VLADIMIR VOLKOFF

 

C H R O N I Q U E S
A N G É L I Q U E S

 

Éditions de Fallois
L’Âge d’Homme

1997

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

On parle beaucoup des anges en ce moment – sur un ton mi-humoristique mi-mystifié.

Vladimir Volkoff, lui, a sa propre conception des anges. Fidèle à sa vocation, qui est d’explorer la métaphysique de l’espionnage, il pense que les anges constituent les services secrets du bon Dieu. Quand l’administration ordinaire de la création se met à gripper, des commandos angéliques sont expédiés sur place.

Les Chroniques angéliques racontent douze missions d’anges, depuis l’anéantissement de Sodome jusqu’au sauvetage compromis de Lénine. C’est un ange qui a dû trouver une Mère pour le Fils de Dieu, un deuxième ange qui a essayé de protéger Judas contre " l’autre monsieur ", un troisième qui a tenté de consoler le Christ au mont des Oliviers... Les anges ne réussissent pas toujours toutes leurs missions.

Armé de sa foi chrétienne et d’une érudition certaine en matière d’anges, Vladimir Volkoff a dédié cette " modélisation poétique " à son ange gardien.

 

 

 

 

Ne savez-vous pas que c’est
nous qui jugerons les anges ?

Saint Paul,
Première Épître aux Corinthiens, VI, 3

 

 

 

 

 

À MON ANGE GARDIEN

Avoue que c’est étrange.

Je ne suis pas tout à fait sûr que tu existes (ne te vexe pas, je ne suis pas tout à fait sûr d’exister moi-même), et pourtant je t’invoque tous les jours. Solennellement. En slavon. Je te dis : " Ange Gardien de par le Seigneur à moi envoyé, pardonne-moi tout ce par quoi je t’ai chagriné la journée passée et aide-moi à commencer la prochaine pour ton réconfort et le salut de mon âme. " Ma mère a composé cette prière : elle m’en remplace une autre que l’Église orthodoxe recommande de dire tous les matins.

C’est que l’Église chrétienne, aussi bien orthodoxe que catholique ou protestante, avec toutes les religions monothéistes, croit fermement en vous autres anges : les juifs croient en vous, les musulmans croient en vous, les bons chrétiens croient en vous. Si certains d’entre eux se permettent de douter de votre existence, c’est respectueusement. Il n’y a que les descendants de M. Homais, civils ou ecclésiastiques, qui vous ont carrément radiés des rôles avec une désinvolture qu’ils prennent pour la marque d’esprits supérieurs.

Mais entre croire en vous et savoir qui vous êtes et comment vous comprendre et comment vous parler et comment vous traiter, il y a du chemin. Si bien que je ne suis pas sûr d’avoir le droit de faire ce que je fais ici en inventant vos chroniques.

Quand j’étais petit, on m’assurait qu’il ne fallait jamais toucher un papillon parce que ses ailes étaient couvertes d’un pollen qui lui permettait de voler. Peut-être la recommandation est-elle valable pour les anges et ferais-je mieux de ne pas transgresser votre intangibilité ?

Mais peut-être aussi n’est-ce qu’une question de tact et, si, nous autres gens soi-disant cultivés, nous nous croyons obligés de prendre un ton amusé à votre sujet, est-ce la faute des savants qui vous ont chloroformés, épinglés et catalogués au lieu de s’inspirer du dicton américain : " Pourquoi les anges volent-ils ? Parce qu’ils se prennent à la légère. "

Pour moi, j’ai docilement lu le Pseudo-Aréopagite et le Docteur angélique et Karl Barth et le père Daniélou et le père Boulgakov et je veux bien croire à toutes leurs inductions, mais elles ne résolvent pas les questions simplistes que je me pose. Par exemple, lorsque j’échappe à une catastrophe ou à une tentation, j’ai envie, mon Ange Gardien, de te remercier : cela veut-il dire que je puisse te faire des reproches quand j’y succombe ?

Non, il me semble qu’à défaut de nous satisfaire étroitement des vérités révélées – mais Dieu nous a trop bien faits à sa ressemblance pour que nous nous interdisions de les développer, de les approfondir –, il n’y a que la " modélisation poétique " qui nous permette d’approcher de votre mystère.

Tu es ange, donc nihil humani a te alienum esse puto, et tu ne te choqueras pas si je te cite les paroles d’un philosophe nommé Étienne Souriau : " Penser à l’ange, disait-il, ou plutôt penser comme l’ange, je veux dire se mettre au point de vue de l’ange pour juger des affaires humaines, ce peut être une méthode de pensée très utile et très efficace... " Et, plus loin : " Vous sentez combien est efficace la méthode qui consiste à chercher le point de vue de l’ange, c’est-à-dire à forger mythiquement l’hypothèse d’un être aussi supérieur à l’homme que l’homme est supérieur à l’animal, et à chercher les conséquences de cette hypothèse par rapport aux affaires humaines. "

*
*    *

Mon hypothèse à moi, dans ces chroniques, c’est que vos milices angéliques constituent les services spéciaux du bon Dieu. Comme le faisait, dans le temps, le Secret du Roi, ils permettent au Roi des rois de court-circuiter l’administration ordinaire de la création, toujours un peu routinière. Sauf les Séraphins à quatre faces et six ailes et les Chérubins semés d’yeux qui, tout entiers tournés vers le Père, ne font que chanter sa gloire et palpiter dans la lumière émanant de lui, les anges, tes pareils, quel que soit leur grade, sont orientés vers les hommes dont ils poursuivent le salut, par des méthodes quelquefois insolites et que bien des théologiens dogmatiques réprouveraient.

Ce faisant, les agents de Dieu brillent généralement (oui, bien sûr, ils brillent) par une discrétion exemplaire : c’est le métier qui veut ça et c’est pourquoi, dans certaines de mes chroniques, à peine si on saisira la scintillation de tes frères, à peine si l’on entr’apercevra un de leurs reflets dans le filigrane du texte.

Dans d’autres chroniques, au contraire, nous essaierons de nous mettre à leur place, pourvu que tu consentes à me donner une idée de la façon dont vous remplissez vos missions.

Car, si je ne veux rien commettre qui soit contraire à la saine doctrine, je ne veux rien omettre non plus par couardise spirituelle. " Osez ! " est un commandement qui me plaît assez. Travaillons donc ensemble, mon Ange Gardien, comme le dit ma prière, pour le salut de mon âme et pour ton réconfort.

 

 

NOTE DE L’AUTEUR

Ce livre n’aurait pas pu être écrit sans une consultation constante de A Dictionary of Angels de Gustav Davidson paru aux éditions Macmillan.

L’Ange à la promesse se fonde sur une très ancienne tradition et sur la Lettre à Aristée. La chronique De quoi vivent les hommes ? est librement inspirée du conte du même nom de Léon Tolstoï. Le plus malheureux des anges doit beaucoup à Serge Boulgakov, en particulier dans la revue Pout’, NN° 26, 27. Dans L’Ange à la grâce, les discours prêtés à Dostoïevsky sont tirés du Journal d’un écrivain et le poème est une traduction abrégée de l’original. Le Dernier Damné est écrit d’après plusieurs biographies de Lénine et comprend des passages empruntés au Livre de Job. L’Ange à la quête, qui utilise l’apocryphe de Jacques, peut surprendre les lecteurs catholiques romains attachés au dogme de l’Immaculée Conception. Rappelons que ce dogme, toujours ignoré des orthodoxes et des protestants, n’a été promulgué par l’Église romaine qu’en 1854.

La Bible, bien sûr, aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament, est partout présente.

 

 

TABLE DES MATIÈRES

À mon ange gardien

LE SEL DES ANGES
LES CAMARADES
L’ANGE À LA PROMESSE
LA PREUVE
L’ANGE À LA QUÊTE
DE QUOI VIVENT LES HOMMES ?
LE PLUS MALHEUREUX DES ANGES
L’ANGE À LA GRÂCE
LE SOLDAT DE PLOMB
L’ANGE À LA CONSOLATION
LA CONVOCATION
LE DERNIER DAMNÉ ou LE SECRET DE DIEU

Note de l’auteur

 

DU MÊME AUTEUR

ROMANS

L’AGENT TRIPLE (Julliard).
LES MOUSQUETAIRES DE LA RÉPUBLIQUE (La Table Ronde).
LE RETOURNEMENT (L’Age d’Homme), Prix Chateaubriand.
LES HUMEURS DE LA MER (L’Âge d’Homme) :
     I. OLDUVAI
     II. LA LEÇON D’ANATOMIE
     III. INTERSECTION
     IV. LES MAÎTRES DU TEMPS.
LE MONTAGE (L’Âge d’Homme), Grand Prix du Roman de l’Académie française 1982.
LE TRÊTRE (L’Âge d’Homme).
LE PROFESSEUR D’HISTOIRE (L’Âge d’Homme).
NOUVELLES AMÉRICAINES (L’Âge d’Homme).
L’INTERROGATOIRE (Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme).
LES HOMMES DU TSAR (Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme) :
     I. LES HOMMES DU TSAR
     II. LES FAUX TSARS
     III. LE GRAND TSAR BLANC.
L’ENFANT POSTHUME (L’Âge d’Homme).
LE BOUCLAGE (Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme).
LA CHAMBRE MEUBLÉE (L’Âge d’Homme).
LE BERKELEY À CINQ HEURES (Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme), Prix de la Ville d’Asnières 1994.
PEAU-DE-BIQUE (Hachette).
LA CREVASSE (Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme).

ESSAIS

VERS UNE MÉTRIQUE FRANÇAISE (French Literature Publication Company).
LE COMPLEXE DE PROCUSTE (L’Âge d’Homme).
UNE HISTOIRE SURANNEE QUELQUE PEU (L’Âge d’Homme).
LAWRENCE LE MAGNIFIQUE, essai sur Lawrence Durrell et le roman relativiste (L’Âge d’Homme).
LECTURE DE L’ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU (L’Âge d’Homme).
LA DÉSINFORMATION, ARME DE GUERRE, textes de base présentés par Vladimir Volkoff (L’Âge d’Homme).
DU ROI (L’Âge d’Homme).
VLADIMIRIANA, recueil d’articles (L’Âge d’Homme).
LA TRINITÉ DU MAL ou Réquisitoire pour servir au procès posthume de Lénine, Trotsky, Staline (Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme).
LA BÊTE ET LE VENIN ou la fin du communisme (Éditions de Fallois / L’Âge d’Homme).
LECTURE DE L’ÉVANGILE SELON SAINT LUC ET SAINT MARC (L’Âge d’Homme).

BIOGRAPHIES

VLADIMIR, LE SOLEIL ROUGE (L’Âge d’Homme).
TCHAIKOVSKY (L’Âge d’Homme).

THÉÂTRE

L’AMOUR TUE, comédie (L’Âge d’Homme).
YALTA, tragédie (L’Âge d’Homme).
LE MISTÈRE DE SAINT VLADIMIR, théâtre (L’Âge d’Homme), Prix Alfred de Vigny 1988.
ŒDIPE, (L’Âge d’Homme).
THÉÂTRE I : L’interrogatoire. Le Réquisitoire (L’Âge d’Homme).

SCIENCE-FICTION

MÉTRO POUR L’ENFER, roman, Prix Jules Verne 1963 (Presses Pocket).
LE TIRE-BOUCHON DU BON DIEU, roman (Presses Pocket).
LA GUERRE DES PIEUVRES, roman (Presses Pocket).

AVEC JACQUELINE BRULLER

L’EXIL EST MA PATRIE, entretiens (Le Centurion).
ALEXANDRA, roman (Albin Michel).

BANDES DESSINÉES

VLADIMIR LE SOLEIL RADIEUX (Lombard), Prix de la Bande dessinée chrétienne.
ALEXANDRE NEVSKY (Lombard).

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