La légende de la mort du Père Labrosse

 

 

 

 

 

 

par

 

 

 

 

 

 

Damase POTVIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le soir du 11 avril 1782, le P. de la Brosse jouait aux cartes, à Tadoussac, avec les employés du Poste, lorsque sur les neuf heures, il leur dit : « Je vous souhaite le bonsoir, mes bons amis, pour la dernière fois ; car à minuit, je serai corps mort. À cette heure vous entendrez sonner la cloche de ma chapelle. Je vous prie de ne pas toucher à mon corps. Vous enverrez chercher M. Compain à l’île aux Coudres demain ; il vous attendra au bas de l’île. Ne craignez pas la tempête, si elle s’élevait ; je réponds de ceux que vous enverrez. »

Les employés du Poste, curieux de savoir si la chose arriverait telle que le Père l’avait annoncée, veillèrent, la montre à la main, jusqu’à l’heure indiquée. Et en effet, à l’heure de minuit, la cloche sonna trois coups. Ils coururent à la chapelle et ils trouvèrent le Père la Brosse appuyé sur son prie-Dieu, mais sans vie.

Le lendemain, dimanche, le vent du sud-ouest soufflait avec une très grande violence et l’eau de la mer poudrait comme de la neige. Voyant cette tempête, les hommes du Poste refusèrent de s’embarquer dans un canot et d’entreprendre le voyage. Cependant le premier commis, s’adressant à ceux qu’il connaissait être de meilleure volonté que les autres, dit : « Le Père ne vous a jamais trompés, comme vous savez ; vous devez avoir confiance dans sa parole. Est-ce qu’il n’y aurait pas quelqu’un parmi vous qui voudra obéir à sa dernière volonté ? »

Ces paroles eurent leur effet. Trois hommes se décidèrent à partir et mirent un canot à l’eau. Et voilà qu’à la grande surprise de tous, le calme se fit autour d’eux et qu’à mesure que le canot longeait la terre, la mer s’aplanissait pour leur livrer passage. Et ce qui ne les étonnait pas moins, c’est que le trajet se faisait avec une rapidité incroyable, si bien que sur les onze heures du matin, ils approchaient déjà de l’île et purent voir M. Compain qui se promenait sur le rivage, un livre à la main. Dès qu’ils furent à portée de la voix, M. Compain leur cria : « Le Père de la Brosse est mort. Qu’avez-vous donc fait ? Voilà une heure que je vous attends. » Dès que le canot eût accosté à terre, M. Compain s’embarqua et on descendit le fleuve jusqu’à Tadoussac.

Voilà la légende telle qu’un ancêtre l’a transmise à ses descendants... La tradition rapporte que toutes les cloches des missions desservies par les Jésuites sur les deux rives du fleuve sonnèrent d’elles-mêmes les trois coups, annonçant la mort du Père de la Brosse – minuit, 11 avril 1782.

 

 

 

Damase POTVIN, Le Tour du Saguenay.