Psaume CXXV

 

 

Dès qu’il plut au Seigneur mettre fin à nos peines,

              Sitôt qu’il eut brisé nos fers,

Nous traitâmes de songe et de chimères vaines

              Les maux que nous avions soufferts.

 

Un plein ravissement, de tout notre visage,

              Ravit les marques du passé ;

Et, jusqu’au souvenir d’un si dur esclavage,

              Tout cessa, tout fut effacé.

 

Toutes les nations qui voyaient notre joie

              Se disaient, d’un air sourcilleux :

« Il faut que le bonheur où leur Dieu les renvoie

              Soit bien grand et bien merveilleux. »

 

« Oui, leur répondions-nous, c’est le Dieu des merveilles,

              C’est lui qui nous tire d’ici ;

Et comme ses bontés sont pour nous sans pareilles,

              Notre allégresse l’est aussi. »

 

Favorisez, Seigneur, des mêmes privilèges

              Ces restes pour qui nous tremblons ;

Comme au vent du Midi, faites fondre les neiges

              Qui fertilisent leurs sablons.

 

Finissez leur exil ainsi que nos alarmes,

              Exaucez leur juste désir,

Vous qui nous avez dit que qui semait en larmes

              Moissonnerait avec plaisir.

 

Ils ont semé leurs blés, mais sous des lois sévères

              Que leur imposaient leurs malheurs ;

Leur douleur égalait l’excès de leurs misères :

              Autant de pas, autant de pleurs.

 

Mais s’ils les ont semés avec pleine tristesse,

              Accablés d’ennuis et de maux,

Ils reviendront, Seigneur, avec pleine allégresse,

              Chargés du fruit de leurs travaux.

 

Gloire au Père éternel, la première des causes,

              Gloire au Fils, à l’Esprit divin ;

Et telle qu’elle était avant toutes les choses

              Telle soit-elle encor sans fin.

 

 

 

Pierre CORNEILLE.

 

Recueilli dans Les poètes religieux,

anthologie du XVIIIe siècle à nos jours, 1912.

 

 

 

 

 

 

 

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