La tombe égyptienne
par
Max CAMIS
Comme l’antagonisme social qui existe entre l’homme et la femme, la dualité orient-occident demeure toujours un problème.
Notre vieille race Aryenne, de plus en plus attirée par l’énigmatique grâce, par les très extérieures richesses de ces pays lointains, montre en cela son affaiblissement. Quel est l’étudiant en quête de merveilleux qui n’a rêvé de l’Inde, de la Chine ou de l’immuable Égypte ?
Leurs initiations et systèmes métaphysiques, le symbolisme remarquable qu’enseignent leurs ouvrages sont présentés dans un décor s’y prêtant – flore et faune exubérantes, physiologie complexe des individus, synthèses artistiques à mettre aux côtés des plus belles époques de la Grèce ou du Moyen Âge français.
L’ambiance est complète et d’autant plus dangereuse qu’elle est belle. Si le chercheur ne s’éveille pas de ce rêve magnifique, l’engourdissement le gagne ; ses forces vives l’abandonnent pour laisser place à cette sensibilité que la vie européenne ne respecte pas ! En ce moment, il est de mode de reparler de l’Égypte, de faire gloire aux récents déblaiement dus à l’argent, alors que le génie de Champollion, ouvrant les portes toutes grandes à l’orientalisme, reste dans l’ombre...
La vie millénaire de cette civilisation unique par la durée qu’elle prend au cycle de nos connaissances est évidemment très prenante, elle surpasse et domine toutes les formations sociales alors existantes et cela dans tous les domaines, elle touche même, par-delà le temps, l’Atlantide dont l’énigmatique Sphinx vit la fin.
Pourtant, derrière cette cristallisation grandiose, derrière les dix mille années de puissance, n’y a-t-il pas le très grand orgueil d’une race qui a, pour prolonger sa vie, enfreint toutes les lois naturelles de l’évolution.
Ces corps embaumés attirants et repoussants à la fois ; ces momies, dont la vie occulte s’infiltre jusqu’en notre sceptique XXe siècle, sont bien les moyens que les centres Thébains et Memphitiques employaient pour que leur rêve national se continuât.
Cependant, si l’on remonte aux premières formations de la civilisation, vers ce Delta du fleuve que les fellahs regardent encore comme le berceau de leur race, nous trouvons dans les tombes le cadavre paré sans préparation savante, mais dans la position embryonnaire.
Tradition qu’avaient les Rouges et que continuèrent les Druides. Cette attitude de l’enfant arrivant au monde et s’en retournant de même se retrouve dans les sables chauds de l’Afrique, des Amériques, dans les steppes glacées du Nord et aussi dans nos vieux monts de Bretagne – symbole d’humilité dont les hiérophantes sacrés de la pyramide ne voulurent pas.
Et, pour cacher son secret, la tombe a ses arcanes – les présentations de sarcophages et d’images ne sont que figuratifs : au fond des cryptes, la véritable momie se cache avec ses trésors, ses magasins et toute une cohorte de statues magiques.
La plus simple des tombes, la mastaba, reproduisait en petit cet ordre que pharaons et prêtres avaient choisi pour la demeure de leur dépouille charnelle. Aux périodes de trouble, ces hypogées furent enfouies au plus profond des monts ; redoutant l’occulte puissance des adversaires de Ninive et de Babylone – le patrimoine, le potentiel astral des ancêtres fut mis en ces sanctuaires triplement gardés.
Maintenant, ce sont ces couloirs, ces chambres funéraires que nos archéologues inexpérimentés essaient d’aborder, encourant les chocs en retour de forces déplacées.
Pour nous, « laissons les morts ensevelir les morts » et souvenons-nous d’une des charmantes légendes que les évangiles apocryphes relatent – histoire naïve et pure que les bateliers du Haut-Nil racontent encore :
Quand les deux voyageurs venus de Palestine abordèrent la terre d’Égypte pour soustraire l’enfant Jésus aux massacres qu’Hérode avait ordonnés, les grandes statues de porphyre et de basalte bleu, les monolithes, que des générations avaient dédiés aux Dieux, s’écrasèrent sur le sol en signe de soumission...
Le fait est possible ; en tout cas, depuis longtemps, les figures d’Orient et d’Extrême-Orient que notre imagination érigeait au faîte du savoir se sont définitivement brisées en face de la stature, divine et humaine à la fois, du Christ rédempteur que nous autres, Occidentaux, ne devons pas quitter.
Max CAMIS.
Paru dans Psyché, revue du spiritualisme
intégral en juin 1923.