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François Bluche POURQUOI 134 Réponses
CRITERION 1994 |
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Chaque croyant, assurément, s’est un jour posé la question des motifs et de l’origine de sa foi. Mais nul d’entre nous n’y répond exactement comme son voisin, fût-il de même âge et attaché à la même paroisse. La variétés des réponses possibles est la conséquence même de la liberté (pour les hommes de foi, le plus beau don du Créateur à ses créatures). La variété des réponses aide aussi à comprendre – ou à imaginer – l’admirable et infinie complexité du mystère de Dieu. Nous présentons ici 134 réponses écrites (de celle de Jean Guitton au texte d’un lycéen de quinze ans) et 3 réponses dessinées (par Faizant, Piem et Trez) ; un corpus foisonnant, où se juxtaposent mais aussi se rencontrent catholiques, orthodoxes, protestants, juifs et déistes. Où toutes les sensibilités concourent à prolonger, chacune selon sa forme d’esprit et son style, les pensées de Pascal. François Bluche, qui s’est chargé de réunir et de présenter ces témoignages, est un écrivain historien. Son Louis XIV (Fayard, 1986) est traduit de New York à Moscou. |
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Plusieurs considérations auraient pu embarrasser l’éditeur de ce livre. Des entreprises parallèles l’ont précédé. Nul texte apologétique ne retrouvera sans doute la hauteur et la profondeur des Pensées de Pascal. Enfin, grand était le danger de présenter au public des témoignages un peu répétitifs (mais le lecteur verra que ce dernier risque était imaginaire). Nous avons sollicité 225 personnes – en majorité fort notables et considérées comme des croyants représentatifs –, leur demandant une réponse écrite à la question Pourquoi croyez-vous en Dieu ? Question indiscrète, certes, mais fondamentale. Plus de 130 ont accepté cette proposition. Avec courage (puisque chacun devait bousculer une légitime pudeur et braver tout respect humain), sincérité et simplicité, elles ont affronté les difficultés d’un " grand et beau sujet ". Elles ont témoigné. Cette quête de témoignages a peu de rapports avec une expérience de " sondage " d’opinion. Curieux panel, en effet, que cette réunion d’hommes et de femmes (catholiques, orthodoxes, protestants, juifs, déistes) où les membres de l’Institut et les professeurs de faculté l’emportent en nombre sur les humbles ; où les officiers généraux devancent les théologiens et les philosophes ! Nous serons assurément suspects d’élitisme. Par contre, tandis que, dans les sondages, la réponse est trop fréquemment sous-entendue dans la question, la présente enquête assurait à chacun toute liberté de pensée et d’expression. La plus brève réponse, une des plus belles, se trouve être deux cents fois plus courte que la plus étendue – qui est, elle aussi, remarquable. Voilà pour la forme. En ce qui regarde le fond, les réponses chrétiennes sont fort variées, et ce ne sont pas les frontières entre grandes confessions qui l’expliquent, mais le caractère plus ou moins trinitaire, ou plus ou moins christique. La foi chrétienne ici se confond avec une méditation évangélique, là s’amarre avant tout au beau credo de Nicée-Constantinople (Credo in unum Deum...). Certains textes sont volontairement personnels, d’autres s’appliquent à réciter comme une prière une part essentielle du dogme. Plusieurs participants ont, explicitement ou non, contesté gentiment le bien-fondé de la question posée. N’était-elle pas fourchue, ou pour le moins ambiguë ? Ne confondait-elle pas indûment deux notions distinctes : la croyance (avec sa large part de démonstration rationnelle) et la foi (qui, elle, ressortit au mystère) ? On peut être déiste et ignorer la foi. On peut stériliser, par imprudence, une théologie se voulant rationnelle. Réciproquement, beaucoup de judéo-chrétiens à la foi débordante se refusent à justifier en termes de raison raisonnante le contenu précieux de cette foi même. Ils préfèrent, semble-t-il, la " confesser " au lieu de l’analyser. Ils écartent volontiers un pourquoi, inexplicable selon les seuls moyens humains, au profit d’un comment, plus subjectif, plus chaleureux. Felix culpa : à maladroite (?) question, bonnes réponses. Ces difficultés, ces contradictions, d’ailleurs plus apparentes que profondes, animent ce groupe de réponses et le préservent – Dieu en soit loué ! – du conformisme facile et de la langue de bois. La variété des textes doit faire que chaque lecteur trouve ici son bien, découvrant tour à tour (et presque incessamment, les 134 témoignages se suivant sans logique, dans le strict ordre alphabétique des auteurs*) les arguments correspondant à sa sensibilité, puis ceux de ses frères dans la foi, aux thèses plus éloignées. Quoi de plus propice à l’ouverture et à la méditation ? Il est des réponses " fidéistes " et des réponses thomistes ou d’esprit thomiste. Les premières prolongent le paradoxe fameux de Tertullien : Credo quia absurdum (l’objet de ma foi est mystérieux mais vrai, quand semblerait-il absurde) et les écrits de Kierkegaard. Certains de leurs auteurs font bon marché de la raison, comme si cette faculté de l’esprit avait été, une fois pour toutes, gâtée et compromise par ses excès : en l’espèce, le rationalisme. Au contraire, les réponses d’esprit thomiste se félicitent de la vivacité et de l’efficacité de la raison (si la foi est un don de Dieu, la raison l’est aussi) et elles accuseraient volontiers de kantisme abusif les Églises modernes et la majorité de leurs fidèles. Pour eux, la science moderne vient souvent étayer la raison et, par exemple, l’hypothèse du Big bang (1948) – traduisant la création du monde – est une alliée réconfortante du premier verset de la Bible : Au commencement, Dieu créa... Les fidéistes, au contraire, quoique particulièrement attachés aux livres saints de la Révélation, affectent de négliger l’apport des sciences et insistent sur la séparation fondamentale entre foi révélée et savoir humain. La frontière, cependant, n’est pas toujours aussi visible entre nos divers témoignages. Nombre d’entre eux, soit qu’ils s’appuient d’abord sur la sainte Écriture, soit qu’ils reconstituent un itinéraire spirituel particulier, prennent leur bien ici ou là, sans obsession dogmatique et sans préoccupation philosophique dominante. D’ailleurs, pour les uns Pascal est fidéiste ; pour les autres, il respecte la raison, une raison ennoblie, ouverte à la leçon des prophéties et des miracles, et qui ne saurait donc exclure le mystère, du monde de la connaissance : le cœur a ses raisons qui imposent à la raison une loi plus haute ; c’est ce que Pierre Magnard appelle curieusement " le grand rationalisme " du Grand Siècle. Que la foi soit, ou non, seule à fonder nos croyances, l’immense majorité des textes qui suivent lui rendent hommage. La foi est un don de Dieu. Les chrétiens la considèrent comme la première des trois vertus " théologales " (foi, espérance et amour), et, si sa définition varie d’un texte à l’autre, son importance suffirait à unifier cent témoignages. Pour nombre de théologiens de jadis, la foi et l’espérance étaient si proches l’une de l’autre que, parfois, les notions et les termes s’en trouvaient interchangeables, car en somme tantôt la foi soutient l’espérance et tantôt la " deuxième vertu " semble fonder la foi. Mais nous ne sommes plus au moyen âge ou au dix-septième siècle, et la troisième vertu – les pages suivantes le montrent étonnamment –, autrefois nommée charité, aujourd’hui appelée amour (" Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur "), semble avoir gagné une place nouvelle. " Je crois en Dieu, affirme l’un de nos textes, parce que je crois en l’amour. " Ici, ce ne sont plus la foi et l’espérance qui se rapprochent au point de se confondre, mais foi et amour. " Je crois en Dieu parce que je l’aime ", dit simplement un autre texte. Si la foi est un don de Dieu, ce don est – comme la vie, comme la grâce, comme la promesse du salut – une des plus chaleureuses manifestations de l’amour du Dieu créateur envers ses créatures. Pour la majorité de nos témoins, la foi en Dieu s’inscrit dans une tradition. " Ma foi, lit-on, est d’abord un héritage. " La liturgie orthodoxe évoque souvent " la foi de nos pères ". Elle s’inscrit dans une civilisation. " C’est bien dans une civilisation chrétienne, écrit un savant, que je suis né... J’ai renouvelé les gestes d’une société qui s’en transmettait l’héritage de génération en génération. " Cette foi héritée, quand Dieu veut, germe dans la famille. " J’ai trouvé Dieu dans mon berceau ", nous confie un prélat. " L’Évangile m’attendait au berceau ", déclare un vieux prêtre. " Ma mère, dès les premiers balbutiements, m’avait appris le signe de croix et des prières faciles ", confesse un homme politique. Mais si, nombreux sont les croyants orientés et formés par des parents chrétiens, ni les parents, ni les collèges ne furent les seuls vecteurs ou les seuls relais des vertus " théologales ". " J’ai une foi paroissiale, avoue un universitaire réputé, je suis un fils de prêtres au sens moral du terme. " Traduisez : un enfant élevé dans un milieu indifférent, conduit à la foi et ancré en sa foi par les bons prêtres de sa paroisse. Heureux furent et demeurent ceux qui héritèrent, dès la petite enfance, de ce triple cadeau : la foi, l’espérance et l’amour. En pareil cas, la forme de leur foi prit en général et conserva la sensibilité prêtée... au charbonnier. Et, pour qui mépriserait la foi du charbonnier da princesse Palatine reprochait à Louis XIV sa foi simple et sans interrogations particulières), je leur suggère de lire avec un soin particulier les témoignages d’illustres et savants membres de l’Institut. Tant il est vrai que ni le renfort du Big bang, ni l’argument ontologique (si Dieu n’était pas, nous n’aurions pas en nous l’idée de Dieu), ni l’addition des deux n’auront la force persuasive de la foi du charbonnier ; laquelle est peut-être tout simplement le don de Dieu à l’état pur. " Si Dieu n’existe pas, je ne suis plus capitaine ", déclarait un personnage de Dostoïevski. Si Dieu existe, toute la sainte Écriture et trente-huit siècles de religion révélée nous font penser que les charbonniers sont plus chers à son cœur que les philosophes ou que les politiques. Dieu a eu pour ami Jacob, ce rude cow-boy. L’annonce de l’Incarnation fut faite à de simples bergers. Toutes les apparitions mariales ont eu pour témoins des humbles, en général jeunes bergers ou bergères. Mais, à côté des croyants de tradition, figurent, ici comme dans la vie, un certain nombre de convertis. Une dizaine de témoignages l’évoquent ici-même, avec simplicité : chemins de Damas, vocations religieuses impératives, appels de Dieu, présence de Dieu. Il s’agit de récits quelquefois fort précis, ou bien plus réservés (saint Paul, qui dit avoir été transporté " au troisième Ciel ", ne donne aucun détail sur ses visions), de rencontres avec Dieu. Les théologiens appellent cela des " théophanies ". Les théophanies sont nombreuses, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. Mais Dieu, en sa pédagogie, s’il n’en a pas interrompu la tradition, n’en abuse pas, et c’est pourquoi précieuses sont les confessions sincères de ceux de nos contemporains (ici cinq de mes amis : quelle densité imprévue !) qui ont senti, et parfois dans leurs membres (muscles, nerfs, cordes vocales) la Présence de Dieu. Ces allusions, ces précisions – qui montrent chemin faisant l’intérêt des confessions fraternelles – ne peuvent vous donner qu’une idée imparfaite du présent corpus. Une anthologie serait apparemment plus convaincante, mais il m’est difficile de sembler faire un choix parmi ces textes qui m’ont été confiés dans un dessein apologétique. Qu’on me pardonne, que les auteurs me pardonnent d’en détacher pourtant deux beaux extraits. L’un nous dit : " Mon enfance est baignée de catéchisme. J’ai appris Dieu comme j’ai appris l’alphabet. Je sais lire, écrire, compter, et croire en Dieu. " L’autre conclut : " Dieu est mon exigence intérieure. " François BLUCHE |
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INDEX et TABLE A ABOUT (Pierre-José), inspecteur général de l’instruction publique B BABELON (Jean-Pierre), membre de l’Institut C CABROL (Professeur Christian), chirurgien D DAGENS (Mgr Claude), évêque d’Angoulême E ELCHINGER (Mgr Léon Arthur), évêque émérite de Strasbourg F FAIZANT (Jacques), dessinateur G GAILLOT (Mgr Jacques), évêque d’Évreux H HEPP (Noémi), professeur des universités J JERPHAGNON (Professeur Lucien), philosophe L LAFFLY (Georges), philosophe M MADEC (Mgr Joseph), évêque de Fréjus et Toulon P PAUWELS (Louis), membre de l’Institut R RAPP (Professeur Francis), membre de l’Institut S SALVAN (Jean-Germain), général de corps d’armée T TAVENEAUX (Professeur René), historien V VAGUE (Professeur Jean), de l’Académie de médecine Z ZÉLICOURT (Vicomte Jacques de Julien de), général de corps d’armée
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DU MÊME AUTEUR Histoire de la guerre d’Algérie, 1954-1962 , en coll. avec Bernard Droz, Paris, Le Seuil, " Points ", 1982 ; éd. revue et augmentée en 1991.Louis XVI, Paris, Fayard, 1985. Louis XVIII, Paris, Fayard, 1988 (ouvrage couronné par l’Académie française). Marie-Antoinette, Paris, Fayard, 1991. Mémoires du baron de Breteuil, édition critique, Paris, François Bourin / Julliard, 1992. Philippe Égalité, Paris, Fayard, 1996. Madame de Pompadour, Paris, Perrin, 2000 (prix du Nouveau Cercle de l’Union ; prix Clio de la ville de Senlis). Marie-Antoinette, la dernière reine, Paris, Gallimard, " Découvertes ", 2000. Marie-Antoinette, Journal d’une reine, Paris, Robert Laffont, 2002. L’Affaire du collier, Paris, Fayard, 2004. Correspondance de Marie-Antoinette, 1770-1793, Paris, Tallandier, 2005. Les Dernières Noces de la monarchie (volume réunissant Louis XVI et Marie-Antoinette), Paris, Fayard, coll. " Les Indispensables de l’histoire ", 2005.
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