Guérir
par
Paul SERVANT
Si la science matérialiste étudie l’art des « guérisseurs », elle observe que ceux-ci tendent d’abord à susciter l’abandon confiant du malade et son enthousiasme parce que c’est là le point de départ des diverses méthodes de guérisons religieuses et magiques. En d’autres termes, la science officielle remarque que les dispositions d’esprit requises chez leurs clients par les guérisseurs sont identiques à celles des croyants, particulièrement la Foi et l’Espérance [i].
Sous cette forme inversée se cache un enseignement fécond, savoir que celui dont l’âme est religieuse – et pour nous cela veut dire chrétienne – se trouve dans les meilleures conditions pour posséder la santé du corps et de l’esprit.
Cela n’est point étonnant ; bien au contraire, il doit en être forcément ainsi, puisque s’ouvrir à l’esprit chrétien, fait de Charité et de Foi en Dieu, c’est s’ouvrir par cela même à tous les courants de vie, depuis les plus subtils jusqu’à ceux plus denses qui font vivre les formes terrestres : l’Amour et la Vie sont une seule et même chose...
D’ailleurs, si l’homme pratiquait mieux cette charité personnelle du « connais-toi toi-même », il s’apercevrait qu’à l’origine de beaucoup de ses maladies il y a une faute morale. Les vrais guérisseurs le savent bien, c’est pourquoi ils sont d’abord des médecins de l’âme. Tel fut Cagliostro [ii], tels furent d’Autres encore...
Ainsi donc, pour se bien porter, le mieux est de s’efforcer de devenir un « enfant de Dieu ». En cela se vérifie encore le précepte évangélique : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice et toutes choses vous seront données par surcroît [iii]. »
Cet effort persévérant affranchira progressivement l’être des maladies héréditaires ou inscrites dans son destin [iv]. Il n’atteindra pourtant jamais à la santé complète, son imperfection morale subsistant toujours en quelque point, et il continuera à s’acheminer vers la mort, cette maladie dernière dont nous avons tous hérité en Adam.
Il ne faut pas oublier également quelle étroite solidarité unit tous les hommes entre eux. Qu’il le veuille ou non, l’individu aura à subir l’ambiance de ses frères malades et à porter sur ses épaules libérées et affermies une part du fardeau dont ils sont écrasés.
Il y a encore lieu de tenir compte des maladies que le Ciel pourra lui envoyer dans un but de purification, afin de briser la volonté et l’orgueil des jouissances extérieures et faire tourner son âme « vers cet intérieur qui lui eût tout appris et prodigué tous les trésors [v] » ; comme le dit l’Écriture : « Et Dieu, pour garder l’homme pur, le rendit malade [vi]. »
Paul SERVANT.
Paru dans Psyché, revue du spiritualisme
intégral en octobre 1923.
[i] H. PIÉRON, Directeur du « Laboratoire Psychologique » de la Sorbonne. Article de la Revue de France, No du 1er Janvier 1923, sur M. COUÉ et sa méthode.
[ii] Dr MARC HAVEN, Le Maître Inconnu : Cagliostro, pages 107, 109, 110.
[iii] MATTHIEU. Ch. 6. Vers. 33.
[iv] Les Sages Kabbalistes disaient que tout homme qui étudie la loi avec le désir de l’observer échappe à l’influence des astres (Zohar, Tome 5, page 549, Trad. de Pauly). C’était sous la loi de rigueur, que sera-ce sous la loi de miséricorde instaurée par Jésus !
[v] Dr MARC HAVEN, « Discours Initiatique », Psyché, Juillet 1922, page 219.