Oraison très dévote


Ô Reine qui fûtes mise
     Et assise
Là-sus au trône divin,
Devant vous en cette église,
     Sans feintise,
Je suis venu ce matin.
Comme votre pèlerin,
     Chef enclin,
Humblement je vous présente
Mon corps et mon âme, afin
     Qu’à ma fin
Vous veuilliez être présente.

Vierge, reine débonnaire,
     Exemplaire
De parfaite charité,
Vers vous je me viens retraire,
     Car soustraire
Veux mon coeur de vanité.
Hélas ! Vierge, j’ai été,
     Maint été
Et maint hiver, sans bien faire ;
L’ennemi m’a fort guetté
     Et tenté
Pour moi en enfer attraire.

Je suis des mauvais le pire,
     À vrai dire ;
Car tout mon entendement
Ai mis pour à chacun nuire,
     Et empire
De jour en jour grandement.
Quand je pense fortement
     Vraiement,
Je ne sais moi que je fasse
Sinon de pleurer souvent
     Ci-devant
Votre glorieuse face.

Très précieuse fontaine,
     Claire et saine,
Et vraie étoile de mer,
Espérance très certaine,
     D’amour pleine,
Que pécheurs doivent clamer,
Où me pourrai-je bouter
     Ni sauver
Quand Dieu chacun jugera ?
Qui me pourra conforter
     M’assurer,
Vierge, quand le jour sera ?

Hélas ! Vierge, que feront,
     Que diront
Pécheurs à cette journée ?
Car les anges trembleront
     Quand orront
La sentence redoutée
Lors soyez, Vierge honorée.
     Apprêtée
Devant Dieu à jointes mains,
En disant : « Douce portée,
     Très aimée,
Ayez pitié des humains. »

Hélas ! Vierge, que ferai,
     Où serai
À ce jour horrible et fier ?
À vous du tout me rendrai
     Et dirai
Que suis votre prisonnier.
Je m’y dois bien rallier
     Et fier ;
Car vous êtes tant bénigne
Que ne pouvez oublier
     Ni laisser
Celui qui vers vous s’incline.




Guillaume ALEXIS.


 

 

 

 

 

Accueil Index général Narrations Méditations Études
Auteurs Livres Pensées et extraits Thèmes