La véritable Église

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

l’abbé GOERBER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Votre foi a besoin d’être éclairée, ma très chère sœur, et soutenue dans les rudes combats que livre votre raison contre les erreurs dont il a plu aux hommes d’affubler la pure et simple doctrine du Christ.

J’ai été autrefois un des guides spirituels de votre mère quand elle était enfant, c’est moi qui l’ai préparée à sa première communion et je sais qu’elle vous a souvent parlé de moi. J’essayai de former les jeunes consciences qui m’étaient confiées, à la charité, à l’humilité, et je tâchai de leur faire comprendre que le Dieu créateur de toutes choses est avant tout un Dieu de bonté et de justice, et que ces paroles : « Hors de l’Église, point de salut » ne doivent pas être prises au pied de la lettre ; mais qu’elles cachent une signification tout autre que celle qu’on leur donne habituellement.

Hélas ! beaucoup de prêtres peu éclairés ou de mauvaise foi faussent les consciences humaines en déclarant que ceux qui font partie de l’Église catholique seront seuls sauvés. Cela m’avait toujours paru indigne de Dieu, contraire à sa bonté, à sa justice, à sa miséricorde, et j’ai toujours, par tous les moyens en mon pouvoir, essayé de combattre cette fausse interprétation de la doctrine évangélique. J’avais l’intuition que Dieu, ayant créé tous les hommes, aurait été souverainement injuste en en plaçant une partie dans des conditions telles qu’il leur était impossible d’arriver à la béatitude céleste.

Pourquoi aurait-il créé ces peuplades sauvages et barbares où n’a pas encore pénétré la civilisation ? Pourquoi les aurait-il vouées à un état voisin de la bestialité, alors qu’il aurait créé d’autres âmes éclairées et intelligentes, et qu’il les aurait placées dans un milieu où les connaissances qu’elles pouvaient acquérir devaient nécessairement les amener à la possession du bien suprême ?

Où donc serait la justice de Dieu ? Il ne serait qu’un mauvais père, plein de partialité, affectionnant quelques-uns de ses enfants et plongeant les autres dans les misères et les tribulations. Mais Dieu est plus grand et meilleur que vous ne vous le représentez, et il veut que toutes ses créatures arrivent à la perfection qui doit assurer leur bonheur.

Et voici comment j’ai compris cette parole « Hors de l’Église, point de salut ».

Église veut dire assemblée, réunion de tous ceux qui suivent les lois établies par Dieu. Ces lois sont éternellement les mêmes, elles ont pu subir des altérations, elles ont quelquefois été dénaturées par les différentes religions qui se partagent l’empire des consciences, mais elles sont au fond immuables. Boudha, Moïse, Jésus sont venus à différentes époques, et selon les besoins de l’humanité, régénérer ces lois que l’orgueil humain avait cherché à amoindrir ; mais ces législateurs, à l’autorité toute divine, n’ont rien ajouté à ce qui existait déjà.

De tout temps, l’amour de Dieu et l’amour du prochain ont été les voies les plus sûres pour arriver au bonheur suprême, et ceux qui observent ces deux préceptes font bien réellement partie de l’assemblée de l’Église du Christ, qu’ils soient Juifs, Mahométans ou Chrétiens.

Les peuples encore dans l’enfance et qui n’ont de la divinité qu’une notion vague et fugitive seront appelés aussi à la connaissance de la loi toute de douceur que Jésus est venu apporter au monde, par une voie sûre et constante, les âmes de ces barbares arriveront à leur entière évolution et ils jouiront, eux aussi, de la félicité suprême. – Habituez-vous donc à considérer Dieu comme un Père rempli de mansuétude et de bonté, et non comme un juge irrité toujours prêt à frapper. Aimez-le, ayez confiance en lui, une confiance absolue ; dites-vous bien qu’il veut le bonheur de toutes ses créatures sans en excepter aucune. N’est-ce pas beaucoup plus consolant que de penser qu’il y a des âmes privilégiées qui seules seront appelées à la possession du souverain bien ? Eh ! qui donc pourrait sans hésiter se dire : « Je suis une de ces âmes ! » – Quel trouble une pareille doctrine ne jette-t-elle pas dans les âmes ? Quels désespoirs ne peut-elle faire naître ? Le Christ en venant sur la terre a montré à tous les hommes la voie à suivre, et tous ceux qui, de quelque religion qu’ils soient, mettent en pratique ce précepte : « Aimez Dieu par-dessus tout, et votre prochain comme vous-même », sont appelés à jouir du bonheur éternel quand leur âme aura atteint le degré de perfection nécessaire.

 

 

Abbé GOERBER.

 

Paru dans Le Spiritualisme moderne en mars 1899.

 

 

 

 

 

 

 

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