsqu’il devait étudier pour trouver tant de raisons pour faire avouer ses mensonges des vérités. Je crois qu’il a bien étudié jour et nuit avant d’avoir fait que tant de personnes l’ont suivi à l’aveugle, car les choses qu’il alléguait n’étaient pas fondées sur la vérité, ni sur la raison même. C’est pourquoi il devait bien éplucher sa fausse Philosophie pour y trouver des raisons qui éblouissent l’esprit des hommes, en leur faisant croire qu’il avait découvert toutes les erreurs de l’Église Romaine, et qu’il leur montrait la vraie vérité des choses. Ce qu’il n’a point fait.
109. Car quoiqu’il ait bien connu les erreurs de l’Église Romaine, il n’a point pourtant montré le vrai chemin de vérité, mais est allé d’une erreur à une plus grande. Et s’il a montré que cette Église Romaine, qui était la légitime Épouse de Dieu, était tombée en adultère en délaissant la doctrine de son légitime Époux, qui est JÉSUS CHRIST, il l’a rendue par sa retraite une plus grande paillarde, en commettant par sa réforme de plus grands excès d’infidélité à Dieu que n’a jamais fait l’Église Romaine, laquelle n’a jamais démarché des piétés extérieures, comme ont fait ceux de la réforme de Calvin, qui méprisent toutes sortes de bonnes œuvres et croient d’être sauvés par une simple croyance que Jésus Christ a tout satisfait pour eux, et se moquent de tout le reste ; en voulant prendre le bon temps et amasser de l’argent pour vivre à l’aise, en croyant que JÉSUS CHRIST est leur valet pour porter seul la peine de leurs péchés pendant qu’ils prennent leurs délices et plaisirs.
XXVI. Nous devons satisfaire au devoir de faire des bonnes œuvres que Dieu nous impose justement ou par sa justice et non pour mériter, mais pour jouir des mérites de J. C.
110. Et ils couvrent cela d’un pieux prétexte « qu’ils ne sauraient rien mériter, et partant se veulent attendre du tout sur les mérites de JÉSUS CHRIST ». Ce qui semble une confiance en Dieu, quoiqu’en effet ce soit une tromperie du Diable, lequel ne pouvait jamais trouver de meilleur moyen pour faire vivre les hommes en la négligence de leur salut que de faire espérer icelui par les seuls mérites de JÉSUS CHRIST, puisque cela a quelque apparence de vérité. Car il est très-véritable que personne ne peut jamais mériter le salut, encore bien qu’Adam n’aurait jamais péché, ni aucuns autres hommes depuis lui. Le salut ou la vie éternelle était de trop grand prix pour être acheté avec les mérites des hommes ; quoiqu’iceux fussent demeurés dans l’état d’innocence, tous leurs mérites ensemble ne pouvaient jamais gagner un seul grain de la vie éternelle ; puisque toutes les bonnes œuvres que les hommes puissent faire ne sont que temporelles, et n’ont nulles proportions avec les biens éternels. Et partant personne ne doit être si ignorant que de croire qu’il méritera le ciel avec ces bonnes œuvres temporelles. Cela serait une usure intolérable. Car s’il n’est point permis d’acheter une chose pour un prix moindre que sa valeur sans commettre usure ou larcin, comment pourrait-il être permis d’acheter la vie éternelle bienheureuse avec quelques bonnes œuvres temporelles si imparfaites comme les hommes de maintenant les font, lesquels, étant remplis d’ignorance et d’amour-propre, ne savent faire aucune chose sans que celle-ci soit souillée d’aucuns de leurs défauts ou péchés, comme ces Calvinistes disent aussi ?
111. Mais ils ne distinguent point pour quelle raison il faut faire des bonnes œuvres. Car ce n’est pas pour gagner le paradis, puisque Dieu nous l’a donné gratuitement avant que nous fussions créés ; et partant ne pouvions l’avoir mérité. Car Dieu créa l’homme pour prendre avec lui ses délices, comme on lit que Dieu dit : Mes délices sont d’être avec les Enfants des hommes (Prov. 8, v. 31). Et si Dieu a créé l’homme pour prendre ses délices avec lui, il ne faut point douter qu’il ne l’ait créé pour la vie éternelle bienheureuse. Et cela sans les mérites de l’homme, vu qu’il ne pouvait rien mériter avant d’avoir l’être. En sorte que ce n’est point pour mériter le salut qu’il nous faut faire des bonnes œuvres, mais pour satisfaire à la Justice de Dieu, lequel, étant par nous offensé en la personne d’Adam, a voulu nous pardonner cette faute à condition d’en faire pénitence. C’est le sujet pourquoi nous sommes venus en ce monde mortel, afin de porter la juste pénitence due à nos péchés. C’est bien loin de croire mériter le ciel par nos bonnes œuvres, qui ne sont que des satisfactions et point des mérites (Luc 17, v. 10), comme ces Calvinistes veulent persuader de croire que ceux de l’Église Romaine font leurs bonnes œuvres avec présomption de pouvoir par icelles mériter le salut.
112. Ce qui est un faux donner-à-entendre ; comme sont plusieurs autres choses que ces Réformés font accroire au peuple, afin de faire haïr et mépriser ceux de l’Église Romaine, lesquels semblablement font haïr et mépriser tous ceux qui ne sont pas sous l’obéissance d’icelle, si fortement que j’ai moi-même pensé en ma jeunesse que les hérétiques (ainsi qu’on appelle là tous ceux qui sont hors de l’Église Romaine) étaient des bêtes, ou avaient quelques autres figures que les hommes ordinaires. Parce qu’on m’avait inculqué dès le berceau qu’iceux étaient des Loups revêtus de peaux de moutons, avec lesquels il est précisément défendu de converser, ni de boire ou manger, ni même d’aller en leurs assemblées ou Prédications, à péril de pécher mortellement.
XXVII. Les divisions mutuelles des Chrétiens ont causé des maux irréparables, se persécutant l’un l’autre pendant que tous ont abandonné la vérité.
113. Voilà ainsi que les Chrétiens s’étudient aux moyens de faire qu’iceux haïssent l’un l’autre, contre les Conseils qu’a donnés JÉSUS CHRIST d’aimer l’un l’autre, en disant que cela est la marque pour connaître si on est ses disciples, lorsque nous aimerons l’autre (Jean 13, v. 35). Il faut bien que ces Réformateurs aient eu une intention toute contraire à celle de JÉSUS CHRIST, puisqu’ils ont tant écrit et travaillé pour planter au cœur des Chrétiens la haine et le mépris de leurs frères Chrétiens les uns contre les autres ; et il semble qu’ils ne peuvent avoir fait ces Réformes à d’autre fin. Car s’ils avaient seulement été émus de contredire à leur Mère Église pour ses défauts, il les fallait seulement amender en eux-mêmes, et tâcher par leurs exemples et doctrines de les faire aussi amender ès autres, sans qu’il fût besoin de se diviser, mépriser, et haïr, sans aucun fondement ; puisqu’en effet ces divisions n’ont apporté aucun bien à la Chrétienté, mais des grands maux qui sont irréparables, pour y avoir maintenant tant de personnes mortes en la haine de leurs frères Chrétiens, ou qui ont exposé leurs vies pour maintenir leurs erreurs, ou l’ont ôtée aux autres parce qu’ils ne les voulaient pas suivre et imiter. Combien de personnes de l’Église Romaine ont été tuées des Calvinistes lorsqu’ils voulaient rompre toutes leurs images ? Et combien les Calvinistes sont tués des Romanistes lorsqu’ils pensaient qu’iceux étaient ennemis de Dieu ?
114. En sorte qu’on peut véritablement dire que l’abomination de la désolation est au lieu saint (Matth. 24, v. 15). Vu que sous prétexte de Religion et sainteté les Chrétiens se tuent et haïssent l’un l’autre. Et quoiqu’on n’épande plus le sang des Chrétiens pour les points de Religion, si est-il véritable qu’encore à présent on porte au fond de son cœur une haine mortelle à celui qui est de Religion contraire à la nôtre ; et qu’on le tuerait volontiers, s’il se pouvait faire secrètement ou sans répréhension humaine. Car je sais par propre expérience que si aucuns Prêtres de l’Église Romaine me pouvaient tuer, qu’ils le feraient très-volontiers, en pensant faire service à Dieu d’avoir tué une personne qui parle contre les abus de leur Religion ; et je crois que les Calvinistes en feraient bien maintenant de même parce que je commence à découvrir leurs erreurs ; et deviendraient bien amis en ce point pour me crucifier par ensemble, comme deviendront amis Pilate et Hérode pour condamner JÉSUS CHRIST à la mort, quoiqu’ils étaient ennemis auparavant. Ce qui est bien lamentable, vu que les uns aussi bien que les autres devraient m’aimer et me remercier de ce que j’apporte la vraie Lumière de Dieu pour découvrir à un chacun ses erreurs, et que je tâche de faire qu’un Chrétien aime son frère comme JÉSUS CHRIST leur a commandé de faire.
115. Mais je vois bien que ce temps est venu auquel Dieu avait menacé les hommes par le Prophète en disant : Je les abandonnerai à l’esprit d’erreur (Isa. 29, v. 10 ; 2 Thess. 2, v. 10, 11). Et je tiens pour une grande punition de Dieu que les Chrétiens se soient ainsi divisés de l’Église Romaine. Ses péchés et son relâchement ont attiré ces fléaux sur nos têtes criminelles, et JÉSUS CHRIST dit fort bien que la cité qui sera divisée sera désolée. Car quelle plus grande désolation se pourrait-il trouver que de voir l’Église de Dieu, qui est la Chrétienté, en tant de divisions qu’on ne sait plus où trouver la vérité ? Laquelle le Prophète a véritablement dit de notre temps qu’icelle est cachée (Isa. 8, v. 16, 17), quoiqu’un chacun dit de l’avoir trouvée. Car en quelle place trouvera-t-on maintenant l’observance des conseils Évangéliques avec lesquels sont composés les Vrais Chrétiens ? Sont-ils observés des Romains, des Calvinistes, des Luthériens, des Mennonistes, des Arminiens, des Trembleurs, ou d’autres Sectes et Religions ? On ne peut dire cela de nuls avec vérité, quoiqu’en effet chacune de ces Religions dise d’être la Vraie Église et de croire à la vérité, quoique toutes soient contraires en fait les unes aux autres.
116. Dieu peut-il être divisé et se peut-il contredire soi-même ? Son Église peut-elle avoir tant de doctrines contraires l’une à l’autre ? Car ce que l’une estime bon, l’autre l’estime mauvais ; et ce que l’un tient pour la doctrine Chrétienne, l’autre l’appelle hérésie, et se damnent l’un l’autre. Ce qui ne peut être véritable. Car la vérité ne peut jamais changer. Ce qui est bon ne peut être mauvais. Mais un chacun dit qu’il a le meilleur et se tient à la vérité ; car si je demande à ceux de l’Église Romaine s’ils sont de la vraie Église et suivent la vérité, ils me diront assurément qu’oui. Et si je fais la même demande à ceux de la réforme de Calvin, ils m’assureront qu’ils sont de la vraie Église hors de toutes erreurs. Et si je le demande à ceux de la Réforme de Luther, ils me diraient qu’ils sont en la vraie Église et en la doctrine Évangélique. Et si je demande à ceux de la Réforme de Menno s’ils sont en la vérité et en la Ste Église, ils me diraient assurément qu’oui, qu’ils sont plus que tous les autres des personnes régénérées en l’Esprit de JÉSUS CHRIST. Et si je demande aux Trembleurs ce qu’ils sont, ils me diront qu’ils sont des illuminés et en toute chose guidés par la Lumière du St Esprit. Voilà ainsi qu’un chacun se flatte et se fait accroire d’être en la vérité de Dieu ; quoiqu’en effet ils soient tous en des erreurs, et cheminent ès ténèbres de la mort. En sorte que c’est du temps présent que Dieu dit : Mon peuple m’a abandonné, moi qui suis la fontaine d’eau vive, pour aller puiser en des citernes crevassées, qui ne peuvent tenir leurs eaux (Jér. 2, v. 13). La Vérité est Dieu, et tous hommes sont menteurs. Ils ont abandonné cette vérité pour suivre le sentiment des hommes ; lesquels, étant tous menteurs, ont fait suivre leurs mensonges au lieu de la Vérité de Dieu, laquelle est maintenant si abandonnée qu’on ne la veut plus reconnaître.
117. Et parce que je la viens avancer, je suis injuriée et persécutée d’un chacun, en sorte qu’il me faut tenir cachée et inconnue en toutes les places où je me trouve, puisqu’un chacun m’en veut. Ceux de l’Église Romaine me poursuivent comme si j’étais hérétique. Et maintenant ceux de la Réforme de Calvin m’attaquent par des livres diffamatoires, les faisant connaître partout en les mettant sur les gazettes, sans autre sujet, sinon parce que je porte témoignage de la Vérité que Dieu me fait connaître. Et si la vérité est ainsi partout persécutée, comment pourrait-elle demeurer dans une des Églises à présent ? Si elle y était, il faudrait qu’elle en sortît, puisque la vérité est à maintenant insupportable aux hommes. Et en tous les lieux où je me suis trouvée, j’ai trouvé partout également que les hommes cheminent en ténèbres, et ne savent point où ils marchent pour l’obscurité de leurs ténèbres. Et le plus grand de tous leurs maux est de ce qu’ils ne connaissent point leurs ténèbres, ou les aiment plus que la Lumière de Vérité, qui est Dieu.
118. Il est bien souhaitable que toutes ces Sectes et Religions reprissent la Vérité de Dieu. Et alors, il n’y aurait plus de Romain ou de Calvin, mais un chacun serait Chrétien ; et étant tous des Vrais Chrétiens, ils suivraient tous la seule vraie Doctrine de Jésus Christ, et il n’y aurait lors plus de divisions, plus de haine, ou de disputes ou contradictions ; et seraient tous les Chrétiens un, comme JÉSUS CHRIST l’a prié à son Père, assavoir qu’ils soient tous un, comme Jésus Christ est un avec son Père. Et cette unité serait le Vrai Christianisme tant souhaitable et aimable ; pendant que mes adversaires ont crainte que cela n’arrive, et emploient toutes leurs forces et industries à s’y opposer à l’aveugle.
XXVIII. Tous persécutent A. B. parce que Dieu se veut servir d’elle pour réunir les âmes en l’Esprit de J. C.
Quels Instruments Dieu choisit ou non.
119. Car personne n’a encore bien compris ce que je veux dire par mes écrits : pendant qu’ils les haïssent sans cause, puisque j’ai dit à un chacun, et je le dis encore maintenant, que si j’ai écrit quelque chose de mauvais, que je suis prête à le rétracter, moyennant qu’on me le fasse connaître tel. Et personne ne s’est avancé pour me faire ce plaisir. J’ai su que ma LUMIÈRE DU MONDE a été envoyée par poste à Rome aussitôt qu’elle fut imprimée, et personne ne m’a là rien écrit contre icelle. Et en la Hollande ou ici, je n’ai pas trouvé un homme d’esprit qui ait voulu entreprendre de ce faire. Un de ces Trembleurs, appelé Benjamin Furly, a bien calomnié par un livre qu’il a intitulé A. B. découverte, etc. Mais tout ce qu’il a pu dire n’ont été que mensonges et calomnies, comme j’ai très clairement montré par l’Avertissement que j’ai servi contre cette secte. Et maintenant vient votre Ami, Berckendal, jeter un pasquil contre moi, qui est encore plus blâmable que le traité de ce Trembleur ; vu qu’il contient des mensonges beaucoup plus grossiers que ceux dudit Furly. Et je regarde l’un et l’autre avec pitié. Et ferais bien sur eux la prière que faisait Jésus Christ sur ceux qui le crucifièrent, en disant : Pardonnez-leur, Seigneur, car ils ne savent point ce qu’ils font ; en rejetant ainsi la Vérité de Dieu, à laquelle un chacun devrait ouvrir les yeux et les oreilles pour la bien voir et entendre ; au lieu que les sages la rejettent et méprisent en leurs cœurs sans oser publiquement la choquer, craignant que cela ne leur apporte devant les hommes quelque confusion. Ce qu’ont fait ces Prédicateurs de la Réforme de Calvin, lesquels se sont servis de cet ignorant Berckendal, pour exprimer la haine qu’ils ont contre les vérités que j’avance.
120. Je doute bien qu’ils nieront leur fait (car tous vilains cas sont niables), et voudront dire que ce Berckendal seul a composé ce pasquil de soi-même. Ce qui n’est pas vraisemblable ; puisqu’il est leur sujet, il n’aurait garde d’entreprendre un ouvrage semblable sans leur induction et consentement ; car encore qu’il l’aurait voulu entreprendre de lui-même, ils l’auraient pu empêcher. Mais qui se tait l’accorde ; et celui qui consent à un mal commet le même péché que celui qui fait le mal. En sorte que ces Prédicants n’ont aucunes raisons de s’excuser en cela, puisque c’est assurément eux qui sont les Auteurs de ce pasquil, et qu’ils l’ont voulu jeter pour décréditer mes écrits et autoriser leur Religion. Car s’il vous souvient, mon Enfant, Monsr le Prédicateur Fontaine vous a dit les mêmes choses en substance que contient ce pasquil de ce Berckendal, avec beaucoup d’autres injures contre moi, lorsqu’il disait lui-même de n’avoir point vu mes écrits ; et il a gagné à soi le Prédicateur Docteur Saxe, lequel vous a blâmé parce que vous lisiez mes écrits, et pour ce sujet vous a interdit de la communion, avant même que les Anciens en savaient à parler. Et le Prédicateur Peter Hessel a prêché publiquement en l’Église de Pesthof près Hambourg et dit qu’on se doit garder de mes écrits, parce que le Diable y était ; et dans une autre occasion le Prédicateur Licencié George Haccius, Pasteur en l’Église de Ste Marie Madeleine à Hambourg, a dit aussi « qu’Anthoinette Bourignon est pire que Labadie et les Trembleurs ».
121. En sorte que tous ces savants en général sont coupables du mal de ce Berckendal, sans qu’ils puissent trouver excuses en leurs péchés. C’est pourquoi j’ai eu sujet de demander leurs noms, afin de connaître ceux qui s’opposent ainsi à la vérité. Et bien que leurs noms soient connus, ils nieraient bien encore que les choses que j’avance d’eux soient véritables. Car c’est l’ordinaire des malfaiteurs de nier leurs fautes lorsqu’icelles ne sont point vérifiées ; mais les choses que ces Prédicateurs ont dites publiquement en présence de plusieurs personnes ou prêchées, cela est assez vérifié, il ne leur vaudrait rien de les nier. Mais ils pourraient bien retourner leurs paroles ou changer le sens d’icelles, comme ce Berckendal a changé le sens et les paroles de mes écrits, et dit mensongèrement qu’il prouvera son dire par mes écrits mêmes, èsquels il n’y a rien de semblable à plusieurs de ses allégations. Ce qui est très malicieux et ne peut demeurer impuni en ce monde ou en l’autre. Je plains son infortune, et je veux espérer qu’il sera plus sage à l’avenir. Il se vante d’avoir aussi écrit contre les Trembleurs. Mais il n’a point connu que ma plume était plus ferme que la leur, et que ma main ne Tremble point pour rendre Témoignage de la vérité. Et s’il n’en veut pas être frappé davantage, il ne la doit plus mouvoir.
122. Je n’attaque personne, et laisse un chacun à repos aussi longtemps qu’on ne m’attaque point premier ; mais lorsqu’on attaque la Vérité de Dieu, il faut directement ou indirectement que je la défende. Mais si j’étais attaquée de gens de bien qui désireraient savoir les vérités que j’apprends de Dieu, soit en matière de Religion ou de vertu, je leur répondrais directement et sincèrement à toutes leurs demandes et questions. Car Dieu m’a donné beaucoup de Lumières en plusieurs choses. Et les plus savants Théologiens m’entendront le mieux s’ils sont soumis à la vérité de Dieu. Mais à des personnes partiales, haineuses, qui ne cherchent point la vérité, mais les disputes curieuses, ou les questions peu utiles au salut des âmes, je n’ai rien à dire à des semblables ; parce que je n’ai rien à disputer ou quereller contre personne, et ne veux (par des semblables moyens) rien soutenir, en laissant un chacun abonder en son propre sens ; puisque je ne suis pas venue pour juger ni condamner personne, mais pour porter Témoignage de la Vérité à ceux qui la voudraient recevoir.
123. Voilà mon Ministère, et le seul blanc où je tire. C’est pourquoi personne ne me devrait être ennemi ; mais un chacun me doit écouter. Et si la Vérité plaît à quelqu’un, il la pourra suivre ; et si elle n’est agréable à quelques autres, ils la pourront laisser reposer sur les personnes qui l’aiment, sans faire comme ces Prédicants qui ne savent dormir en repos sitôt qu’ils entendent que quelqu’un enseigne ce qu’ils ne veulent pas eux-mêmes enseigner ; et sont encore plus déplaisants de voir en ce temps une femme qui écrit des choses mystiques ; c’est qu’ils ont oublié ce passage de l’Écriture où Dieu dit : Je me sers de choses faibles pour confondre les fortes. Il serait bon de savoir quand ce passage aura lieu, s’ils ne l’ont point maintenant, où qu’on voit que Dieu envoie sa Lumière aux hommes par ma plume ?
124. S’ils veulent dire que cela ne doit point être, ou bien, ce qu’a dit dernièrement ce Précepteur, assavoir qu’on n’entendit jamais qu’une femme doit venir réformer le monde, cela vient de ce que ces savants n’entendent point les S. Écritures ; car s’ils la lisaient bien, ils trouveraient assurément qu’une femme représente l’Église, et qu’icelle produira des Enfants, lesquels seront des Vrais Chrétiens. Et ce sont les lamentations et consolations de Sion. Mais ces superbes Philosophes ne veulent pas que Dieu opère ses merveilles par le moyen d’une fille, et voudraient bien obliger Dieu à les opérer par ces Grands Théologiens, sans se souvenir que Dieu a dit qu’il déposera les puissants de leurs sièges et qu’il exaltera les humbles ; et ailleurs il dit aussi que celui s’élève sera abaissé, et que celui qui s’abaisse sera élevé.
125. Serait-ce donc de merveilles si Dieu se servait maintenant d’une simple fille comme moi pour envoyer au monde sa Lumière de Vérité, puisqu’il a toujours opéré les plus grands mystères par le moyen des femmes et des petits ? Doit-il maintenant changer sa coutume pour satisfaire à ces sages Docteurs ? Ou doit-il rendre mensongers tant de passages des écritures pour plaire à ces Théologiens qui ne veulent point qu’une fille écrive la Vérité de Dieu ? Et lorsqu’ils ne peuvent redire à ces vérités, ils la veulent diffamer par des injures et calomnies, afin de décréditer ces vérités ; comme fait ce Berckendal par son pasquil, dans lequel il n’omet nuls maux pour m’accuser, en me voulant faire soupçonner comme si j’étais une putain, une superbe et mensongère, une errante, une sotte, voire une sorcière, qui fait des bonnes œuvres par l’entremise du Diable. Tous ces crimes sont contenus couvertement en son pasquil. Car si je disais qu’il les écrit ouvertement, ces Prédicants diraient encore que je n’aurais point dit la vérité ; car ils tâchent toujours à me surprendre en mes paroles, et à dire que je n’ai point dit vérité lorsque je manque en quelque formalité ou circonstance d’icelle. C’est la subtilité de leurs esprits qui les fait ainsi pointiller sur mes paroles, et laissent la substance d’icelles en arrière ; et à cause que leurs yeux sont fins, tous leurs corps sont ténébreux, comme dit l’Écriture, mais à cause que mon œil est simple, tout mon corps est lumineux (Matth. 6, v. 22, 23).
126. Voilà ainsi que ces personnes se trompent grandement de croire que leurs subtilités sont plus sages que ma simplicité ; car si j’avais besoin de subtilités, Dieu m’en donnerait en un instant plus que n’ont tous ces Docteurs ensemble. Mais Dieu m’enseigne à être simple et à ne rien faire pour plaire aux hommes ; en sorte que si en écrivant je me souviens de quelque parole éloquente et que j’en sache une simple laquelle peut aussi bien expliquer ce qu’il me faut dire, je choisirai toujours la simple au lieu de l’éloquente, parce que la simplicité plaît à Dieu, et point les subtilités ou les discours éloquents, qui ne font qu’enfler le cœur de l’Orateur et flattent l’orgueil de l’auditeur.
XXIX. Dieu ne regarde à ce que la bouche dit, mais à ce que la vie tient et enseigne. J. C. n’a pas mérité ni satisfait pour nous décharger de satisfaire à la pénitence.
Négligence du principal voulant réformer l’accessoire.
127. C’est pourquoi je ne me veux jamais étudier à bien dire, ni à déclarer les choses que je veux dire par des termes si précis. J’aime mieux que ces sages me surprennent en la formalité de mes paroles qu’en la substance des vérités d’icelles. Ces Calvinistes diront, peut-être, qu’ils n’enseignent point les choses que j’ai alléguées ci-dessus selon les termes que j’ai déclarés ; mais qu’importe cela, lorsqu’en vérité ils enseignent en substance les mêmes choses et qu’ils les mettent en pratique. Ce qui est bien davantage que de les excuser par de certains termes. Pour exemple, ils pourraient bien dire qu’ils ne s’opposent point à la vérité, quoiqu’en effet ils résistent à icelle de toutes leurs forces ; ou bien ils pourraient dire qu’ils ne veulent pas espérer leur salut sans bonnes œuvres, pendant qu’on voit par leurs vies qu’ils ne se soucient de rien que des choses temporelles, en négligeant les choses salutaires ou les œuvres qui conduisent à salut. Et sont en cela comme les païens, voire encore pires qu’iceux. Ce qu’ils ne veulent point directement reconnaître, mais bien le pratiquer indirectement. Car quoiqu’ils ne disent point de ne vouloir faire aucunes bonnes œuvres, ils n’en font en effet aucunes, et vivent à l’aise et en plaisirs, sans vouloir veiller, jeûner, ou prier ; bien qu’en effet tous hommes naissent en ce monde pour faire pénitence, et personne ne peut être sauvé auparavant d’avoir accompli icelle ; encore bien que nous n’aurions commis autre péché que celui d’Adam, si ont tous les hommes été soumis à embrasser la pénitence imposée à Adam pour son péché ; puisque tous les hommes étaient en ses reins lorsqu’il pécha, il fallait de nécessité que tous eussent commis en lui ce péché, et par conséquent tous été soumis à en faire pénitence, quoi même qu’ils n’eussent jamais commis d’autre péché que celui en Adam.
128. De combien plus l’homme doit-il être soumis à icelle pénitence après avoir lui-même commis tant de divers péchés de sa volonté délibérée ? Et quoique ces Calvinistes disent (en se flattant) que JÉSUS CHRIST a tout satisfait pour eux, ils se trompent grandement, puisque Dieu ne se peut jamais repentir de rien, et qu’il a enjoint la pénitence à tous les hommes en Adam. Il ne peut faire depuis qu’ils soient sauvés sans accomplir icelle, ni appliquer les mérites de son Fils JÉSUS CHRIST à ceux qui ne veulent point eux-mêmes se soumettre à ses ordonnances, et embrasser la pénitence qu’il leur a si justement enjointe en la personne d’Adam ; car il serait injuste de vouloir faire porter la pénitence de nos péchés par JÉSUS CHRIST le Fils de Dieu pendant que nous voudrions demeurer cherchant nos aises et commodités ; et si JÉSUS CHRIST voulait faire cela par l’amour qu’il nous porte, nous ne le devrions pas souffrir. C’est bien loin de s’appuyer sur ses mérites sans rien vouloir faire de notre part. Cela serait une injustice, laquelle ne se peut trouver en Dieu, qui ne peut rien faire sans être accompagné de sa Justice, Bonté et Vérité tout ensemble, puisque cela est la Trinité qui se trouve en Dieu, et jamais ne fera rien qu’il n’ait ces trois qualités absolument. Or si Dieu sauvait les hommes sans qu’iceux fissent pénitence, il userait bien de sa Bonté, mais point de sa Justice, vu qu’il est juste que celui qui a commis le mal porte la peine d’icelui ; et Dieu n’userait point aussi de sa Vérité, en sauvant les hommes par les seuls mérites de Jésus Christ, puisqu’il a dit en général et en particulier aux hommes : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous (Luc 13, v. 5). Voyez, mon Enfant, comment ces Calvinistes se trompent en leurs croyances, et quelle injure ils font à Dieu en voulant qu’il les sauve par les mérites seuls de JÉSUS CHRIST ; car c’est un blasphème de dire que Dieu ferait quelque chose sans sa Justice ou sans sa Vérité, comme serait de donner le salut à une seule âme par le seul mérite de JÉSUS CHRIST. C’est une subtile invention du Diable de penser honorer les mérites de Jésus Christ en espérant le salut par iceux sans accomplir la pénitence que la Justice de Dieu nous a enjointe, ou sans vouloir référer à la Vérité de Dieu, lequel a dit que si nous ne faisons pénitence, nous périrons tous.
XXX. On ne doit point rejeter les bonnes actions extérieures qui nous font penser aux choses divines, mais seulement en éviter l’abus.
129. Ne faut-il pas croire, mon Enfant, que ces personnes sont en des erreurs en leurs croyances, et qu’elles errent encore davantage en leurs actions, lesquelles ne sont pas bonnes même devant les hommes ? Car ils ont honte de se mettre à genoux pour prier Dieu, ou de jeûner pour châtier leurs corps, ou de confesser leurs péchés en particulier, ou d’observer les cérémonies au culte de Dieu, voire même de faire le signe de la croix, toutes lesquelles choses ceux de l’Église Romaine observent encore à présent, quoiqu’ils soient déchus de l’Esprit des Chrétiens de la primitive Église. Ils ont néanmoins réservé beaucoup de choses, très-bonnes et salutaires en elles-mêmes, puisqu’elles émeuvent la mémoire à se ressouvenir de Dieu et des obligations qu’on lui a pour tous ses bienfaits en notre regard. Car lorsqu’on solennise la fête de quelque mystère de notre rédemption, comme la nativité de JÉSUS CHRIST, sa Passion, sa mort, et sa résurrection, c’est pour représenter à notre esprit ce qui s’est passé et ce que JÉSUS CHRIST a souffert pour nous, ce qui est un très-bon ressouvenir ; et je crois que si l’Église n’avait point institué ces solennités, que tous les mystères de notre foi seraient effacés de notre mémoire, et que les Chrétiens penseraient, comme les païens, aux choses de la terre seulement. C’est pourquoi que l’institution de ces fêtes solennelles est très utile aux gens de bonne volonté ; ce que Calvin ne devait point avoir rejeté, non plus que les jeûnes, lesquels JÉSUS CHRIST même a sanctifiés et pratiqués ; ni aussi les cérémonies au culte de Dieu, car JÉSUS CHRIST même les a observées en divers endroits, comme lorsqu’il guérit l’aveugle-né, car l’Évangile dit qu’il cracha sur la poudre et fit de la boue et en frotta les yeux de l’aveugle, et puis l’envoya laver (Jean 9, v. 7). Sans doute que ces Calvinistes auraient eu plus de sujet de se moquer de toutes ces cérémonies et formalités qu’observa JÉSUS CHRIST pour donner la vue à cet aveugle qu’ils n’ont de se moquer des Cérémonies qui s’observent en l’Église Romaine, puisqu’icelles ont beaucoup plus d’apparence de piété et dévotion que n’avaient les Cérémonies que JÉSUS CHRIST observa en la guérison de cet aveugle.
130. Et tout ce qui est bon et pieux ne doit point être rejeté de personne, encore moins de ceux qui disent de vouloir réformer l’Église de Dieu. Pendant qu’on voit que ce Calvin a rejeté les façons de faire de l’Église Romaine ès choses bonnes, voire toutes les meilleures, comme est aussi la Confession des péchés d’un chacun en particulier. Ce qui est chose très-bonne, laquelle humilie le cœur des hommes et leur fait se souvenir de leurs fautes commises, afin de les amender et d’en avoir la confusion en pénitence du plaisir qu’ils ont pris à pécher, ce qui est en partie la satisfaction pour iceux. Car c’est une grande humiliation à une personne, lorsqu’elle déclare à un autre les péchés en particulier qu’elle a commis. C’est pourquoi que Calvin ne devait pas rejeter toutes ces choses par sa réforme, mais seulement rejeter les abus qu’il voyait en icelles. Car autrement il n’est point un réformateur, mais un instituteur de choses nouvelles, puisque c’a été depuis le commencement de l’Église chose bonne de confesser ses péchés ; car l’Apôtre ordonne précisément à ses disciples de confesser leurs péchés les uns aux autres (Jac. 5, v. 16). Mais peut-être que ce Calvin avait volonté de commettre des péchés qu’il n’eût pas voulu déclarer à un autre. Pour cela s’est-il moqué de la Confession, et de plusieurs autres choses, lesquelles il n’avait point désir d’observer, comme sont les jeûnes et la chasteté ou l’obédience. Et voulant entreprendre une vie libertine, il fallait de nécessité qu’il entreprît une réforme pareille à ses intentions, laquelle donnait la liberté aux hommes de faire tout ce qu’ils voudraient, sans répréhension de personne, comme il se pratique par les personnes qui ont suivi cette réforme, lesquelles vivent selon les sens de leurs natures corrompues et ne se soucient de rien sinon des choses qui sont repréhensibles devant les hommes ; et pour le surplus qui regarde l’intérieur ou le salut de leurs âmes, ils s’en veulent attendre aux mérites de JÉSUS CHRIST, afin de par ce moyen vivre à l’aise et de mourir en repos.
131. Ce qui est bien aventurer ce que l’homme a de plus précieux, et mettre en hasard une vie éternelle pour jouir un si peu de temps des plaisirs de cette misérable vie, lesquels ne sont à comparer aux moindres plaisirs éternels ; pendant qu’on voit tant de personnes faire un échange si peu profitable. Et je crois qu’on ne voudrait point aventurer une somme d’argent comme on aventure le salut de son âme. Car si on savait quelque part du gain assuré, on le voudrait prendre plutôt que de mettre son argent à l’aventure. Pendant qu’on n’use point de cette prudence au regard du salut de son âme. C’est pourquoi que l’Écriture dit très-bien que les enfants du monde sont plus prudents que les enfants du Royaume (Luc 16, v. 8), puisqu’on voit par effet qu’en matière de salut, il ne faut que venir un homme tel qu’était Calvin pour être suivi de tant de personnes, en leur faisant entendre qu’ils seront sauvés moyennant de le croire lorsqu’il dit d’avoir trouvé tant de choses mauvaises dans l’Église Romaine, quoiqu’en effet ce soient choses bonnes en elles-mêmes. Bien est-il vrai qu’on abuse de quelques-unes ; et il ne fallait point que Calvin fût sorti de l’obéissance de Rome pour découvrir les abus, puisque tous gens d’esprit qui sont sous cette obéissance les connaissent mieux que lui ; mais il les devait corriger en sa personne et ès autres par son exemple, sans apporter en la Chrétienté une telle division et faire que les chrétiens se haïssent l’un l’autre, en méprisant tout ce qui est de bon pour un peu de mauvais qui s’y est glissé.
XXXI. Il est très bon que par quelques cérémonies l’on représente et offre à Dieu le sacrifice que J. C. a une fois fait en la croix ; de quelques noms qu’on appelle ces cérémonies, comme, Messe, sacrifice, ou chose sacrée, etc., pourvu seulement que cela serve à offrir son cœur à Dieu en sacrifice comme on se souvient que J. C. s’y est offert soi-même. Il faut rejeter l’abus et non l’usage, etc.
132. Si Calvin eût été du temps de JÉSUS CHRIST, il est à craindre qu’il eût méprisé et rejeté sa personne, parce qu’il y avait un Judas au nombre de ses Apôtres ; mais si Calvin avait résolu de mener une vie licencieuse, il devait de nécessité dire beaucoup de mal de l’Église Romaine, parce qu’un chacun lui eût demandé pourquoi il voulait quitter, et il n’aurait pas été bienséant qu’il eût déclaré que c’était pour mener une vie licencieuse et suivre les plaisirs de la chair. C’est pourquoi qu’il s’est étudié à trouver beaucoup de choses à redire de l’Église Romaine, afin que le peuple en prît de l’aversion et excusât le relâchement de ce Calvin qui a grand tort à mépriser plusieurs choses saintes, comme est aussi le sacrifice de la Messe, qui n’est en soi autre chose que d’offrir à Dieu le Père son Fils JÉSUS CHRIST en sacrifice ; et comme les Prêtres Anciens offraient au même Dieu les bêtes que le peuple présentait à Dieu en offrande, ainsi aussi offrent maintenant les Prêtres sacrifice pour tout le peuple, lequel se joint en prière avec le Prêtre pour offrir leurs cœurs en sacrifice à Dieu, comme Jésus Christ s’est offert une fois pour eux en l’arbre de la croix ; ce qui est remémoré par les cérémonies de la Messe, laquelle se fait en mémoire de la passion de JÉSUS CHRIST, pour se ressouvenir de tous ces S. Mystères, et offrir tous les jours nos cœurs à Dieu, comme JÉSUS CHRIST a offert son corps une fois pour nous sur l’arbre de la croix. Ce que doivent faire tous vrais Chrétiens. Car ce n’est pas maintenant comme en l’Ancienne loi, où on offrait à Dieu les bêtes en sacrifice, puisqu’il veut maintenant que nous lui offrions notre cœur et nos prières par les Prêtres, comme ceux de l’ancienne loi offraient les biens temporels qu’un chacun présentait à Dieu en offrande. Et si cette Messe était bien entendue en toutes ses significations, il faudrait qu’un chacun jugeât que c’est une chose très bonne, sainte, et salutaire.
133. Mais ceux qui ne regardent que les abus qui se commettent par la messe, ils la méprirent, comme a fait Calvin, en rejetant ainsi toutes les choses bonnes avec les mauvaises sans réserver le bon grain au grenier du Seigneur, mais le lient tout ensemble en faisceaux pour être jeté au feu avec l’ivraie, ce qui est contre l’ordre qu’a donné le maître à ses moissonneurs en l’Évangile, à savoir qu’ils cueillissent premièrement l’ivraie pour la brûler, et qu’ils amassassent ce qu’il y avait de bon grain en son grenier. Mais Calvin n’a rien voulu retenir de bon de l’Église Romaine, ayant lui-même établi des nouvelles lois et règles selon sa fantaisie. En quoi il n’est point un réformateur, mais un instituteur de nouvelle religion. Mais s’il avait eu l’Esprit de Dieu, il aurait seulement réformé les abus qu’il voyait en l’Église Romaine, mais point l’abandonner, comme il a fait au préjudice du salut de son âme et de celui de tant d’autres qui l’ont suivi ; comme vous avez fait, mon Enfant, avec tous vos parents devanciers, en étant alléchés par les discours de Calvin, lequel disait d’avoir découvert les abus de l’Église Romaine, et qu’il les voulait réformer.
XXXII. Les hommes réforment de paroles. Dieu fait réformer par effet, et quitter la forme et les choses de ce monde pour suivre J. C.
134. En quoi il a parlé mensonge et aussi vérité ; mensonge en ce qu’il disait de vouloir réformer les abus, lorsqu’il en a lui-même commis des plus grands par la réforme que ceux qu’il avait remarqués en l’Église Romaine. Je ne peux nier qu’il n’ait aussi dit la vérité en quelque chose, parce que l’Église Romaine est assurément déchue de l’esprit des Apôtres et des premiers Chrétiens, et ne suivent plus la pauvreté et humilité de JÉSUS CHRIST ; mais ce Calvin a suivi encore moins ces conseils Évangéliques. Car il a été grand et superbe tous les jours de sa vie, et a engendré des enfants spirituels selon leur père, lesquels s’estiment au-dessus de toutes les autres religions, comme s’ils étaient les seuls clairvoyants, et que les autres seraient en ténèbres ou en des erreurs, comme ce Berckendal fait entendre en son pasquil lorsqu’il vous admoneste tant de ne jamais quitter la vraie Religion pour suivre des erreurs, comme il appelle mes écrits et ma Religion. Et il aurait raison de vous conseiller cela si en cas sa religion était la vraie Église, comme il la pose, ou que mes écrits seraient des erreurs. Car ce conseil vous serait salutaire en quittant les erreurs pour suivre la vraie Église.
135. Mais croyez, mon Enfant, que l’un ni l’autre ne peut être véritable. Car sa Religion ne peut être la Vraie Église, puisqu’elle n’est point régie par l’Esprit de JÉSUS CHRIST ; vu qu’en effet il n’y a rien de semblable ; car s’il était autrement, je vous l’aurais dit ; mais Calvin a établi une nouvelle Église avec une nouvelle croyance, même toute autre que celle établie par JÉSUS CHRIST et ses Apôtres. Et s’il avait par sa Réforme repris la Vie Évangélique, je voudrais être aujourd’hui Calvinienne sans attendre à demain ; puisque c’est tout un quel nom l’on porte lorsqu’en effet on est vrai Chrétien et qu’on suit et pratique les conseils Évangéliques. Mais ces Réformés de nom font tout le contraire, en donnant à leurs adhérents des lois et des conseils tout autres que ceux que JÉSUS CHRIST a donnés. C’est pourquoi qu’il vous faut bien garder de cette tromperie, et ne point vous amuser sur ce que ces Calvinistes disent d’être dans la vraie Église ; puisqu’il est faux et est très-véritable qu’ils sont en des erreurs en plusieurs choses, comme je le montrerais clairement s’ils m’avaient déclaré les points de leurs croyances ou ce que Calvin leur a enseigné ; mais ils ne veulent pas venir au jour avec leurs doctrines, en sachant bien qu’ils ne la sauraient maintenir contre les vérités de Dieu. C’est pourquoi ils ne les ont point avancés en leur pasquil, craignant que je ne les réfute ou éclaircisse d’une autre manière qu’ils ne pensent. Et partant ils se taisent de ces choses, et n’apportent rien de particulier de leur croyance, sinon qu’ils disent en général qu’ils sont en la vraie Église et point moi, en ajoutant que mes écrits sont remplis d’erreurs, sans en savoir montrer une qui fût véritable ; mais parlent de toute chose en mes écrits mensongèrement et calomnieusement, en pensant qu’on les doit croire à l’aveugle, comme on ferait un oracle. En quoi ils se trompent, car sitôt que la vérité viendra au jour contre leurs mensonges, il faut que ces mensonges fondent comme la neige fond proche le feu ; parce que la Vérité est un glaive tranchant des deux côtés, et coupe tout ce qu’elle rencontre de mensonger. C’est pourquoi ces Calvinistes font bien de ne me point mettre en avant leurs croyances et doctrines, si en cas ils ne désirent pas d’en découvrir la vérité.
136. Mais s’ils cherchent icelle, ils la trouveraient assurément en mes écrits. Car s’il y avait des erreurs en iceux, comme ces Calvinistes allèguent, je n’aurais garde de les rendre si publiques et les faire communes aux bons et aux mauvais ; et si je voulais faire une nouvelle secte, comme ces Calvinistes disent, en Nordstrand ou ailleurs, je me garderais bien de publier ainsi mes secrets à tout le monde et de faire imprimer les lettres que j’écris à mes amis confidents. Car Dieu m’a donné assez de jugement pour savoir secréter mes affaires ; puisque j’ai souvent entendu ce proverbe, lequel dit que celui qui ne sait dissimuler ne mérite point de régner. Mais je veux surmonter tous ces égards humains, et donner à connaître à un chacun les intentions que j’ai et quels sentiments je porte ; car je ne prétends autre chose par mes écrits sinon de faire voir aux Chrétiens qu’ils sont déchus de l’Esprit Évangélique, et leur enseigner les moyens pour le pouvoir recouvrer à ceux qui en ont le désir.
XXXIII. La doctrine de J. C. est tenue pour épouvantable, bonne pour le temps passé et impossible à présent.
Commandements de Dieu, possibles.
137. Et ces moyens ne plaisent point à Berckendal, car il appelle « une épouvantable doctrine de confesser aux Chrétiens de quitter les négoces et trafics du monde pour devenir vrais Chrétiens ». Et je demanderais volontiers à ce Berckendal si JÉSUS CHRIST a enseigné une Doctrine épouvantable lorsqu’il dit à ses Apôtres : Quittez vos rets et filets pour me suivre. Ces Apôtres n’étaient point dans l’avarice que sont les marchands à présent, insatiables à gagner de l’argent ; mais ils étaient des pauvres pécheurs de poissons qui avec leurs rets devaient entretenir leurs familles du labeur de leurs mains ; cependant que JÉSUS CHRIST leur commande de quitter leurs rets pour le suivre. Mais j’entends que ces Réformés me diront que tous Chrétiens ne sont point appelés pour être des Apôtres, afin d’échapper qu’ils ont dit si mal à propos que c’est une Doctrine abominable d’enseigner aux Chrétiens de quitter leurs trafics pour se rendre vrais Chrétiens. Mais je leur demande si ce n’est point un Conseil Évangélique donné par JÉSUS CHRIST à tous Chrétiens, lorsqu’il leur dit : Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres. Cela est encore plus que de quitter seulement ses trafics temporels, sans lesquels on peut garder encore beaucoup de biens, comme de terres, meubles et maisons ; toutes lesquelles choses semblent être comprises en ce tout dont JÉSUS CHRIST parle de quitter pour être parfait ; et ceci est confirmé en tant d’endroits de la Ste Écriture qu’il serait superflu de les tous citer ; puisque JÉSUS CHRIST dit tout clairement que celui qui ne quitte tout ce qu’il a ne peut être son Disciple (Luc 4, v. 33).
138. Il faut bien dire que ce Berckendal est un esprit étourdi puisqu’il dit de s’épouvanter d’entendre que je déconseille aux Chrétiens de trafiquer ; et il se doit bien épouvanter davantage d’entendre JÉSUS CHRIST dire en son Évangile qu’on ne peut être son disciple sans renoncer à tout ce qu’on possède. Ce Berckendal se doit-il épouvanter d’entendre les Vérités de Jésus Christ même, qu’il lit journellement en l’Évangile ? Et s’il s’épouvante véritablement de cela, ce n’est point de merveille qu’il s’épouvante aussi de ce que je conseille aux Chrétiens de quitter leurs trafics pour se rendre Disciples de Jésus Christ. Vu qu’il est possédé d’un esprit tout contraire à celui de JÉSUS CHRIST, il faut qu’il contredise à tout ce qui est sorti de l’Esprit de Christ, vu qu’Antéchrist ne signifie autre chose que contraire à Christ. C’est pourquoi Berckendal appelle Dieu, Diable ; et veut faire entendre que les œuvres que je fais par inspiration de l’Esprit de Dieu sont des opérations du Diable, selon qu’il écrit en son pasquil. Par où il montre assez qu’il est possédé d’un esprit d’erreur et de mensonge, comme est celui dont il me veut accuser sans raison, en prenant les vérités de Dieu que j’allègue pour des erreurs et mensonges, à cause qu’il n’a jamais connu ces Vérités de Dieu, et toujours cheminé ès erreurs que Calvin lui a laissées par écrit, en pensant qu’il n’y avait rien de meilleur ; et en étant maintenant habitué et vieilli en ces erreurs, il s’épouvante d’entendre parler de la droite vérité qui mène à salut, parce qu’il n’a jamais cru qu’il fallait observer les conseils Évangéliques en pratique pour être vrai Chrétien, mais qu’il les fallait seulement lire et prêcher comme on fait une belle histoire qu’on raconte du temps passé.
139. Et peut-être que Berckendal me dirait bien que ce n’est point à présent que les Chrétiens doivent mettre en pratique les conseils Évangéliques, mais que ç’a été en la primitive Église seulement, puisque presque tous ceux qui sont de la réforme de Calvin sont dans ce sentiment « qu’il est impossible de garder les conseils Évangéliques », et disent même « qu’il est impossible de garder les commandements de Dieu ». En quoi leurs Prédicants les renforcent, en disant « que cela est véritable, et que les hommes sont trop fragiles pour garder les commandements de Dieu ». Comme si Dieu (qui a créé l’homme) ne savait point la fragilité d’icelui ; ou bien qu’il serait un Tyran de leur donner des lois lesquelles il leur serait impossible d’observer. Cela est aussi le sentiment d’aucuns Juifs auxquels j’ai parlé autrefois, lesquels me disaient assurément être impossible à l’homme d’observer les commandements de Dieu. Et il est plus supportable de trouver ce sentiment parmi les Juifs que parmi les Chrétiens ; vu que les juifs n’ont point eu reçu le St Esprit ni la Doctrine de JÉSUS CHRIST, comme ont fait les Chrétiens, lesquels se vantent d’être disciples de JÉSUS CHRIST et le peuple de Dieu, pendant qu’ils ne veulent point croire qu’ils peuvent bien observer ses commandements, ni imiter JÉSUS CHRIST en voulant être ses disciples.
140. Voyez, Mon Enfant, je vous prie, quels sentiments extravagants qu’ont ces Réformés, de croire que Dieu leur aurait donné des commandements lesquels il leur serait impossible d’observer ! Ne faudrait-il pas conclure par là que Dieu serait plus cruel vers les hommes que le plus méchant qui serait d’entr’eux ? Car on n’entendit jamais qu’un homme commandât à un autre de faire chose qui lui était impossible. Et encore qu’on dise que les Turcs traitent mal les Chrétiens lorsqu’ils les ont pour esclaves, n’entend-on jamais qu’ils leur commandent des choses impossibles ; vu qu’ils ne les pourraient achever et feraient périr leurs esclaves, desquels ils attendent encore d’iceux quelques services. Et si ces Calvinistes veulent maintenir qu’il est impossible d’observer les commandements que Dieu nous a donnés, ils estiment Dieu plus cruel que les Turcs et Barbares, lesquels ne commandent point chose impossible à leurs sujets, comme ces malavisés disent que Dieu commande à son peuple, lequel dit en son Évangile que ce n’est point sa volonté qu’un seul périsse (Matth. 18, v. 4). Ne faut-il pas donc croire qu’il n’a point donné aux hommes des commandements lesquels il leur est impossible d’observer ? Car autrement ils périraient tous en général, en étant tous soumis à une même Loi qu’ils ne pourraient observer. Ce sentiment se rapporterait bien avec ce que croient ces Calvinistes, que Dieu a prédestiné les hommes à la damnation avant qu’iceux fussent créés ; car il aurait prédestiné à la damnation tous ceux à qui il a donné des commandements impossibles à être observés.
141. Car nous croyons assurément que tous ceux qui n’observeront point les commandements de Dieu seront damnés, ce qui a plus de semblance de vérité que de croire que Dieu nous aurait donné des commandements impossibles à être observés ; car c’est une chose juste que le valet soit puni pour avoir désobéi au commandement de son maître ; et c’est une chose très-injuste que le Maître commande des choses impossibles à son valet ; en sorte qu’il n’y a nulle apparence que ces Calvinistes aient aucune raison pour croire qu’il est impossible d’observer les commandements de Dieu ; et je crois que Calvin leur a donné cette impression parce que lui n’avait point la volonté d’observer les commandements de Dieu ; et il devait faire passer cela comme une chose impossible en regard à sa fragilité ; car autrement personne ne l’aurait suivi en sa réforme ; puisque l’Évangile rapporte la réponse que Jésus Christ fit au jouvenceau qui lui demandait ce qu’il fallait faire pour être sauvé. À qui Jésus Christ répondit qu’il fallait garder les commandements (Matth. 19, v. 16, 17). Et pour porter témoignage contre le sentiment de ces Calvinistes, le jeune homme répondit à JÉSUS CHRIST qu’il avait fait cela dès la jeunesse. Voudrait-on maintenant dire que ce jeune homme avait fait des choses impossibles en l’observance de ces commandements ?
142. Je déments absolument tous ceux qui allèguent de semblables mensonges, et peux dire avec vérité que j’observe les commandements de Dieu par sa Grâce, et que j’aimerais mieux de mourir que de faire la moindre chose contre les commandements de Dieu. Et je n’ai garde de dire qu’il est impossible de ce faire, puisqu’en effet je trouve cette observance très-facile, très-bonne et très-salutaire à celui qui méprise les vanités du monde. Car j’ai senti en l’observance des commandements de Dieu un joug léger à porter, où les lois du monde m’avaient été une bien plus pesante charge. Et j’ai aussi trouvé en l’observance de ces commandements une tranquillité de l’âme et un repos de conscience. Ce qui est la meilleure chose qu’on pourrait choisir en ce monde, et le chemin le plus assuré pour arriver au salut éternel. C’est pourquoi il ne peut être véritable que les commandements de Dieu soient impossibles à être observés, vu que j’ai en moi une expérience toute contraire.
XXXVI. Comment il est possible de faire les commandements de Dieu, et impossible de ne les pas faire. Pourquoi Dieu les a donnés ; et notre engagement par J. C. à les faire.
143. Mais ces personnes mondaines, lesquelles sont habituées à suivre les appétits de la chair et la convoitise des yeux, avec l’orgueil de vie, ils jugeraient facilement qu’il est impossible de quitter ces choses pour observer les commandements de Dieu. Peut-être que ce Berckendal avec sa suite sont en cet état et ne voudraient pour rien quitter leurs vieilles habitudes. C’est ce qui engendre en leur esprit cette impossibilité d’observer les commandements de Dieu. Et ils enseignent cela les uns aux autres comme si c’était une vérité ; quoique ce ne soit qu’une sotte imagination pour flatter leurs malheurs, et aider l’un l’autre à descendre plaisamment ès enfers. Car il est très-certain que personne ne sera sauvé sinon celui qui aura gardé les commandements de Dieu. Et cela a été dès le commencement du monde ; outre ce que c’est une chose très-raisonnable en parlant même selon le sens humain. Car qui serait l’homme si insensé qui voulût tenir un simple valet à gage lequel ne voudrait point obéir aux commandements que lui fait son Maître ? Sans doute qu’il le chasserait de sa maison ; ce qu’il ferait de tant plus si le valet disait au Maître qu’il serait trop infirme et fragile pour suivre ses ordonnances, et trop faible pour faire ce qu’il lui commande. Le Maître dirait aussitôt au valet : « Sortez de mon logis, puisque vous n’avez point le courage pour me servir ; je n’ai que faire de vous. » Combien davantage Dieu déchassera-t-il de son Royaume les personnes qui disent de ne savoir observer les commandements de Dieu à cause de leurs infirmités, lesquelles elles se causent à elles-mêmes ?
144. Par exemple, une personne dira qu’elle ne sait point aimer Dieu de tout son cœur, comme il nous l’a commandé. Et cela provient que les cœurs de ces personnes sont attachés à la terre, à leurs aises ou plaisirs, et à tout ce qui leur touche, lesquelles affections elles ne veulent pas quitter. Ne vous semble-t-il pas, mon Enfant, que ces personnes se font à elles-mêmes cette impossibilité à cause qu’il est véritablement impossible que leurs cœurs soient aimant deux choses si contraires en un même temps, et cela de tout leur cœur ; car les plaisirs de cette vie sont choses terrestres qui n’ont rien de divin, et passent en un moment ; et Dieu étant pur Esprit et éternel n’a nul rapport avec ces choses temporelles ; en sorte qu’une personne ne peut aimer l’un et l’autre tout ensemble. Il faut que l’un de ces amours cède à l’autre. Et aussi longtemps que nos affections sont aux choses de la terre, il nous est impossible d’accomplir ce premier commandement d’aimer Dieu de tout notre cœur.
145. Mais si notre cœur s’attachait par amour à Dieu, nous trouverions la même impossibilité d’aimer les plaisirs de cette vie que ces Calvinistes trouvent à aimer Dieu ou à accomplir ses commandements, vu que nous forgeons nous-mêmes cette impossibilité par les actes de notre volonté. Et pour parler vérité, il faudrait que ces personnes disent plutôt : « Nous ne voulons point garder les commandements de Dieu », au lieu de dire : « Nous ne pouvons point. » Vu que cela est un mensonge inventé par des personnes sensuelles, qui s’aiment elles-mêmes avec plus d’affection qu’elles ne voudraient aimer Dieu. Car si l’on disait à un Marchand avaricieux qu’il doit quitter ses trafics pour observer les commandements de Dieu, il n’en ferait rien, d’autant que son cœur est attaché à son gain et l’aime, au lieu de Dieu, lequel ne peut trouver de place dans un cœur avaricieux, vu qu’il est rempli de convoitises, lesquelles il ne veut pas déchasser, mais bien les alimenter par ses trafics ; et partant il lui est impossible de garder ce commandement de Dieu, lequel défend de convoiter ; et cela, à cause qu’il ne veut point quitter l’affection qu’il a aux richesses. Il se rend par là impuissant de garder les commandements de Dieu, quoiqu’il fut très-puissant sans ces empêchements que les hommes mettent eux-mêmes à cette observance ; car l’on voit leurs cœurs et leurs pensées se porter continuellement aux choses de la terre, qui aux plaisirs de la chair, qui au plaisir du goût. L’un étudie pour parvenir à quelque état ou office ; l’autre s’occupe entièrement à négocier pour gagner de l’argent. En sorte que tout le cœur et l’esprit des hommes est entièrement occupé avec les soins des choses de la terre. Et il ne faut point s’étonner s’il est lors impuissant de garder les commandements de Dieu ; parce qu’il s’indispose lui-même à ce faire ; et on veut imputer la faute à Dieu, comme s’il leur avait imposé des choses impossibles à être observées, ou chargés de jougs insupportables. Ce qui est blasphémer contre Dieu, lequel n’a point de besoin de nos services pour nous faire porter des pesants fardeaux, mais nous a donné ses commandements seulement pour nous rendre heureux en ce monde et en l’autre.
146. Car JÉSUS CHRIST nous assure cela lorsqu’il dit : Prenez mon joug, il est doux, et ma charge est légère. Et ceux qui veulent être vrais Disciples de JÉSUS CHRIST en font eux-mêmes l’expérience. Car ils se trouvent contents en ce monde, et auront assurément la vie éternelle. Et si vous vous examinez vous-même, mon Enfant, vous trouverez d’être plus content depuis que vous avez quitté le monde que vous n’avez été en le servant. Et si ce commencement vous console, combien serez-vous consolé en sa poursuite ; puisque servir Dieu c’est régner, et servir au monde c’est être esclave. Et partant ne vous rendez jamais de ce sentiment pour croire qu’il est impossible d’observer les commandements de Dieu, puisque cela est faux et mensonger. Car Jésus Christ nous est venu expliquer les commandements de Dieu plus particulièrement que n’avait fait la Loi Mosaïque, et il semble que la Loi Évangélique est encore plus rigoureuse que la Mosaïque.
147. Car un Juif me dit un jour « que la Loi Évangélique était de beaucoup plus difficile observance que la Loi que Moïse leur avait donnée, puisque Dieu par Moïse avoir ordonné de payer seulement les dîmes du bien qu’on possédait et que JÉSUS CHRIST ordonnait de vendre tout ce qu’on avait sans réserve ». Et cela lui semblait aussi impossible, comme aux Calvinistes. Mais c’est à cause que ces Juifs sont autant attachés aux biens de la terre que ces Calvinistes. Et partant ils trouvent la même impossibilité l’un que l’autre en l’observance de la Loi de Dieu, sans découvrir qu’ils causent eux-mêmes cette impossibilité par l’affection qu’ils ont pour les choses de la terre ; car en effet les commandements de Dieu sont doux et agréables, et ne sont donnés aux hommes que pour faire connaître leurs péchés. C’est pourquoi l’Apôtre dit que si la Loi ne lui aurait point appris que la convoitise était péché, qu’il ne l’aurait point su (Rom. 7, v. 7).
148. En sorte que la Loi ne peut être une charge, mais c’est un véritable soulagement aux hommes de bonne volonté, vu qu’elle ne fait rien que de leur remémorer l’obligation qu’ils ont d’aimer Dieu de tout leur cœur, et d’honorer Père et Mère. Cela sont les deux choses que Dieu commande, et tout ce que la Loi ordonne de surplus ne sont que des défenses de mal faire, comme est de ne point jurer, dérober, paillarder, ou commettre des autres péchés contenus ès dix commandements que Dieu donna à Moïse. Toutes lesquelles choses sont très-bonnes à être observées par l’homme, lequel n’a rien de plus naturel que L’AMOUR, et ne peut aussi trouver d’objet plus aimable que Dieu. Pourquoi donc lui serait-il impossible d’aimer Dieu, lequel est si parfait, bon et accompli ; et que son naturel est toujours incliné à aimer les choses belles, bonnes et parfaites ? Et pourquoi serait-il impossible à l’homme de s’abstenir de mal faire et d’observer ce que la loi ordonne ès dix commandements, en s’abstenant de tuer, dérober, paillarder, ou autres péchés défendus par les dix commandements de Dieu ? Et comment l’homme ne saurait-il honorer son Père et sa Mère, de qui il a tant reçu de bienfaits et d’assistances impossibles ? Peut-on dire avec vérité que ces choses soient impossibles à être observées, vu qu’elles sont toutes très-bonnes et salutaires, et que ces Lois nous ont été données de Dieu par un trait de sa grande miséricorde ?
149. Car il n’avait point de besoin de l’homme, et encore bien qu’ils fussent tous péris éternellement, cela n’amoindrirait rien de sa gloire ; car il est puissant (après qu’ils eussent tous été péris) de créer cent-mille mondes de nouveau, et beaucoup de créatures plus parfaites que les hommes. Pourquoi donc nous voudrait-il contraindre à porter des faix insupportables par ses lois ? S’il était un Roi terrien, il pourrait avoir besoin du service des hommes, et il serait en tel cas besoin qu’iceux fussent contraints à observer ses ordonnances et à lui rendre des services forcés ; mais Dieu étant indépendant de toute chose, il n’a besoin de rien ; et s’il a donné des lois aux hommes, c’est pour les favoriser, et pas pour les surcharger, comme ces Calvinistes pensent en disant que les commandements de Dieu sont impossibles à être observés des hommes à cause de leurs fragilités ; bien qu’en effet ce soit une grande faveur que Dieu ait donné des lois aux hommes après qu’ils avaient cessé d’adorer Dieu et s’étaient adonnés à tous les péchés défendus par les dix commandements.
150. Car s’il n’y avait pas eu lors de péchés, il n’y aurait pas eu besoin des lois. Et les péchés seuls engendrent les lois ; puisqu’il n’était pas ainsi au commencement ; car lorsque Dieu créa l’homme, il le laissa tout libre et ne lui donna aucunes lois. Mais les péchés ont engendré les lois, et rien d’autre, comme iceux péchés engendrent encore actuellement toutes sortes de lois civiles et politiques. Car sitôt qu’un Magistrat bien vigilant voit que ses sujets font quelque chose de mauvais, ils ont sitôt une ordonnance contraire, et défendent absolument sous peine de punition de faire ces maux. Y aurait-il bien quelqu’un si mal avisé qui dise d’être impossible d’observer les ordonnances de ce Magistrat lorsqu’il défend seulement de malfaire et qu’il commande de bien faire ? Et c’est ce que Dieu a fait par ses commandements, lesquels ces Calvinistes disent d’être impossibles d’observer. Car Dieu n’a rien défendu autre chose que de mal faire, et a commandé de bien faire. Voilà tout ce que contiennent les commandements de Dieu, et rien d’autre, assavoir de s’abstenir du mal et de bien faire. Est-il donc supportable d’entendre ces Réformés dire qu’il est impossible d’observer les commandements de Dieu, comme s’ils veulent faire entendre qu’il leur est impossible de cesser de malfaire, et qu’ils trouvent la même impossibilité à aimer Dieu, ce qui est toutefois le meilleur du monde ? Ne faut-il pas que ces personnes périssent absolument ? Car comment peuvent-ils être sauvés en disant indirectement qu’ils ne sauraient s’abstenir de malfaire à cause de leurs infirmités, et ne sauraient aussi aimer Dieu, pour leurs fragilités ?
151. Je leur demanderais volontiers s’il faut davantage de force ou de courage pour bien faire que pour mal faire, et pourquoi ils ont plus de vigueur pour aimer de l’or, de l’argent ou des sales plaisirs, que pour aimer Dieu ? Ne voit-on pas que ces personnes ont le sens tout renversé et qu’elles sont errantes ès principales choses de la foi ? Hé ! comment seraient-elles Chrétiennes, puisqu’elles se croient trop fragiles pour observer les commandements de Dieu ? Comment se trouveraient-elles fortes assez pour observer la loi Évangélique, qui en effet apporte plus d’incommodités à la nature que ne font les dix commandements de Dieu en général, pendant que ces personnes se veulent préférer aux autres et dire « qu’elles sont la vraie Église et qu’elles suivent JÉSUS CHRIST et ses Apôtres depuis qu’elles ont quitté les erreurs de l’Église Romaine, qu’elles se tiennent à l’Évangile » ? Ce qui se contredit directement ; car si elles ne savent point garder les commandements de Dieu, comment sauraient-elles toujours prier, jeûner, souffrir les opprobres et persécutions, et porter la croix, comme JÉSUS CHRIST enseigne en son Évangile ? Car on voit par effet que toutes ces choses sont plus loin d’elles que l’observance des commandements de Dieu, à quoi ils se disent trop infirmes.
152. S’ils croient cela au fond de leurs âmes, ils feraient mieux de dire qu’ils sont trop fragiles pour être sauvés. En cela ils diraient la vérité et ne seraient point Hypocrites comme ils sont en disant « qu’ils sont des vrais Chrétiens ou dans la vraie Église », lorsqu’ils n’observent rien de la Loi Évangélique, et qu’ils disent d’être trop fragiles pour observer les commandements de Dieu. Ne voyez-vous pas, mon Enfant, que toute la doctrine de ce Berckendal et de ses adhérents est fondée sur des erreurs et mensonges ? Et qu’icelle ne consiste qu’en paroles étudiées ? Comme je vous ferais bien voir en tous les points de leur Catéchisme, s’il était besoin de le réfuter. À cause qu’ils sont fondés sur des erreurs, et moi sur la vérité. Ils ne me sauraient avancer aucune chose que je ne fisse voir non-véritable. Mais je n’ai point de besoin d’en dire davantage, s’ils ne m’en donnent des nouveaux sujets. Je prie seulement Dieu qu’il leur ouvre les yeux pour voir la lumière de vérité, afin de connaître leurs erreurs mieux que celles qu’ils disent d’avoir découvertes dans l’Église Romaine ; car il est bien souhaitable que les Chrétiens fussent unis par ensemble, en s’aimant l’un l’autre comme JÉSUS CHRIST leur a commandé, au lieu de se haïr, comme ils font au préjudice de leur salut ; et qu’un chacun tâchât de découvrir ses propres erreurs pour les amender ; alors il n’y aurait plus de division en la Chrétienté, parce que tous vrais sentiments viennent de Dieu, et ne peut avoir de sentiments contraires entre ceux qui sont en la vraie Église, puisqu’elle est régie tout d’un même Esprit.
153. Car il n’y a qu’un Dieu, qu’une vérité, et une vraie Église, de laquelle sont tous les saints, et tous ceux qui sont hors d’icelle ne peuvent être sauvés. Comment donc seront sauvés tous ceux qui ont des sentiments si errants que de croire qu’ils sont en la vraie Église lorsqu’ils se disent trop fragiles pour mener une vie Évangélique ? C’est signe qu’ils se connaissent trop fragiles pour être des Chrétiens, puisqu’il n’y a nuls vrais Chrétiens sinon ceux qui imitent JÉSUS CHRIST ; car tout ce qu’il a fait est pour nous donner exemple, puisqu’il dit : Soyez mes imitateurs ; pendant que ces Calvinistes disent qu’on ne peut imiter ni faire ce qu’il a fait. Ce qui ne peut être véritable, vu que ce qu’un homme fait, un autre homme le pourrait bien faire s’il l’avait appris. Mais si ces Chrétiens de nom ne veulent point apprendre à faire ce que JÉSUS CHRIST a fait, il leur sera toujours impossible de garder les commandements de Dieu, comme disent ces Calvinistes. Mais s’ils emploient leurs esprits et les forces de leurs corps pour apprendre à imiter JÉSUS CHRIST, ils feront facilement ce qu’il a fait, puisqu’en tant qu’homme JÉSUS CHRIST n’a rien été de plus qu’un autre homme, et en tant que Dieu, il peut opérer des merveilles autant dans une autre personne que dans celle de JÉSUS CHRIST ; car on voit par effet que les Apôtres ont fait davantage de miracles que JÉSUS CHRIST même.
XXXVII. La venue de J. C., sa vie, et les excuses mêmes des hommes, nous engagent à observer les commandements de Dieu et à faire pénitence.
154. En sorte qu’il ne faut jamais dire qu’il est impossible d’observer la Loi Évangélique, vu que JÉSUS CHRIST nous a apporté icelle comme des vrais moyens propres à observer les commandements de Dieu. Car les hommes avant la venue de JÉSUS CHRIST avaient cessé d’aimer Dieu, en ayant mis toutes leurs amours et affections aux choses de la terre et à l’amour d’eux-mêmes. En sorte qu’ils avaient tous enfreint les commandements de Dieu et avançaient en pire au chemin de la damnation. Ce que Dieu voyant (lequel ne veut point que le pécheur périsse, mais qu’il se convertisse et vive), il envoya JÉSUS CHRIST en terre afin de leur montrer la voie droite qui mène à salut ; et il fallait de nécessité qu’il leur eût fait voir par quels moyens ils étaient déchus de la grâce de Dieu ou avaient enfreint ses commandements, et qu’il leur enseignât aussi les moyens par lesquels ils pourraient retourner à l’amour de Dieu et en l’observance de ses commandements. C’est pourquoi il a lui-même embrassé ces moyens, afin de mieux enseigner les hommes de fait que de paroles, vu que l’exemple est toujours plus efficace que ne sont les paroles.
155. Et il savait que les hommes avaient retiré leurs amours de Dieu pour les mettre en de l’or, de l’argent, ou ès richesses de ce monde ; c’est pourquoi Jésus Christ choisit la pauvreté comme le vrai moyen par lequel les hommes pouvaient retourner à l’amour de Dieu, d’où ces richesses les avaient retirés, et ne pouvaient jamais recouvrer cet amour de Dieu sans quitter l’amour qu’ils avaient aux richesses ; car l’homme est trop fragile pour savoir posséder des richesses sans y mettre ses affections ; et à cause que Jésus Christ voyait que les hommes avaient quitté l’Amour de Dieu pour aimer les honneurs et gloires du monde, il choisit la bassesse, le mépris et la petitesse, pour enseigner aux hommes que ces choses leur étaient nécessaires s’ils voulaient retourner à l’amour de Dieu et pour garder ses commandements, vu que les hommes sont trop fragiles pour jouir des honneurs et grandeurs de ce monde sans y mettre leurs affections et devenir superbes. Et comme Jésus Christ voyait que les hommes s’étaient détournés de l’Amour de Dieu pour s’aimer eux-mêmes et suivre leurs propres volontés, il vient en ce monde pour souffrir les mésaises et incommodités, passant toute sa vie en peine, sans se chercher soi-même en rien ; car il dit tout exprès : Je ne suis point venu pour faire ma volonté, mais celle de celui qui m’a envoyé ; et cela pour enseigner les hommes de renoncer à eux-mêmes, de souffrir volontiers, et d’être patients ès adversités, puisqu’ils ont trop de fragilité pour demeurer en l’amour de Dieu au milieu des aises et plaisirs de ce monde, ou en accomplissant leur propre volonté, laquelle, étant corrompue par le péché d’Adam, est toujours mauvaise et ne se veut pas soumettre à la volonté de Dieu pour accomplir ses commandements.
156. Voyez, mon Enfant, par ces vérités, si les Calvinistes ont raison de dire qu’ils sont trop fragiles pour accomplir les commandements de Dieu, et encore davantage pour embrasser une vie Évangélique ; puisque cette même fragilité avec laquelle ils se veulent excuser les oblige à suivre les conseils Évangéliques comme les uniques moyens de leur salut, sans lesquels ils ne peuvent retrouver l’Amour de Dieu. Car s’ils n’étaient point fragiles (comme ils se disent), ils n’auraient pas de besoin des conseils Évangéliques, parce qu’ils seraient demeurés dans l’Amour de Dieu, auquel consiste toute sorte de vertu. Car lorsque St Augustin parle de cet Amour de Dieu, il dit : AIMEZ, ET FAITES TOUT CE QUE VOUS VOULEZ. Pour montrer que celui qui a conservé cet Amour de Dieu, il n’a point de besoin d’autres lois, puisque cet Amour est loi à soi-même et ne fera jamais de mal ; vu que cet Amour de Dieu est tout pur, il ne peut rien souffrir de souillé. En sorte qu’on peut dire avec vérité que celui qui aime Dieu ne peut pécher aussi longtemps qu’il demeure en cet Amour. Et partant n’a point de besoin de ces conseils Évangéliques, puisqu’il les possède en soi-même tous en substance, bien qu’il ne saurait pas en nommer un en particulier. Mais les personnes qui sentent leur fragilité et connaissent leur misère (comme ces Calvinistes disent, de bouche, qu’ils sont trop fragiles et misérables pour garder les commandements de Dieu) ont besoin d’embrasser tous les conseils Évangéliques, à moins de quoi ils n’arriveront jamais à l’observance de ce premier commandement d’aimer Dieu de tout son cœur, et en ne point gardant les commandements de Dieu on ne peut être sauvé ; et ils se flattent, pour se perdre, de croire que les mérites de JÉSUS CHRIST leur seront appliqués lorsqu’ils ne veulent pas mettre en pratique les conseils Évangéliques ; puisqu’ils ne sont point alors les disciples de JÉSUS CHRIST, mais sont les amis du monde dès qu’ils aiment plus les aises de leurs corps que le salut de leurs âmes.
157. Et comment pourraient-ils être sauvés puisque JÉSUS CHRIST dit en l’oraison qu’il fait à son Père qu’il ne prie point pour le monde, mais pour ceux qu’il lui a donnés du monde (Jean 17, v. 9) ? Ces Calvinistes s’appliqueraient bien aussi ce passage en disant qu’ils sont de ceux que Dieu a donnés à son fils ; car ils s’appellent les élus ou prédestinés ; mais JÉSUS CHRIST même leur doit ôter cette impression lorsqu’il dit que ses brebis entendent sa voix et le suivent (Jean 10, v. 27). Il est bien à remarquer si ces Calvinistes suivent Jésus Christ et s’ils marchent par la voie où il a marché ; s’ils choisissent le pauvre logis, comme lui a choisi une étable pour naître ; s’ils méprisent les Richesses et honneurs du monde, comme Jésus Christ a fait, lequel dit au Juge qui l’interrogeait que son Royaume n’est point de ce monde ; ou s’ils choisissent la dernière place ou les offices serviles comme Jésus Christ faisait en disant à ses Disciples : Vous m’appelez Maître, et vous dites bien ; mais quoique je sois le Maître, je vous ai lavé les pieds ; faites ainsi cela les uns aux autres.
158. Sauriez-vous bien trouver, mon Enfant, une de toutes ces conditions (qu’avait JÉSUS CHRIST) entre toutes les personnes que vous connaissez de la Réforme de Calvin ? Et s’il n’y en a nulles, comment pouvez-vous croire qu’elles sont les brebis de Jésus Christ et qu’elles ont entendu sa voix et l’ont suivie ? Il faut plutôt que vous avouiez qu’elles sont des personnes du monde pour lesquelles Jésus Christ ne veut point prier, car elles en portent toutes les qualités, en cherchant les honneurs, richesses et plaisirs de ce monde, et en vivant selon les appétits de la chair et des sens, s’aimant elles-mêmes, et en suivant leurs propres volontés ; en sorte que si on voulait faire un portrait au vif d’une personne mondaine, il ne faut que prendre une de cette Réforme de Calvin, quoiqu’elles disent d’être du nombre des prédestinés. Cela provient de ce qu’elles disent que Dieu a prédestiné quelque nombre de personnes et qu’il a réprouvé quelques autres ; et en tel cas, elles se sont imaginées d’être de ce nombre des Prédestinés. Mais ce n’est qu’une folle imagination, fondée sur une fausse supposition, puisque Dieu n’a prédestiné personne, car il les veut toutes généralement sauver ; mais il donne à son Fils tous ceux qui le voudront suivre et imiter, et nuls autres. C’est pour iceux que JÉSUS CHRIST prie son Père, mais non point pour ceux qui sont du monde, comme ces Calvinistes, qui veulent être sauvés en disant qu’il leur est impossible d’imiter JÉSUS CHRIST, quoique tout ce qu’il a fait n’est que pour nous montrer les moyens que nous devons prendre pour retourner à Dieu. Et ces personnes malavisées rejettent les moyens aussi bien que la fin, en disant qu’il est impossible d’imiter Jésus Christ, comme aussi de garder les commandements de Dieu, et se fortifient en cela par des raisons frivoleuses, comme aucuns d’iceux m’ont dit « qu’ils prouvent bien cette impossibilité par le péché d’Adam, vu que sa personne était créée dans un état de perfection par-dessus tous autres, pendant qu’il a bien enfreint les commandements de Dieu, et que David, lequel était selon le cœur de Dieu, est bien tombé en adultère contre ses commandements ; voire que St Pierre l’Apôtre a bien renié son Maître contre les commandements de Dieu ; en sorte que s’il a été impossible à ces saints personnages de garder les commandements de Dieu, comment les pourraient garder les personnes faibles et ignorantes », comme les Calvinistes disent d’être ?
159. Toutes ces allégations et conclusions leur semblent d’abord fondées en raison ; mais en effet ce ne sont que des amusements d’esprit pour aveugler les hommes. Car quelle comparaison y a-t-il entre ces Calvinistes et ces saints personnages, lesquels ayant tombé une seule fois en péché s’en sont repentis, et en ont fait pénitence tous les jours de leur vie ? Car Adam notre premier Père n’a plus jamais eu de joie après son péché, et a subi pour icelui une pénitence de 900 ans ou davantage. Et David pour un adultère a subi les fléaux de Dieu par lui volontairement choisis, et a tant pleuré son péché qu’il dit lui-même qu’il mangeait son pain avec la cendre et lavait sa couche de ses larmes ; pareillement St Pierre, pour avoir par fragilité nié qu’il connaissait Jésus Christ en craignant la persécution, il en a pleuré toutes les fois qu’il entendit le coq chanter. Si ces Calvinistes connaissaient leurs fragilités pour en faire semblable pénitence, cela serait une connaissance salutaire ; mais de connaître seulement qu’ils sont trop fragiles pour observer les commandements de Dieu ou les conseils Évangéliques, cela n’est fondé sur nulles raisons.
160. Il est bien vrai que Dieu dit qu’il reçoit le pécheur à pénitence lorsqu’il se convertira ; mais ces Calvinistes ne se veulent jamais convertir, mais veulent persévérer en leurs ignorances et péchés, et avec cela être sauvés par les mérites d’un autre. Car ils prêchent bien la pénitence et ne la veulent jamais pratiquer, et tiennent pour pénitence de reconnaître leurs fragilités, d’avoir le désir de s’en amender, et d’espérer ès mérites de Jésus Christ. Voyez, je vous prie, mon Enfant, combien cela a peu de report avec la pénitence, qui signifie de faire choses pénibles. Or quelle peine y a-t-il à dire de connaître notre fragilité, puisqu’un chacun sent et connaît cela en soi-même sans aucune difficulté ? Et il faudrait faire beaucoup plus de peine pour ignorer notre fragilité que pour la connaître, parce qu’elle nous est trop familière. Et quel mal pouvons-nous ressentir pour avoir le désir de nous amender, vu que cela est plaisant et agréable au plus grand pécheur du monde, lequel sentant sa conscience chargée de péchés qui le tiennent en crainte de sa damnation, il se console quelquefois à penser qu’il se convertira au temps à venir ? En sorte que ce désir de s’amender ne peut être estimé pénitence, puisqu’il apporte de la consolation au lieu de peines. Et encore beaucoup moins est pénible d’espérer d’être sauvé par les Mérites de Jésus Christ, vu qu’il n’y a rien de plus plaisant que cela. Le plus grand pécheur du monde voudra bien porter en son cœur cette croyance, afin de persévérer plus aisément en ses péchés ; car il n’est nullement pénible de vivre à l’aise et sans souci moyennant de croire en son cœur que Jésus Christ a tout satisfait pour lui, et qu’il n’a rien à satisfaire pour tant de péchés qu’il a perpétrés.
161. Ne pourrais-je point dire, mon, Enfant, ce que ce Berckendal dit de mes écrits, que ces Calvinistes ont une pernicieuse doctrine, lorsqu’ils renversent ainsi les paroles de Jésus Christ, qui dit : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous (Luc 13, v. 3) ; et qu’ils prennent pour cette pénitence des choses plaisantes et aisées à la nature même ? Et ne dois-je point dire à tout ce peuple ce que les Prophètes ont prédit en disant : Vos Conducteurs sont Séducteurs (Isa. 3, v. 12), en vous menant au chemin large, qui mène à perdition, au lieu de vous mener au chemin étroit, lequel Jésus Christ a dit qu’il mène à salut ? Ô Calvinistes ! que vous êtes à plaindre d’avoir ainsi embrassé des erreurs au lieu de la vérité ! Je peux bien dire sur vous les lamentations que faisait Jésus Christ sur la ville de Jerusalem et vous dire : Ô ! si vous saviez les malheurs qui vous sont à arriver après la mort (Luc 19, v. 42), vous pleureriez ; car il semble que votre Réformateur vous ait voulu conduire en carrosse ès enfers. Il est bien vrai que sa doctrine est aisée et plaisante à la nature corrompue ; mais cette vie est si courte qu’il ne vaut pas la peine de la passer en des aises et des plaisirs qui finissent sitôt, pour être obligés à une pénitence éternelle, laquelle feront assurément tous ceux qui ne veulent point ici faire de pénitence temporelle. Et il ne vous faut point flatter par l’exemple d’Adam, David, et St Pierre, puisqu’iceux vous condamnent lorsque, pour avoir commis un seul péché, ils en ont fait une si longue pénitence et que vous autres en avez commis si grand nombre, et en commettez encore journellement, sans vouloir entreprendre aucune pénitence. Et puisque vous savez imiter ces saints personnages en leurs péchés, imitez-les aussi en leurs pénitences, sans dire que vous êtes trop faibles pour faire pénitence, lorsque vous avez des forces assez pour offenser Dieu, lequel ne recevra point vos excuses et ne se contentera point de tous les beaux discours que vos Conducteurs ont forgés pour excuser leurs péchés et les vôtres.
162. Car s’il ne fallait point mettre en pratique cette pénitence ordonnée de Dieu, Adam et tous ces autres saints personnages ne l’auraient pas continuée tous les jours de leurs vies. Et ils avaient bien plus de lumières que ce Calvin pour voir s’ils pouvaient bien être sauvés sans pénitence, ou bien en croyant seulement au fond de leurs cœurs que JÉSUS CHRIST a tout satisfait pour eux. Y a-t-il jamais eu des personnes plus disposées à recevoir les mérites de JÉSUS CHRIST que le repentant Adam, et le pénitent David, duquel Dieu dit qu’il était homme selon son cœur (Act. 13, v. 22) ; ou le triste Pierre, qui se retira au désert pour pleurer son infidélité, et en fit tant de pénitence, même depuis qu’il eut reçu le St Esprit ? Ne faudrait-il pas dire que tous ces saints personnages auraient fait des grandes folies de se tant peiner et pleurer après leurs péchés, puisqu’ils pouvaient être sauvés en croyant que JÉSUS CHRIST avait tout satisfait pour eux ? Et toutes leurs larmes et pénitences auraient (en ce cas) été superflues ou inutiles. Lesquels, vous semble-t-il, mon Enfant, qui ont erré ? Ces saints personnages qui ont prêché la pénitence de paroles et d’effet, ou bien ce Calvin qui a enseigné indirectement qu’il faut prendre le bon temps et suivre ses plaisirs en ce monde ? Pourrez-vous encore douter si Calvin a erré ou non après tant de témoignages de vérité et que vous voyez encore aujourd’hui ses Disciples s’opposer directement à ceux qui parlent de faire pénitence et avancent les Vérités de Dieu, comme j’ai fait par mes écrits ?
XXXVIII. Partialités des Religions contre elles-mêmes ; contre A. B. Leur corruption ; réunion ; persécution.
Partialités et corruption des chrétiens.
163. Quelles raisons ont eu ces Prédicants à vouloir empêcher que le peuple ne lise point mes écrits par des livres diffamatoires qu’ils ont fait imprimer, sinon pour faire voir à tout le monde qu’ils sont ennemis de la vérité et ont eu crainte qu’icelle venant au jour, leurs erreurs seraient découvertes ? Comme assurément elles seront par leur peu de prévoyance. Mais c’est peut-être que l’heure de Dieu est venue que ce St. Esprit descendra sur les hommes, lequel leur fera connaître toute vérité, comme JÉSUS CHRIST a promis d’envoyer à ses disciples. Il faut nécessairement que cela arrive, et je crois que ce sera de notre temps. Si ces Calvinistes ou autres ne le veulent pas recevoir, ils peuvent demeurer en leurs erreurs. Ce sera pour eux. Car Dieu ne force personne, pour laisser tous les hommes en général et en particulier jouir de la liberté en laquelle il les a tous créés. Si ces Calvinistes étaient attendant le St Esprit, comme ils le prient souvent de bouche, ils ne résisteraient pas à icelui lorsqu’il se présente à eux, comme il s’est fait par mes écrits, mais l’embrasseraient de grande affection, induisant le peuple à en faire de même. Mais il semble que leurs propres intérêts les touchent davantage que le salut des âmes, et aiment mieux que plusieurs périssent par ignorance que non pas que deux ou trois personnes quittent leur communauté.
164. C’est une erreur qui est maintenant fourrée par toute la chrétienté. Car chaque Religion, un chacun, tire à soi sans se soucier du profit ou dommage des âmes. C’est assez qu’un chacun cherche son propre avantage. L’on voit cela même ès différentes religions de l’Église Romaine, où bien souvent un ordre méprise l’autre et un chacun tire le peuple à soi, en l’enviant à son Frère. Et cela se pratique encore davantage hors de l’Église Romaine, où je n’ai pas encore vu une Religion estimer une autre autant que la sienne. Mais une chacune d’icelles Religions estime la sienne pour la meilleure, en sorte qu’on ne peut savoir qui parle vérité. Pour moi, il me semble que la meilleure ne vaut rien, et que chacune d’icelles Religions doivent aspirer à recevoir le saint Esprit, afin d’être enseignés en toute vérité. Car aussi longtemps qu’il y aura des erreurs mêlées avec la vérité, l’Église de Dieu demeurera en division ; mais si on connaît toute vérité, l’Église de Dieu revivrait. Car toutes ces divisions ne sont que des châtiments de Dieu pour punir les péchés de son peuple ; et il ne lui peut envoyer un plus grand fléau que de les abandonner à l’Esprit d’erreur, et de vivre en un temps où la vérité est cachée et qu’on ne sait plus où la trouver. Les Calvinistes me disent que je suis en des erreurs, en déconseillant le peuple de lire mes écrits. Les Trembleurs disent d’avoir découvert que mon esprit n’est point de Dieu. Plusieurs de l’Église Romaine disent que j’ai des sentiments qui sont hérétiques. Et grand nombre d’autres disent que j’ai l’Esprit de Dieu, ce que je dis aussi moi-même.
165. Car ce serait une grande témérité de croire que je dirais de moi-même toutes les choses que je dis si l’Esprit de Dieu ne me le dictait point, vu que je sais bien (comme dit Berckendal) qu’il n’appartient pas aux femmes d’enseigner. Et je n’ai point aussi cette inclination. J’aimerais bien mieux de me tenir en silence que d’écrire des choses qui m’apportent tant de persécutions que plusieurs même de ceux de ma Religion me poursuivent à mort, et m’obligent pour cela à me tenir cachée en tout lieu où je me retrouve. Mais puisque Dieu commence à découvrir ses vérités par mes écrits, il faut que je les produise et me résolve à souffrir tout ce qu’il plaira d’en ordonner ; car je suis autant prête à mourir qu’à vivre, selon sa sainte volonté. Mais pour des mépris et persécutions, j’en ai déjà tant souffert qu’iceux me sont tournés en habitude ; et si j’avais plusieurs vies, je crois que je serais aussi accoutumée à les perdre pour en avoir été si souvent en danger. Et tout cela à cause que je parle vérité, et que personne ne la veut recevoir lorsqu’elle reprend ; à cause que la nature veut toujours être flattée et ne désire point qu’on découvre ses fautes.
166. De là vient que ces diverses Religions me haïssent, parce que je montre de chacune leurs fautes et qu’un chacun ne veut rien entendre que la faute des autres. Et lorsque j’ai parlé des défauts de l’Église Romaine, chaque Religion qui est hors d’icelle m’a approuvée et louée. Mais lorsque j’ai parlé des défauts d’une autre Religion, ceux qui n’étaient point de celle de qui je parlais en étaient réjouis ; et ainsi de toute sorte de Secte ou Religion ; personne ne veut reconnaître sa faute, parce qu’un chacun vit encore selon sa nature corrompue, entaché de cet orgueil de vie auquel nous naissons tous. Mais si on devenait des Nouvelles Créatures, un chacun serait bien aise de reconnaître ses fautes et de les amender. Et alors un chacun m’aimerait, pource que je leur apporte la lumière de vérité, qui sort de Dieu, et non pas des hommes menteurs, qui avec des fausses vérités ont séduit le peuple, lesquels peuvent être ramenés au vrai bercail de JÉSUS CHRIST par sa vérité.
167. Et alors il n’y aura plus de divisions ; ce fléau de Dieu sera passé, et tout se ramassera dans une même bergerie dont JÉSUS CHRIST en sera le bon Pasteur, qui gardera ses brebis du loup infernal, auquel ces Pasteurs sauvages ont jà livré plusieurs âmes, et en livreront encore si on ne veut pas recevoir la vérité de Dieu, laquelle doit enseigner toute vérité, c’est-à-dire la vérité de toute chose. Et si ce St Esprit ne descend sur les âmes, je ne sais qui pourrait être sauvé. Car il me semble que c’est de notre temps que le Prophète dit que Dieu a regardé sur toute la terre, et qu’il n’a point vu un qui faisait bien ; et répété : point jusqu’à UN SEUL (Ps. 14, v. 2). Et je vois par la lumière que Dieu m’a donnée que ce temps est maintenant venu, et que pas un homme ne fait maintenant bien, et qu’un chacun d’eux a corrompu sa voie. Et ce mal ne se peut guérir si on ne cherche les moyens de retourner à Dieu, qui sont les conseils Évangéliques ; car JÉSUS CHRIST dit à tous les Chrétiens en parlant à ses disciples que si vous n’êtes convertis et faits comme un petit Enfant, vous n’entrerez point au Royaume des cieux.
168. Et cette conversion n’est autre, sinon de quitter nos erreurs et reprendre la vérité qui sort de Dieu. Et pour devenir son Enfant, il faut assurément rentrer au ventre de notre Mère l’Église naissante en abandonnant tant de sortes de sentiments divers qui sont entrés en la sainte Église, de laquelle on peut maintenant dire aux hommes ce que JÉSUS CHRIST disait aux Juifs, assavoir : Ma maison est une maison d’oraison, et vous en avez fait la retraite des larrons et brigands ! Puisqu’on voit en effet que chacune de ces Religions divisées dérobent quelques points de la Ste Écriture pour soutenir leurs erreurs ; en quoi ils sont véritablement des larrons, en prenant la vérité pour soutenir leurs mensonges, et sont aussi des brigands, puisqu’ils briguent les états et offices ecclésiastiques pour se glorifier en iceux sans examiner s’ils sont gratifiés de Dieu pour les bien desservir à sa gloire et au salut des âmes, ou s’ils aiment vraiment Dieu, et s’ils pourraient dire avec St Pierre en vérité : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. C’est pourquoi je vois clairement que l’Église de Dieu est maintenant faite la retraite des larrons et brigands ; comme JÉSUS CHRIST l’a prédit en déchassant les Marchands hors du Temple, qui était la vraie figure de l’Église de Dieu. Et ces choses figurées sont maintenant en réalité dans son Église, où on ne parle que de vendre et de trafiquer.
169. Et parce que je dis que les Vrais Chrétiens ne doivent point passer leurs vies ni mettre tous leurs soins ès négoces du monde, notre Berckendal dit que j’enseigne une pernicieuse doctrine, pour laquelle décréditer il dit tous les maux qu’il peut de ma personne, afin que nuls ne la suivent. Et je ne veux pas aussi être suivie en ma personne, puisque je ne cherche rien en ce monde ; car je n’ai point de besoin de compagnie, pour aimer la solitude et pour avoir expérimenté que toute sorte de personnes servent d’empêchement à mon entretien intérieur. Et je n’ai aussi besoin de personne pour me divertir ou récréer, vu que je n’ai point d’autre récréation que de m’entretenir avec Dieu ; je ne cherche aussi les richesses du monde, pour en avoir en suffisance pour ma subsistance, et que davantage me serait à charge. C’est pourquoi je refuse l’argent qu’on me veut donner, aussi bien que l’honneur qu’on me veut référer ; parce que mon règne n’est point de ce monde, et que je n’y veux rien chercher autre chose que d’accomplir la volonté de Dieu, puisque tout le reste est regardé de moi pour des vanités et choses peu estimables ; car je ne connais rien de solide en ce monde. C’est pourquoi je le méprise de tout mon cœur.
170. Mais je ne peux empêcher que Dieu se veuille servir de moi pour annoncer sa vérité à ceux qui la cherchent et désirent. Et s’il me voulait dispenser de cela, je l’en ai souvent prié, puisque c’est une pesante charge à porter pour une faible fille comme je suis, laquelle les bons et mauvais persécutent la plupart, les méchants par leurs propres malices et les bons par pure ignorance ; car s’ils connaissaient le bonheur qui leur doit arriver par la connaissance de la vérité, ils m’aimeraient comme l’instrument par lequel icelle vient au monde ; mais des méchants je ne m’en veux soucier, sachant bien qu’ils ont ainsi persécuté JÉSUS CHRIST parce qu’il parlait vérité, et qu’il m’a dit en son Évangile qu’ils me persécuteront aussi comme ils l’ont persécuté. Et il m’admoneste de me réjouir lorsqu’on dira du mal de moi en mentant à cause de lui.
171. Et je sais maintenant que ce bonheur m’est arrivé, puisque tant de personnes disent mal de moi en mentant, à cause que je dis, au nom de JÉSUS CHRIST, Qu’il n’y a plus de vrais Chrétiens sur la Terre. Cela est une vérité que Dieu m’apprend, laquelle les hommes ne veulent pas entendre. Si je la tiens secrète lorsque Dieu veut que je la déclare, je l’offense par désobéissance. Et si je la déclare à ceux qui ne la veulent pas entendre, je contracte des ennemis. À qui dois-je donc céder, à Dieu ou aux hommes ? Ne vaut-il pas mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et suivre le conseil de JÉSUS CHRIST, en me réjouissant quand les hommes diront mal de moi en mentant à cause de lui ? Je me suis résolue à prendre ce conseil si bon et salutaire, plutôt qu’en voulant plaire aux hommes et encourir la disgrâce de Dieu. C’est pourquoi je me veux réjouir des mépris et des calomnies que fait de moi ce Berckendal, ce Trembleur, ces Romains, et tous ceux qui me veulent mépriser ; en sachant bien que Jésus Christ me dit en son Évangile : Votre loyer est grand ès cieux (Matth. 5, v. 12).
XXXIX. Dieu donne loyer selon les œuvres lorsqu’elles viennent de la Charité intérieure. Tenir les lois de J. C. impossibles est s’éloigner de lui plus que les infidèles.
172. Ces Calvinistes ne veulent pas aussi entendre parler de loyers ou de mérites, parce qu’ils ne veulent rien faire pour mériter ou gagner le ciel, pendant que Jésus Christ promet en son Évangile que le loyer sera grand au ciel à ceux qui endurent persécution pour la Justice ; et la parabole parle que le père de famille donna salaire à ses ouvriers, et que celui qui était venu vers la fin du jour recevait autant que celui était venu vers le point du jour. C’est signe qu’il y a des salaires reçus de Dieu pour les bonnes œuvres ou pour le service qu’on lui rend, vu que l’Écriture dit que selon vos œuvres vous serez jugés, et selon vos œuvres vous serez condamnés (Rom. 2, v. 6) ; et ailleurs elle dit qu’en la maison de Dieu il y a plusieurs demeures, comme il y a divers états en la Monarchie des Anges ; car celui qui est plus en l’Amour de Dieu est appelé Séraphin ; de même seront les hommes en dignités auprès de Dieu à mesure qu’ils l’ont aimé davantage ; car un chacun recevra salaire selon ses œuvres, comme il est écrit, que Dieu donnera à un chacun au jour du jugement, où Dieu témoigne qu’il ne donne le salut aux hommes sinon pour les bonnes œuvres qu’un chacun d’eux ont faites, puisque le Juge dit : Venez, les bénis de mon père, possédez le Royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde ; parce que j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais nu, et vous m’avez revêtu ; étranger, et vous m’avez logé ; ou malade, et vous m’avez visité, etc.
173. Par où est assez donné à entendre que Dieu prend égard à nos bonnes œuvres et qu’il ne faut point mépriser icelles, comme font ces Calvinistes qui ne veulent rien faire pour le ciel, et veulent qu’icelui leur soit jeté comme un reste après qu’ils auront cherché les biens et plaisirs de ce monde. Ce qui est une mauvaise entente. Car Dieu ne nous donnera point seulement son Paradis pource que nous aurons fait ces bonnes œuvres corporellement, mais lorsque nous aurons eu l’Amour de Dieu au cœur et la charité du prochain, et que par icelle Charité Chrétienne nous aurons secouru notre prochain en tous ses besoins. Car si le Juge parlait seulement des œuvres de miséricorde corporelles, il y aurait beaucoup de méchants qui seraient sauvés. Parce qu’il est naturel à l’homme débonnaire de vêtir le nu, ou de donner à boire et à manger aux faméliques ou altérés. Et ces œuvres ne leur peuvent faire mériter d’être appelés les bénis de son Père, vu qu’on pourrait bien opérer toutes ces bonnes œuvres extérieures sans avoir l’Amour de Dieu et la charité au cœur, sans laquelle St Paul dit assurément qu’on ne peut être sauvé encore bien qu’on transporterait les montagnes, et qu’on aurait le don de Prophétie, et qu’on donnerait tout son bien aux pauvres. Ce qui est bien plus que de donner un pain ou un habit au pauvre. Mais ces Calvinistes prennent toutes choses grossièrement à la lettre, parce qu’ils ne veulent pas entendre les choses spirituelles, et ils veulent demeurer attachés à la lettre comme les Juifs ; quoiqu’ils les méprisent et leur soient ennemis, ils sont plus loin de suivre JÉSUS CHRIST que les Juifs mêmes, dont plusieurs d’iceux ne veulent pas mal-dire de JÉSUS CHRIST, et confessent bien que leurs devanciers ont mal-fait de le mettre à mort ; où ces Réformés disent qu’il a donné des lois impossibles à être observées, ce qui serait cruel. Et les Turcs sont encore plus proches d’imiter Jésus-Christ que les Calvinistes lorsqu’ils disent que sa Loi Évangélique est impossible à être observée ; car les Turcs tiennent Jésus Christ pour un grand Prophète de Dieu, très-bon et juste, lequel plusieurs souhaitent de pouvoir imiter. Mais ces Calvinistes ne sont point seulement ennemis de cette imitation, mais aussi de ceux qui soutiennent que tous Chrétiens sont obligés de tendre à cette imitation et de suivre Jésus Christ d’aussi près qu’il leur est possible ; car c’est le seul sujet qu’ils ont à me persécuter, puisque je ne les ai offensés en rien, sinon en ce que j’écris des choses pour induire les hommes à reprendre la vie Évangélique. Ce qui serait une chose très bonne pour tous les Chrétiens, vu que je ne suis point partiale et voudrais que tous les Chrétiens en général soient unis par ensemble dans l’Esprit de Jésus Christ, et qu’il n’y aurait en la Chrétienté plus de Luther, plus de Calvin, plus de Romain, mais tous vrais Chrétiens. Cela serait bon, plaisant et salutaire.
XL. Dieu fait voir encore une fois sa lumière. Peu de sages s’y soumettent, quoiqu’elle soit la même de l’Écriture, et avec plus de clarté. Ils s’en scandalisent pis que les Juifs.
174. Pourquoi donc ces personnes sont-elles mauvaises de ce que Dieu est bon, envoyant sa lumière de vérité à tous ceux qui la voudraient recevoir ? Et c’est la dernière miséricorde que Dieu fera aux hommes ; et ceux qui ne la veulent point recevoir sont comme les Pharisiens du temps de Jésus Christ, lesquels entendant dire que Jésus Christ enseignait autre chose qu’eux, ils s’alarmèrent tous contre lui, le persécutèrent et mirent enfin à mort. Et maintenant presque tous les savants s’alarment aussi contre moi pour le même sujet, quoiqu’ils aient beaucoup moins de raison de me persécuter que ces Pharisiens avaient de persécuter Jésus Christ, puisque lui leur apportait des nouvelles doctrines et des choses qui semblaient directement contraires à la loi qu’ils avaient reçue de Dieu ; mais moi je leur avance seulement la même doctrine que Jésus Christ leur a avancée, sans rien changer d’icelle, voulant seulement faire voir par tous mes écrits que les hommes sont maintenant déchus d’icelle doctrine, vu qu’ils ne la mettent plus en pratique, comme ont fait les Chrétiens en la primitive Église. Et je presse la nécessité qu’il y a de reprendre cette vie Évangélique, parce que Dieu me fait connaître qu’il donnera ses grâces à ceux qui la voudront mettre en pratique, comme il les a données aux premiers Chrétiens.
175. Et il me semble que tous ces sages doivent être attentifs à des choses si bonnes, afin de seconder les desseins de Dieu autant qu’il est en leurs pouvoirs, au lieu de les empêcher s’ils pouvaient ; mais quoi qu’ils fassent, Dieu aura pitié de son peuple, et les consolera par sa dernière miséricorde, à laquelle il semble que peu de sages y auront part, puisqu’iceux ne veulent recevoir sa lumière de vérité, afin de préparer leurs âmes pour recevoir cette dernière miséricorde. Il y a jà plusieurs personnes qui l’ont reçue, entre lesquelles il y en a peu de sages ou d’étudiés, comme il y avait aussi fort peu de sages qui ont suivi Jésus Christ ; c’est pourquoi il ne se faut point étonner qu’il y en ait aussi si peu maintenant, où l’on peut dire les paroles de St AUGUSTIN qu’il disait à son compagnon, assavoir : Les ignorants et idiots ravissent le ciel, et nous autres, avec toutes nos sciences, nous allons ès enfers par notre orgueil.
176. Plusieurs sages approuvent bien la vie et la doctrine de TAULER, mais fort peu le voudraient imiter en sa conversion, puisqu’elle se fit par un homme lai, lequel n’avait jamais étudié, et était cependant plus sage que ce grand Docteur Taulerus, lequel soumit toute sa sagesse au pied de la sapience du St Esprit, laquelle habitait en l’âme de ce simple homme, et voulut apprendre de lui l’alphabet de la vertu, après avoir lui-même enseigné le peuple tant d’années en icelle vertu ; il se résolut néanmoins à devenir disciple d’un homme sans étude, et se déclara humblement son disciple, en lui voulant obéir en toute chose. Mais si le même homme venait maintenant en ce monde, il trouverait fort peu de Taulers ou de sages qui se veuillent soumettre à la doctrine du St Esprit. Ils la voudraient plutôt enseigner que d’apprendre d’elle, parce que l’orgueil possède leurs cœurs, et ils ne veulent point entendre que Dieu se sert de choses faibles pour confondre les fortes. Et ils assemblent des Docteurs selon leurs désirs pour s’opposer à la vérité de Dieu parce qu’elle est avancée par une fille. Il semble que cela blesse leur réputation, laquelle Dieu veut abaisser, puisqu’il a dit : Celui qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.
177. Je voudrais bien que ces personnes entendissent les saintes Écritures afin qu’elles puissent voir par icelles les vérités des choses que je dis, et qu’elles suivissent le Nouveau Testament, duquel elles se vantent en être les Maitres, et disent à toute rencontre qu’elles se veulent tenir à icelui sans vouloir prendre les écrits d’une fille ; mais si cela était véritable qu’elles se tiendraient à la sainte Écriture, elles n’auraient garde de me haïr, puisque nous serions alors tous d’un même sentiment. Car je proteste que je ne veux rien dire autre chose par tous mes écrits sinon ce qui est couché en la Ste Écriture ; et ceux qui suivent icelle me suivent aussi.
178. Ils me demanderont peut-être pourquoi donc qu’il faut lire mes écrits si on trouve tout le contenu d’iceux dans la Ste Écriture. À quoi je réponds que mes écrits sont beaucoup plus intelligibles, à cause que je rapporte les mêmes choses que contiennent les Écritures d’une manière que les hommes d’à présent les entendent mieux que le style ancien auquel elles ont été écrites. Car après que Dieu m’a donné l’intelligence de quelque passage de la dite Écriture, il me donne aussi des termes et des comparaisons si claires pour me faire entendre, qu’un chacun peut concevoir mes écrits, aussi bien les ignorants que les savants, et cela d’un style si commun et familier qu’il ne reste plus aucunes obscurités ès choses que je veux déclarer. Et si on y trouvait encore quelque ombrage, je le ferais dissiper aussitôt qu’on me le découvrirait ; en sorte qu’on peut dire de mes écrits que c’est une nouvelle Écriture, comme on dit d’un livre bien revu et corrigé qu’on fait imprimer de nouveau que c’est une nouvelle impression plus nette que la première, quoique ce soit le même livre et la même matière qu’il traite en tout son contenu.
179. Je confesse de n’avoir rien reçu de nouveau du Seigneur outre ce qu’il a dit par les Anciens Prophètes et les Nouveaux, puisque tout a été prophétisé ce qui doit arriver aux hommes jusqu’à la fin du monde, mais les hommes (ni les Prophètes mêmes) n’ont point eu d’intelligence de toutes les choses qu’ils ont prophétisées. Mais maintenant que nous venons en l’accomplissement du temps, Dieu commence à donner la pleine intelligence des Écritures, et me fait écrire plusieurs choses qu’on n’a encore jamais entendues de la sorte. Et il semble que les Chrétiens maintenant sont plus opiniâtres que les Juifs, lesquels n’ont point voulu recevoir la Lumière de vérité que Jésus Christ leur a apportée, et pour cela ils ont été abandonnés de Dieu, et sont encore à présent rejetés et méprisés de toutes nations, pour pénitence de leurs incrédulités ; quoique j’espère qu’ils retourneront encore en la grâce de Dieu après avoir achevé leur pénitence. Ce que je ne peux espérer des Chrétiens d’à présent, lesquels rejetteront la lumière que Dieu leur envoie si miséricordieusement, et cela arrivera aux Chrétiens, lesquels seront plus malheureux que les Juifs, à cause qu’il ne leur reste plus de temps pour faire pénitence, vu que le monde est à la fin et qu’il a reçu sa dernière sentence de condamnation, laquelle est irrévocable et sans rappel, et qu’il ne reste qu’un petit temps pour se convertir à Dieu. Et s’il s’échappe, nous ne le trouverons jamais plus.
180. Car la fin est venue. Et il nous faut attendre de voir les choses que les Anciens Prophètes ont dit devoir arriver ès derniers temps. Et le plus mauvais de tout est que la vérité est cachée et que les hommes de maintenant résistent à icelle comme firent Jannès et Jambrès du temps de Moïse, lesquels étaient guidés par l’Esprit du Diable, comme sont les personnes d’à présent, quelques-unes sans le savoir. Car si on leur demandait précisément en disant : Voulez-vous résister à la vérité ? elles diraient que non. Pendant qu’en effet elles y résistent formellement, pour ne la point vouloir connaitre, encore même qu’elle se présente à leurs yeux aussi claire que le soleil. Ils ferment les yeux et ne la veulent pas seulement regarder, principalement les sages de ce monde, auxquels on pourrait bien dire que la vérité leur est un scandale et la bassesse de JÉSUS CHRIST en mépris.
XLI. Sages scandalisés de ce que Dieu se sert des choses faibles. Moyens d’entendre l’Écriture. Confusion de la Chrétienté.
181. Car comme les Juifs disaient de Jésus Christ lorsqu’il enseignait au Temple : Où aurait celui-ci appris les Écritures saintes pour les citer ? N’est-il pas le fils de Marie ? Ses parents ne sont-ils pas auprès de nous ? Tout de même en disent les savants à présent: « Où aurait appris une fille les Écritures saintes sans les avoir lues ? Et quelque sage que soit une femme, elle a toujours sa fragilité féminine avec soi » ; et discourent ainsi à l’aveugle des œuvres de Dieu sans les connaître ; ou, pour mieux dire, sans les vouloir connaitre. Car s’ils voulaient, ils pourraient. Mais l’ambition de leurs cœurs est trop grande pour adorer les décrets et ordonnances de Dieu, et pour confesser que le St Esprit peut bien habiter dans l’âme d’une Femme autant que dans celle d’un homme ; à cause qu’ils veulent demeurer les Maîtres en Israël et ne veulent référer cela à personne. Car il n’y a point de différence devant Dieu entre l’âme d’un homme et celle d’une femme ; cela ne regarde que la nature corporelle, et non pas l’esprit et la volonté. Mais à cause que les hommes sont préférés aux femmes, et partant plus grands et plus forts, Dieu les laisse pour choisir les petits et les moindres en estime. Et comme une femme est moins estimée qu’un homme, et une fille moins qu’une femme, il prend maintenant une fille pour apporter sa Lumière au monde, afin d’accomplir ce passage où il a dit : Je me sers de choses faibles pour confondre les fortes ; et si quelqu’un est mal content de cela, il peut demander à Dieu pourquoi il fait ainsi, et attendre sa réponse. Ce m’est assez de le savoir ; et ceux qui l’ignorent le doivent examiner de bien près, et voir si toutes les saintes Écritures ne parlent point comme je fais.
182. Mais avant que de les pouvoir bien entendre, il faudrait que leurs cœurs seraient entièrement convertis à Dieu, et qu’ayant déposé leurs puissances, ils voudraient devenir comme des petits enfants, en ayant la volonté absolue de rentrer au ventre de leur Mère, qui est l’Église naissante, en laquelle tous les Chrétiens n’étaient qu’un cœur et une même volonté, tous aspirant à grande sainteté et toute humilité. Alors tous, sages et ignorants, auraient l’intelligence des Écritures saintes, et tous verraient dans un même miroir leurs fautes et erreurs, et ceux qui les voudraient quitter recevraient le St Esprit qui leur enseignerait toute vérité ; et personne ne dirait plus : Je suis Luther, Calvin, ou autre, mais tous diraient avec vérité : Je suis chrétien. Ce qu’on ne peut dire à présent.
183. Car CHRIST n’est point divisé, et ne peut rien avoir de si contraire comme on entend les divers sentiments de tant de Religions en la même Chrétienté, de laquelle on peut véritablement dire qu’elle est devenue l’Église de confusion, dont la Tour de Babylone a été la figure, laquelle fut détruite lorsque les diversités des langues se trouvèrent ès ouvriers d’icelle Tour, à cause qu’ils n’entendirent plus l’un l’autre. Et je crois qu’il arrivera tout de même à la Chrétienté, puisque maintenant les Prêtres d’icelle, qui représentent les Ouvriers du Seigneur, n’entendent plus l’un l’autre, et parlent tous des langages différents, et se courroucent l’un contre l’autre sans savoir pourquoi, sinon à cause qu’ils n’entendent point les Saintes Écritures, et un chacun les explique à sa mode et selon ses opinions, afin de fortifier l’impression de ses imaginations.
XLI. Peu suivent la vérité. On se perd à disputer sans pratiquer. Tous errent. A. B. calomniée des uns, louée des autres, choisie de Dieu pour rendre témoignage à la vérité.
184. Voilà ce qui ruine toute la Chrétienté et la rend impuissante de pouvoir subsister. Et elle est déjà chute intérieurement, puisqu’on n’y veut plus recevoir la vérité de Dieu, et qu’un chacun s’en veut décharger comme d’un faix insupportable. J’ai commencé à avancer cette vérité en l’Église Romaine, où plusieurs l’ont bien reconnue, mais un seul l’a suivie, et il lui a coûté la vie. Je suis venue en la Hollande, où grand nombre de personnes ont été convaincues que je parlais vérité, et seulement trois à quatre personnes l’ont voulu suivre. Et en étant venue en Holstein, depuis environ deux ans je n’ai pas encore trouvé une personne de ce pays qui ait résolu d’embrasser la vie Évangélique, quoique tout ce peuple porte le nom d’Évangéliques.
185. Si bien que l’Église de Dieu est à mes yeux si petite comme un grain de moutarde, auquel JÉSUS CHRIST a comparé le Royaume des Cieux, quoique à l’extérieur elle soit plus nombreuse que jamais, et en plus grande splendeur. Et je crois que ces pompes et magnificences ont déchassé l’Esprit de Dieu qui la possédait au commencement, et que cet Esprit en étant sorti, elle est délaissée comme un corps mort, qui n’a plus de vie après que son esprit l’a abandonné. C’est de quoi SION pleure et lamente jusqu’à ce qu’elle soit consolée. Car ses misères sont grandes et ses lamentations sont justes. Mais ses larmes ne seront pas vaines devant son Seigneur, car il la consolera et réjouira comme il l’a fait au temps de sa jeunesse. Et cela sont mes espérances. Et c’est l’attente qui me fait vivre en joie parmi tant de misères ; et le seul deuil qui me reste au cœur est que si peu de personnes entendent ces choses et se préparent à les suivre : Elles ont des yeux et ne voient point, des oreilles et n’entendent point, quoiqu’elles soient dites si clairement ès Saintes Écritures.
186. On n’examine pas assez les Saints Prophètes, et on s’amuse à disputer l’un contre l’autre sur des sentiments et des points de Religion peu nécessaires à notre salut. L’un dit que la Cène se doit faire d’une façon, et l’autre d’une autre. L’un dit qu’il faut baptiser des Enfants, et l’autre dit qu’ils doivent avoir l’usance de raison. L’un dit qu’il faut être dans l’Église Romaine pour être sauvé, et l’autre dit qu’on peut se sauver en toutes sortes de Religions. Et ainsi avec mille autres disputes qu’un chacun fonde sur les Écritures. Les Chrétiens passent leurs vies en des spéculations, sans jamais arriver en effet à la perfection Chrétienne. Car que servira-t-il de savoir par cœur, mon Enfant, toutes les formalités de la Sainte Cène lorsque votre âme n’est pas bien préparée pour la recevoir ? Car la Cène requiert une pure conscience, selon le sentiment de toute sorte de Religions ; et on omet à travailler à ce point principal pour disputer des formalités de ce Sacrement, lesquelles bien souvent apportent peu d’utilité au Salut de nos Âmes. Comme fait aussi de savoir si on doit baptiser des enfants ou des grandes personnes, vu que l’un et l’autre baptême est bon lorsqu’il est bien observé et que la personne vit selon les promesses qu’elle a faites au baptême, soit en jeunesse ou en grand âge. Et que profitera-t-il au salut de nos âmes d’avoir été de l’Église Romaine ou d’autre, lorsqu’on n’a pas suivi les Conseils Évangéliques ? L’on sera aussi bien damné en l’Église Romaine qu’en d’autres, puisque notre salut dépend d’être des vrais Chrétiens, lesquels sont maintenant autant rares dans une religion que dans une autre. Et en prenant la vie des personnes de toutes les religions que j’ai connues jusqu’à maintenant, je ne saurais dire en quel lieu JÉSUS CHRIST est davantage suivi, quoique toutes ces personnes en général fassent profession d’être Chrétiens. Je ne saurais discerner où le mal est moindre. Car si les uns errent dans une chose, les autres errent semblablement dans une autre.
187. Mais je peux bien dire avec vérité d’avoir partout trouvé des hommes de bonne volonté, desquels j’espère que plusieurs d’iceux deviendront des vrais Chrétiens. Et cela me console beaucoup plus que ne m’affligent les injures de notre Berckendal, qui ne peuvent souiller mon âme, mais bien la purifier davantage par la souffrance. Je vois qu’il fait cela par ignorance, comme aussi les Prédicateurs. Car s’ils me connaissaient comme vous faites, mon Enfant, ils n’auraient garde d’appliquer les merveilles de Dieu aux œuvres du Diable, comme ils font en leur pasquil. Car je peux leur répondre véritablement comme JÉSUS CHRIST répondit aux Pharisiens qui l’accusaient en disant qu’il avait le Diable. Et lui, répondant, dit seulement : Je n’ai point le Diable. Je ne veux aussi dire davantage sur ce sujet, vu que l’Écriture dit qu’on connaîtra l’arbre à son fruit.
188. Je sais bien que Berckendal dit en son pasquil « que tous les fruits du mauvais esprit sont en moi comme je les ai décrits en la première lettre de la Lumière née en Ténèbres, première partie ». Mais ce n’est qu’une passion haineuse qui le fait parler de la sorte, vu qu’il ne m’a jamais vue ni connue, non plus que ces prédicants. Mais vous, mon enfant, qui me connaissez et m’avez si longtemps pratiquée, examinez un peu en vous-même pour voir si vous ne trouverez point en votre conscience que le Saint Esprit a produit en mon âme ses douze fruits, et si vous ne porterez point témoignage que mes œuvres sont semblables à ma doctrine, et que je fais moi-même ce que j’enseigne aux autres ; vous en trouverez bien encore d’autres qui rendront ce Témoignage, vu que telle est la vérité, car je serais bien marrie d’enseigner quelque chose avant que je l’aie moi-même mise en pratique.
189. Et je ne crois point que Berckendal saurait rendre témoignage de toute sa vie comme je ferai bien de la mienne, car je suis choisie de Dieu dès mon enfance. Ceux qui ne veulent pas croire cela le pourront laisser. Car je ne me veux point justifier devant les hommes, mais seulement rendre témoignage de la vérité lorsque je suis obligée à ce faire, comme j’ai été obligée de vous écrire cette lettre pour la décharge de ma conscience. En priant Dieu qu’elle puisse profiter à vous et à tous vos parents.
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE