Prière au Premier Dieu

 

 

Eh bien, allons, – c’est l’occasion ou jamais – rejetons les connaissances multiformes, et bannissons de nous-mêmes toute la diversité de la vie de l’âme, et parvenus à la tranquillité de toutes nos facultés, approchons-nous de la cause de tout ; et qu’il n’y ait pas en nous seulement la tranquillité de l’opinion et de l’imagination, pas seulement l’apaisement des passions qui empêchent notre élan vers le haut pour atteindre le premier principe, mais que l’atmosphère soit paisible et tout le monde d’ici-bas en paix : que toutes choses enfin par l’effet d’une force sereine nous élèvent à la communion avec l’ineffable. Après nous être tenus là-haut immobiles et dans notre course avoir dépassé l’intelligible, si toutefois il y a quelque chose en nous de cette nature-là, après nous être prosternés comme devant le soleil levant, les yeux fermés (car, pas plus qu’à aucun des autres êtres, il ne nous est permis de le fixer en face), après avoir vu donc le soleil de la lumière des dieux intelligibles sortir de l’océan, comme disent les poètes, et ensuite après être descendus de cette quiétude toute remplie de dieu jusqu’à l’intellect, mettant alors en œuvre les ressources de l’intellect, rappelons en nous-mêmes, à l’aide des raisonnements de l’âme, au-delà de quels êtres nous avons posé le premier dieu comme transcendant au cours de ce voyage. Et célébrons-le comme par un hymne, sans dire que c’est lui qui a fait exister la terre et le ciel, ni non plus qu’il a créé les âmes et les espèces de tous les vivants ; car sans doute c’est là aussi son œuvre mais la toute dernière ; célébrons-le plutôt pour avoir fait paraître au jour toute la classe intelligible des dieux et toute la classe intellective des dieux, tous les dieux hypercosmiques et tous les dieux encosmiques ; et disons qu’il est dieu entre tous les dieux, hénade entre les hénades, au-delà des premiers adyta, plus ineffable que tout silence et plus inconnaissable que toute existence, dieu saint, caché dans la sainteté des dieux intelligibles.

 

Et ensuite, étant redescendus à nouveau de l’hymne chanté par l’intellect vers des raisonnements, et ayant mis au jour l’irréfutable science de la dialectique, considérons, conformément à notre contemplation des causes premières, de quelle manière le tout premier dieu transcende tout l’univers, et ne descendons pas plus bas que la dialectique, car on peut refaire la traversée vers les êtres de là-bas à partir de la dialectique ; au contraire, l’opinion, l’imagination et la sensation, en nous faisant perdre la présence des dieux, nous font tomber des biens Olympiens dans les agitations terrestres, divisent à la manière des Titans l’intellect qui est en nous et nous font déchoir de l’établissement dans les totalités jusques aux images des êtres.

 

 

PROCLUS.

 

Recueilli dans Hymnes et prières de Proclus,

traduction de Henri D. Saffrey, Arfuyen, 1994.

 

 

 

 

 

 

 

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