Tranquillité de ceux

qui s’assurent en Dieu

 

PSAUME XC

 

 

Celui qui mettra sa vie

Sous la garde du Très-Haut,

Repoussera de l’envie

Lé plus dangereux assaut.

Il dira : Dieu redoutable,

C’est dans ta force indomptable

Que mon espoir est remis :

Mes jours sont ta propre cause ;

Et c’est toi seul que j’oppose

À mes jaloux ennemis.

 

Pour moi dans ce seul asile,

Par ses secours tout-puissants,

Je brave l’orgueil stérile

De mes rivaux frémissants.

En vain leur fureur m’assiège,

Sa justice rompt le piège

De ces chasseurs obstinés :

Elle confond leur adresse,

Et garantit ma faiblesse

De leurs dards empoisonnés.

 

Ô toi que ces cœurs féroces

Comblent de crainte et d’ennui !

Contre leurs complots atroces

Ne cherche point d’autre appui.

Que la vérité propice

Soit contre leur artifice

Ton plus invincible mur.

Que son aile tutélaire

Contre leur âpre colère

Soit ton rempart le plus sûr.

 

Ainsi, méprisant l’atteinte

De leurs traits les plus perçants,

Du froid poison de la crainte,

Tu verras tes jours exempts :

Soit que le jour sur la terre

Vienne éclairer de la guerre

Les implacables fureurs ;

Ou soit que la nuit obscure

Répande dans la nature

Ses ténébreuses horreurs.

 

Quels effroyables abîmes

S’entr’ouvrent autour de moi !

Quel déluge de victimes

S’offre à mes yeux pleins d’effroi !

Quelle épouvantable image

De mort, de sang, de carnage,

Frappe mes regards tremblants !

Et quels glaives invisibles

Percent de coups si terribles

Des corps pâles et sanglants !

 

Mon cœur, sois en assurance ;

Dieu se souvient de ta foi ;

Les fléaux de sa vengeance

N’approcheront pas de toi.

Le juste est invulnérable :

De son bonheur immuable

Les Anges sont les garants ;

Et toujours leurs mains propices

À travers les précipices

Conduisent ses pas errants.

 

Dans les routes ambiguës

Du bois le moins fréquenté,

Parmi les ronces aiguës,

Il chemine en liberté.

Nul obstacle ne l’arrête :

Ses pieds écrasent la tête

Du dragon et de l’aspic :

Il affronte avec courage

La dent du lion sauvage,

Et les yeux du basilic.

 

Si quelques vaines faiblesses

Troublent ses jours triomphants,

Il se souvient des promesses

Que Dieu fait à ses enfants.

À celui qui m’est fidèle,

Dit la Sagesse éternelle,

J’assurerai mes secours

Je raffermirai sa voie,

Et, dans des torrents de joie,

Je ferai couler ses jours.

 

Dans ses fortunes diverses

Je viendrai toujours à lui ;

Je serai dans ses traverses

Son inséparable appui :

Je le comblerai d’années

Paisibles et fortunées.

Je bénirai ses desseins :

Il vivra dans ma mémoire

Et partagera la gloire

Que je réserve à mes saints.

 

 

 

Jean-Baptiste ROUSSEAU.

 

Recueilli dans Poètes de Jésus-Christ,

poésies rassemblées par André Mabille de Poncheville,

Bruges, Librairie de l’Œuvre Saint-Charles, 1937.

 

 

 

 

 

 

 

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