Le veau d’or

 

 

Sur le Mont Sinaï l’auteur de la Nature

Gravait ses saintes lois de son doigt souverain,

Dans le temps qu’Israël incrédule et parjure

Adorait à sa honte un dieu fait de sa main.

 

              Partout le feu sacré s’allume.

              Les chants résonnent, l’encens fume ;

              Partout aux victimes, aux vœux

              Se joignent les ris et les jeux.

              Mais devant le dieu qu’ils encensent

              Tous leurs hommages sont perdus.

              Et leurs vœux ne sont entendus

              Que du Dieu jaloux qu’ils offensent.

 

Ah ! Moïse, calmez le céleste courroux ;

Pour réparer l’erreur redoublez votre zèle ;

              Lui seul peut arrêter les coups

D’un bras déjà levé sur un peuple infidèle.

 

Je le vois qui descend du redoutable Mont.

Tremblez, ingrats, tremblez du zèle qui ranime.

              Et voyez déjà sur son front

              Le châtiment de votre crime.

 

               « Que ceux qui sont pour le Seigneur

              Dit-il, à ma voix obéissent ;

S’ils n’ont point eu de part à l’idolâtre erreur

              Qu’ils s’arment et qu’ils la punissent. »

 

Les enfants de Lévi courent à cette voix.

Ces ministres du Ciel, enflammés, intrépides,

              Par d’héroïques parricides

              Vont mériter d augustes droits.

 

              Ciel ! quel carnage épouvantable !

              La terreur vole devant eux.

              Quelles plaintes ! quels cris affreux !

              Partout coule le sang coupable.

 

              Allez immoler des ingrats ;

              C’est l’Éternel qui le commande ;

              Frappez, frappez, ne craignez pas

              Que leur Idole les défende.

 

C’en est assez, ô Ciel ! Leur sang vient de laver

L’injure que t’a fait leur sacrilège audace.

Tu te laisses fléchir : il est temps de sauver

Les restes d’Israël qui te demandent grâce :

              Pourras-tu détruire une race

Qu’un serment éternel t’oblige à conserver ?

 

              Mortels, brisez des dieux frivoles

              Encor plus impuissants que vous.

              Que sous mille bras vos idoles

              Tombent aux pieds du Dieu jaloux !

              C’est trop irriter sa puissance ;

              Attirez sur vous ses bienfaits ;

              Aimez en lui le Dieu de paix

              Et craignez le Dieu de vengeance.

 

 

 

Antoine de LA MOTTE, Cantates tirées de l’Écriture sainte.

 

Recueilli dans Les poètes religieux,

anthologie du XVIIIe siècle à nos jours, 1912.

 

 

 

 

 

 

 

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