Voix de la nuit

 

 

                                    I

 

Champs silencieux, sans couleurs, perdus dans le lointain –

Oh, comme elle me rend heureux,

Etendue sur toutes les vallées, les forêts,

La somptueuse solitude !

 

De la ville seul l’écho des cloches

Vient frapper les cimes,

Un chevreuil lève la tête, effrayé,

Et aussitôt de nouveau s’assoupit.

 

Mais la forêt agite ses cimes

Dans son sommeil, au flanc de la montagne,

Car le Seigneur passe sur les sommets

Et bénit la campagne silencieuse.

 

 

                                    II

 

Les rivières suivent leur route nocturne

Et le ciel, étoile après étoile,

Répète tant et tant de fois son salut

Que les forêts, de tous côtés,

Frissonnent et murmurent au fond des vallées ;

Seul l’homme, voué à la mort,

Poursuit le rêve de ses péchés

Dans le silence de la Grâce.

 

 

 

 

 

Joseph von EICHENDORFF, Dernier retour,

Orphée / La Différence, 1989.

 

Traduit de l’allemand par Philippe Giraudon.