Yvonne

 

BALLADE

 

 

Ô Bretagne, pays des poétiques

légendes, et du pieux souvenir !...

 

 

« IL est un frais sentier, tout bords d’aubépine

                 Du village au manoir ;

Il suit en serpentant les flancs de la colline,

                 Et bien souvent le soir,

Quand je reviens des champs à notre métairie,

                 J’y fais moisson de fleurs

Pour orner les autels de ma dame Marie,

                 La Vierge des douleurs.

 

« Ce tout petit sentier, à midi même encore

                 Plein d’ombre et de fraîcheur,

Où le gai rossignol chante depuis l’aurore,

                 Plaît au jeune seigneur.

Le matin je le vois, de ma porte  entrouverte,

                 Y venir tous les jours

Se promener rêveur, puis de la mousse verte

                 Faire un bouquet toujours.

 

« Mon Dieu ! que je voudrais être une frêle mousse,

                 Me trouver sous ses pas,

Et petit brin, cueilli par sa main blanche et douce,

                 Je ne plaindrais pas !...

Hélas ! quand vient l’hiver assombrir nos campagnes,

                 Il quitte ces climats ;

L’hiver le fait partir de nos belles montagnes,

                 Que je hais les frimas !...

 

« Il nous fuit, il s’en va quand s’en va l’hirondelle,

                 Il retourne à Paris ;

Mais le joli printemps le ramène comme elle,

                 Le ramène au pays !...

Quand les bluets d’azur naissent dans la prairie,

                 Que l’avoine est en fleur,

Quand chante le pinçon et que l’oiselet crie,

                 Il revient le seigneur !

 

« Il aime la saison des parfums et des fêtes,

                 Des gentilles chansons,

Nos danses au dolmen, et nos rondes coquettes,

                 Et nos joyeux pardons.

Mais, las !... déjà l’été trop rapide nous quitte,

                 Emportant les beaux jours.

Hirondelle au bec noir, pourquoi donc fuir si vite ?

                 Ah ! reste-nous toujours ! »

 

Après un long hiver, l’hirondelle fidèle

                 À son nid reparut ;

Mais le jeune seigneur ne revint pas comme elle...

                 À la guerre il mourut !

Et chaque soir encor, Yvonne à la prairie

                 Fait sa moisson de fleurs,

Qu’en priant pour les morts elle porte à Marie,

                 La Vierge des douleurs !

 

 

 

Clémence V. DE C.

 

Paru dans le Recueil de l’Académie

des jeux floraux en 1852.

 

 

 

 

 

 

 

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