H.J. EYSENCK

 

DÉCLIN ET CHUTE
DE L’EMPIRE FREUDIEN

Traduit par Hélène Peters

 

 

F.-X. de Guibert
(O.E.I.L.)
27, rue de l’Abbé-Grégoire, 75006 Paris.

 

© Hans J. Eysenck 1985
© 1994 F.-X. de Guibert (O.E.I.L.), 27, rue de l’Abbé-Grégoire, 75006 PARIS pour l’édition française
ISBN 2.86839.323.3

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

En analysant la première publication médicale de Freud sur la cocaïne, on est frappé par la précarité des faits sur lesquels l'auteur base ses conclusions : ce dernier déclare avec la plus grande assurance que la cocaïne est une drogue de faible toxicité et que son usage récréatif n’entraîne pas de dépendance ; et pourtant, le grand pharmacologue de l’époque, Louis Lewin, rapporte des exemples d’issues fatales associées à la consommation de cette drogue. Mais ce n’est pas seulement l’opinion de Freud sur la cocaïne qui est aujourd’hui battue en brèche. D’autres critiques contemporains déclarent que le maître de Vienne attribue péremptoirement au comportement des causes invérifiables et qu’il émet des hypothèses sans preuve substantielle, tout en les présentant comme des vérités premières.

L’École de psychologie comportementale menée par Hans Eysenck a formulé les critiques les plus systématiques des théories freudiennes. Déclin et Chute de l’Empire Freudien est la traduction de l’ouvrage classique d’Eysenck publié en 1985 et qui a fait l’objet de nombreuses éditions en langue anglaise. Pour l’auteur, le déclin de l’influence des théories freudiennes aux États-Unis et en Grande-Bretagne est évident. Pour lui, l’inévitable désillusion ne fait que commencer en France où elles sont encore largement dominantes.

C’est pourquoi il a paru intéressant de rassembler dans trois préfaces les réflexions de médecins, universitaires et philosophes français venus d’horizons philosophiques différents, et qui éclairent le débat.

Pour Hans J. Eysenck, au terme de son ouvrage, " il est temps de traiter la psychanalyse freudienne comme une curiosité historique et de s’atteler à la lourde tâche d’édifier une psychologie réellement scientifique. "

 

 

Hans J. Eysenck naquit à Berlin en 1916. Il quitta l’Allemagne en 1934, et fit ses études supérieures à l’Université de Londres qui lui décerna un Doctorat en Psychologie en 1940. Il fut attaché pendant la Seconde Guerre mondiale à l’hôpital de Mill Hill de Londres où étaient traités les combattants présentant des désordres psychiatriques. Puis il fut nommé directeur du Département de Psychologie du Maudsley Hospital, l’hôpital psychiatrique le plus prestigieux d’Angleterre. C’est là qu’il organisa un programme de recherches cliniques et expérimentales sur le comportement, comprenant une section sur les facteurs génétiques de ce dernier. En 1955 il fut désigné pour occuper la chaire de Psychologie expérimentale de l’Université de Londres. Il a également été professeur à l’Université de Pennsylvanie et à celle de Californie. Il est bien connu pour ses études sur le comportement et la personnalité qu’il a décrite dans quelque huit cents articles publiés dans des journaux médicaux spécialisés. Il a également écrit une quarantaine d’ouvrages : " Les bases biologiques de la personnalité ", " L’usage et l’abus de la psychologie ". Il est rédacteur en chef de la revue " Personnalité et différences individuelles ".

 

Avant-propos à l’édition française

Cet ouvrage largement diffusé dans le monde anglophone depuis sa parution en 1985, n’est guère connu en France, la raison en étant, peut-être, qu’il n’avait pas encore été traduit dans notre langue. C’est un des nombreux livres écrits par Hans J. Eysenck, qui occupa la chaire de psychologie expérimentale à l’Université de Londres de 1955 à 1983, et dont les contributions dans le domaine de la psychologie expérimentale sont largement reconnues et débattues dans le monde scientifique. Cet ouvrage s’adresse aussi bien à des spécialistes qu’à un public non initié ; son ton polémique ne devrait pas distraire le lecteur des analyses scientifiques expérimentales et cliniques d’Eysenck : elles font de lui l’un des plus rigoureux critiques de la théorie psychanalytique, aujourd’hui remise en question dans le pays même où elle avait été largement adoptée.

Car c’est aux États-Unis, et dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, que la popularité des thèses freudiennes devint dominante, soutenue par les proches disciples de Freud réfugiés outre-Atlantique : Sandoz Rado, Theodore Reik, Eric Fromm et Rudolf Lowenstein. Par le biais de la psychanalyse, la psychiatrie acquit son indépendance propre vis-à-vis de la neurologie ainsi qu’une aura particulière dans le traitement des affections psychiques.

En France, l’engouement fut plus tardif et les théories du maître de Vienne ne connurent un essor important qu’après 1960 avec un élan qui s’est manifesté jusqu’à ce jour. Toutefois, à la lumière des travaux effectués en psychologie expérimentale et en neuropsychopharmacologie, les théories de Freud, examinées à nouveau, ont été remises en question. Ce contrepoint a été particulièrement bien exposé dans l’ouvrage d’Eysenck maintenant accessible au public francophone.

Afin de mieux situer ce livre dans la mouvance de la pensée française contemporaine, trois penseurs venus d’horizons différents, ont bien voulu exprimer leurs points de vue sur les thèses de Freud et de ses critiques, dans des essais en préface de cet opuscule. Éclairé par ces témoignages, cet ouvrage pourrait intéresser tous ceux qui veulent suivre l’évolution d’un des grands courants de la pensée du vingtième siècle.

Hélène Peters,
Gabriel Nahas.

Hélène Peters, Docteur ès Lettres, a tenu la chaire de Littérature et de Langue françaises au Collège Universitaire de Macalaster, USA, de 1961 à 1989. Elle est l’auteur de " La femme dans la littérature existentielle ", publié aux Presses Universitaires de France en 1967. Son frère, Gabriel Nahas, Professeur des Facultés de Médecine des Universités de Columbia et de New York, est l’auteur de " Freud, la cocaïne et le cerveau ", publié par François-Xavier de Guibert en 1993.

 

Préface de Pierre Debray-Ritzen *

J’ai rencontré le Professeur Hans Eysenck en 1983, à Montréal où nous étions invités tous deux par " l’Association québécoise pour l’Enfance inadaptée ". La barrière du langage n’a pas favorisé nos échanges, mais j’eus l’occasion de lui exprimer mon admiration pour son attitude résolue, face à l’imposture psychanalytique. Il me remercia en me dédiant son sourire, calme et chaleureux. Et j’appréciai dans son visage cette détermination, sans concession aucune, qui est la marque essentielle de son œuvre constructive et sévèrement critique. Il est en effet de ces hommes qui osent affirmer que la psychanalyse n’a rien d’une thérapeutique ni d’une science ; que là-dessus il ne saurait y avoir de motion " nègre-blanc " (tant prisée par les ignorants, jobards, capons, habiles)... et qu’à la fin des fins, quand c’est non : c’est non.

Comme on va le lire, sa remise en question est patiente, précise et rude. Tout est passé au crible : monomanie œdipienne ; conception quasi délirante d’une personnalité (normale ou pathologique) entièrement modelée par la sexualité infantile ; démonstration par le symbole ; par le rêve ; par ces Écritures consacrées que sont quelques observations historiques –inénarrables ressassées, souvent fausses ou falsifiées ; promotion d’un inconscient sur la nature duquel il est bien difficile de se mettre d’accord ; enfin la prétention d’une utilité spécifique autant qu’exclusive de la psychanalyse (rejetant toute action alternative ; et déniant toute valeur durable aux guérisons dites " symptomatiques " affirmées et collectées avec bonheur par Eysenck).

L’auteur fait gravement apparaître combien Freud est naïf sur le nécessaire accréditement scientifique. Peu soucieux des faits, il refuse la statistique et découvre sa " vérité " dans des exégèses pittoresques. Mais, comme Karl Marx, dont on le verra – le rapprochement est aisé, l’entreprise est affublée d’un masque pseudo-scientifique. Et là réside une des plus grandes escroqueries intellectuelles des temps modernes.

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Hans Eysenck est psychologue. Il s’est donc appliqué, pas à pas, moyennant des centaines de références et d’observations comparatives, à ruiner le bien-fondé des conceptions freudiennes, à souligner l’absence de résultats thérapeutiques et la vanité d’une ambition scientifique. Dans nombre d’esprits cette ambition semble faire place à une volonté " herméneutique ", c’est-à-dire à la liberté d’une allègre interprétation, se substituant à la vérification.

Toujours sur le terrain de la psychologie, Eysenck est de tendance pavlovienne (aujourd’hui : behaviouriste). En ce domaine il a réalisé une œuvre considérable dans la thérapeutique de déconditionnement, destiné aux phobiques et aux obsessionnels. Thérapeutique littéralement condamnée dans notre pays durant des lustres – je l’ai vécu – parce que portant atteinte au dogme de l’establishment. Que l’on songe au dommage que cela dut entraîner pour nombre de patients.

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Dans mon livre : La Psychanalyse, cette imposture (1), je suis tout autant détracteur ; cependant mon point de vue s’avère différent : C’est celui du médecin, psycho-pédiatre. Armé de l’esprit expérimental – bernardien – j’ai fait justice des superstitions freudiennes ; mais de plus je me suis efforcé de mesurer l’ignorance qui règne encore en psychiatrie (concernant notre cerveau, structure la plus complexe à décrypter dans le système solaire). Et j’ai constaté à l’évidence qu’une telle ignorance fait place aux mythologies.

Cependant, depuis quelques décennies, nombre d’affections ou de désordres mentaux et comportementaux ont dévoilé leur nature. (Ainsi chez l’enfant : les tics, l’énurésie, les troubles du langage, l’instabilité, l’autisme, les déficiences intellectuelles, ne relèvent pas d’une psychogenèse). Quant à leur causalité, j’ai vu sombrer quasiment toutes les maladies dites psycho-somatiques. Enfin j’ai applaudi à l’apparition de médications très efficaces dans la maladie dépressive et, à un moindre degré, dans les schizophrénies.

Si je me suis autorisé à exposer ici ces vues médicales, c’est pour bien montrer qu’elles sont parfaitement complémentaires des vues psychologiques.

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En définitive, psychologue et médecin psychiatre sont étroitement unis pour déplorer, après quarante années d’exaspération, ce qu’exprima fort bien la vindicte d’Eysenck :

" Les affirmations sans fondements, écrit-il, et les théories de la psychanalyse ont passé un nœud coulant à la pratique de la psychiatrie.

" La psychanalyse est la cristallisation d’orthodoxies fallacieuses ; elle a fait le plus grand mal à la psychologie et à la psychiatrie et elle a eu un effet néfaste sur les espoirs et les aspirations de malades sans nombre qui écoutèrent son chant de sirène.

" Il est temps de la traiter comme une curiosité historique et de s’atteler à une lourde tâche, réellement scientifique. "

Oui certes... mais hélas ! les idéologies ne s’éteignent pas d’un coup. Comme l’autre idéologie dominante de notre siècle qui a pratiqué la même séduction dramatique et finalement fatale, la psychanalyse s’est incrustée. Elle est devenue un phénomène culturel, que nos chers penseurs et indigents médias ne peuvent abandonner comme ça. N’est-elle pas, de surcroît, un mode de vie et de pensée ? pour lequel toute critique éveille d’ardentes réactions émotives... interdisant de saisir la moindre logique dans un argument contradictoire.

Professeur Pierre Debray-Ritzen,
Correspondant de l’Institut,
Médecin honoraire de l’Hôpital
des Enfants malades.
Membre de la Société de Neurologie.

* Pierre Debray-Ritzen (1922-1993). Professeur de Médecine (Chaire de Pédo-Psychiatrie de l’hôpital Necker de 1972 à 1987) et auteur de nombreux ouvrages sur la psychologie de l’enfant (Lettre ouverte aux parents de petits écoliers, Albin Michel, 1972).

1. Albin Michel, 1991, et Livre de poche, septembre 1993.

 

Préface de J.-M. Domenach *

" La prétendue analyse scientifique de l’homme que Freud croyait avoir entreprise est à peine plus qu’un essai autobiographique ", ose écrire H.-J. Eysenck vers la fin de son livre. Des propos aussi sacrilèges n’ont pas cours en France, où l’on n’en est qu’au début du travail de deuil. L’intelligentsia française se détache lentement que de l’envoûtement freudien, beaucoup plus lentement que de la fascination marxiste. Il faut dire que si le marxisme a fabriqué des politiques, le freudisme a fabriqué des mentalités, et les mentalités résistent mieux que les régimes.

Le freudisme est protéiforme, c’est l’un des secrets de son succès. Critiqué comme thérapeutique, il ressuscite comme philosophie ; contesté comme science, il se récupère comme discours. La grotesque et géniale métamorphose que lui a fait subir le Dr Lacan, l’a soustrait à toute évaluation : régnant jusqu’alors sur les abîmes de la psyché, il s’est élevé très haut dans les airs et, comme un ballon dans le ciel, on n’en aperçoit plus que le miroitement. La psychanalyse, inventée comme science et thérapie, est devenue pouvoir, ce pouvoir même contre lequel Freud mettait en garde les analystes ; il s’exerce subrepticement sous forme de clans, sectes et lobbys éditoriaux qui ont à peu près réussi jusqu’ici à empêcher les critiques venues de l’étranger de franchir les frontières de la langue française, y compris l’étude de ce professeur britannique qu’on va lire, restée bloquée sous douane huit ans. C’est d’ailleurs ce qui lui confère le parfum de la chose interdite. MM. les freudiens ne font pas que lever les censures, il leur arrive d’en installer. Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, il y a longtemps que s’est engagé le débat critique sur le freudisme. Chez nous il est à peine commencé. Voici donc une précieuse nouveauté.

Ma tâche n’est pas de résumer cet ouvrage. Écrit avec vigueur et clarté, il se laisse lire agréablement et, j’oserai dire, passionnément. J’entends ici un freudien m’interrompre et me soupçonner de pulsions revanchardes. J’en conviens, sans avoir besoin de m’étendre sur le divan rituel : je n’ai jamais supporté que par violence, intimidation ou séduction, on me dicte ce qu’il faut dire et ne pas dire, et je me range, par principe, aux côtés de ceux qui brisent les tabous, au moins dans un premier temps. Le freudisme offre des armes efficaces à ceux qui, pour s’épargner de répondre aux objections, les attribuent à des motivations souterraines, à un " non-dit " dont ils se rendent maîtres à bon compte. Par-là, ils s’attribuent une supériorité intolérable, ils pervertissent la critique et le dialogue démocratique, ils interdisent le débat scientifique. Cela n’est-il pas contraire à l’intention de la psychanalyse et à la pratique du plus estimable des analystes ? Brisons donc les tabous qui infestent notre vie intellectuelle, la plus plate, la plus morne qu’on ait jamais connue dans ce pays, et la plus contrôlée. Je compte ici sur le soutien de nos meilleurs psychanalystes, s’il est vrai que leur préoccupation est de mettre en état de penser et agir librement des gens qu’un passé obscur effraie et paralyse, et qui, enfants prolongés, tentent de devenir adultes.

Si donc ces freudiens de bonne volonté acceptent ce préalable de liberté de pensée, s’ils refusent d’ériger en dogme tyrannique ce qui devrait être instrument d’émancipation, ils devront aussi accepter de prendre en considération ce livre que chacun peut lire désormais en français. Le propos de son auteur n’est pas de polémiquer avec une théorie, mais de se situer au plan même où Freud avait situé l’analyse : celui de la science. Quant à la vulgate freudienne, en savant qu’il est, H.-J. Eysenck ne s’attarde pas à en détailler les éléments qui ont pourtant fourni avec ceux du marxisme – et probablement plus encore – les composants de l’idéologie dominante dans notre pays. Éléments résiduels certes, mais qui doivent leur efficacité à cette cuirasse qu’ils procurent à des esprits inquiets, déracinés par le nouveau monde, qui y trouvent à bon compte les clés d’une explication facile, et qui les immunise contre les critiques, puisque, de toute façon, le non-initié, ne peut vraiment penser ce qu’il dit. Critiquer le freudisme c’est se rendre suspect et risquer ce qu’on appelle dans la nouvelle procédure pénale, se faire " mettre en examen ". Avec les marxistes, on était convaincu d’esprit bourgeois et impérialiste. Avec les freudiens on est convaincu de résistance pathologique et dénégation.

Comment en sortir ? En délaissant un terrain où l’on est piégé pour celui de la vérification épistémologique. Dans le cas du marxisme, cette vérification ne pouvait venir que de la praxis, et la débâcle de l’Empire soviétique l’a effectivement opérée, laissant voir que le marxisme ne rendait pas compte de la réalité sociale et mondiale. Pour l’Empire freudien, c’est plus difficile, car la possibilité de vérifier la " falsifiabilité ", pour reprendre le vocabulaire poppérien, ne relève d’aucune expérience. La guérison, qui devait être l’élément décisif, est difficile à évaluer, et d’ailleurs, comme le remarque Eysenck, les freudiens se sont dérobés à toute tentative d’évaluation. Au surplus, la guérison peut être attribuée souvent à des facteurs extérieurs ou aléatoires, qui ne relèvent pas de la thérapie freudienne. Combien de guérisons, en effet, dues à des placebo ou à la seule attention dont le soignant témoigne envers son patient, et par le soulagement quasi magique que ce dernier éprouve à transférer sur autrui le poids de ses obsessions. On sait à quel point, dans notre société, la solitude est lourde à porter et qu’y sont recherchées les occasions d’une relation singulière, telle que l’on puisse être enfin entendu. Ce n’est pas par hasard que la " communication " sert de panacée à l’éthique, à l’enseignement et à la prétendue " culture d’entreprise ".

Si j’évoque ici, à propos de psychanalyse, une psychologie et une idéologie vulgaires, ce n’est que pour mieux situer ce qui peut être tenu pour " scientifique " dans une théorie qui a pour but de mettre en communication des soignants et des soignés à travers une grille d’interprétation qui, loin d’être topique, enveloppe l’humanité entière, son passé et son présent, et vise même à modifier son avenir (1). Une telle science ressemble à ces carapaces de crustacés qu’on ne sait comment entamer. Non seulement elle s’entoure d’une aura mystique et d’une ferveur quasi religieuse mais encore elle sécrète pour ainsi dire sa propre pathologie. Karl Kraus l’avait pressenti il y a déjà un siècle : " Une maladie qui se prend pour son remède. " La vulgate freudienne a pénétré profondément notre mentalité et notre langage, comme le montre une rapide analyse du vocabulaire courant. " Il a des complexes ", c’était le refrain d’une célèbre chanson de Boris Vian. Comment, avec des complexes dans l’inconscient, n’irait-on pas chercher assistance et guérison chez ceux qui les extirpent ?

Le freudisme imprègne tout : publicité, médias, politique et jusqu’à la théologie. Le père Eugen Drewermann, que certains présentent comme un " nouveau Luther ", dénonce " le refoulement masochiste " de la sexualité chez les prêtres et reproche à l’Église catholique de " ne pas intégrer le monde des pulsions ". Voilà donc le clergé promis à l’analyse – ou à la réduction à l’état laïc. Tout ce qui est encore service et oblation doit le céder au narcissisme. Par un étrange renversement, la psychanalyse soigne en effet des maladies qu’elle suscite ou aggrave. En quoi peut-on lui reconnaître le mérite de soulager des malaises – des mal-être – qui prospèrent sur le terrain qu’elle a elle-même ensemencé ?

Le mérite de H.-J. Eysenck est d’avoir crevé la carapace pour pouvoir découper l’animal. Or, l’animal, si on le déleste du superflu, est bel et bien du genre scientifique : les protestations de Freud le montrent surabondamment. Eysenck peut alors déployer un savoir et une expérience impressionnants, comme le lecteur s’en convaincra aisément. Pour ma part, j’ai été frappé par la critique de l’interprétation des rêves, si tant est que Freud s’appuie, comme le montre Eysenck, sur des éléments fragmentaires, aimantés par lui-même, et que le sens des rêves qu’il analyse est entièrement différent du contenu latent qu’il leur a assigné.

Plus grave sans doute est la légèreté avec laquelle Freud a préconisé l’emploi de la cocaïne où il trouvait un stimulant et un soulagement pour ses douleurs (2). L’éloge qu’il fait dans des revues médicales de cette drogue miraculeuse jette une lumière inquiétante, non seulement sur son sérieux scientifique, mais sur sa philosophie profonde. Depuis, le développement de la toxicomanie nous met en face d’une terrible menace. Au fait, la psychanalyse a-t-elle quelque chose à dire à ce sujet, qui diffère des imprudentes naïvetés du Dr Freud ? Il est vrai qu’il était encore jeune lorsqu’il les énonçait, mais il ne les a jamais corrigées.

Au terme d’un réquisitoire toujours appuyé sur l’expérience, et toujours soucieux de l’obligation de résultat. Eysenck conclut sévèrement que " la psychanalyse est tout au plus la cristallisation prématurée d’orthodoxies fallacieuses " et il retire Freud du rayon de la science pour la classer dans celui des " contes de fées ". Je dois dire que je n’adhère pas entièrement à cette conclusion. Qu’il y ait des " fallaces " – oh combien ! – dans le freudisme, j’en conviens ; qu’il tourne souvent au conte de fées, je le crois. Mais, cela suffit-il pour le condamner sans appel ? Au niveau où Freud s’obstine lui-même à se placer, celui d’une science incontestable, incontournable, certainement. Mais si, comme je le crois – à la différence des behavioristes, parmi lesquels se compte H.-J. Eysenck –, la connaissance de la psyché ne relève pas seulement de l’étude des comportements et des connexions neurotiques, mais aussi d’une interprétation, parce que le propre d’homme est de parler et que, entre ce qu’il dit et ce qu’on peut lui dire, et dire de lui, s’établissent des relations où la métaphore, le récit, la poésie, le " conte de fées ", ont une part qui n’est pas inutile ni répréhensible. Après tout, avec Barbe-Bleue ou le Petit Chaperon Rouge, Perrault nous en apprend au moins autant que psychologues et psychanalystes, et de même Sophocle, Shakespeare, Molière et Labiche, et le roman dans sa maturité (songeons à Kafka, à S. Zweig). Il existe même un domaine où le roman surclasse les spécialistes, c’est celui de la psychologie collective, et ce n’est pas un hasard si c’est aussi celui où le freudisme s’impose avec le plus de pertinence. Lorsque Freud traite des foules en quête de père, de la panique, du malaise de la civilisation, sans toujours convaincre, il apporte des éléments de compréhension dont l’esprit contemporain ne peut pas se priver. Plutôt que de rejeter le freudisme dans les ténèbres extérieures d’un scientisme qui caricature la science (même s’il s’y précipite lui-même), ne vaut-il pas mieux l’apprivoiser, l’intégrer, en se servant à notre guise de ses intuitions ?

Repousser la prétention de la psychanalyse à être l’unique science et l’unique remède à la psyché, et la renvoyer à la fiction, cela ne revient pas à l’exclure de toute fonction cognitive et thérapeutique. Pourquoi riposter à l’exclusion par l’exclusion ? On a encore besoin du freudisme pour se connaître, ou se reconnaître, et pour connaître une société qu’il a contribué à façonner, et où il sert à la fois de poison et de contrepoison. On doit à Freud quelques découvertes essentielles. La première est que les faits de conduite ne relèvent pas seulement d’une analyse et d’une pratique objectives, " qu’ils ne valent pas comme observables mais comme signifiants pour l’histoire du désir (3) ". Freud, en effet, doit être remercié d’avoir introduit l’histoire dans la psychologie, comme Marx l’avait fait dans l’économie politique. Son second mérite, signalé par A. Flew, c’est " d’avoir tenu pour explicables en terme d’idées intentionnelles des phénomènes étranges, jusqu’alors abandonnés à la physiologie ". Intuition qui, en même temps qu’elle éclaire, complique les voies d’une exploration qui reste ouverte, qui est encore à peine commencée.

Cette découverte des soubassements historiques de l’esprit est désormais incorporée au savoir de l’homme sur l’homme, de même qu’à une éthique qui ne peut plus ignorer qu’elle possède une assise archaïque qui la soutient et la bloque à la fois. Élan et régression, cette histoire alternée de l’homme dans l’humanité et de l’humanité dans l’homme, est, si l’on veut, un conte de fées, à la fois sinistre et encourageant, composante d’une culture qu’aucun dogme ne parviendra à réduire sans la détruire.

Jean-Marie Domenach.

* Jean-Marie Domenach. Né à Lyon en 1922. Ancien directeur de la revue " Esprit ". Professeur Honoraire à l’Ecole Polytechnique. Journaliste, auteur de " Une morale sans moralisme " (Flammarion, 1992).

1. On connaît le fameux mot de Freud : " C’est une lourde tâche d’avoir pour patient le genre humain tout entier. " Même teinté d’humour, le propos est significatif.
2. G. Nahas, La Peste blanche du XXe siècle, Buchet-Chastel, 1992.
3. P. Ricoeur, De l’Interprétation, Essai sur Freud, Seuil, 1965.

 

BIBLIOGRAPHIE

Au cours d’une vie longue et bien remplie, j’ai probablement lu plusieurs centaines de livres sur Freud et sur la théorie psychanalytique, ainsi que quelques milliers d’articles sur ces mêmes sujets. Ayant destiné ce livre au grand public et non aux spécialistes, je n’ai pas documenté chaque remarque, chaque critique ou chaque commentaire, mais j’ai cru utile de dresser la liste des livres auxquels les lecteurs curieux peuvent se reporter et trouver des sources secondaires, des discussions plus approfondies sur certaines questions et, en général, des détails plus techniques. Je les ai groupés plus loin par chapitre bien que, naturellement, il y ait beaucoup de chevauchement d’une section à l’autre.

Évidemment, il serait bon que le lecteur ait quelque connaissance de la théorie freudienne et qu’il ait lu quelques-unes des oeuvres les plus importantes de Freud. Les principaux ouvrages de référence que nous avons utilisés dans ce livre sont :

An Autobiographical Study, Londres, Hogarth, 1946 ; Case History of Schreber, Londres, Hogarth, 1958 ; Three Essays on the Theory of Sexualily, Londres, Hogarth, 1949 ; Leonardo Da Vinci (Standard Edition of the Complete Psychological Works, volume II) ; The Interpretation of Dreams, Londres, Allen and Unwin, 1937 ; Introductory Lectures in Psychoanalysis, Londres, Allen and Unwin, 1933 ; Psycholopathology of Everyday Life, Londres, Unwin, 1914 ; Totem and Taboo, London, Routledge, 1919 ; The Analysis of a Phobia in a Five-year-old Boy, Collected Papers, Volume 3, Londres, Hogarth Press, 1950 ; in Muriel Gardinier, ed., The Wolf-Man : With the Case of the Wolf-man by Sigmund Freud, New York, Basic Books, 1971).

Les lecteurs qui connaissent peu l’œuvre de Freud en trouveront un compte rendu des plus accessibles dans un livre de R. Dalbiez, Psycoanalytical Method and the Doctrine of Freud, Londres, Longmans, Green and Co, 1941. L’auteur est un adepte de Freud qui a gardé un certain sens critique, et les exemples de cas, d’interprétations de rêves, etc., qu’il donne, sont particulièrement bien choisis.

Une remarquable étude du travail de Freud du point de vue de la philosophie des sciences est contenue dans le livre d’Adolf Gruenbaum, The Fountain of Psychoanalysis, Berkeley, University of California Press, 1984. C’est le dernier mot sur le sujet, documenté et instructif, d’une logique rigoureuse et précise, admirable par sa vaste érudition à la fois dans le domaine de la psychanalyse et dans celui de la littérature philosophique.

Les lecteurs qui pensent que seuls ceux qui ont été eux-mêmes soumis à la psychanalyse ont le droit de la critiquer, auraient avantage à consulter le livre de J. V. Rillaer, psychanalyste belge, éminent et chevronné, qui a perdu ses illusions et écrit un livre des plus révélateurs, fort critique des théories et des pratiques de ses collègues, Les Illusions de la Psychanalyse, Bruxelles, Mardaga, 1980. Ce livre est un modèle du genre et n’existe qu’en français. On trouvera une critique plus complète dans le livre du psychiatre américain B. Zilbergeld, The Shrinking of America : Myths of Psychological Change, Boston, Littie, Brown & Co., 1983, qui repose sur une expérience psychiatrique de longue durée et ne ménage pas ses attaques.

L’ouvrage de E. R. Pinckney et de C. Pinckney, The Fallacy of Freud and Psychonalysis, Englewood Cliffs, Prentice-Hall, 1965, examine la psychanalyse et ses rapports avec la médecine générale ; il offre un antidote salutaire à la croyance que toutes les maladies sont psychosomatiques. Une autre critique de la psychanalyse, résultat d’une expérience de longue durée, est contenue dans le livre de R. M. Jurjevich, The Hoax of Freudism, Philadelphia, Dorrane, 1974, que l’on peut lire avec un ouvrage publié sous la direction de S. Rachman, Critical Essays on Psychoanalysis, Londres, Pergamon Press, 1963.

Deux livres offrent une perspective différente, l’une du point de vue français et l’autre du point de vue allemand : P. Debray-Ritzen, La Scolastique freudienne, Paris, Fayard, 1972, et H. E Kaplan, Ist Die Psychoanalyse Werzfrei ?, Vienna, Hans Huber, 1982. Ils couvrent beaucoup de terrain et se rapportent surtout à l’Introduction de ce livre, mais certaines parties peuvent, bien sûr, se rattacher également à d’autres chapitres.

 

CHAPITRE 1 : FREUD, L’HOMME

Nous pouvons commencer par citer certaines biographies qui sont fort connues. la plus célèbre, évidemment, est celle de Ernest Jones, The Life and Work of Sigmund Freud, Londres, Hogarth Press, (Vol. 1)1953, (vol. II) 1955, (vol. III) 1957 ; elle est plus près de la légende que de l’histoire, car elle omet presque toutes les faiblesses du sujet et altère fréquemment son portrait en supprimant des faits et des données qui ne lui sont pas favorables. Il en est de même du travail de M. Schur, Freud Living and Dying, Londres, Hogarth Press, 1972. Le livre de M. Krill Freud und sein Vater, Munich, L. H. Beck, 1979, examine les rapports de Freud avec sa famille.

Les lecteurs que la vérité attire plus que la légende se tourneront vers le livre de E. N. Thornton Freud and Cocaine : The Freudian Fallacy, Londres, Blond & Briggs, 1983 ; Thornton, un historien spécialisé dans l’histoire de la médecine ne ressent aucune obligation vis-à-vis de l’œuvre freudienne et c’est ce qui distingue son étude des autres ! Le compte rendu de F. J. Sulloway, Freud : Biologist of the Mi, Londres, Burnett, 1979, critique Freud mais est solidement documenté ; cet ouvrage dénonce les nombreuses légendes accumulées autour de Freud. Il en est de même du livre de H. F. Ellenberger The Discovery of the Unconscious : The History and Evolution of Dynamic Psychiatry, Londres, Allen Lane, 1970. Ellenberger s’est soigneusement efforcé de montrer combien Freud dépendait d’écrits publiés avant lui, en particulier de ceux de Pierre Janet, et son rapport est exemplaire. Sur une échelle plus modeste, L. L. Whyte dans The Unconscious Before Freud, Londres, Tavistock Publications, 1962, présente un survol de l’histoire de 2 000 ans de prédécesseurs de Freud et montre en détail comment ils ont établi l’importance de l’inconscient et décrit ses fantasmes.

Les rapports entre Freud et ses adeptes ont suscité l’intérêt de beaucoup et ont été utilisés pour appuyer la thèse qui affirme que la plus grande partie de ses théories sont basées sur l’histoire de sa vie. Deux livres peuvent être consultés avec profit pour éclairer cette position, celui de P. Roazen Freud and his Followers, Londres, Allen Lane, 1976 et celui de R. S. Steel Freud and Jung : Conflicts of Interpretations, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1982. Ils offrent tous deux un excellent tableau des rébellions et des conflits entre les membres du groupe, du comportement autoritaire de Freud et de la diaspora qui résulta de l’excommunication de tant de ses adeptes.

 

CHAPITRE 2 : LA PSYCHANALYSE
COMME MÉTHODE DE TRAITEMENT

Un livre fort intéressant est celui de K. Obholzer The Wolf-Man : Sixty years later, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1982, qui étudie le destin d’un des malades les plus célèbres de Freud, qui avait, selon ce dernier, été guéri, mais qui demeura sujet aux mêmes troubles et aux mêmes désordres pendant les soixante ans qui s’écoulèrent entre sa guérison " et sa mort. On trouvera une discussion serrée des cas traités par Freud et des déclarations erronées où il prétend avoir obtenu des guérisons, dans le livre de C. T. Eschenroeder Hier Irrte Freud, Vienne, Urban & Schwarzenberg, 1984.

Deux livres mentionnés dans ce chapitre traitent le sujet développé par H. H. Strupp, S. W. Hadley et B. Gomes-Schwartz dans Psychotherapy for Better or Worse : The Problem of Negative Effects, New York, Arson, 1977, à savoir l’effet nuisible fréquemment noté sur la santé mentale des malades : le travail de S. Sutherland Brealsdoron : A Personal Crisis and a Medical Dilemma, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1976 et celui de Catherine York If Hopes were Dupes, Londres, Hutchinson, 1966. Ces lectures sont importantes pour ceux qui cherchent à savoir ce qui passe vraiment au cours d’une analyse freudienne telle qu’elle est vécue par le malade.

 

CHAPITRE 3 : LE TRAITEMENT
PSYCHANALYTIQUE ET SES ALTERNATIVES

Deux livres qui complètent le matériel de ce chapitre devraient être lus ensemble. Le premier est celui de S. Rachman et G. T. Wilson, The Effects of Psychological Therapy, Londres, Pergamon, 1980. C’est un remarquable sommaire de toutes les données liées aux effets de la psychanalyse et de la psychothérapie, présentées d’un point de vue critique et couvrant en grand détail les meilleurs comptes rendus actuellement à notre disposition. Le second est celui de M. L. Smith, G. V. Glass et T. J. Milier, The Benefits of Psychotherapy, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1980. Ce livre affirme avoir survolé la littérature et avoir démontré l’efficacité de la psychothérapie, mais pour les raisons exposées dans notre chapitre, il réussit seulement à démontrer exactement le contraire. Les lecteurs qui désireraient en apprendre davantage sur les méthodes alternatives de traitement, telles que celles de la thérapie béhavioriste, peuvent consulter l’ouvrage très accessible de H. J. Eysenck You and Neurosis, Londres, Temple Smith, 1977.

 

CHAPITRE 4 : FREUD
ET LE DÉVELOPPEMENT DE L’ENFANT

Dans ce chapitre on pourra se reporter, pour les meilleures sources, au livre de C. W. Valentine The Psychology of Early Childhood, Londres, Methuen, 1942. Un chapitre utile de F. Cioffi intitulé " Freud and the Idea of Pseudo-Science ", paraît dans le volume publié sous la direction de R. Borger et de F. Cioffi, Expia-nations and the Behavioural Sciences, Cambridge, Cambridge University Press, 1970. Des références appropriées se trouvent dans les livres que nous citons dans les chapitres suivants.

Dans le cas du " petit Hans " j’ai utilisé la revue critique détaillée et lucide de J. Wolpe et S. Rachman, " Psychoanalytic evidence, a critique based on Freud’s case of Little Hans ", in Journal of Mental and Nervous Diseases, 1960, 131, 135-145.

 

CHAPITRE 5 : L’INTERPRÉTATION DES RÊVES

Il existe une véritable mine de ressources pour ce chapitre. D’excellentes introductions à l’étude de la psychologie des rêves se trouvent dans les travaux suivants : H. B. Gibson, Sleep, Dreaming and Mental Health (en train de paraître) ; D. B. Cohen, Sleep, Dreaming : Origins, Nature and Functions, Londres, Pergamon Press, 1979. A. M. Arkin, J. S. Antrobus and S. J. Eliman, 1978. D. Foulkes offre un bon compte rendu dans son livre Chiidren’s Dreams : Longitudinal Studies, New York, John Wiley, 1982 ; au départ il est freudien mais il est désillusionné par les résultats de ses propres travaux. Notons ensuite le livre de M. Ullman et N. Zimmerman, Working with Dreams, Londres, Hutchinson, 1979 et aussi celui de R. M. Jones The New Psychology of Dreaming, Londres, Penguin Books, 1970, psychanalyste devenu critique de la théorie de Freud. L’auteur le plus important de tous, toutefois, est probablement C. S. Hall ; dans son livre The Meaning of Dreams, New York, Harper, 1953, il présente une théorie opposée à celle de Freud, beaucoup plus sensée et étayée par des preuves nombreuses.

Je parle souvent dans ce livre de la tendance habituelle à symboliser les organes génitaux mâles et femelles par des objets pointus ou arrondis ; une étude détaillée de ce sujet est présentée par J. N. Adams dans The Latin Sexual Vocabuiary, Londres, Duckworth, 1982, d’où j’ai tiré plusieurs exemples cités dans ce chapitre.

En ce qui concerne les soi-disant lapsus freudiens ", j’ai puisé dans deux livres. Le premier est celui de S. Timpanaro, The Freudian Sup : Psychoanaiysis and Textual Criticism, Londres, New Left Books, 1976 ; l’autre est publié sous la direction de V. A. Fromkin, Errors in Linguistic Performance : Slips of the Tongue, Ear, Pen and Hand, Londres, Academic Press, 1980. Ces deux livres sont excellents et offrent une introduction intéressante à la théorie et à l’étude expérimentale de ces lapsus du point de vue linguistique et du point de vue de la psychologie expérimentale.

 

CHAPITRE 6 : L’ÉTUDE EXPÉRIMENTALE
DES CONCEPTS FREUDIENS

Pour ce chapitre on aura avantage à consulter deux livres. D’abord celui de P. Kline Fact and Fantasy in Freudian Theory, Londres, Methuen, 1972 ; il contient un compte rendu fort détaillé de tout le travail accompli par les psychologues expérimentaux attirés par la théorie freudienne et qui ont tenté de la soumettre à des tests de laboratoire. L’auteur n’est pas dénué de sens critique, mais il omet l’examen d’hypothèses alternatives ; il est possible d’accepter son rejet de nombreuses données qui vont à l’encontre des théories freudiennes, mais il faudrait croire que ses évaluations plus positives sont, elles aussi, suspectes. Un ouvrage de H. J. Eysenck et G. D. Wilson, The Experimental Study of Freudian Theories, Londres, Methuen, 1973, examine les expériences importantes qui, d’après les critiques les plus compétents, appuient solidement les théories freudiennes, et tente de montrer, qu’en fait, elles ne font rien de tel. Au lecteur de décider s’il veut opter pour les thèses de Kline ou pour celles de Eysenck-Wilson.

 

CHAPITRE 7 : PSYCHO-BABILLAGE
ET PSEUDO-HISTOIRE

Ce chapitre est largement basé sur le travail de D. E. Stannard Shrinking History, Oxford, Oxford University Press, 1980, examen détaillé des revendications de Freud et de ses adeptes en ce qui concerne les études historiques envisagées du point de vue psychanalytique – le résultat est un compte rendu accablant pour la psychanalyse. Pour la portion du chapitre sur l’anthropologie, les lecteurs pourront se reporter à M. Harris, The Rise of Anthropoligal Theory, New York, Crowell, 1968, et E. R. Wallace, Freud and Anthropology : A History and Reappraisal, New York, International Universities Press, 1983. Nous renvoyons également à D. Freeman qui dans Margaret Mead and Samoa, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1983, montre clairement combien certaines théories et certaines interprétations anthropologiques peuvent être totalement dénuées de données concrètes.

 

CHAPITRE 8 : RESQUIESCAT IN PACE :
UNE ÉVALUATION

Nous voudrions ici recommander un livre de N. Morris, A Man Possessed : The Case History of Sigmund Freud, Los Angeles, Regent House, 1974. La lecture de ce livre, également appropriée pour le chapitre 1, analyse la personnalité de Freud comme nous l’avons fait, c’est-à-dire en considérant ses travaux comme une extension de sa personnalité même. Cet ouvrage éclaire aussi le chapitre 2 dans la mesure où il couvre les détails d’une analyse du point de vue de la victime.

Le livre de R. La Piere, The Freudian Ethic, New York, Dueil, Sloan and Perce, 1961, considère l’enseignement freudien d’un point de vue éthique et met l’accent sur les immenses dégâts qu’il a infligé à la société européenne.

The Standing of Psychoanalysis, Oxford, Oxford University Press, 1981, de B. A. Farrell, et Freud and Psychoanalysis, Milton Keynes, Open University Press, 1983, de R. Stevens étudient le statut scientifique de la psychanalyse et traitent beaucoup de questions soulevées dans ce chapitre. Ces deux auteurs ont une attitude critique vis-à-vis de la psychanalyse mais l’acceptent avec des réserves qui, comme je l’ai indiqué, la réduisent finalement à un statut non-scientifique.

Il existe, naturellement, beaucoup d'autres ivres et d'innombrables articles que le lecteur peut ou doit lire avant de se déclarer compétent à discuter les sujets traités ici. Toutefois les ouvrages mentionnés ci-dessus contiennent des bibliographies détaillées dont il ne convient guère d'allonger la liste [déjà exhaustive] que nous offrons ici.

 

 

TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos à l’édition française

Préface de Pierre Debray-Ritzen

Préface de Jean-Marc Domenach

Préface de Cyrille Koupernik

Introduction

Chapitre 1 : Freud, l’homme

Chapitre 2 : La psychanalyse comme méthode de traitement

Chapitre 3 : Le traitement psychanalytique et ses alternatives

Chapitre 4 : Freud et le développement de l’enfant

Chapitre 5 : L’interprétation des rêves et la psychopathologie de la vie quotidienne

Chapitre 6 : L’étude expérimentale des concepts freudiens

Chapitre 7 : Psycho-babillage et pseudo-histoire

Chapitre 8 : Requiescat in pace : une évaluation

Bibliographie

Lexicographie

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