Âme de nuit

 

 

Mon âme en est triste à la fin ;

Elle est triste enfin d’être lasse,

Elle est lasse enfin d’être en vain,

Elle est triste et lasse à la fin

Et j’attends vos mains sur ma face.

 

J’attends vos doigts purs sur ma face,

Pareils à des anges de glace,

J’attends qu’ils m’apportent l’anneau ;

J’attends leur fraîcheur sur ma face,

Comme un trésor au fond de l’eau.

 

Et j’attends enfin leurs remèdes,

Pour ne pas mourir au soleil,

Mourir sans espoir au soleil !

J’attends qu’ils lavent mes yeux tièdes

Où tant de pauvres ont sommeil !

 

Où tant de cygnes sur la mer,

De cygnes errants sur la mer,

Tendent en vain leur col morose,

Où le long des jardins d’hiver,

 

J’attends vos doigts purs sur ma face,

Pareils à des anges de glace,

J’attends qu’ils mouillent mes regards,

L’herbe morte de mes regards,

Où tant d’agneaux las sont épars !

 

 

 

 

Maurice MAETERLINCK.

 

Recueilli dans La poésie francophone

de Belgique 1804-1884,

par Liliane Wouters et Alain Bosquet,

Éditions Traces, 1985.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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