Demandez et vous recevrez
par
Ben TOBIE
St-Luc. – Ch. II, Verset 9.
Jésus, par cette parabole nous incitait à demander au Père les secours dont nous avons besoin.
L’homme abusé par lui-même et tourmenté par ses propres convoitises a mieux à faire qu’à se complaire dans sa volonté, il peut, en ouvrant son cœur à la Prière, voir se réaliser en lui l’Unité et le royaume angélique.
La demande adressée au Ciel permet à la divine harmonie de nous pénétrer et, en vivifiant nos sentiments les meilleurs, d’abattre l’orgueil de notre être temporel.
Elle ouvre la porte du monde d’en haut ; les bénédictions et les grâces du Père descendent comme une onde régénératrice, délivrant notre âme des pesantes chaînes dont nous la chargeons et lui donnant une vie nouvelle.
Comme les rayons solaires assainissent l’atmosphère de notre habitation, les rayons d’amour viennent emplir la chambre intérieure pour notre plus grande félicité.
Notre âme nous élève à la contemplation des vérités sublimes de la même façon que nous admirons la beauté des cieux étoilés et les harmonies de la nature.
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Ne nous laissons pas abuser par notre être de chair, qui, étant étranger au règne de l’esprit, ne peut comprendre les exhortations à la Prière ; Jésus n’a-t-il pas dit qu’il venait paître les brebis de son Père, indiquant par là que ce qui n’appartient pas à Dieu ne peut avoir l’intelligence de ses enseignements et encore moins leur amour.
Homme, mon frère, ne discute plus, agis et tu apprécieras vite par toi-même le pouvoir de la prière. Que l’adversité te jette dans le trouble, que la sécheresse habite ton cœur ou que tu te sentes aigri et révolté : prie, et si ton élan est sincère, tu verras renaître en toi la paix et cette ardeur qui te pousse d’ordinaire à l’amour de la vie et des êtres.
Ne fuis pas cet autel de la prière parce que tu te trouves nu, impur, pareil à un animal ; Dieu, malgré les prévarications de l’homme, lui tend toujours la main, il est tout amour, toute miséricorde et il veille sur la création qu’il pénètre tout entière.
Si tu te sens trop faible pour t’adresser seul à Dieu, rends-toi à la maison sainte, et l’ambiance aidant, tu recevras la nourriture céleste que ton état particulier t’empêchait d’obtenir par toi-même.
La prière renouvelée te donnera pour compagnes de route la quiétude et la joie ; ton esprit s’ouvrira aux vérités éternelles et, la grâce aidant, tu sortiras de l’horizon borné de ton moi pour vivre dans l’universalité ; vie pleine de délices et aussi différente de ton existence douloureuse et fermée que le Ciel de l’Italie l’est des brumes du Nord.
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La prière a son expression la plus parfaite dans le Pater, enseigné par le Verbe lui-même.
L’efficacité de cette céleste formule, qui veut la plus confiante soumission, est inscrite dans les âmes des saints, des sages et des hommes de désir. Encore qu’elle rayonne à travers eux, elle est avant tout cachée et intérieure.
Les prières appropriées à notre état de faiblesse et d’enveloppement dans la matière sont des appels auxquels le Ciel, dans nos moments de détresse, ne reste jamais indifférent.
Il est des preuves de grâces alors accordées tout autour de nous : les ex-voto dans les églises, les chapelles élevées à la suite d’un vœu, les croix des chemins – pour la plupart érigées en reconnaissance d’une prière exaucée, – et combien d’autres encore !
En nous-mêmes, dans notre propre entourage, nous pourrions aussi trouver de nombreux témoignages de l’efficacité de la prière.
Personnellement, je fus témoin d’un cas particulièrement émouvant dans sa simplicité.
Après quinze ans de mariage, un ménage voisin eut un enfant, malheureusement d’une telle chétiveté que le médecin ne le déclara viable qu’à la seule condition d’être nourri exclusivement au sein par sa mère. Or celle-ci n’avait pas ou presque pas de lait. Pour y suppléer, en partie, le praticien formula une mixture à laquelle il fallait de toute nécessité ajouter du lait maternel, et pour obtenir celui-ci, un tire-lait dut être employé.
Au prix de bien grandes douleurs, on parvint à avoir quelques gouttes du précieux liquide, mais en quantité insuffisante pour nourrir l’enfant qui lentement dépérissait.
Désespérée, la mère comprit, dans la simplicité de son cœur, que seul un miracle sauverait son enfant.
Vers Dieu, vers le Fils et sa sainte Mère, de toute son âme, de tout son être, elle adressa des supplications, les renouvelant sans cesse, convaincue que tout était perdu si ses pressants appels n’étaient pas entendus.
Ils le furent, son ardente confiance avait eu raison de sa détresse, peu à peu le lait vint en quelques jours suffisamment abondant pour que l’enfant pût être entièrement nourri au sein.
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Ami lecteur, sois certain que sur toi, comme sur toutes les créatures, le Père veille avec amour et que nombreux sont les présents qu’il t’envoie. Puissent ces lignes te le rappeler et animer ton cœur de la plus légitime confiance.
Ben TOBIE.
Paru dans Psyché, revue du spiritualisme moderne,
en janvier-février 1924.