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JEREMIAS GOTTHELF
L’ARGENT ET ou Traduit de l’allemand par Raymond Lauener Préface de Walter Muschg
L’AGE D’HOMME 2000
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QUATRIÈME DE COUVERTURE Jeremias Gotthelf est né à Morat dans le canton de Fribourg en 1797 sous le nom d'Albert Britzius. Gotthelf est un pseudonyme d'écrivain tiré de son premier roman, Le Miroir du paysan ou la vie de Jérémias Gotthelf. Après des études de théologie à Berne et à Göttingen et quelques éclats de verbe et d'écriture qui freineront sa carrière, il obtient en 1832 une petite paroisse dans une vallée retirée de l'Emmental, à Lützelflüh, qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort en 1854. Dans l'une de ses belles critiques, le jeune Gottfried Keller reprochait à Gotthelf de soutenir l'idée qu'un bon chrétien devait être un riche paysan bernois, bien qu'il n'en fût pas question dans la Bible. Cette affirmation touche un point décisif dans la description que Gotthelf nous fait de l'univers paysan. L'idéalisation qu'il lui a accordée depuis la publication de son roman Uli consiste, à vrai dire, dans le fait d'avoir décrit la vie parfaite dans le cadre conservateur de la paysannerie emmentaloise. En sa qualité de paysan riche et pieux, Uli finit par devenir un homme heureux. Mais le bonheur qu'il finit par atteindre ne va pas de soi; c'est au contraire un idéal poétique. Il a bien fallu que la question des rapports entre la vie paysanne et la vie chrétienne, qui avait profondément préoccupé le pasteur de village que fut Gotthelf, devînt un thème central de son œuvre d'écrivain. C'est bien ce qui se produisit avec le roman L'argent et l'Esprit, qui est la confession religieuse la plus pure que Gotthelf ait écrite. Un livre qui traite de la sanctification de la vie et de la descente du Saint Esprit, donc une œuvre de Pentecôte ¾ car il faut entendre ici l'esprit comme l'Esprit Saint de la Bible. Gotthelf est considéré aujourd'hui comme un des écrivains majeurs de la littérature européenne du XIXe siècle. Lützeflüh est devenu, par le pouvoir de ses livres, un lieu mythique, le miroir des paysans, le village d'Uli le valet de ferme qui deviendra maître de sa ferme. L'Âge d'Homme publie l'œuvre romanesque de Gotthelf dans la nouvelle traduction de Raymond Lauener. Après Uli le valet de ferme et L'argent et l'Esprit, ce sera Uli le fermier, Le miroir du paysan et Anne Bäbi Jowäger.
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PRÉFACE de Walter Muschg Dans l’une de ses belles critiques, le jeune Gottfried Keller reprochait à Gotthelf de sembler soutenir l’idée qu’un bon chrétien devait être un riche paysan bernois, bien qu’il n’en fût pas question dans la Bible. Cette affirmation touche un point décisif dans la description que Gotthelf nous fait de l’univers paysan. L’idéalisation qu’il lui a accordée depuis la publication de son roman Uli consiste à vrai dire dans le fait d’avoir décrit la vie parfaite dans le cadre conservateur de la paysannerie emmentaloise. En sa qualité de paysan riche et pieux, Uli finit par devenir un homme heureux. Mais le bonheur intérieur et extérieur qu’il finit par atteindre ne va pas de soi ; c’est au contraire un idéal poétique. Il a bien fallu que la question des rapports entre la vie paysanne et la vie chrétienne, qui avait profondément préoccupé le pasteur de village que fut Gotthelf, devint un thème central de son œuvre d’écrivain. C’est bien ce qui se produisit avec le roman L’argent et l’Esprit. À elle toute seule, l’œuvre prouve à quel point Keller s’est mépris sur la piété de son grand compatriote et qu’il en est tout autre avec la piété : un paysan riche se doit donc d’être un bon chrétien afin qu’il puisse servir à Gotthelf de symbole de la perfection. Ce nouveau livre révèle ce que cela signifie. Il est la confession religieuse la plus pure que Gotthelf ait écrite, c’est un livre qui traite de la sanctification de la vie et de la descente du Saint Esprit, c’est donc une œuvre de la Pentecôte – car l’esprit que le titre lapidaire nomme est l’Esprit saint de la Bible. Ce caractère du récit se montre déjà extérieurement dans le rôle important que jouent les thèmes spirituels et religieux. Pas moins de quatre services religieux dominicaux accompagnés d’un sermon au centre sont insérés dans l’affabulation, deux grandes fêtes religieuses l’encadrent. À cela s’ajoutent les scènes de prière et de mort dans la sphère de la vie familiale. Cependant, L’argent et l’Esprit n’est pas non plus un récit religieux, mais au contraire un récit paysan, non pas l’œuvre du pasteur Bitzius, mais une œuvre paysanne de la plume de Jeremias Gotthelf. Un autre auteur religieux n’aurait guère pu choisir un thème principal d’un réalisme aussi provocant. L’œuvre de Gotthelf la plus pieuse et la plus solennelle raconte la dispute suscitée par l’argent. Il savait que le paysan est attaché corps et âme à l’argent et qu’il ne peut comprendre une religion qui lui explique que les biens terrestres ne sont qu’illusion. C’est pourquoi il a lié la question du salut à celle du bien-être terrestre. Il ne l’a pas fait par calcul, mais parce qu’il croyait lui-même à une harmonie entre le bien-être terrestre et la vie éternelle. Lui aussi était attaché à la propriété ; l’argent joue un rôle capital dans son œuvre, et les rapports qu’il a entretenus avec ses éditeurs montrent à quel point l’esprit industrieux du paysan était prononcé chez lui. Aussi est-ce là l’unique raison pour laquelle il fut en mesure, d’autre part, de décrire le bonheur de la pauvreté de la façon dont il l’a fait dans son roman Käthi, la grand-mère et dans bien d’autres œuvres. Pour lui, la question sociale ne tournait pas autour de la reconnaissance ou de la négation de la propriété, mais au contraire autour de sa sanctification et de son abus. C’est là une pensée fondamentale de L’argent et l’Esprit selon laquelle seule la richesse doublée de piété peut apporter le bonheur, sinon elle sera autrement source de ruine. Dans la ferme de Liebiwyl, le malheur veut que, par mégarde, le père Christen essuie la perte d’une somme d’argent considérable. La perte engendre le malheur parce que la famille n’est mentalement pas à la hauteur de cet incident. Il détruit lentement la paix de toute la maisonnée, la noble honorabilité du travail et des mœurs, la renommée de la ferme dans la région. Les parents se mettent à se reprocher leurs faiblesses sur lesquelles ils avaient fermé les yeux jusqu’ici. La paysanne est agacée par la lenteur de son mari qui, de son côté, fait à sa femme le compte de sa charité. Un nuage a masqué le soleil, suscitant cette " atmosphère de ternissement " dans laquelle les Jowäger vivent. La méfiance envahit la maison, les cœurs s’aigrissent et s’endurcissent, la sujétion incompréhensible et triste des cœur ébranle toute la famille. La ferme commence à souffrir des dommages que lui inflige la discorde parce que chacun suit son propre chemin et que le jeu des forces harmonisantes s’immobilise. Une vérité apparaît que personne n’a prise en considération jusqu’à présent : c’est-à-dire que la prospérité extérieure est impossible sans la paix intérieure. L’argent seul ne fait pas le bonheur. Fidèles à la coutume, les vieux ont confondu les deux, ce qui constitue la raison de leurs dissensions. La crise dont ils sont frappés et qui prend son origine dans une faute mentale ne peut être surmontée par l’argent. Anneli, la mère, est la première à le reconnaître. C’est dans le fait d’avoir cessé de prier et d’avoir perdu la pureté du cœur qu’elle trouve la raison de son malheur. Elle s’imagine l’état antérieur du bonheur en ces mots : " Nous nous sentions bien et, chaque matin, nous emportions avec nous dans la journée la bénédiction de Dieu et chaque soir nous nous défaisions des souillures que la terre nous avait infligées. Mais maintenant, le soir, nous ne nous défaisons de plus rien, nous nous couchons, enfoncés dans la misère et la détresse, dans la tristesse et la haine, et de mauvais esprits viennent les nourrir pendant la nuit dans des cauchemars tumultueux. " Cette interprétation religieuse du conflit qui semble purement matériel confère à L’argent et l’Esprit son caractère particulier. On ne sait pas ce qui suscite davantage l’étonnement du lecteur : la maîtrise de l’auteur décrivant l’assombrissement progressif du bonheur dans la vie familiale ou la force qui élève l’évènement trivial au niveau spirituel de sorte que toute personne adulte mûre doit en être émue aux larmes. En revanche, ce qui concorde avec un trait caractéristique réapparaissant sans cesse dans les œuvres de Gotthelf est le fait que c’est la mère qui, elle, la première, reconnaît la raison de la profanation et ne trouvera le repos qu’au moment d’avoir rétabli la paix dans la maison. C’est Anneli qui souffre le plus de la ruine de la famille. Sa douleur se concentre dans le sombre sentiment de ne pas pouvoir continuer de vivre ainsi et d’être obligée de mourir bientôt. Poussée par ce sombre pressentiment, elle se décide, le dimanche avant la Pentecôte, à se rendre à l’église, dans l’intention d’abord de s’opposer aux méchants racontars des gens. Le sermon qui a pour thème l’instabilité des choses et des êtres, l’omniprésence de la mort et la sanctification de la vie par l’amour éveille en elle la nostalgie cachée de la réconciliation. Alors qu’Anneli est seule dans les champs, cette nostalgie, intensifiée par la tranquillité du dimanche après-midi, se métamorphose en une vision mystique. La mère reconnaît dans la beauté de l’univers en fleurs le miracle de la paix divine qui supporte toute la vie. Ce miracle consiste en le mariage du ciel et de la terre. La solennité de cette beauté qui renferme la perfection de toute vie pure descend dans le cœur de l’affligée sous la forme d’une nostalgie de la paix divine perdue. La pensée originelle du christianisme se forme dans son âme. Elle décide de rendre à sa maison le reflet de cette harmonie d’amour en arrangeant la réconciliation par l’intermédiaire du pardon. Dans cette scène que l’on peut considérer comme le cœur de toute l’œuvre de Gotthelf, la foi du vieux pasteur de Gutmütigen dans le roman Anne Bäbi s’est transformée en symbole représentant l’harmonie du monde en Dieu. L’invisible et le visible, l’esprit et la matière se fondent pour devenir la beauté sainte et indivisible du monde où le croyant se sent en sûreté. Le plus grand malheur qui puisse frapper l’homme est d’être écarté de cette lueur transfiguratrice, de sentir son cœur s’endurcir et de se voir sombrer dans la " monotonie ", aveuglé par l’attrait des choses matérielles qui ont pris le dessus en suscitant la discorde dans la vie conjugale d’Anneli et de Christen. C’est ça le péché, la part funeste de la vie d’Anne Bäbi et d’Uli au moment de son égarement. Dans L’argent et l’Esprit, la tristesse autour de cette chute et la nostalgie du retour à l’état de grâce sont décrits avec une ferveur teintée de mysticisme. Cette " divine souffrance " d’Anneli due à sa pauvreté devant Dieu paraît être en contradiction avec Anne Bäbi Jowäger où la théologie prosélytique du vicaire s’oppose à un vif refus. Les instants où Anneli prend conscience de sa faute passent à la vitesse de l’éclair ; ébranlée, elle s’effondre sous le poids de son péché, et toute l’œuvre est pleine de cette lutte intérieure pour la sanctification. Mais c’est qu’il faut précisément comprendre cette profondeur de sentiments comme une antithèse opposée au fanatisme extérieur des sectaires dont elle se distingue expressément. " Leurs sentiments ne se manifestaient pas par des gestes particuliers ; s’ils n’apparaissaient qu’à peine dans les regards, ils se révélaient par contre dans le ton des voix. " Par la réserve distinguée de la famille paysanne de Liebiwyl une fois réconciliée, Gotthelf décrit son propre idéal de piété, cette harmonie tout intérieure qui met l’homme en état de vivre sur terre déjà dans l’avant-cour du ciel. C’est dans cette atmosphère que l’ordre des choses est rétabli à la fin de la première partie. Au soir du jour solennel, Anneli s’arrache la récitation commune de l’Oraison dominicale. Elle ressemble au soleil devant lequel les brouillards se dissipent, lit-on dans le texte de Gotthelf qui reprend constamment cette image. Pour fêter la réconciliation toute la famille se rend à l’église à la Pentecôte pour y recevoir le souverain bien lors de la Sainte Cène. L’après-midi, on décide de donner un nouvel ordre aux choses pratiques, lequel garantit la survie extérieure de la maison. En sa qualité de cadet de la famille, Resli reprendra le domaine et briguera la main de la fille du paysan de la Combe-aux-Épines à laquelle il pense. À présent, tout est à nouveau solennel comme au paradis, le verger entoure la ferme tel un bois sacré et une tranquillité qui n’appartient pas seulement à ce monde terrestre, sanctifie les habitants. La poésie du dimanche apparaît en louchant hors du monde terrestre. Nulle part comme ici dans toute l’œuvre de Gotthelf, ce reflet terrestre du ciel n’est visible dans une telle beauté. Seule la tranquillité dominicale qui vient des cœurs confère à la vie paysanne l’éclat de la perfection. C’est un éclat spirituel qui ennoblit de façon authentique la plénitude patriarcale et le calme de la vie du paysan. Chaque être et chaque chose sont à la place voulue par Dieu. La position du père diffère de celle de la mère, celle du fils diffère de celle de la fille, de même que la position de chacun des fils diffère. D’après la loi et selon la coutume, le cadet hérite le domaine paternel ; selon les règles transmises à travers les générations, les frères et sœurs doivent lui céder leur place afin que la propriété héritée des ancêtres soient conservée intégralement. Dans L’argent et l’Esprit, ces conditions typiques sont décrites avec une insistance particulière parce qu’elles renferment les statuts de la tradition et qu’elles sont par là l’une des deux colonnes sur lesquelles repose l’harmonie du monde : les choses matérielles, l’argent. Dans cet ordre, c’est à la mère qu’échoit le rôle le plus digne, rôle qu’elle joue de façon si idéale qu’elle apparaît à certains endroits dans une lumière presque surnaturelle. En nommant la paysanne, Gotthelf la décrit comme étant la " providence visible " de la maison ; il va même plus loin en disant carrément : " En fait, c’est aussi la vieille et authentique maîtresse de maison qui allume le feu le matin et l’éteint le soir ; c’est elle la maîtresse du feu et le feu son serviteur ; en prêtresse de la maison, c’est elle qui, sur son âtre, prépare et entretient la bénédiction de la maison. La maîtrise du foyer et du feu est une activité archaïque admirable et digne de vénération, en même temps que le devoir le plus caractéristique de la véritable maîtresse de maison. " Ce sont en fait les mères qui tissent le fil de la tradition et en même temps celui de la bénédiction durable dans les maisons. Dans L’argent et l’Esprit, la série des générations apparaît comme étant la série des mères qui se relayent au four. Dans toutes les activités, Anneli garde devant elle l’image de sa mère défunte. Dans le malheur et par-devers soi, elle exprime en gémissant la plainte originelle de la femme, laquelle retentit également dans le conte : " Si ma mère le savait ! " Plus tard, au cours de l’après-midi de ce dimanche solennel, elle a conscience d’avoir failli oublier sa mère au milieu de la discorde et, au moment de mourir, elle voit sa mère venir à sa rencontre du fond de l’éternité. Cette liaison explique aussi celle particulièrement intime qui existe entre Resli et sa mère ; en effet, c’est cette liaison qui a la plus longue durée et qui sera rétablie le plus facilement. La mère de Resli aide son fils à trouver la femme qui lui convient et, lors des trajets qu’il fait en voiture, il voit inconsciemment planer l’image de sa mère comme l’archétype de la femme qu’il cherche. Lors de la visite à la ferme de la Combe-aux-Épines, il s’adresse tout d’abord à la mère de la fille qu’il aime, laquelle le met au fait de la situation de leur famille. À l’ordre patriarcal appartient également le rapport entre les deux sexes qui est exprimé une fois par le symbole suivant : " C’est une particularité régionale qui veut que l’homme se présente, vêtu de la tête aux pieds d’habits très simples, le plus souvent en étoffe faite à domicile, tandis que la femme, elle, arbore une toilette ayant coûté bien des écus neufs, en étoffe de laine fine et sombre, en tissu oberlandais ou en angora fin. L’homme, lui, resplendit dans une étoffe claire mi-laine ou tout au plus dans du droguet clair. C’est comme si la femme formait l’arrière-plan sombre le long duquel l’homme, faisant les cent pas dans un vêtement clair, se détachait au premier plan, mis en évidence pourtant par l’arrière-plan sombre. " Cette glorification de la mère peut, elle aussi, sembler être en contradiction avec la façon démoniaque dont Anne Bäbi régit. Mais le despotisme d’Anne Bäbi est un instinct naturel, tandis que le pouvoir d’Anneli provient d’un cœur purifié. Cela se manifeste dans les comportements tout différents qu’elles adoptent à l’occasion des chagrins d’amour de leur fils. Anneli tolère et agit, inspirée par la sagesse de cet amour élevé qui est lui-même le secret de la création et elle sait comment assouplir la volonté orgueilleuse de son fils quand il court le risque d’agir à l’encontre de cet amour très sacré. La glorification de l’amour extraite de la lettre aux Corinthiens est insérée en faisant apparaître sous son vrai jour le rôle rédempteur de l’amour ; la glorification transparaît dans les paroles qu’Anneli adresse à son fils pour lui faire comprendre que l’amour vaut plus que tous les motifs que produit la raison. " Il est bien rare le véritable amour. Il ne faut pas qu’une bagatelle vienne le détruire ; il faut se rappeler sans cesse que celui qui rencontre un tel amour une seule fois dans sa vie, n’en fera guère l’expérience une seconde fois. " Le secret de cet amour apparaît au moment où Anneli raconte l’histoire de ses propres fiançailles et à visage tout découvert à la fin du livre, où le cœur brûlant pousse la mère à sacrifier sa vie. Son sentiment maternel finit par prendre la forme la plus pure du sacrifice, de la charité chrétienne originelle dont Anneli chante, dans ses pensées nocturnes, de magnifiques louanges au chevet des enfants malades qu’elle soigne. C’est aussi sur le trouble et la purification de l’amour que Gotthelf construit la suite de l’histoire qui parle de la fondation d’un nouveau foyer et d’un nouveau conflit typique qui en découle entre l’argent et l’Esprit saint. Le fils cadet doit se marier et le fait de devoir chercher et choisir une femme remet une fois de plus en question l’existence de la maison. Un danger intérieur et extérieur en naît. Le danger extérieur réside dans l’opposition des intérêts financiers, laquelle découle du droit de succession du fils cadet. Le danger intérieur réside dans la nature : dans l’opposition entre la passion et la tradition. Les deux conflits, le conflit spirituel et le conflit juridique sont à nouveau liés dans leur insolubilité et ne peuvent être surmontés qu’ensemble. L’élément passionnel qui menace la tradition, l’amour de Resli pour la fille du paysan de la Combe-aux-Épines n’est décrit qu’indirectement. Il n’est guère question des sentiments amoureux des jeunes amants. Leurs rencontres et leurs conversations se déroulent dans des formes conventionnelles qui exercent un effet si insolite sur des lecteurs sentimentaux parce que ces rencontres semblent signifier somme toute qu’il ne s’agit pas ici de sentiments, mais uniquement d’instincts impersonnels. Dans ses histoires d’amour, Gotthelf souligne toujours très fort les aspects qui leur sont typiques (c’est précisément pour cela que Keller l’a fortement loué) : mais ici à nouveau, il exprime l’expérience sentimentale du fils de paysan taciturne par un symbole qui, de tout temps, passait pour la plus belle allégorie. L’incendie où Resli revoit Anne Mareili pour la première fois est la description symbolique de son état intérieur. Le feu constitue le pire danger naturel pour la ferme de même que la discorde constitue la pire menace intérieure (souvenons-nous de l’éloge de la mère qui est autant la gardienne du feu que celle de la paix), mais le feu symbolise également le déchaînement démoniaque de la nature, l’épreuve et la tentation – tous ces moments s’entrechoquent dans la grandiose description de l’incendie qui sert de transition entre la première et la seconde partie. On sent à la lecture de cette description que Gotthelf a assisté en personne à de telles catastrophes. Il nous présente l’éveil de l’amour par des images d’une haute sensualité. Chaque incendie, affirme-t-il, monte à la tête des paysans qui accourent l’éteindre. Le feu qui se propage sur les hommes en s’emparant d’eux s’achève comme une fête de village où les jeunes sont blessés à la tête parce qu’ils se mettent à se battre à cause des jeunes filles, les vieux à cause des animosités du village, si bien que les crochets à incendie se plantent dans la chair humaine. " Une fois que la bagarre a éclaté quelque part, elle s’étend partout comme une maladie contagieuse ou comme le feu, sur une place à briser le chanvre, lequel éteint ici, étouffé là, se rallume toujours quelque part jusqu’à ce qu’il ait fait le tour de la place. " Resli est la victime de ces forces inquiétantes. Dans le brouhaha de l’incendie, il se précipite dans une aventure sanglante d’où il tombe à moitié mort dans les bras de la fille qu’il aime et laquelle le transporte à la maison de ses parents. Il rencontre ici un autre danger qu’il doit subir en tant qu’héritier, et la lutte qu’il doit mener contre le danger recouvre presque entièrement son amour. L’ancienne dispute familiale entre l’argent et l’Esprit saint se transforme à présent en une dispute entre deux maisons. La ferme de la Combe-aux-Épines est ce que la ferme de Liebiwyl serait devenue sans la conversion d’Anneli : une maison où règne la discorde nourrie d’un mauvais esprit, où l’argent sans l’influence de l’Esprit saint transforme les êtres en diables et où un père marchande avec sa fille. Le paysan de la ferme de la Combe-aux-Épines est l’impiété incarnée. Son avarice démoniaque découle de sa foi superstitieuse en l’argent et n’est que cupidité impulsive. C’est un mauvais paysan, sa ferme est une cabane informe et sale, et le commerce extorsionnaire pour lequel sa fille Anne Mareili lui sert d’appeau est une attaque contre le fondement de l’ordre régnant à la ferme de Liebiwyl. Il refuse de donner une dot à sa fille, exige un dédommagement indigne du frère et de la sœur de Resli ainsi que la remise immédiate du domaine au jeune couple. Ce qui revient à dire qu’au lieu de continuer d’appartenir à toute la famille de Resli, la ferme n’est plus que la propriété d’un seul, et que par là toute piété est brisée. C’est le même danger que suscite Anne Bäbi en fomentant ses projets égoïstes de mariage. Quand Resli, fâché, demande à la paysanne de la Combe-aux-Épines si elle ne considère pas sa fille comme son enfant, elle ne sait, elle aussi, que répondre que la coutume le veut ainsi, et puisque c’est la coutume, il faut agir ainsi. Comme dans Anne Bäbi, cet esprit tyrannique est mis en parallèle dans de grandioses invectives avec l’esprit du temps qui tente de détruire le fondement chrétien de la culture. Le paysan de la Combe-aux-Épines n’est pas un adversaire fortuit de Resli, au contraire, il est l’ennemi juré de l’ordre dont Resli se sent être le représentant. Resli est un fils de paysan aux convictions distinguées, conscient de sa valeur, mais un peu trop fier de sa famille, placide et conventionnel. Lors de la splendide livraison de planches, il étale toute la dignité de la maison et l’assurance du fort qui sait qu’il mériterait aussi sans argent la fille qu’il convoite. Mais l’avare de la Combe-aux-Épines l’accule en le contraignant à agir contre la voix de son cœur et à s’accommoder de la vilaine défaite que subit son orgueil. Resli cède face à une série de prétentions, mais sans plus vouloir entendre parler d’une reprise anticipée de sa part d’héritage. Il défend les droits du domaine, la piété envers ses parents, en particulier envers sa mère et tolère que, pour cette raison, Anne Mareili se méfie de l’amour qu’il lui porte. Le tumulte sauvage de la nuit de l’incendie éclate encore une fois dans le cœur de Resli offensé et retrouve une expression symbolique d’une violence élémentaire dans la scène où, ayant échappé de justesse à une bagarre aux poings avec le fou furieux, il attelle dans la mauvaise écurie ses chevaux maltraités et négligés, fuit hors de cet enfer pour retrouver lentement son calme en domptant ses bêtes excitées. En refrénant de toutes ses forces et avec ruse ses puissants chevaux, il se maîtrise et se charge de tout le poids de son sort : ce qui signifie que son amour est fini et que, pour l’amour de sa famille, il est forcé de renoncer à son bonheur. Mais il se trompe. La victoire qu’il a remportée sur soi-même contient un revirement qui mène le récit à un magnifique sommet. Car il y a encore quelque chose qui dépasse l’orgueil d’un amant et l’intelligence d’un riche héritier : la force de l’amour. Ce jeune homme aussi, né pour devenir patron et pourvu de toute la noblesse traditionnelle de la paysannerie n’atteint l’authentique dignité qu’après avoir purifié son âme. La mère agonisante ouvre les yeux à son fils muet, plongé dans l’affliction, pour lui montrer ce qui vaut plus que l’argent et les biens matériels. Elle lui montre que la possession et la passion sont éphémères et que l’héritage le plus précieux réside dans la pureté d’un cœur pieux. Elle lui fait comprendre le comportement d’Anne Mareili et rassemble les mains des deux. Sa mort dirige le regard sur le vrai personnage principal du livre : sur cette mère dont l’âme transmet le bonheur de la maison à celle qui succède au feu du foyer. La purification par l’amour et la spiritualisation par le renoncement indiquent le chemin sur lequel Uli et Vreneli, Jakobli et Meyeli, comme déjà Peter Käser et Jeremias du Miroir des paysans, eux aussi, se sont développés pour devenir des êtres mûrs. Mais nulle part ce processus n’est pris dans un sens aussi intime et aussi religieux qu’ici dans L’argent et l’Esprit. D’un bout à l’autre, l’action se déroule sur la double scène de la vie profane et spirituelle. L’existence du paysan, éclatante d’une part et obscurcie d’autre part par le péché n’occupe que le premier plan. À l’arrière-plan se trouve l’espace paisible et frais de l’église où, là seulement, les yeux de l’homme s’ouvrent sur le rapport étroit qui relie les choses de la vie. Là, pour les fidèles rassemblés à l’église et venus par les routes de leurs fermes, les incidents de la vie quotidienne pâlissent pour se métamorphoser en l’image d’un " monde " trouble, sauvage et perplexe selon la perspective chrétienne. Anne Mareili qui est, elle aussi, comme Resli, une enfant issue de la noblesse paysanne naturelle, doit se laisser ébranler spirituellement dans cette sphère sacrée pour conserver son authentique noblesse. Le dimanche où elle pénètre à l’improviste dans l’église qu’elle n’a plus fréquentée depuis sa confirmation, la graine chrétienne qui fut jadis semée dans son âme s’épanouit. Elle reconnaît que le mauvais esprit qui règne dans la maison de ses parents l’assujettit et qu’elle mène non pas une vie de pécheresse, mais une vie sans Dieu. Le dégoût spontané qu’elle éprouve envers Kellerjoggi, qu’on veut lui donner pour mari en la négociant, trouve, à ce moment-là seulement, sa justification morale ; cette machination est un péché commis aux dépens de son âme, ce qu’elle ne peut pas accepter, mais, s’il le faut, elle veut renoncer à Resli qu’elle aime. La quatrième scène spirituelle où Anneli se rend à l’église pour la dernière fois le dimanche du Jeûne fédéral en traversant le paysage automnal, élève encore une fois comme par enchantement la paix divine en la transformant en une image mythique. Le fameux dimanche précédant la Pentecôte, où c’était d’abord le cœur de la mère qui s’était ouvert, la nature fêtait dans l’éclat printanier ce mystère de son éternelle naissance. À présent, Anneli frissonne dans l’ombre de la mort qu’elle sent approcher. Dans le cortège des fidèles qui se rendent à l’église elle voit l’image de l’humanité, telle une colonne marchant éternellement vers la tombe. Le sermon du Jeûne fédéral lui confirme cette vision qui, par les fenêtres de la petite église du village se dirige solennellement contre toute une époque sur laquelle l’éloignement de Dieu, la profanation et la platitude jettent leur ombre. Le pasteur, " pâle et épuisé ", parle de la sanctification des jours de la semaine, de la prêtrise générale des fidèles et de la métamorphose de leurs maisons en un temple de la piété, mais aussi de l’horrible croissance de l’athéisme dans le monde, du retour nécessaire aux commandements chrétiens et s’emporte finalement dans des paroles prophétiques : " Et ne vous laissez pas induire en erreur par les tristes bavardages de malheureux insensés ; ce ne sont ni l’état, ni l’école, ni quoi que ce soit d’autre qui constituent le fondement de la vie, mais votre maison. Ce ne sont pas les gouvernants qui régissent le pays, ni non plus les instituteurs qui forment la vie, mais au contraire les pères et les mères de famille ; ce n’est pas la vie publique d’un pays qui est l’essentiel, mais c’est la vie familiale qui est la racine de tout, et telle est la racine tel est l’arbre. Ne vous y trompez pas, il peut arriver que la couronne de l’arbre soit encore verte, alors que les racines se flétrissent déjà ; mais la couronne ne reste pas verte longtemps, les branches se dessèchent bientôt, et qu’une tempête se déchaîne sur le pays, l’arbre s’effondrera car ses racines ne le retiendront plus ; ainsi en ira-t-il de la patrie si on veut la bâtir dans le désert au lieu de lui donner des maisons bénies de Dieu. " C’est ici que se montre le côté politique du livre. Son sujet tourne autour de l’authentique communauté humaine. Au début, il y a l’amour entre l’homme et la femme sur lequel repose le sanctuaire de la famille. C’est à partir de maisons bénies que se construit l’ensemble du peuple dont les conflits sociaux sont soulagés par la charité chrétienne. Le peuple se réunit à l’église comme une grande famille en se purifiant et en se sanctifiant toujours à nouveau dans l’obéissance à Dieu. Sans église, pas de vrai peuple, sans amour, aucun bonheur domestique. De cet ordre découle la bénédiction qui transfigure l’existence terrestre. Seule L’Araignée noire montre encore chez Gotthelf cette unité sacramentelle entre le caractère paysan et l’élément chrétien, du monde terrestre et du monde spirituel. Il a non seulement écrit le récit du bonheur et du malheur dans la ferme de Liebiwyl, de même que toutes ses œuvres en tant qu’auteur intéressé à l’art de l’écrivain mais en tant qu’auteur axé sur la vie sociale et politique, en tant qu’auteur religieux au sens originel du terme. Le thème de la prêtrise y apparaît à visage découvert aux points culminants de l’œuvre. Outre toute la beauté de la composition, le récit est un livre d’édification comme l’étaient encore les plus grandes œuvres des temps anciens et celles de Pestalozzi avec lesquelles existe un rapport évident, précisément dans le sermon du Jeûne fédéral sur le caractère sacré de la famille. La pensée chrétienne de Gotthelf exerce une influence déterminante sur la composition littéraire. Dès le début, le personnage de Resli est mis en lumière, alors que les personnages d’Uli, de Vreneli ou de Meyeli ne le sont qu’au dernier degré, ce que l’on reconnaît immédiatement en comparant Resli aux personnages de son frère et de sa sœur que Gotthelf place magistralement à côté de lui pour bien souligner le contraste. Les deux, Annelisi et Christeli restent fidèles à leur caractère typique, tous les deux sont épargnés par la crise d’âme que Resli doit surmonter pour atteindre la perfection à laquelle il est destiné. Le frère aîné Christeli est le " parent " né, le célibataire qui reste à la ferme en qualité d’associé du patron de la ferme ; il est attaché à la maison comme l’est un chat, il ne fait que préparer la voiture de son frère cadet qui part souverainement et il se plaît dans son rôle de vieille souffreteuse qui marque son infériorité. La sœur Annelisi est également le type impersonnel de la joyeuse fille de paysan qui se montre exubérante dans sa puberté ; elle mène par le bout du nez la famille et tous ses prétendants et se jette soudain au cou du premier venu à l’apparition duquel personne n’en croit ses yeux. Ainsi sa parfaite ironie et sa finesse font-elles contraste avec le chagrin d’amour de Resli et d’Anne Mareili. À part cela, on trouve aussi dans cette œuvre assez d’éléments qui permettent d’admirer l’art de Gotthelf. Les noms de lieux symboliques révèlent par eux-mêmes cette tendance à la stylisation : Ufbegehrige (Colletmonté), Dorngrut (La Combe-aux-Épines), Schtiliwyl de village des Terribles) et Liebiwyl notamment. La scène de danse dans la première partie où Resli et Anne Mareili se rencontrent pour la première fois et trouvent du plaisir l’un à l’autre, se meut en des conversations et des gestes purement typiques parce qu’elle tient à présenter la beauté naturelle du mode de vie des paysans. Le degré d’élévation de ce mode de vie augmente lors de la visite du fermier de la Combe-aux-Épines avec sa fille à la ferme de Liebiwyl, où les tractations des parents autour des conditions préliminaires pour les fiançailles présentent un caractère stéréotypique, identique, presque rituel. Le rendez-vous de Resli et d’Anne Mareili à l’auberge solitaire de la station balnéaire est un bijou du récit. C’est là, en effet, que les amoureux se donnent une simple pièce d’argent comme garant de leur accord réciproque, laquelle ils pourront contempler chez eux sans craindre d’être découverts. Ce magnifique trait couronne le symbolisme qui traverse ce livre de part en part. Il signifie que pour les amoureux la différence entre l’argent et l’Esprit est abolie. Ces pièces d’argent sont une partie de leur âme, ennoblie par leur nostalgie amoureuse, un gage de leur union qui surmonte toutes les résistances réelles. Pour eux, la propriété héritée devra être à l’avenir ce que représente maintenant chacune des pièces d’argent : un talisman de leur félicité, le signe saintement " auréolé " de leur bonheur sur terre et au ciel. Mais ils ne parviendront pas à franchir ce deuxième pas dans la joie de leur premier bonheur amoureux, mais seulement en puisant leurs forces dans le renoncement qui confère au mariage sa haute considération. C’est avec la même perfection que Gotthelf décrit les quatre dimanches où chaque fois rayonne l’éternelle tranquillité du sabbat. Très loin de s’exposer au danger de la répétition, il réussit à modifier si abondamment les circonstances accessoires extérieures et intérieures qu’il en résulte une grande augmentation de tension. L’argent et l’Esprit qui est né pendant la période de création la plus heureuse pour Gotthelf, à côté d’Uli, d’Anne Bäbi, d’Elsi et de L’Araignée noire démontre sur tous les plans la pleine maturité de son art : le don monumental de la caractérisation lié à celui d’une animation très riche. La plénitude d’inspirations qui affluent a également déterminé la construction extérieure de l’œuvre, laquelle est en rapport avec la façon dont l’œuvre est née. Gotthelf publia la première partie en 1843 dans le second livret des Images et légendes de la Suisse. On reconnaît à cette première partie qu’elle avait été conçue d’abord comme un petit récit compact. Il contient l’histoire de la discorde conjugale et de la réconciliation du couple de paysans de Liebiwyl. Seul le thème de l’alarme de l’incendie ajouté de façon surprenante à la fin semble trahir l’intention que l’auteur a eue au dernier moment d’ajouter éventuellement une suite à son récit, laquelle parut l’année suivante répartie sur le quatrième et le cinquième livret des Images et légendes. Mais avec la troisième partie, Gotthelf n’était pas arrivé à la fin non plus. Comme il le dit dans sa postface, il sait bien que l’intrigue n’est pas complètement développée, et les sujets auxquels il fait allusion forment la matière d’un tout nouveau livre. C’est avec cette spontanéité toute naturelle que ses œuvres littéraires croissaient sous ses mains. Mais les raisons qu’il évoque pour expliquer pourquoi il renonce à compléter son récit sont également significatives. Il en cite tout de suite une demi-douzaine, et la raison la plus profonde est certes la dernière par laquelle il affirme que le temps de création qui lui est imparti ne sera plus que de courte durée parce que son champ n’a été éventré que tard. Cet aveu nous fait pressentir dans quelle disposition il a rédigé les tableaux du livre représentant la mort et le salut et dont la transfiguration mystérieuse rappelle la fin d’Anne Bäbi. La croissance quasi végétale de son œuvre se reconnaît également au style. Plus Gotthelf s’abandonne fortement à son " propre esprit " auquel il fait allusion dans sa postface, plus il redevient aussi visiblement l’esclave de l’esprit de son dialecte héréditaire. La première partie est pratiquement libre d’éléments proprement dialectaux, tandis que la deuxième présente déjà de nombreux vocables et expressions du dialecte alémanique bernois dans les parties narratives et dans le discours indirect. La troisième partie leur accorde une place toujours plus large de sorte que, dans le discours direct des personnages qui est toujours stylisé le plus consciemment, on parle des pages entières dans le dialecte le plus opulent. Par ce côté, L’argent et l’Esprit montre que le caractère du style de Gotthelf qui commençait de poindre dans le premier roman d’Uli, s’est entièrement épanoui. [...]
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