L’aube exaltée

 

 

Souvent, le soir, mes mains prennent sa tête chaude

Et mes lèvres longtemps sur sa chair moite rôdent

Du cou plié jusques aux paupières. Je sens

Le rythme de son souffle à l’afflux de son sang

S’unir et propager en moi sa force. J’aime

Ces heures où la joie est mon seul diadème

Et que l’intime orgueil revêt d’éternité.

 

Ô vie ! Ô foi vivante ! abri jamais quitté

Dès l’instant que mon sort élut sa nouvelle âme !

Enfant, enfant, refuge où se blottit la flamme

Pure de tout regret, chaste de tout désir,

Toi seule m’a donné la grâce de saisir

Dieu près de moi et de mêler en plein mystère

L’étincelle céleste aux amours de la terre :

Car ces baisers dans la pénombre à ton chevet

(Ils surnagent peut-être en tes rêves ?), j’avais

Déposé leur ferveur sur ton sommeil, sans croire,

Ma fille, qu’ils vaudraient la plus chère des gloires.

 

Ses deux bras l’un sur l’autre endormis, blancs oiseaux,

Ses cheveux, de leur nuit ombrant son front d’aurore,

Sa bouche qu’un lambeau d’oraison couve encore

Et dont parfois un rire entrouvre le fuseau ;

Son haleine par l’aile angélique rythmée,

La courbe de son cou sur l’oreiller, ses cils

Verrouillant de leur frange un domaine d’exil

Que baigne une candeur au sommeil enfermée :

 

Mon enfant ! Tout ce monde au repos m’a permis

D’adorer de plus près la grâce et le vestige

Du Ciel toujours présent sur cette frêle tige

Parfum né du plus pur d’entre tous les amis.

 

Et je fais sur sa chair, moins des doigts que des larmes

Et d’un cœur dont l’extase accélère les coups,

Votre Signe, ô Seigneur, pour que montent vers Vous

L’espoir, la gratitude aussi, – mes seules armes.

 

 

 

Yves-Gérard LE DANTEC, Cahiers de la Quinzaine, 1932.

 

Recueilli dans Les poèmes du foyer.

 

 

 

 

 

 

 

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