Le mouvement

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

A. ESPINAS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mouvement est une loi générale de la création. Rien ne lui échappe : le globe immense et l’atome lui obéissent également.

La science nous apprend que les étoiles, symboles apparents de l’immobilité, se meuvent cependant avec une infinie rapidité, et subissent même tous les jours de notables changements dans leur constitution intérieure. L’observation la plus superficielle constate pour tout ce qui nous entoure : la naissance, l’accroissement, l’apogée, le déclin et la transition vers une autre phase. À chaque instant, tout change, tout se transforme, le mouvement est en tout et partout : c’est la volonté de Dieu.

Et Dieu a voulu que le mouvement eût lieu dans cet ordre et vers un but déterminés d’avance par sa sagesse, avec cette particularité que, si rien n’échappe à la première condition, tout peut être soustrait à la seconde. Le mouvement ne cesse jamais ; mais il peut être de deux natures : conforme à la volonté de Dieu, ou contraire à cette volonté.

C’est ainsi que le grain enfoui dans la terre germe et produit une herbe ; la tige s’élève et se couronne d’un épi, le grain se forme et mûrit dans l’épi. La plante, ayant alors achevé les diverses périodes de reproduction féconde, se sèche et commence, par sa décomposition, une phase nouvelle. D’où un mouvement continu, incessant et conforme à la volonté de Dieu. La plante n’est jamais un instant la même ; elle parcourt diverses périodes dans un ordre déterminé d’avance et atteint le but pour lequel elle a été créée.

Un accident vient-il contrarier ce mouvement ; la plante est-elle arrachée en sa forme d’herbe, la tige est-elle brisée, l’épi dévoré par un insecte ? Le mouvement régulier s’arrête, brusquement interrompu ; il est aussitôt remplacé par un autre, la phase souhaitée de la reproduction ne s’achève pas, le but est manqué, le mouvement est stérile.

Si la plante naît dans un sol ingrat ou sous un climat défavorable, le même résultat se produit ; elle languit, manque de la force nécessaire aux périodes de sa phase de reproduction et reste stérile. La stérilité est un des symptômes inévitables du mouvement contraire au plan de la Providence.

Il en est de même de tout. Cette loi régit l’esprit comme la matière. Lorsque l’esprit et la matière se trouvent unis intimement, les mouvements propres à chacun d’eux se combinent pour former un résultat unique, composé de deux éléments différents.

Ce double mouvement régit l’homme et la société. L’esprit agit sur le corps, les diverses périodes d’activités du corps agissent sur l’esprit, l’individu exerce son influence sur la société et réciproquement.

Ce mouvement composé peut avoir deux tendances : conforme au plan de Dieu, il atteindra le but voulu par Dieu et produira l’Harmonie qui est le caractère général de tout ce qui émane de la Divinité.

S’il est contraire au plan de Dieu, après avoir erré au hasard, il atteindra un résultat quelconque, et nécessairement tout autre que celui voulu par la Providence ; ce résultat qui ne peut être que mauvais, produit une subversion.

L’Harmonie, c’est la vie ; – la Subversion, la mort ; – la Vie, le bonheur ; – la Mort, le malheur.

Le bonheur, c’est la Destinée de l’homme, par la réalisation du plan de Dieu, qui ne peut vouloir pour ses créatures que le bonheur.

Le Malheur est le résultat nécessaire du mouvement qui s’éloigne de la voie divine.

L’animal et la plante subissent le mouvement subversif, mais ils ne le créent pas ; ils s’efforcent, au contraire, de revenir au mouvement harmonique ; tandis que l’homme le provoque et s’y maintient par sa propre volonté, lorsque cette volonté est le résultat de l’ignorance. Cependant, sa volonté peut l’en faire sortir dès qu’elle trouve dans son développement intellectuel et moral la connaissance de sa destinée qui est, comme toute chose voulue par Dieu, l’harmonie, la vie, le bonheur. Alors, il aura compris que sa double composition matérielle et morale doit agir parallèlement dans ce sens et que, créature intelligente et libre, il doit les diriger et se mouvoir en Dieu, pour me servir des paroles de l’Apôtre.

La même observation s’applique aux Sociétés humaines ; elles se composent des mêmes éléments. L’homme est joint à elles, comme l’âme est unie au corps. Elles ont aussi leur mouvement ; il existe donc pour elles un plan divin qu’elles doivent réaliser sous l’impulsion de l’homme dont elles sont l’ouvrage : arriver à l’harmonie avec lui, ou rester avec lui dans la subversion.

Jusqu’à ce jour l’homme a mal rempli sa tâche ; il s’est égaré, et n’est encore arrivé qu’à la subversion, c’est-à-dire à la mort et au malheur, sa conséquence fatale. Aussi, la société faite par lui à son image a-t-elle fidèlement reproduit les mêmes caractères. Créés pour la vie, ils sont restés sous l’empire de la mort et du malheur. Telle est l’œuvre de l’homme.

La définition la plus simple – qui nous paraît la plus conforme à la vérité – est que la vie « est un principe intérieur d’action ». Or, l’idée de principe, c’est-à-dire de commencement, évoque nécessairement l’idée de continuité. La vie ne se conçoit donc qu’avec le mouvement conforme au plan de Dieu. C’est à cette intention que l’Évangile nous apprend que « si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements » (MATTH., XIX, 17). – « En vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma Parole et qui croit en Celui qui m’a envoyé a la vie éternelle ; il ne sera point sujet à condamnation, mais il a passé de la mort à la vie » (JEAN, V, 24).

Pour arriver à la vie, sa destinée, l’homme doit donc chercher le plan du mouvement divin à son égard, le trouver et le réaliser. En d’autres termes, il doit avant tout découvrir la Vérité.

La destinée humaine est une, mais elle n’est pas simple. Son unité se compose de trois éléments distincts qui ont chacun leur raison d’être et leur mouvement propre. Ils doivent converger vers le même but et l’atteindre pour former la grande harmonie humaine.

Ces trois éléments sont les rapports de l’homme avec Dieu, avec soi-même, avec ses semblables. Ils ont reçu les noms de religion, conscience, société.

Le Christ ne s’est-il pas rendu ce témoignage à lui-même : « Je suis la Vérité » (JEAN, XII, 6). Annonçant les effets de sa doctrine, il a dit : « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira » (JEAN, VIII, 32). Et voici sa dernière promesse : « Je vous enverrai l’Esprit de vérité » (JEAN, XIV, 17).

Ainsi, lui, la Vérité, est venu faire connaître la vérité, et l’Esprit de vérité continuera son œuvre. La vérité dans sa bouche n’est pas tel ou tel fragment de la vérité générale ; mais la vérité, dans la plus haute, la plus étendue, la plus complète acception du mot, la vérité en tout et pour tout.

L’Évangile ne contient-il pas, toute prête, la solution intégrale désirée et cherchée depuis si longtemps ? Le Christ, n’est-il pas, tout à la fois, comme il l’a dit lui-même, le Chemin qui conduit au but, la vérité, qui éclaire et la marche et le but ? Enfin, le but à atteindre, la vie ?

S’il en est ainsi, nous sommes bien coupables de n’avoir pas encore depuis si longtemps, trouvé la formule du mouvement humain. Mais nous devons, une fois la vérité connue, tous réunis dans un même sentiment de confusion pour le passé, de joie et d’espérance pour l’avenir, marcher ensemble à la conquête de notre destinée véritable ; entrer résolument dans le mouvement conforme au plan de Dieu, laissant à l’écart tous ceux qui l’enrayent ou le mutilent.

 

 

A. ESPINAS.

 

Paru dans Psyché, revue du spiritualisme

intégral en mai et juin 1923.

 

 

 

 

 

 

 

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