La paix du Christ

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

PHANEG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si, comme je le crois, vous avez un peu vécu avec moi par l’Esprit dans cette chambre où retentit autrefois la parole vivante du Maître, si vous avez pu voir avec force, avec quelle ardeur d’amour écoutaient Jean, Pierre, Thomas, Philippe et les autres, si votre cœur a pénétré leurs pensées, si vous vous êtes rendu compte que toute leur vie était, hors d’eux-mêmes, passée en Jésus, vous saisirez mieux l’adorable bonté du Christ. Avoir connu, reconnu, compris et aimé Celui qui disait de lui-même « Je suis la Vie », avoir vécu plusieurs années près de Lui et Le perdre ! Savoir qu’on ne verra plus ce visage, ces yeux surhumains, ce sourire ! Cette main secourable toujours levée pour bénir ! qu’on ne suivra plus du regard cette robe blanche qui semblait éclairer la nuit !... Finis ces enseignements vivants après le repas, ou sous les Étoiles, dans les sentiers solitaires ! Jésus sait que leur désespoir va dépasser les bornes et il leur donne de suite le remède efficace, l’assurance de la venue du Consolateur ; Il leur laisse sa paix, non pas la paix du Monde, mais la sienne.

La Paix de Jésus ! C’est une créature spirituelle si belle qu’aucun mortel ne la saurait contempler sans voile ; elle est fille de ce qu’il y a de plus profond dans sa vie divine. Il s’en est séparé pour nous ; il l’a laissée sur la Terre, parmi les larmes et les mille formes de la douleur ; elle est comme son sourire et sa vie manifestée visiblement sur notre Monde ; elle tient dans son sein, en réserve, toutes les forces nécessaires pour les donner aux nations et aux hommes de bonne volonté qui désireront d’aller vers la Paix véritable. Mais elle ne sera visible sur Terre que pour les Amis réels du Christ, qui l’auront reçue en eux-mêmes toute entière.

Un sourire de cet Ange suffit pour remplir notre cœur d’une joie profonde, d’un calme inaltérable, qui nous rendent invincibles. À cette heure le Christ l’unit vraiment à l’Esprit et aux cœurs des Douze. Elle devint à jamais leur Compagne. Elle ira vers ceux qu’ils lui désigneront. Dès ce moment aussi les disciples reçurent la force nécessaire pour supporter l’atroce douleur de la séparation.

Et Jésus répète encore : « Je m’en vais, mais je reviendrai vers vous. Si vous m'aimez suffisamment, vous vous réjouirez de ce que je vais vers mon Père puisqu’il est plus grand que moi. »

Le Maître redescend sur la Terre ; car sa vie divine vient de se laisser deviner ; il parle maintenant comme homme. Il semble dire : Voyez en moi maintenant un homme comme vous, votre ami, qui vient de vous révéler la Vérité enfermée en lui-même et qui va vous donner bientôt sa vie. Réjouissez-vous donc puisque je vais me fondre de nouveau en la vie Infinie, dans le sein de Celui qui m’a envoyé vers vous. Il est plus grand que moi considéré comme homme, car ma vie humaine est forcément inférieure à ma Vie divine, qui est en moi et totalement dans le Père. Réjouissez-vous parce que vous ferez de grandes choses, car mon sacrifice vous aura mérité que je fasse moi-même tout ce que vous désirerez.

Et Jésus, avant de quitter la salle, leur affirme encore qu’il va, de son propre vouloir, se laisser torturer et donner sa vie : Le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir sur moi. Il faudra donc que je permette à la douleur et à la mort de s’approcher, et à chaque épine de ma sanglante couronne, à chaque coup de verge, à chaque insulte, à chaque clou du calvaire, il faudra que je renouvelle la permission indispensable.

La douleur est une créature, mes Amis, et Jésus a voulu subir non seulement celles terribles du jardin de Gethsémani et du Calvaire, mais encore, absolument toutes les douleurs que nous connaissons, et celles que nous ignorons. Souffrance d’homme, de démons et d’Ange, il s’est assimilé toutes les créatures. Il les a laissées s’installer en Lui. Il les a donc connues toutes et les a expérimentées totalement. Mais il n'a pas été nécessaire qu’il les vive pour les connaître.

Il est utile de se bien souvenir de cela.

 

PHANEG.

 

Paru dans Psyché, revue du spiritualisme

moderne, en mars 1924.

 

 

 

 

 

 

 

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