Communion
... Ah ! Seigneur, je ne suis pas digne et pourtant je Vous implore,
Car si Vous n’entrez pas chez Votre servante, jamais je ne guérirai,
Et puis, je ne suis pas seule avec moi-même, Jésus, et nous sommes deux encore,
Une autre âme attend, mon Maître, votre contact sacré...
Mystère incommensurable, dans les brillantes ténèbres duquel mon rêve avec effroi voyage,
Qu’est-ce que Vous pouvez, mon Dieu, quand Vous descendez en moi, pour l’enfant que j’attends ?
Le voici près de sa naissance et déjà frémit en lui ce souffle qu’il a reçu de Vous à Votre image.
Mais il ne fait pas encore partie de ceux que Vous avez rachetés au prix de Votre sang.
Qu’est-ce qu’il va ressentir, mon enfant bien-aimé, quand Vous allez pénétrer mon âme et mon corps ?
Est-ce qu’il saura quelle rosée d’amour descend autour de lui ?
Mon Sauveur, permettez-moi de Vous prier surtout pour le salut de celui qui va éclore,
Ah ! si, quand Vous entrerez en moi, quelque chose en son petit être allait, comme vos disciples jadis, crier confusément : Rabbi...
Vous avez dit jadis, de Votre voix douce : « Laissez venir à moi les petits enfants »,
Mais celui-là, que Vous accordez à mes prières, c’est moi maintenant, Jésus, qui Vous le donne et Vous l’amène :
Je suis venue m’asseoir, un jour aride, au bord du puits comme la Samaritaine,
Il ne faut pas que Vous calmiez ma seule soif, lorsque je reviendrai, portant ce petit faix humain dans mes bras triomphants.
Seigneur, je ne suis pas digne que Vous entriez dans ma maison,
Mais nous avons semé et voici notre champ qui blanchit pour la moisson.
Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma demeure,
Mais voici que je suis comme cette femme de l’Évangile dont vous annonciez l’heure.
Seigneur, dites seulement une parole et mon petit paria sera guéri.
Le prêtre entre, je m’agenouille... je ne Vous laisserai point aller que Vous ne nous ayez bénis.
Henriette CHARASSON, Les Heures du Foyer, Flammarion.
Recueilli dans Les poèmes du foyer.