Calme et tempête

 

 

      – Dors, mon enfant, dors en paix dans ta couche :

      Le vent mugit ; dans le ciel obscurci

Gronde le sourd tonnerre, et j’aperçois d’ici

La vague qui s’irrite et se dresse, farouche...

Ah ! puissent comme toi les flots dormir aussi !...

 

      Tu dors, enfant, sans souci de l’orage.

      Lorsque je prie auprès de ton berceau,

      Ton père, au loin, bien loin de tout rivage,

      Peut-être est-il entre l’éclair et l’eau !

      Auprès de nous chaque gerbe d’écume,

      Sur chaque flot qui hurle en se brisant,

      De mon tourment avive l’amertume...

            Et toi, tu dors, ô mon enfant.

 

      L’orage augmente, et ta rose figure

      Sourit toujours sur le blanc oreiller.

      Ton petit cœur ignore ma torture :

      Malgré le vent je t’entends sommeiller.

      Le flot, peut-être, en une étreinte horrible

      Saisit ton père et te fait orphelin...

      Ah ! je frémis à ce penser terrible !..

            Et toi, tu dors, mon chérubin.

 

      Lorsqu’il laissa notre pauvre chaumière,

      Lorsqu’il partit, ô mon chéri, ton père,

      Pour s’en aller vers de lointains climats,

      Ne t’a pas vu, car je ne t’avais pas.

      Tes premiers pleurs, ta première caresse,

      Furent pour moi seule jusqu’à ce jour.

      – Dieu tout puissant ! permets qu’il le connaisse ! –

            Et toi, tu dors, mon cher amour.

 

      Dors, mon enfant, dors en paix dans ta couche :

      Le vent mugit ; dans le ciel obscurci

      Gronde le sourd tonnerre, et j’aperçois d’ici

La vague qui s’irrite et se dresse, farouche...

Ah ! puissent comme toi les flots dormir aussi !...

 

 

 

Fr. DESPLANTES.

 

Paru dans Poésie, 11e volume

de l’Académie des muses santones, 1888.

 

 

 

 

 

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