Prière pour se recueillir

 

 

Mon Dieu, je viens à vous dans le recueillement.

Pacification. Pacification.

Je veux, près des ruisseaux, au fond des bois dormants,

Vivre dans la douceur des contemplations.

 

Mon Dieu, ayant chassé de mon cœur les scrupules

littéraires et autres, faites que je m’oublie

et que je sois pareil à une humble fourmi

qui creuse sagement un trou dans le talus.

 

Il faut, pour être heureux, bien s’oublier soi-même :

car nous ne sommes rien et le monde est taré.

Ce n’est point nous, mais Dieu, qui murmurons : je t’aime,

quand notre amour s’endort douce et entrelacée.

 

Je ne porterai point de corde autour des reins :

car c’est insulter Dieu que de meurtrir la chair.

Amant des prostituées et des fiancées claires,

mon cœur chante à la femme un angelus sans fin.

 

Je n’admirerai point celles aux fauves bures,

car c’est nous voiler Dieu que voiler la beauté :

mais je veux que la vierge aux seins dressés et durs

fleurisse comme un lys à l’azur fiancé.

 

Mon Dieu, je vais me recueillir. Je veux entendre,

la neige des agneaux marcher sur les gazons,

et respirer dans les ornières de Septembre

le parfum de l’amour des dernières saisons.

 

Je reviendrai ici sans orgueil, l’âme égale,

l’esprit simplifié de méditations,

et ne désirant plus que de l’eau et du pain,

et parfois le cri sec d’une pauvre cigale.

 

 

 

Francis JAMMES, Le deuil des primevères, 1898-1900.

 

 

 

 

 

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