Le compagnon de la cathédrale

 

 

Alors vous saviez tout, vous qui n’aviez rien lu,

Vous les premiers qui sur le sol traciez la cathédrale.

Vous qui avez taillé, vous qui aviez voulu

Qu’on dressât jusqu’au Ciel sa gloire verticale...

Depuis, mille et mille soleils se sont éteints,

Et vos corps sont pourris au fond des temps sans âge.

Mais votre esprit vivant dans les rayons des clairs matins,

Illumine vos fils en leur échafaudage.

Moi, je ne suis que l’un des rudes compagnons

Dont le teint s’est hâlé aux quatre vents. Nous sommes

Ceux qui gardons toujours la foi dans l’œuvre et dont les noms,

Sont pareils et mêlés aux noms de tous les hommes.

Voici la pierre que moi-même j’ai tirée.

Je l’apporte Seigneur, de la douce contrée

Où sans doute mes pas d’enfants se sont effacés.

Et je te l’offre telle. Et je suis l’un de ceux

Qui de tous temps – soubassement, piliers et gâbles –

Travaillent dans l’humilité des jours semblables.

Mais des aubes luiront où la frise d’alors :

Arums, nénuphars et fraisiers, ombres et couleurs,

Sera belle à des yeux vivants... Pour hâter l’heure

Où droit dans l’azur clair – musique, ligne et flore –

Un clocher coupera notre morne horizon,

Seigneur, j’exhausse d’une pierre ta maison.

 

 

 

Maurice FARDELLE, « Le compagnon de la cathédrale »,

Le Mercure de France, 1922.

 

Recueilli dans Les légendes des cathédrales,

par Jean-François Blondel,

Éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2002.

 

 

 

 

 

 

 

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