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PAUL CHRISTOPHE
GEORGE SAND
LES ÉDITIONS DU CERF |
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" ... ce qui me paraît le plus sacré, le plus inviolable dans vos écrits, votre appréciation de Jésus et de son amour pour l’Humanité. " Giuseppe Mazzini à George Sand, 2004. Le bicentenaire de la naissance de George Sand invite au pèlerinage. Allons revoir Nohant. Le voyageur ne peut qu’être séduit par le charme de ces lieux. Aurore Dupin en avait goûté les attraits dès son jeune âge. Elle n’avait pas quatorze ans quand sa grand-mère, Mme Dupin de Francueil, lui écrivait : " C’est donc vrai que tu aimes Nohant ? " (Corr. I, 19). Âgée de vingt et un ans, elle reconnaissait déjà : " Ce pays me rappelle toute ma vie, chaque arbre, chaque pierre me retrace un chapitre de mon histoire " (Corr. I, 329)... La demeure, où la table toujours mise attend les convives d’autrefois, voisine avec la petite église des XIIe-XIIIe siècles, précédée d’un porche en bois. Les allées fleuries du parc mènent au cimetière où George Sand repose, entourée des siens.Au lendemain de ses funérailles, Flaubert écrivait à son fils Maurice Sand : Quand vous aurez été la rejoindre, quand les arrière-petits-enfants de vos deux fillettes auront été la rejoindre eux-mêmes, et qu’il ne sera plus question depuis longtemps des choses et des gens qui nous entourent, des cœurs pareils aux nôtres palpiteront par le sien. On lira ses livres, on songera d’après ses idées et on aimera de son amour. Pour ses contemporains en effet George Sand se place " au premier rang des écrivains du XIXe siècle " et cette position lui est acquise par ses romans1. Elle y décrit les subtilités et les délicatesses de l’amour, les plaies jamais cicatrisées des trahisons, les méandres du cœur humain. L’œuvre de Sand a connu ensuite une période d’indifférence. Seuls quelques romans champêtres trouvaient grâce aux yeux des lecteurs. Après quelques décennies d’oubli, voire de mépris, le philosophe Alain écrivait : " Je suis persuadé que le temps de George Sand viendra. "Oui, George Sand est " revenue ". Et son retour doit beaucoup à l’éditeur incomparable de sa correspondance et de ses œuvres, Georges Lubin, qui a pu dire comme le vieux curé de l’écrivain : " L’Aurore est une enfant que j’ai toujours aimée. " Il a introduit George Sand dans sa vie avec une passion d’amoureux et une patience de bénédictin. " On songera d’après ses idées ", écrivait Flaubert. Dans une lettre à Jules Michelet, George Sand se défendait pourtant de la prétention ou de la simple capacité " d’ouvrir une route " (Corr. VI, 854). Pourtant, dans l’ouvrage publié pour le centenaire de la mort de l’écrivain, Francine Mallet portait à son tour ce jugement : " Le catholicisme qu’elle pratique et prêche en 1840 – qui ne paraît guère orthodoxe à cette époque – a de grandes ressemblances avec celui de l’aile marchante de l’Église, cent trente-cinq ans après2... " Devant la tombe de l’écrivain, comment ne pas se demander ce que croyait George Sand ? La question n’est pas incongrue, s’agissant d’un auteur qui confiait à une amie : " Ma vie entière se consumera peut-être à chercher la vérité, sans que je sache en formuler une seule face " (Corr. V, 827). George Sand et Jésus ! La rencontre semble-t-elle singulière au lecteur ? Elle s’imposait à l’évidence pour Mazzini. L’année même où il écrivait au pape Pie IX en lui demandant de prendre la tête du mouvement pour l’unité italienne, il avertissait George Sand qu’une traduction anglaise de ses écrits était en cours de réalisation : on se proposait d’apporter quelques modifications aux textes pour les rendre plus conformes au goût anglais, et Mazzini s’inquiétait : " Ces changements porteraient surtout sur ce qui me paraît le plus sacré, le plus inviolable dans vos écrits, votre appréciation de Jésus et de son amour pour l’Humanité " (16 janvier 1847, Corr. VII, 605). Les croyances de l’écrivain se laissent deviner en effet à travers la fiction de ses romans. George Sand y a dressé de remarquables figures de femmes qui semblent exprimer ses propres convictions ou ses refus. Elle écrivait elle-même qu’un roman n’est pas un traité. Mais elle ajoutait qu’il parle au cœur et à l’imagination, et " on peut, sous cette forme, frapper fort pour réveiller les consciences et les cœurs " (Corr. VIII, 685). Les questions religieuses sont d’ailleurs au centre de toutes les interrogations philosophiques ou politiques du XIXe siècle. Un compositeur d’imprimerie pouvait écrire à George Sand en juillet 1855 : Vous croyez que votre insistance sur les idées religieuses a dû ennuyer les personnes qui ne se sont jamais tourmentées des choses divines, et leur faire abandonner la lecture de votre œuvre. Détrompez-vous, votre œuvre est lue avec avidité et persévérance par tout le monde, aussi bien par ceux qui sont tourmentés des choses divines que par ceux qui ne le sont pas. Les convictions de Sand apparaissent aussi dans l’Histoire de ma vie, " série de souvenirs, de professions de foi et de méditations " comme l’écrivain la définit elle-même à Charles Poncy (Corr. VIII, 188). Mais elles éclatent au grand jour dans son extraordinaire correspondance, riche d’une profonde humanité. Ce sont ses lettres qu’il faut lire et relire pour découvrir sa vérité. " La vérité de George Sand, écrit André Fermigier en 1976, elle est dans sa correspondance, et, à mesure que paraissent les volumes de l’édition exemplaire de Georges Lubin, nous voyons bien que celle-ci est peut-être son plus beau livre [...]. Nulle pose, nul artifice ; elle parle sa vie, on dirait qu’elle écrit en chemise de nuit3. " Correspondance d’une ampleur exceptionnelle : Georges Lubin parle de quarante ou cinquante mille lettres au total, en évoquant celles qui restent à découvrir ou qui sont à jamais perdues4. Correspondance plus sincère que des Mémoires, toujours écrits dans des vues d’apologie, ou de bravade, ou de critique orientée. Correspondance où George Sand se révèle spontanée, humoriste, tour à tour enthousiaste ou indignée, amoureuse romantique ou amie maternelle, femme d’affaires ou passionnée de politique, régulièrement aux prises avec les questions religieuses, martelant ses refus, développant ses certitudes. Cette correspondance qui " encharme5 " nous semble le meilleur fil conducteur pour jalonner l’itinéraire religieux de celle qui s’avouait toujours en chemin : " Voyageur infatigable, j’arriverai. J’arriverai, dussé-je ne saluer qu’un jour la maison du repos, et mourir en touchant le seuil ! " (OA II, 519). 1. Françoise VAN ROSSUM-GUYON, " Puissances du roman : George Sand ", Romantisme, 1994, n° 85, p. 79-92. 2. Francine MALLET, George Sand, Grasset, 1976, p. 12. 3. George SAND, François le Champi, Gallimard, coll. Folio, 1976. Préface d’André Fermigier, p. 15. 4. Magazine littéraire, n° 295, janvier 1922, p. 28. 5. Titre d’un article de G. GUITARD-AUVISTE, Le Monde, 4 juin 1976, p. 20.
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TABLE DES MATIÈRES — Une grand-mère voltairienne 2. — La conversion au couvent 3. — Un catholicisme ouvert et tolérant 4. — Entre la foi et l’incroyance 5. — Rupture avec " la croyance romaine " 6. — La vérité en progrès continu 7. — Trois grands refus 8. — Jésus, révélateur de l’égalité 9. — Dieu et la vie éternelle 10. — Hostilité à la Rome de Pie IX 11. — La Quintinie contre Sibylle 12. — George Sand et le " Jésus " de Renan 13. — À la recherche d’un pasteur sur mesure 14. — Dans le chemin qui monte Perspective Documents Jalons chronologiques Orientation bibliographique
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