Méditation

 

 

Las d’errer sans repos en ce matin d’automne,

Je m’assieds tristement sur un fût de colonne,

Débris gallo-romain qu’en un champ de Gessé,

Aux entrailles du sol, j’arrachai l’an passé.

Là, les regards perdus dans le limpide espace,

Heureux de respirer l’air frais ou parfois passent

Un doux parfum de fleurs, un vif gazouillement

D’oiseaux, je rêve à tout... sauf, peut-être, au présent.

Mon esprit vagabond remonte les années

Ravivant tour à tour les images fanées

D’autrefois, et mêlant, en retours imprévus,

Les espoirs du moment aux songes révolus.

 

Je revois ces jours clairs qui suivent la naissance

Où de la vie encor, n’ayant point connaissance,

L’enfant grandit joyeux, insoucieux du temps...

Ces rires, aujourd’hui, lorsque je les entends

Me font mal. La raison est venue avec l’âge...

Attriste-toi, mon cœur ; c’est là notre partage

Depuis que, de l’Éden, Adam s’est vu chassé :

Le temps où tu riais sans soucis est passé

Et tu sais maintenant ce qu’est la vie humaine.

 

Vois-tu ces moissonneurs, affairés dans la plaine ?

Ils peinent. La sueur ruisselle de leur front ;

Tous, pourtant, jusqu’au soir, debout, moissonneront !

 

Et toi, que fais-tu là, perdu dans tes vains songes,

Roulant dans ton esprit vérités et mensonges ?

Tu penses que les jours d’ici-bas sont amers ?

Attends au moins, mon cœur, de les avoir soufferts !

Tu n’es plus un enfant et dois savoir te taire ;

Travaille : c’est la Loi ! Souffre : c’est le salaire ;

Il te faut pour atteindre au céleste séjour,

Comme ces moissonneurs, porter le poids du jour

Et prendre du Seigneur, tels qu’il te les envoie,

Avec simplicité, les douleurs et les joies,

Et dis-toi : rien ici ne s’achève et ne meurt :

La vie est un combat dont la palme est ailleurs.

 

 

 

Michel LANGLOIS.

 

Paru dans Psyché, revue mensuelle

de philosophie chrétienne, en 1940.

 

 

 

 

 

 

 

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