Cependant qu’en la croix...
Cependant qu’en la croix, plein d’amour infinie,
Dieu pour notre salut tant de maux supporta
Que par son juste sang notre âme il racheta
Des prisons où la mort la tenait asservie,
Altéré du désir de nous rendre la vie :
« J’ai soif », dit-il aux Juifs. Quelqu’un lors apporta
Du vinaigre et du fiel et le lui présenta ;
Ce que voyant sa mère en la sorte s’écrie :
« Quoi, n’est-ce pas assez de donner le trépas
À celui qui nourrit les hommes ici-bas,
Sans frauder son désir d’un si piteux breuvage ?
Venez, tirez mon sang de ces rouges canaux,
Ou bien prenez ces pleurs qui noient mon visage :
Vous serez moins cruels et j’aurai moins de maux. »
Mathurin RÉGNIER.
Recueilli dans Les poètes religieux,
anthologie du XVIIIe siècle à nos jours, 1912.