Le Soleil fixe
au milieu des planètes
L’homme a dit : « Les cieux m’environnent.
Les cieux ne roulent que pour moi ;
De ces astres qui me couronnent
La nature me fit le roi :
Four moi seul le Soleil se lève,
Pour moi seul le Soleil achève
Son cercle éclatant dans les airs ;
Et je vois, souverain tranquille,
Sur son poids la terre immobile
Au centre de cet univers. »
Fier mortel, bannis ces fantômes,
Sur toi-même jette un coup d’œil.
Que sommes-nous, faibles atomes,
Four porter si loin notre orgueil ?
Insensés ! nous parlons en maîtres,
Nous qui dans l’océan des êtres
Nageons tristement confondus,
Nous dont l’existence légère,
Pareille à l’ombre passagère,
Commence, paraît, et n’est plus !
Portés du couchant à l’aurore
Par un mouvement éternel,
Sur leur axe ils tournent encore
Dans les vastes plaines du ciel.
Quelle intelligence secrète
Règle en son cours chaque planète
Par d’imperceptibles ressorts !
Le Soleil est-il le génie
Qui fait avec tant d’harmonie
Circuler les célestes corps ?
Au milieu d’un vaste fluide
Que la main du Dieu créateur
Versa dans l’abîme du vide,
Cet astre unique est leur moteur.
Sur lui-même agité sans cesse,
Il emporte, il balance, il presse
L’éther et les orbes errants ;
Sans cesse une force contraire
De cette ondoyante matière
Vers lui repousse les torrents.
Oui, notre sphère, épaisse masse,
Demande au Soleil ses présents :
À travers sa dure surface
Il darde ses feux bienfaisants.
Le jour voit les heures légères
Présenter les deux hémisphères
Tour à tour à ses doux rayons ;
Et sous les signes inclinée,
La Terre, promenant l’année,
Produit des fleurs et des moissons.
Je te salue, âme du monde,
Sacré Soleil, astre de feu.
De tous les biens source féconde,
Soleil ! image de mon Dieu !
Aux globes qui, dans leur carrière,
Rendent hommage à ta lumière,
Annonce Dieu par ta splendeur ;
Règne à jamais sur ses ouvrages,
Triomphe, entretiens tous les âges
De son éternelle grandeur.
Jacques-Charles-Louis Clinchamps de MALFILÂTRE.
Recueilli dans Les poètes religieux,
anthologie du XVIIIe siècle à nos jours, 1912.