Dans une église

 

Argol, en Cornouailles.

 

 

La fleur de poésie éclot sous tous nos pas,

Mais la divine fleur, plus d’un ne la voit pas.

Dans cette pauvre église, à l’heure du silence

Où, seule devant Dieu, la lampe se balance,

Un vieillard appuyé sur la grille du chœur,

Les yeux baissés, priait du profond de son cœur,

Et mes pas, qui troublaient les échos d’arche en arche,

Ne firent point lever les yeux du patriarche.

Puis au bas de la nef où j’allais observant,

À genoux, à côté de ses livres d’enfant,

Un petit villageois de six ans, d’un air d’ange,

Les mains jointes priait aussi... concert étrange !

« Sous cette lampe pâle et par ce froid brouillard

Quel sombre désespoir tient courbé ce vieillard,

Et quel beau rêve d’or et d’azur, me disais-je,

Éloigne de ses jeux l’enfant au front de neige ?

Du vieillard, de l’enfant, lequel t’a mieux touché,

Bon Christ aux bras ouverts de la voûte penché ?

Quelle fleur en parfums plus suaves s’exhale,

Seigneur, – la fleur du soir ou la fleur matinale ? »

 

 

 

Auguste BRIZEUX.

 

Recueilli dans Les poètes religieux,

anthologie du XVIIIe siècle à nos jours, 1912.

 

 

 

 

 

 

 

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