Les anges

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

H. de FARÉMONT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I

 

Dans toutes les religions, à toutes les époques on a cru à des êtres plus parfaits, plus divins, supérieurs à l’homme, intermédiaires entre lui et Dieu, peuplant ces espaces immenses que nous nommons l’infini, unissant le ciel à la terre et la terre au ciel par des successions d’êtres, de vies et de cieux dont le nombre est infini comme l’infini, dont la durée est éternelle comme l’éternité.

Comment supposer, lorsque nous regardons ces espaces incommensurables au milieu desquels la pauvre petite terre nage comme un grain de sable ; lorsque nous savons les distances effrayantes et silencieuses qui nous séparent des étoiles et des soleils ; comment supposer que tout cela est vide, mort, inutile, oublié par la vie.

Que de choses magnifiques, sans doute, nous verrions, si nous pouvions avoir la vision de l’Invisible et comme Dieu a bien fait de nous voiler toutes ces merveilles ! Qui de nous voudrait rester sur cette pauvre petite terre si triste, si sombre, où il y a tant de souffrances et de maux ? Mais qu’est-ce qu’il y a dans ces immenses espaces ? Quels sont les êtres invisibles qui les peuplent ? Quelqu’un les a-t-il vus ? Une créature humaine peut-elle nous dire ce qu’ils sont ? Connaissons-nous leurs noms, leurs attributs, leur mission ?

Oui, ces superpositions d’êtres ne nous sont pas tout à fait inconnus. Plusieurs les ont vus, les ont entendus, ont été en contact direct avec eux, soit dans le cours de la vie ordinaire, soit dans la vision translucide, soit dans le rêve mystérieux de l’âme au moment où elle quitte la terre par la méditation, la prière ou la mort. Je me souviens avoir assisté à des visions de mourants au moment où ils allaient pénétrer dans leur vie nouvelle. Eh bien ! Je n’ai jamais rien entendu de plus beau, rien de plus divin que ce qu’ils disaient du ciel qu’ils entrevoyaient déjà et partout il y avait des anges.

J’ai vu mourir des petits enfants. Eux aussi ils voyaient des anges ; cette parole est bien vraie : « ils sourient aux anges ».

Pourquoi ces visions du ciel si le ciel n’existait pas ? Pourquoi ces visions d’anges si les anges n’existaient pas ? Pourquoi ces intuitions mêmes de l’au-delà si l’au-delà n’était que le vide : la hauteur, la largeur et la profondeur, l’épouvantable royaume de l’illusion de la mort et du néant !

Quelle étrange folie de ne vouloir croire que ce que nous voyons tous. Est-ce que je vois ma pensée, est-ce que je vois ma raison, est-ce que je vois mon âme ?

Est-ce que je vois le vent qui passe, le son qui vibre, le parfum qui embaume, la fraîcheur qui rafraîchit ? Mais je ne vois presque rien, et si je voyais davantage, je ne verrais plus qu’une confusion d’êtres et de choses qui se mélangeraient les unes dans les autres, ne formant plus qu’une masse indéterminée, confuse, matérielle, ne pouvant agir ni se mouvoir, remplissant tout, mêlant tout, détruisant tout dans une unité monstrueuse et difforme.

Qu’est-ce que le visible devant l’invisible ? Rien. Qu’est-ce que je vois à coté de ce que je ne vois pas ? Rien. Non seulement l’infiniment petit et l’infiniment grand m’échappent complètement, mais il faut encore que ce que je puis voir soit tout proche de moi ; si je l’écarte, je ne vois plus.

Triste déraison humaine, je n’ai pas vu le ciel, donc il n’y a pas de ciel ; je n’ai pas vu par-delà de la mort, donc il n’y a rien par-delà de la mort.

Je n’ai pas vu Dieu, donc il n’y a pas de Dieu : je n’ai pas vu mon âme, donc je n’ai pas d’âme.

Continuons et nous verrons là où nous allons aboutir.

Je n’ai pas vu ma pensée, donc je ne pense pas ; je n’ai pas vu ma vie, donc je ne vis pas, donc je ne suis rien.

Et si nous comptons la vision des yeux pour quelque chose, pourquoi ne compterions-nous pas aussi la vision de l’âme pour quelque chose ?

Aussi, quand je serai mort, mes yeux ne verront plus, je ne verrai donc plus rien avec mon âme.

Mais sur la terre nous voyons avec notre âme comme avec nos yeux.

Nous aimons quelqu’un par la pensée, par l’affection, nous le voyons, nous l’avons à côté de nous, une seconde nous suffit pour traverser des milliers de lieues et rapprocher de nous celui que nous aimons. Je ne vois plus celui qui est mort, et cependant je lui parle et il me parle.

Je ne vois pas Dieu, je ne pourrais pas dire ce qu’il est et cependant je ne pourrais pas dire non plus ce qu’il n’est pas, car par la vision de l’âme, du cœur et de la raison, je le vois partout et en tout.

Je ne vois pas non plus les anges et, cependant, je les sens tout autour de moi par les vibrations qu’ils donnent à ma pensée et à mon âme ; par les preuves qu’ils donnent à ma raison, par cette croyance universelle de l’invisible supérieur, par la loi éternelle des vies se jetant dans tous les espaces et tous les vides, et, enfin, par le témoignage de ceux qui les ont vus et entendus.

L’invisible s’éclaire de plus en plus. Nous voulons savoir pour croire, et Dieu a pitié de nous en une certaine mesure en nous faisant découvrir les mystères de la mort et de l’au-delà par ceux qui l’habitent.

C’était, en vérité, trop triste de mourir sans savoir où nous devons aller. Les religions nous parlaient bien d’un paradis, d’un purgatoire, d’un enfer, mais tout cela était vague et ne nous disait point ce qu’était le purgatoire, le paradis ou l’enfer, et ne nous donnaient aucune certitude de notre immortalité. Car, enfin, si nos âmes n’existaient point, il n’y avait aucune vie après la mort et alors que devenions-nous ? Rien.

C’était donc une grande tristesse que la mort.

Et voilà ! voilà que notre âme s’est élevée peu à peu et elle a entr’ouvert un tout petit coin du ciel, oh ! un tout petit, mais assez pour voir jusqu’au fond.

Avant de déchirer le ciel, elle a voulu d’abord ouvrir un petit coin du mystère de la terre et se prouver à elle-même son existence, par les phénomènes de ses attributs.

Elle a dit à sa pensée : va d’un bout de la terre à l’autre, suis ce petit fil de métal que je t’indique, va, et la pensée a été.

Elle a dit encore à sa pensée : laisse le fil, c’est inutile et jette-toi dans les ondes sonores de l’air, et la pensée a été et elle est arrivée là où l’envoyait son âme.

L’âme commence à se prouver par la pensée.

L’âme alors dit à la pensée : aime et veux. La pensée aima et elle voulut. Alors l’âme prit la pensée comme dans sa main et elle la jeta ici et là, là où elle aimait et où elle voulait.

Et la pensée alla frapper et influencer d’autres âmes ; ce n’est pas tout, l’âme dit à l’âme : sors de ton corps et va où je t’envoie. Et l’âme sortit de son corps, elle alla là où l’amour va. La volonté de l’âme l’avait envoyée.

Et chemin faisant, elle prit un corps nouveau pour se faire voir à celui vers lequel on l’avait envoyée.

L’âme agissant à distance sur la terre, que faisait-elle dans le ciel ?

Si elle y était, elle répondrait, elle se montrerait, elle parlerait, de là sont venus ces contacts mystérieux de certains des vivants avec les morts ; des morts avec les vivants, prouvant non-seulement la survivance des âmes, mais encore le mode de vie des âmes désincarnées et disparues, et disant, elles-mêmes, les tristesses de l’au-delà dans les justices de l’expiation, ou les joies du ciel dans les divines justices de ses récompenses.

Le premier plan de l’au-delà s’était dévoilé autour de nous, mais ce n’était encore que le premier échelon de l’échelle qui nous mène à Dieu.

On était heureux de converser avec ses morts, et les morts heureux de converser avec nous. Mais il fallait aller plus loin et monter plus haut. Les cieux sont probablement étagés les uns au-dessus des autres, s’enfonçant dans l’infini par degrés de perfection et de bonheur.

Saint Paul monte jusqu’au troisième ciel ; plus haut, il serait mort.

Lorsque nous nous figurons l’ascension des âmes après la mort, nous les voyons monter lentement, mais sûrement, de cieux en cieux, se perfectionnant sans cesse pour être plus dignes d’un bonheur plus grand, jusqu’à ce qu’elles se mêlent au cœur de Dieu et se fondent dans la vie et l’harmonie universelle : l’Amour.

Là, notre vue se perd, et il nous faut revenir vers la terre. Au-dessus de ce ciel des âmes, où s’étagent aussi plusieurs niveaux de bonheur, est un autre ciel plus haut, plus grand, plus pur et plus beau. Mais ce n’est pas encore celui du foyer divin, c’est le ciel des anges.

Les anges sont comme les intermédiaires entre nous et Dieu. Ils traversent les régions des âmes désincarnées et les régions des hommes, ils remontent jusqu’au ciel de Dieu où ils vont chercher les ordres.

Dans le mouvement spiritualiste qui s’accentue aujourd’hui en Europe, on ne s’est pas assez préoccupé des anges, on s’est peut-être trop attardé aux âmes, aux esprits.

Quoiqu’il existe dans le ciel des esprits, dans les niveaux supérieurs, des puissances presque angéliques que l’on a appelées des aides ou des guides, qui aiment à s’approcher de nous, à nous conseiller, à nous conduire, à nous protéger. Il en est d’autres, plus élevés encore, plus purs, plus subtils, plus puissants, nous aimant autant et que nous pouvons, par la piété, la prière, l’amour, amener et faire presque demeurer à côté de nous ; je veux dire les anges. Les anges ne sont pas des créatures imaginaires, ce sont des êtres non seulement prouvés par les visions nombreuses du voyant, mais nécessaires à l’harmonie même de la création, à cette loi immense des degrés, des hiérarchies, des puissances, qui va depuis Dieu jusqu’à l’homme, depuis l’homme jusqu’à Dieu.

Si l’ange n’existait pas, il y aurait un vide incommensurable, inexplicable dans les régions du ciel ; quelque chose manquerait à la création, et Dieu serait obligé de créer l’ange, s’il ne l’avait pas créé.

Chose étrange, de nos jours, l’ange a été presque oublié, nous nous adressons volontiers aux saints, aux vierges, aux esprits, aux esprits qui nous ont été familiers et que nous supposons pouvoir nous être utiles.

Nous ne nous adressons presque jamais aux anges, qui doivent cependant être les messagers directs entre Dieu et nous, entre nous et Dieu.

Toutes les religions ont placé à côté de nous des anges, des anges initiateurs, des anges inspirateurs, des anges guides et enfin des anges gardiens, nul ne semble s’en souvenir.

Pour moi, il me semble aussi nécessaire de voir des anges au-dessus de moi, entre Dieu et moi, que de voir la fleur plus parfaite que la pierre, l’animal plus parfait que la fleur, l’homme plus parfait que l’animal et, enfin, l’ange plus parfait que l’homme.

Où s’arrête cette chaîne de vies, toujours s’élevant et se perfectionnant toujours, s’aidant et s’entr’aimant dans une solidarité infinie ? Je n’en sais rien, il faudrait savoir ce que je ne sais pas et surtout voir ce que je ne vois pas. L’ange est donc certain, c’est l’habitant du règne de la création, tout s’enchaîne, tout s’entraîne, l’ange doit être nécessairement notre guide naturel, notre ami, quand nous voulons bien être le sien.

Il est merveilleusement bon et doux de penser aux anges, ce sont des frères supérieurs qui nous aiment et que nous devons aimer.

Ils portent à Dieu nos prières, nos espérances, nos souffrances, nos supplications.

Je sais bien que Dieu nous voit, nous entend, qu’il sait ce dont nous avons besoin, mais je ne sais pas comment il nous voit, il nous entend et peut-être se sert-il de l’ange comme les grands de la terre se servent de leurs ministres et de leurs ambassadeurs pour faire connaître leurs volontés à leurs sujets, ou leur porter leurs secours, ou leurs générosités.

Oui, il est très bon et très doux de penser aux anges. Combien de fois les agitations, les misères, les maux que nous voyons autour de nous ne nous laissent-ils pas dans une sorte de langueur douloureuse et de découragement ? Nous voudrions aller autre part où il fait meilleur et nous ne le pouvons.....

Eh bien ! pensons aux anges ! élevons-nous en esprit jusqu’aux régions qu’ils habitent, aussitôt tout refleurit, tout se console, tout se réjouit dans notre cœur, nous avons quitté la terre, nous sommes au milieu du ciel..... Nous voyons voler des anges ; nous respirons avec eux les fleurs divines, nous nous perdons dans l’azur et dans la lumière ; nous sentons l’amour qui est dans l’au-delà, nous respirons la vie et le bonheur.

Les anges nous sourient en nous voyant..... et au-dessus de leurs cieux nous entrevoyons d’autres cieux où nous irons plus tard.

Et puis, il y en a certainement parmi nous qui aiment, qui voudraient faire du bien, qui voudraient secourir leurs semblables et ils ne le peuvent ; les uns : parce qu’ils sont loin de ceux qu’ils aiment ; les autres : parce qu’ils sont pauvres et que le pauvre ne peut ; ils ont bien leurs prières, mais jusqu’où peuvent-elles monter toutes seules ? Ils ont bien leur pensée et aussi un secours, leur désir du bien est aussi une force ; mais tout cela ne va-t-il pas se perdre dans un espace incommensurable et inconnu ? C’est alors qu’il faut appeler l’ange et lui dire : « Voyez, mon bon ange, il y a là-bas, une pauvre âme que j’aime, elle souffre, elle est en danger, voulez-vous aller vers cette pauvre âme, mon bon ange, voulez-vous la fortifier, la guider et la consoler ?

« Il y a, plus loin encore, une autre pauvre âme que j’aime aussi, elle pourrait faire du bien, et elle fait du mal, elle n’est pas bonne, voulez-vous aller vers elle et lui donner la bonté ? Quand elle sera bonne, elle fera du bien et elle sera heureuse.

« Il y a, plus loin encore, un pauvre frère ou une pauvre sœur, ils sont pauvres, ils n’ont pas de quoi se nourrir et se vêtir, et moi, mon bon ange, je suis pauvre comme eux. Mon bon ange, voulez-vous aller vers mon frère et ma sœur qui sont pauvres, d’abord consoler leur cœur qui est dans l’affliction, et puis, mon bon ange, vous savez où il y a des riches qui sont bons. Donnez-leur une charitable pensée, inspirez-leur une bonne action, conduisez-les auprès de mon frère et de ma sœur et que l’or du riche devienne le bonheur du pauvre. Mon bon ange, vous le pouvez, faites-le ! »

Et maintenant voyons ce qu’ont été les anges dans les croyances de l’humanité ! Après cela nous verrons comment les anges peuvent devenir nos secours, nos aides dans nos besoins personnels, dans nos souffrances et dans nos bonnes actions.

 

 

II

 

Nous pourrions rechercher dans toutes les religions qui ont précédé le christianisme, nous y trouverions partout la croyance aux anges.

Cette étude dépasserait le cadre très étroit de notre petit livre, nous nous bornerons à quelques citations prises dans nos livres saints et qui suffiront à prouver combien, sous la loi juive d’abord et ensuite sous la loi de Jésus, l’ange a été entouré de Respect, de Vénération, d’Amour.

Les anges, dit l’Évangile, voient sans cesse la face de Dieu.

C’est un ange qui se tient à la porte du paradis terrestre.

Abraham se prosterna devant les anges.

Jacob voit des anges qui descendent et remontent du ciel à la terre et de la terre au ciel.

Ce sont deux anges qui avertissent Sodome de sa ruine.

C’est un ange qui conduit le jeune Tobie.

C’est un ange qui bénit Jacob.

C’est un ange qui apparaît à Moïse dans le buisson.

C’est un ange qui se fait le conducteur du peuple d’Israël.

Dieu promet d’envoyer son ange à son peuple.

Balaam voit un ange.

Un ange apparut à Gédéon.

Tous les prophètes d’Israël ont vu des anges.

Un ange apparut à Joseph, à Marie, à Zacharie, aux bergers.

Les anges descendent du ciel à la naissance de Jésus.

Un ange soutient Jésus dans sa passion, un autre vient veiller sur son tombeau.

Des anges apparaissent aux apôtres et aux disciples.

Saint Pierre est délivré de sa prison par un ange.

Dieu promet le secours de ses anges à ceux qui le craignent.

Les anges sont les ministres des volontés de Dieu.

Un ange purifie la bouche d’Isaïe, d’un charbon de feu.

Un ange explique à Daniel une vision.

Les anges viendront avec le fils de l’homme pour juger les hommes au jugement.

C’est un ange qui annonce la résurrection de Jésus.

C’est un ange qui remue l’eau de la piscine de Siloé.

Ce sont les anges qui apportent les lois de Dieu aux hommes.

Ils pénètrent les mystères divins.

Ils ne se condamnent point les uns les autres.

Ces quelques citations suffiront pour montrer combien le rôle des anges a été important dans les deux religions juive et chrétienne et, combien peut-être, il serait bon de revenir aux anges à une époque où nous avons tant besoin de secours du ciel.

Idolâtrie, dira-t-on ? Non : sagesse.

Nous n’adorons qu’un seul Dieu, mais nous reconnaissons qu’il y a entre Dieu et nous des êtres intermédiaires, des puissances supérieures aux nôtres, qui peuvent nous aider, nous secourir, être nos protecteurs et nos amis. Et les plus nobles de ces puissances, ce sont les anges.

 

 

III

 

Reste à savoir comment nous pouvons attirer les anges auprès de nous et faire qu’ils deviennent nos protecteurs et nos amis.

D’abord, il faut, je crois, être sûr qu’ils existent.

Si vous n’y croyez pas, ne les appelez pas. Ensuite, il faut les aimer, parce qu’ils sont bons.

Voilà tout le secret de la venue des anges auprès de nous.

Par ce que nous avons lu tout à l’heure, nous voyons que les anges aiment à venir à notre appel, qu’ils ont un commerce aisé et bienfaisant avec les hommes.

Que leurs apparitions ont été fréquentes et qu’elles peuvent le devenir encore et qu’il serait déraisonnable de nous priver d’un secours que Dieu a donné avec tant de générosité aux hommes qui nous ont précédés.

Si l’ange était un être fictif, comment l’imagination l’aurait-elle inventé, comment le cœur l’aurait-il senti, comment les yeux du corps et ceux de l’âme l’auraient-ils vu ? Car, enfin, on a vu des anges et il se pourrait très bien que si les yeux du corps et ceux de l’âme s’accoutumaient davantage à regarder dans l’invisible, nous y verrions des anges.

Mon frère, ma sœur, qui cherchez à connaître les mystères, les merveilles du ciel, regardez quelquefois attentivement, longuement dans les espaces immenses qui sont au-dessus de vous et que nous nommons le ciel. Savez-vous ce qui arrivera : d’abord, vous ne verrez rien, rien que le vide, bleu ou gris, rien que l’immobilité et la mort.

Regardez davantage, regardez toujours, voilà des signes qui apparaissent vagues, confus, mais cependant visibles, ils semblent se jouer autour de vous, ils s’effacent, d’autres leur succèdent, ils s’effacent de même, le ciel devient animé, vivant.

Si vos yeux ne sont pas lassés, regardez toujours, les signes sont devenus des multitudes de petits globes de lumière, tous ont un point noir au milieu. Ils semblent soutenus dans l’atmosphère par l’enveloppe lumineuse qui les entoure, ils flottent, ils se balancent, ils tombent.

Les uns succèdent aux autres, les uns sont isolés, plus brillants ; les autres se suivent par grappes, par traînées, quelques-uns remontent et presque tous descendent.

Ils semblent vous voir et se jouer autour de vous.

Il y en a qui semblent très haut, d’autres si proches qu’ils vous touchent.

Que sont ces signes ? Les savants disent des germes d’âmes, d’autres des germes de vies, ce qui est à peu près la même chose.

Les personnes accoutumées à regarder souvent l’espace, le ciel, y voient une multitude d’autres signes, dont elles finissent par comprendre la signification.

Les uns sont des avertissements de dangers, d’autres de sécurité et de bonheur.

Ils sont envoyés par les esprits encore inférieurs, mais déjà purifiés de l’au-delà, qui se plaisent à nous rendre service et deviennent aussi nos guides et nos amis.

D’autres s’enveloppent dans des parfums et nous surprennent tout à coup, soit dans un lieu solitaire, soit dans notre chambre.

D’autres nous apparaissent dans des corps fluidiques, lumineux, diaphanes parfois revêtus d’une grande beauté.

– Mais les anges, les anges, est-ce qu’on peut voir les anges ?

– Eh bien ! oui, on peut voir les anges.

Après que vous vous serez accoutumés à voir les signes et les êtres inférieurs du globe, vous pourrez voir les anges. Et voici ce que vous verrez, d’abord comme un pétillement lumineux, on dirait que le ciel tout entier pétille et vibre. C’est le mouvement des vies ; attendez, regardez toujours, mais en regardant, priez, c’est-à-dire ayez l’âme tournée vers Dieu.

Tout à coup vous apercevrez tout en haut, très haut des formes longues, mouvantes, encore un peu indécises qui se balancent. Si vous levez les yeux vers elles, elles s’effacent, ne faites point effort pour les saisir, pour les définir, elles ne reparaîtront plus. Mais si chaque jour vous vous mettez à votre fenêtre regardant le même espace, l’âme toujours élevée vers Dieu, ces formes reviendront, elles s’abaisseront peu à peu, elles sembleront ne plus vous craindre, vous reconnaîtrez les anges.

Ces visions du ciel sont merveilleuses, elles consolent de la vie, elles commencent à nous dévoiler les mystères de la survie, elles nous rendent meilleurs et bons, elles sont comme des sourires dans nos tristesses et nos obscurités.

Il n’est presque pas de jours où je ne me plaise, en regardant dans l’espace, à voir les germes de vie qui tombent ; plus haut la vie elle-même qui se forme et qui pétille ; plus haut encore les petits anges, dont je commence à distinguer le corps et les ailes, et que j’aime, parce qu’ils paraissent eux aussi vouloir m’aimer.

Ô vous tous, qui êtes las de la terre, regardez le ciel !

Et non seulement ces formes d’anges que vous pourrez voir bientôt dans les hauteurs du ciel, si vous aimez à vous entretenir dans ces visions, non seulement ces formes d’anges s’approcheront de vous, mais elles pénétreront jusque dans votre chambre où vous les verrez se mouvant en des mouvements lents et doux.

Mais ces visions demandent un certain entraînement des yeux du corps et des yeux de l’esprit ; et probablement une certaine affinité de notre âme avec l’âme ou les âmes des anges qui nous visitent.

D’abord vous ne distinguez que des formes vagues et confuses, mais si vous persistez, non par curiosité, non pour fouiller les mystères de l’invisible, mais avec le respect et le désir des bonnes actions que ces phénomènes méritent, vous verrez alors, mais très petits et lentement agités, tantôt planant au-dessus de vous, tantôt semblant vous regarder, tantôt immobiles, tantôt disparaissant tout-à-coup, jamais en bas toujours en haut, les vraies formes de l’ange telles que nous nous les représentons, vêtues de robes flottantes, les ailes étendues ou repliées, les corps minces et longs, transparents, diaphanes ; d’autres fois des couleurs un peu sombres, ce qui nous permet de les mieux voir et de mieux juger leur distance.

Non seulement, il y a des anges, mais des multitudes d’anges, le ciel en est plein ; ceux que nous voyons ne sont pas encore les grands anges, ce sont les petits, mais quel bonheur déjà de les savoir à côté de nous, de vivre dans leur société et de les faire nos amis.

Chaque monde a ses anges et tous les anges communiquent entre eux dans l’espace.

Sans les vies angéliques, nous ne saurions que placer entre Dieu et nous, entre les âmes désincarnées qui flottent encore dans l’espace et Dieu.

Car, si le ciel est plein d’anges, il est aussi plein d’esprits et le monde spirituel doit être aussi complet, aussi rempli que le monde matériel qui est chaque jour sous nos yeux.

Les plus élevés des anges sont les sept esprits de Dieu, ceux que le prophète a nommés : les Flammes qui brûlent devant l’Éternel. Puis viennent les Trônes, les Puissances, les Princes, les Dominations, les Archanges et enfin les Anges, qui sont les plus proches de nous. Tous se communiquent entre eux, et comme le dit l’Écriture : tous s’entr’aiment.

Il y a sept grandes armées d’anges, c’est tout ce que le regard intérieur de l’homme a pu voir.

Bornons-nous à la connaissance et à l’amour des anges, qui sont auprès de nous et que Dieu a établis pour être nos gardiens, nos protecteurs et nos amis, et qui, comme nous le verrons tout à l’heure, peuvent porter nos bonnes pensées, nos bons désirs à ceux que nous aimons sur la terre.

C’est par les anges que nous devrions communiquer les uns avec les autres, beaucoup plus que par l’effort de nos pensées et de nos volontés.

Qui sait si ce que nous entendons si souvent, au fond de notre conscience, n’est pas la voix d’un ange ?

Il m’est très doux d’écrire sur les anges, car je les sens à côté de moi qui m’aident et qui m’encouragent. Je ne parlerai point des mauvais anges, s’il y en a, je les plains, ils subissent sans doute une sorte d’évolution dans la justice divine, mais ils seront obligés d’arriver à sa miséricorde, car le mal enfante la douleur, la douleur enfante le pardon.

Et, maintenant, comment pouvons-nous nous servir des anges pour le bien de nous-même, et surtout pour le bien de nos semblables ?

Pour le bien de nous-même ? C’est très simple, c’est de nous mettre complètement, franchement sous leur protection. Mais, me direz-vous, comment reconnaître un bon ange d’un mauvais ?

Un mauvais ne viendra-t-il pas à la place d’un bon ?

Non, car c’est notre intention bonne qui appelle le bon et notre intention mauvaise qui appelle le mauvais. Lorsque nous voulons du bien, c’est un bon ange qui vient ; lorsque nous voulons du mal, c’est un mauvais. Ne voulons que du bien et nous n’aurons à faire qu’aux bons anges.

Mais à quoi reconnaîtrons-nous le bien du mal ? C’est encore très simple, le bien c’est tout ce qui aime, le mal c’est tout ce qui hait.

Il ne peut y avoir au ciel que deux sortes d’anges, ceux qui aiment et ceux qui haïssent ; comme il n’y a aussi sur la terre que deux sortes d’hommes, ceux qui aiment et ceux qui haïssent. Il n’y a, en vérité, qu’un bien et qu’un mal, l’amour et la haine.

Mais comment pouvons-nous rendre service à nos semblables par les anges ?

Hélas ! que d’êtres sur la terre ! Nous aimons nos parents, nos enfants, nos amis et nous voilà loin, séparés. L’affreuse vie humaine nous a séparés, dispersés. Nous nous aimons toujours et nous ne pouvons nous revoir.

Ici, c’est un enfant, nous avons été obligés de l’abandonner à lui-même. Que va-t-il devenir ?

Là, c’est un ami, il souffre peut-être du besoin, de la pauvreté.

Là, c’est un malade. Qui le soignera ? Qui le guérira ?

D’abord nous avons pensé à nous-mêmes, nous nous sommes dit : Eh bien ! je me dédoublerai, la science m’a appris les lois de mes puissances par la volonté, par la censée, par le cœur, j’irai vers ceux que j’aime, je leur parlerai intérieurement, je les consolerai et je les sauverai.

Oui, c’est une bonne pensée que de se donner ainsi à ceux qu’on aime, mais il y en a une meilleure encore. Sortir notre âme de notre corps, ce n’est pas toujours possible. Et puis, dans ce voyage, où notre âme s’arrêtera-t-elle, ira-t-elle à son but, arriverons-nous à temps, angoissés, découragés ?

Eh bien ! demandons à l’ange de faire, ce que nous ne pouvons faire, nous, que si imparfaitement.

Adressons-nous, par exemple, aux anges d’amour, à ceux qui aiment le plus. Ils sont légions au-dessus de la terre, ils n’attendent peut-être que nos pensées, que nos désirs, que nos prières.

Anges d’amour, ils comprendront que nous aimons ; ils aiment comme nous et ils viendront à notre aide.

Envoyons-les ; prions-les d’aller là où il y a péril, où il y a souffrance, où il y a peut-être mal et péché. Ils trouveront mieux que nous le remède, le bon conseil, le meilleur élément à suivre, la meilleure consolation, le meilleur pardon. Va ! va ! mon bon ange, et il va. Lui, il ne s’arrêtera pas en chemin, lui, rien ne le détournera.

Il trouvera facilement celui que nous cherchons, il entrera dans son cœur, il guidera sa vie, il le consolera s’il a de la peine, il le relèvera s’il est tombé, il le retirera peut-être de la mort, s’il va vers la mort.

Me voilà seul, loin de tous ceux que j’ai aimés. Oh ! que j’aurais souffert si je n’avais connu les anges. Maintenant les anges me remplacent et quand je serai mort, eh bien, si Dieu m’en trouve digne, je lui demanderai de le devenir. Oh ! non pas un ange, mais une de ces puissances qui emplissent aussi le ciel et qui sont parfois envoyées par les anges à la recherche de ceux qui souffrent pour leur apporter un peu de consolation, un peu de paix, un peu de bonheur. Et puis, pauvres êtres humains, tels que nous sommes, est-ce que nous pouvons vraiment compter faire beaucoup de bien, de près ou de loin à nos semblables par nous-mêmes.

Si on nous demande un conseil, est ce que nous donnons toujours un conseil sage, utile, possible ? Si un de nos frères, une de nos sœurs est en danger, est-ce que nous sommes toujours assez forts pour les détourner, pour les préserver ?

Est-ce que, n’étant rien, nous pouvons beaucoup ?

Est-ce que nous ne nous trompons jamais ?

Eh bien ! l’ange est là, adressons-nous à lui.

Il voit, il sait et il peut plus que nous.

Il conseillera mieux que nous notre frère ou notre sœur. Il saura mieux pénétrer leur cœur et leur esprit ; mieux que nous, il verra si le bien que nous désirons est possible.

Confions-nous aux anges et confions aux anges ceux que nous aimons. Lorsque nous éprouvons un besoin quelconque dans notre vie, un désir, quelque chose que nous croyons devoir nous être utile ou salutaire, adressons-nous encore aux anges ; cela vaut mieux que de s’adresser aux hommes.

Les anges jugeront ce qu’ils doivent faire pour nous ; s’ils ne font rien, c’est qu’en réalité nous n’avons besoin de rien, ou que ce que nous demandons est contraire à la volonté divine sur nous.

Pour moi, toutes les fois que j’ai demandé aux hommes, je n’ai pas été exaucé, ou j’en ai été puni ; je dis tout, simplement, aux anges, ou aux Puissances qui sont au-dessus de moi. Regardez vous-mêmes ce qui m’est bon. Bon, non pas pour un bonheur passager, pour une satisfaction futile, mais bon pour m’aider à faire plus parfaitement la volonté divine. Cette pensée, aussitôt entrée dans mon cœur, calme mon esprit. Je ne désire plus rien, parce que je sais que tout ce qui me sera utile, et surtout utile à l’œuvre que Dieu m’inspire, me sera donné.

Ah ! que l’âme dévorée du désir de faire du bien se confie aux anges ! Qu’elle supplie les anges de la conduire et de l’aider ! Les anges ne lui feront jamais défaut.

 

 

 

Dr H. de FARÉMONT.

 

Paru dans la Revue du

spiritualisme moderne en 1906.

 

 

 

 

 

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