
LE DARWINISME L’Esprit et la matière
ÉDITIONS DU 1997 |
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Introduction Ceci n’est pas un ouvrage sur l’évolution à proprement parler, mais sur le darwinisme et ses sectateurs. L’idée m’en vint lors d’une conférence organisée par un de mes amis, où darwiniens et non-darwiniens s’opposèrent avec vigueur... Jusqu’alors, j’étais concerné bien sûr par l’évolution, comme tous les biologistes (l’évolution est un fait et non une théorie, et nous la rencontrons à chaque pas) d’autant plus que ma formation première était celle d’un zoologiste. Mais les théories sur l’évolution ne m’intéressaient pas beaucoup. J’étais convaincu qu’elles n’étaient guère solides, qu’on ne comprenait pas grand-chose à tout cela, et que j’avais mieux à faire que de m’en mêler. Et puis il y eut cette conférence ; je fis connaissance avec un degré de fanatisme que je n’avais jamais rencontré dans les sciences (non point qu’il n’existe pas, nous ne sommes que des hommes avec toutes leurs passions, mais à ce degré-là !). L’injure remplaça les arguments : l’un des conférenciers compara ceux qui ne croyaient pas trop au darwinisme aux partisans de la terre plate auxquels Hitler s’intéressa, etc. L’un de mes collègues et ancien élève m’envoya une lettre furibonde parce que je lui avais présenté quelques critiques d’un énorme livre qu’il venait de concocter, sur l’évolution darwinienne bien sûr. Si bien que je me décidai à y regarder de plus près. Il y a trois ans de cela, je me plongeai dans les théoriciens du darwinisme dont certains sont des plus ennuyeux ; je constatai même que Darwin était beaucoup plus nuancé et beaucoup moins fou que ses enragés sectateurs ; ce qui me stupéfia le plus, ce fut la pratique d’un mode de raisonnement incroyable, dont on ne se sert nulle part ailleurs dans les sciences, et qui consiste à considérer des hypothèses comme des faits, alors que par ailleurs on les déclare (ce qu’elles sont réellement) invérifiables. Mais que nous est-il donc arrivé ? Pourquoi un certain nombre de collègues (pas tous, loin de là, heureusement) deviennent-ils enragés dès qu’on touche aux hypothèses darwiniennes, même si par ailleurs on reconnaît – et je reconnais – qu’elles ont été exceptionnellement fécondes et ont rendu un grand service à la biologie ? Dans une telle situation, qu’on rencontre souvent dans des discussions politiques apparemment anodines, il existe un motif passionnel sous-jacent, qui fait qu’on ne discute pas vraiment du sujet en cause, mais qu’on soupçonne l’interlocuteur de vouloir attaquer une opinion personnelle à laquelle on tient par-dessus tout. C’était bien de cela qu’il s’agissait et je m’en convainquis avec une anecdote qu’on me rapporta sur Dawkins. C’est un biologiste par ailleurs fort estimable, mais à propos de certains sujets, comme celui dont je parle, il perd littéralement la tête... On faisait donc remarquer à sa femme que son mari, lorsqu’on voulait lui parler de l’évolution, posait une seule question : – Croyez-vous en Dieu ?Et si on lui répondait par l’affirmative, il vous tournait le dos. – Madame, dit alors un de mes amis, votre mari semble avoir grand-peur de Dieu ?– Non pas, Monsieur, mais Dieu doit avoir grand-peur de mon mari !Mon ami en resta bouche bée... C’était le fond du problème et je le trouvai même énoncé très précisément dans plusieurs écrits darwiniens. Voici la situation : les premiers opposants à Darwin lui firent la guerre parce que ses théories étaient contraires à la Bible et menaient à l’athéisme (Gould affirme que c’est tout à fait faux, et que l’opposition vint surtout du manque de preuves à l’appui de la théorie darwinienne). Donc, on ne peut s’opposer au darwinisme qu’en vertu d’idées préconçues, c’est-à-dire qu’on est un déiste honteux et attardé, auquel on doit tourner le dos ; la discussion ne sert à rien : il ne reste qu’à attendre la chute de votre piteux interlocuteur dans les poubelles de l’Histoire (comme disaient les partisans d’une autre religion, qui a mal fini, il y a peu de temps). Or A) il est parfaitement exact que beaucoup de personnes, qui ne sont pas des biologistes en général, sont opposées à Darwin à cause surtout de la virulence antireligieuse de certains darwiniens ; B) il est non moins certain que les biologistes opposés à Darwin ne sont pas créationnistes (le créationnisme est le fait de certains chrétiens fondamentalistes présents surtout outre-Atlantique et qui sont pour le moins aussi fous que certains darwiniens).
Directions générales La véritable raison qui explique l’âpreté des controverses est donc l’antagonisme millénaire entre matérialisme et spiritualisme ; j’en donnerai des exemples empruntés aux livres de Dawkins et Dennett. Mais j’en pourrais citer beaucoup d’autres ; non point que tous les darwiniens adhèrent explicitement au matérialisme : j’en connais de fort raisonnables et modérés ; mais comme dit le proverbe " un fou qui hurle fait plus de bruit que cent sages qui se taisent ". Toutefois, il faut bien de temps en temps répondre aux fous. Et pourtant je ne le ferai que brièvement pour plusieurs raisons : 1) Je considère qu’un débat sur des problèmes millénaires est vicié dès l’origine si on ne se rend pas compte qu’à l’époque moderne les notions de matière et d’esprit sont des plus obscures, surtout à la lueur de la physique quantique : j’en donnerai un seul exemple en opposant Penrose à Dawkins et Dennett. Est-on bien sûr de ne pas se trouver seulement devant des catégories inventées par les Grecs pour la commodité de la controverse ? Il était utile sans doute au début de séparer " Hyle " et " Nous ". Mais nous sommes bien plus loin maintenant et si le divin Platon renaissait de ses cendres, il serait le premier à en convenir. 2) Mais outre le fait que je ne veux pas m’engager dans une discussion qui ne m’intéresse pas, parce que les prémisses en sont trop mal posées, j’insiste lourdement sur le fait que pour un homme de science : ce n’est pas le problème. Nous sommes des praticiens, nous autres, des gens de métier : ce qui nous intéresse dans une théorie, c’est qu’elle soit efficace, qu’elle inspire des expériences. Or (j’entends hurler certains fanatiques) est-ce encore le cas pour le darwinisme ? Après avoir, c’est incontestable, mis la biologie sur orbite, Darwin peut-il encore nous servir ? Je trouve que non et pas seulement parce que trop d’erreurs ou de sottises ont été proférées en son nom. 3) Alors – objection classique des darwiniens – vous ne voulez pas du darwinisme, et vous n’avez rien à mettre à sa place ? Ce n’est pas la question. Cette objection, comme l’a dit un ingénieux critique, revient à garder en prison un homme pourvu d’un excellent alibi, sous prétexte qu’il faut trouver le vrai coupable avant de le libérer ! La réponse, c’est qu’il reste à faire notre métier, c’est-à-dire à chercher autre chose... II me semble que depuis de nombreuses années, la conviction que le darwinisme était la réponse définitive a paralysé la recherche dans des directions différentes ; je ne veux parler ici que du point de vue théorique. Une " nouvelle-nouvelle synthèse " n’a pas été envisagée. Pour beaucoup c’eût été un blasphème. Et puis, comme Kuhn l’a souligné, il faut beaucoup de temps pour qu’un paradigme succède à un autre dans les sciences et tout ce qui est nouveau y rencontre une opposition parfois frénétique. Tant et si bien que nous n’avons pour le moment rien à proposer en face du darwinisme – sauf de chercher une nouvelle théorie, ce qui n’a pas été fait sérieusement jusqu’à présent.
Situation actuelle du darwinisme Sous peine de choir dans la banalité, je ne puis m’étendre ici sur le darwinisme en général. En dehors des hommes de science, beaucoup de personnes, qui ne connaissent pas la théorie, la tiennent pour acquise une fois pour toutes (ce qui serait étrange pour une théorie scientifique), ne se soucient pas de ses conséquences, et se contentent vis-à-vis d’elle d’un salut en passant. C’est tout à fait net dans les milieux philosophiques et littéraires et aussi dans les sciences humaines... Comment pourrait-on, en dehors de la biologie, apprécier réellement le support que les êtres vivants donnent, ou non, au darwinisme ? Tout a été dit par ailleurs sur les sottises du darwinisme social et ce qu’en ont tiré les nazis et autres staliniens. On en remplirait des bibliothèques ! Je signalerai en passant que le plus compliqué, c’est justement de discerner quelle est aujourd’hui la pure doctrine darwinienne... J’ai été surpris d’y constater tant de contestations sur des points variés et même tant de doutes parfois fondamentaux, même quand ils sont corrigés, in fine, par un furtif coup de chapeau à Darwin. Mais à ce sujet il me faut dissiper une illusion.
Le darwinisme dans les pays anglo-saxons On croit en général que les darwiniens ont remporté dans les pays anglo-saxons une victoire sans partage ; on affirme, et je crois que c’est vrai, qu’il serait impossible de publier dans Nature ou Science un article contre Darwin du genre de celui que Schutzenberger a réussi à faire passer récemment dans La Recherche, sans soulever une tempête de protestations unanimes. Mais en dehors de ces deux journaux résolument conformistes, j’ai été stupéfait de constater que l’assentiment qu’on m’avait donné comme général n’était pas si général que cela. On trouvera dans cet ouvrage de multiples exemples de cet état d’esprit, qui n’est pas si nouveau ; il me semble néanmoins, depuis plusieurs années, se manifester beaucoup plus explicitement. Qu’on lise par exemple les critiques de Pyke et de ses collègues contre le bastion des zélotes les plus enragés, j’ai nommé la sociobiologie. Dans une importante revue qui cite plus de deux cent trente publications, la conclusion de l’auteur pourrait presque se résumer ainsi : " Tout cela ne rime pas à grand-chose, car les expériences ont été mal faites ". Le lecteur verra si j’exagère au cours des citations que je fais de la revue de Pyke.
Situation du darwinisme dans la biologie actuelle C’est évidemment le point auquel j’attache le plus d’importance. Or, il n’est pas vrai du tout que les biologistes en général passent leur temps à se demander avec angoisse si leurs conclusions sont ou non darwiniennes. La question ne se pose réellement que dans les périodiques explicitement consacrés à l’évolution (ou à ce que les darwiniens appellent évolution). Mais de très vastes domaines de la physiologie, de la paléontologie, même de la génétique, ne se soucient pas du tout de prouver ou non le darwinisme. Ils ont bien assez de problèmes techniques pour s’encombrer encore de maquis théoriques ! Quand nous en parlons, la controverse est souvent très molle, sinon inexistante ; ou alors un collègue évoque d’un ton pompeux et ironique l’" inclusive fitness ", ou autres belles choses de ce genre : il y a des sourires et on parle d’autre chose... On pourrait dire que le darwinisme a si bien gagné qu’on ne s’en occupe plus ; il serait plus juste de constater que la plupart des chercheurs ne s’en soucient tout simplement pas.
Une dérive vers la secte J’ai évoqué plus haut la stupeur qui m’a saisi quand j’ai été témoin, pour la première fois de ma vie, de la dérive darwinienne vers la violence des propos et même l’injure. Peut-on admettre que cette tendance va se généraliser, tout au moins dans certains milieux ? Je crois que oui et on le constatera en lisant Dawkins ou Dennett (Monod inclinant déjà de ce côté) : c’est d’ailleurs pour cela que je leur ai donné tant de place, pour qu’on ne s’habitue pas à considérer le darwinisme comme une théorie du modèle courant. C’est bien plus que cela... Dennett a parlé des " idées dangereuses de Darwin " qu’il compare à un acide rongeant subtilement toutes les vieilles formules et toutes les vieilles croyances. C’est en effet ce que le darwinisme est devenu (Darwin n’ignorait pas ce qui arriverait) et Dennett s’en réjouit puisque son idéal est le matérialisme intégral. Or ces gens jouent avec le feu ; lorsque Monod a publié son livre fameux, j’ai constaté l’affolement d’une quantité de braves gens qui voyaient s’écrouler bon nombre de notions sans doute fort naïves mais sur lesquelles ils avaient vécu jusque-là ; et on ne leur proposait pour les remplacer que les belles phrases de Monod qu’ils trouvaient creuses et qui l’étaient en effet... Je me suis employé plusieurs fois à les rassurer, ce qui me rappelait les paroles de la Bible : " Si un homme te parle au nom de Yahweh, comment reconnaîtras-tu la parole que Yahweh a dite ? Si ce qu’il a dit n’arrive pas, si cela ne se réalise pas, alors tu reconnaîtras une parole que Yahweh n’a pas dite : c’est par orgueil que le prophète aura parlé : tu ne l’écouteras pas, tu n’auras pas peur de lui. " Et, en effet, voilà la situation que des " prophètes " indiscrets comme Monod, Dawkins et Dennett n’ont pas considérée sérieusement : une très grande partie de nos concitoyens (et la presque totalité de ceux qui n’ont pas de culture scientifique, c’est-à-dire la majorité, à cause de la faillite de notre enseignement) ont peur et parfois horreur de la science : surtout à cause de la bombe atomique et de la pollution, mais cela va beaucoup plus loin que ces craintes après tout justifiées : car les dangers de l’atome et de la pollution viennent de la science et du productivisme industriel, qui en procède directement. Toute campagne antiscientifique a un écho immédiat et qui m’épouvante. En vérité, on ne nous aime pas : certains d’entre nous ont vraiment dit trop de sottises qui ne procédaient pas de la science mais uniquement de leurs préférences philosophiques personnelles. Si vraiment la science donne du monde une image insupportable, si elle prive la vie de son sens (et c’est bien à quoi aboutit le livre de Monod, sans oublier l’écho que lui font Dawkins et Dennett), alors supprimons la science ! C’est très facile, il suffit de baisser les crédits des laboratoires. C’est impossible et inopérant ? Ah oui ? Supposez que le gouvernement, en proie à des ennuis financiers, décide de réduire le budget de la recherche (ce qu’il fait). Croyez-vous que la population en serait émue ? Croyez-vous qu’un défilé de chercheurs réclamant des crédits soulèverait beaucoup d’émotion ? Alors pour rassurer les gens, il faut donc revenir au bon vieux créationnisme ? Naturellement ce serait tout à fait absurde, d’autant plus que le créationnisme n’explique rien du tout, pas plus que le darwinisme, comme nous le verrons plus tard. Vouloir que le Dieu Créateur ait aidé personnellement Ichtyostega à sortir de l’océan au dévonien ne nous aide pas à comprendre ce qui s’est passé ; or, c’est ce que la science désire avant tout : saisir le mécanisme interne et physiologique qui a suscité le phénomène. En réalité, les créationnistes actuels procèdent d’une théologie des plus naïves, à laquelle la religion a renoncé depuis longtemps. Dans la théologie moderne, la matière dépend du Dieu Créateur, mais Dieu ne dépend pas de la matière. L’acte créateur lui-même est environné d’un profond mystère et si Dieu venait nous l’expliquer, ce serait peine perdue, car nous n’y comprendrions rien ! Dieu a été à l’origine des mécanismes sublimes que nous cherchons à démêler ; et le peu que nous y comprenons nous plonge dans l’admiration... Mais leur origine est toujours entourée de brume et je dirais presque, en paraphrasant Pascal, " le mystère éternel de ces mécanismes infinis m’effraie ". Ce qui reste à faire, c’est étudier, chercher à comprendre. Et abandonner l’orgueil. Nous savons encore peu de choses : pas assez pour vaticiner et prétendre comme les darwiniens qu’on a tout compris, ou qu’on tient la théorie définitive, ce qui revient au même. Quant à ce qu’il faut dire, c’est la vérité, bien entendu, mais tempérée par la prudence qui ne doit jamais abandonner l’homme de science au profit de l’orgueil. Mais j’en reviens à ce que je disais tout à l’heure, à propos des gens qui ne nous aiment pas : est-ce que l’essor fabuleux et déplorable du créationnisme aux États-Unis ne me donne pas raison ? Est-ce qu’il s’explique sans la peur du Vide, que tant de déclarations intempestives ont suscitée ? Est-ce qu’il est raisonnable de dire comme Dawkins : " Le darwinisme permet en partant de tout d’aboutir à tout " ? Voyez-vous bien le danger d’afficher comme cela un sot orgueil ?
Résumé de l’argumentation Je commence par analyser la situation actuelle du darwinisme dans la biologie : elle n’est nullement aussi favorable qu’on le dit, et les théories darwiniennes sont de plus en plus discutées, non seulement en France mais aussi dans le monde anglo-saxon. a) Nous ne sommes pas en face d’une théorie biologique au sens strict mais d’une offensive du vieux matérialisme contre le " créationnisme " ou plutôt contre le spiritualisme malgré l’inconsistance de ces deux termes. Plusieurs hommes de science s’en aperçoivent d’ailleurs. b) J’insiste sur le fameux " cercle vicieux " ou " tautologie " du darwinisme, qui n’a pas été jusqu’à ce jour corrigé le moins du monde. La faille principale du darwinisme est d’ordre logique. c) La théorie qui veut que la sélection naturelle corrige les " défauts " des organismes nous amène ni plus ni moins au finalisme le plus désuet. d) Le problème central est celui de la mesure : on ne peut mesurer ni la sélection, ni l’adaptation, ni même trop souvent l’accroissement d’une population avec suffisamment de précision. e) Les darwiniens semblent s’en être aperçus sans le dire et prétendent pouvoir procéder à des vérifications de la théorie par les conséquences qu’on peut en tirer ; c’est tout le sens de la sociobiologie suivant laquelle la sélection agissant sur les comportements ou la physiologie et éliminant les dispositifs les moins efficaces doit parvenir à une quasi-perfection. Mais la sociobiologie, malgré sa fécondité, se compose essentiellement d’expériences mal faites ; les prédictions qu’elle prétend faire sont ou naïves ou controuvées (altruisme, investissement parental, fourragement optimum, etc.). f) Des problèmes essentiels comme ceux de la coévolution restent à peu près totalement inexpliqués. g) La paléontologie est loin de soutenir les thèses du gradualisme darwinien et ne permet en aucun cas d’extrapoler les résultats d’expériences qui ont duré quelques mois, à l’échelle des millions d’années des temps géologiques. h) Quant à la génétique, elle condamne sans appel l’extrême naïveté qui a consisté pendant tant d’années, et consiste encore, à attacher un caractère à un gène déterminé. Il est vain de se dissimuler que la génétique, sur laquelle les darwiniens comptaient tellement, va les forcer d’ici peu à modifier complètement leurs points de vue sur l’évolution. j) Il convient de reprendre le problème en s’inspirant davantage de la physiologie que de théories qui ne sont susceptibles d’aucune vérification. L’étude physiologique des panchroniques ou mieux encore des animaux en train d’évoluer sous nos yeux comme le périophtalme, serait plus profitable ; mais elle n’est pas même ébauchée. Je remercie les professeurs Louis David, Rosine Chandebois et Gilles Éric Seralini, ainsi que mes amis Jean Staune et Jacques Beau, qui ont bien voulu relire mon texte et m’adresser d’utiles critiques ; malgré cela, s’il subsiste des erreurs, j’en suis entièrement responsable.
Sources Je dois signaler quelques-unes des sources qui m’ont le plus impressionné (dans un sens ou dans l’autre !). Les ouvrages de Denton, Sermonti et Fondi m’ont été des plus utiles. J’ai évidemment beaucoup puisé dans les innombrables ouvrages de Gould, où l’on rencontre, suivant le mot célèbre, " du génie, du talent et de la facilité " (et même du bavardage). Mais c’est tout de même un esprit brillant qui ose, en Amérique, patrie du conformisme darwinien, émettre des idées et lâcher des hypothèses blasphématoires bien amusantes. On peut le critiquer sans nier le fait qu’il est cité partout. J’ai parlé avec une certaine virulence de Delsol et de son énorme traité de plus de six cents pages ; je l’ai lu et annoté et j’en ai gardé de l’amertume : il est impensable de rédiger un pareil ouvrage, qui témoigne d’une remarquable érudition zoologique, sans table des matières suffisamment explicite et surtout sans index alphabétique ! Cela m’a fait passer bien plus de temps qu’il ne convenait, et a sans doute été la cause de plusieurs oublis ou mauvaises interprétations. Il s’agit d’une véritable mine de renseignements du point de vue zoologique, mais aussi d’un témoignage parfois fort naïf en faveur du darwinisme. Là-dessus, Delsol semble quelquefois dépasser même Dawkins... Je me suis appesanti, ce qui surprendra peut-être beaucoup de lecteurs, sur les idées naïves parfois, mais peut-être géniales en d’autres endroits, que se font les informaticiens sur l’évolution. Ce qu’ils nous disent des programmes et de leurs propriétés d’autodéveloppement m’a paru tout à fait essentiel. Je veux surtout rendre hommage à mon maître Grassé et à ses idées, en souvenir des longues années que nous avons passées à en discuter ensemble. Il avait ses défauts, comme tout homme en ce monde, et il était même parfois insupportable d’entêtement. Mais il accomplit tout de même une prouesse que je n’ai jamais vu réalisée ailleurs : il avait quasiment digéré toute la zoologie, au point de mettre en chantier son illustre Traité de Zoologie, le seul qui soit au monde ; et même au point de remplacer au pied levé un auteur défaillant et de rédiger lui-même les tomes du traité qui n’avaient pas trouvé de rédacteur ; il est vrai qu’il se mêla parfois de donner son avis sur la biologie moléculaire ou la génétique dont il n’était pas spécialiste (alors que plusieurs de ses ennemis l’étaient). Mais quand Grassé donne son avis sur l’évolution, en tant que zoologiste, il mérite au plus haut point d’être écouté : personne, j’ose le dire, ne connaissait mieux que lui l’évolution animale dans son ensemble. Il s’agira moins de l’évolution que des darwiniens et du darwinisme, c’est-à-dire trop souvent de la découverte d’un fanatisme. La raison profonde en est dans l’opposition du spiritualisme et du matérialisme, dont on ne traitera guère, parce que ces termes sont également anciens et inadéquats au regard de la science moderne. Le problème est de savoir si le darwinisme est encore utile en biologie. Il ne joue pas un si grand rôle dans les sciences de la vie qu’on se l’imagine.
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Table Introduction
PREMIÈRE PARTIE : LA PHILOSOPHIE PROFONDE DU DARWINISME 1. Un impossible artisan, l’Horloger aveugle que Dawkins semble bien connaître
2. Dennett, le plus bavard des philosophes et " les dangereuses idées de Darwin " dont il est un acharné partisan
3. Dennett et Penrose
4. La nouvelle conception du monde des physiciens et en quoi elle intéresse les biologistes
DEUXIÈME PARTIE : LE PROBLÈME DIALECTIQUE ET LOGIQUE 5. Le darwinisme en tant que cercle vicieux
6. Le problème de l’adaptation et la critique de l’adaptationnisme
7. La sélection. Difficultés dialectiques
8. Expériences darwiniennes
TROISIÈME PARTIE : LA SOCIOBIOLOGIE 9. Sous-section n° 1 : L’altruisme
10. Sous-section n° 2 : Les aides chez les oiseaux
11. Sous-section n° 3 : Les notions de coût et de profit en sociobiologie
12. Sous-section n° 4 : L’affouragement optimum.
13. Sous-section n° 5 : L’investissement parental
14. Sous-section n° 6 : Quelques travaux sociologiques plus sérieux
QUATRIÈME PARTIE : UN PROBLÈME ESSENTIEL, LA COÉVOLUTION 15. La coévolution
CINQUIÈME PARTIE : LE DARWINISME, LA PALÉONTOLOGIE ET LA GÉNÉTIQUE 16. Le darwinisme et les données paléontologiques
17. Darwinisme, embryologie et génétique
18. L’idée d’hérédité des caractères acquis referait-elle surface ?
SIXIÈME PARTIE : LE PROBLÈME DES ORIGINES, LE PROBLÈME DE LA COMPLEXITÉ, L’IDÉE DE PROGRÈS ET DE BUT Le problème des origines 19. Les recherches expérimentales sur l’origine de la vie (biogenèse)
20. La complexité et l’idée de progrès et de but
21. Les informaticiens, la complexité et l’évolution
SEPTIÈME PARTIE : UN PROGRAMME INTERNE. 22. Un programme interne
Conclusions générales
Appendice
Bibliographie Index des auteurs Index des thèmes
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DU MÊME AUTEUR BIOLOGIE GÉNÉRALE La Vie de l’insecte et sa physiologie, Lechevalier, 1941.Physiologie de l’insecte, Éditions INRA, 1949, seconde édition 1958. Le Comportement des animaux, PUF, 1961. Traité de biologie de l’abeille, Masson, 1968. Le Comportement, Masson, 1968. L’Éthologie, PUF, 1975. Les Sociétés animales, PUF, 1982. Le Monde animal et ses comportements complexes (avec Bernadette Chauvin), Plon, 1977. Le Modèle animal (avec Bernadette Chauvin), Hachette, 1982. Sociétés animales et Société humaine, Que sais-je ?, 1984. GRANDE VULGARISATION Vie et moeurs des insectes, Payot, 1961.Les Sociétés animales, de l’abeille au gorille, Hachette, 1962. Techniques de combat chez les animaux, Hachette, 1965. Mes abeilles et moi, Hachette, 1976. La Ruche et l’homme, Calmann-Lévy, 1987. Le Monde des fourmis, Éditions du Rocher, 1994. Le Monde des oiseaux (avec Bernadette Chauvin), Éditions du Rocher, 1996. PROBLÈMES GÉNÉRAUX ET CONTROVERSES Les Surdoués (Stock 1968, réédité 1997).Des savants pour quoi faire ? (essai de sociologie de la science), Payot, 1981. La Biologie de l’Esprit, Éditions du Rocher, 1985. Dieu des fourmis, dieu des étoiles, Éditions du Pré-aux-Clecs (Prix Pascal), 1988. Les Conquérants aveugles, Robert Laffont, 1988. L’Avenir de Dieu, Éditions du Rocher, 1995. Plus une quinzaine d’ouvrages se rapportant à d’autres sujets, dont cinq romans.
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