Béatitude
Dieu martyr, ô Dieu lumineux, ô Dieu juste,
Qui m’avez fait vivant par votre mort auguste,
Je baise éperdument vos pieds percés de clous ;
J’y demeure à jamais, farouche, ivre, jaloux
D’étreindre contre moi la vérité suprême
Et de boire l’amour à la source elle-même !
Ma bouche est là, brûlée au feu de votre sang,
Et j’écoute mon cœur battre, vaste et puissant,
Hors du temps, hors du nombre, au-dessus de l’espace,
Loin des lueurs d’un jour, loin des ombres qui passent,
Loin du monde, loin de la mort, loin du charnel,
Dans la sérénité du ciel originel.
Robert VALLERY-RADOT.
Recueilli dans Les poètes religieux,
anthologie du XVIIIe siècle à nos jours, 1912.